Chapitre 7 · 39 min de lecture · 50 min d’écoute
Discours V. La prière de la foi
DISCOURS V.
LA PRIÈRE DE LA FOI.
Texte. — « C’est pourquoi je vous dis: Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et vous le verrez s’accomplir. » — Marc 11:24.
CES paroles, d’aucuns ont supposé qu’elles se rapportaient exclusivement à la foi des miracles. Mais il n’y en a pas la moindre preuve. Que notre Sauveur n’ait pas voulu faire porter ce texte exclusivement sur la foi des miracles, c’est ce que prouve le contexte où il se trouve. Si vous lisez le chapitre, vous verrez que le Christ et ses apôtres étaient alors tout absorbés par leur œuvre, et très adonnés à la prière ; et comme ils revenaient le matin de leurs lieux de retraite, las et affamés, ils aperçurent un figuier à quelque distance. Il avait fort belle apparence, et donnait sans doute des signes qu’il portait du fruit ; mais quand ils s’en approchèrent, ils n’y trouvèrent que des feuilles. Et Jésus dit : « Que jamais personne ne mange de ton fruit!
« Le matin, en passant, les disciples virent le figuier séché jusqu’aux racines.
« Pierre, se rappelant ce qui s’était passé, dit à Jésus: Rabbi, regarde, le figuier que tu as maudit a séché.
« Jésus prit la parole, et leur dit: Ayez foi en Dieu.
« Je vous le dis en vérité, si quelqu’un dit à cette montagne: Ote-toi de là et jette-toi dans la mer, et s’il ne doute point en son cœur, mais croit que ce qu’il dit arrive, il le verra s’accomplir. »
Viennent ensuite les paroles du texte :
« C’est pourquoi je vous dis: Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et vous le verrez s’accomplir. »
Notre Sauveur désirait instruire ses disciples sur la nature et la puissance de la prière, et sur la nécessité d’une foi ferme en Dieu. Il posa donc un cas très frappant, un miracle — un miracle aussi grand que le transport d’une montagne dans la mer. Et il leur dit que, s’ils exerçaient en Dieu une foi convenable, ils pourraient faire de telles choses. Mais ses paroles ne doivent pas être restreintes à la foi qui opère des miracles, car il poursuit :
« Et, lorsque vous êtes debout faisant votre prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez, afin que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne aussi vos offenses.
« Mais si vous ne pardonnez pas, votre Père qui est dans les cieux ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. »
Cela se rapporte-t-il aux miracles ? Quand vous priez, vous devez pardonner. Cela n’est-il exigé que lorsqu’un homme veut accomplir un miracle ? Il y a dans la Bible beaucoup d’autres promesses étroitement apparentées à celle-ci, et qui tiennent à peu près le même langage, dont on s’est débarrassé de cette manière expéditive, en les rapportant à la foi qui s’exerce dans les miracles. Comme si la foi des miracles était autre chose que la foi en Dieu !
Dans mon dernier discours, je me suis étendu sur le sujet de la « prière qui prévaut » ; et vous vous souviendrez que j’ai passé très rapidement sur la question de la foi dans la prière, parce que je voulais la réserver pour un examen à part. Le sujet de ce soir est :
LA PRIÈRE DE LA FOI.
Je me propose :
I. De montrer que la foi est une condition indispensable de la prière qui prévaut.
II. De montrer ce que nous devons croire quand nous prions.
III. De montrer quand nous sommes tenus d’exercer cette foi, c’est-à-dire de croire que nous recevrons la chose même que nous demandons.
IV. De montrer que cette sorte de foi dans la prière obtient toujours la bénédiction recherchée.
V. D’expliquer comment nous devons parvenir à l’état d’esprit dans lequel nous pouvons exercer une telle foi.
VI. De répondre à plusieurs objections que l’on avance parfois contre ces vues sur la prière.
I. Que la foi soit une condition indispensable de la prière qui prévaut, personne n’en doutera sérieusement. On peut présenter à Dieu des désirs bienveillants, qui lui sont agréables comme tels, sans qu’ils comportent l’exercice de la foi quant à la réception effective de ces bénédictions. Mais de tels désirs ne sont pas la prière qui prévaut, la prière de la foi. Dieu peut juger bon d’accorder les choses désirées, par un acte de bonté et d’amour, mais ce ne serait pas, à proprement parler, un exaucement de la prière. Je parle maintenant de la sorte de foi qui assure la bénédiction. Ne me faites pas dire qu’il n’y a rien dans la prière qui soit agréable à Dieu, ou même qui obtienne parfois la bénédiction, sans cette sorte de foi. Mais je parle de la foi qui obtient la bénédiction même qu’elle recherche. Pour prouver que la foi est indispensable à la prière qui prévaut, il suffit de répéter ce que l’apôtre Jacques nous dit expressément : « Si quelqu’un d’entre vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu, qui donne à tous simplement et sans reproche, et elle lui sera donnée. Mais qu’il la demande avec foi, sans douter; car celui qui doute est semblable au flot de la mer, agité par le vent et poussé de côté et d’autre. »
II. Nous devons rechercher ce que nous devons croire quand nous prions.
1. Nous devons croire à l’existence de Dieu — « il faut que celui qui s’approche de Dieu croie que Dieu existe » — et à sa disposition à exaucer la prière — « que Dieu existe, et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent ». Il y en a beaucoup qui croient à l’existence de Dieu, et qui ne croient pas à l’efficacité de la prière. Ils font profession de croire en Dieu, mais nient la nécessité ou l’influence de la prière.
2. Nous devons croire que nous recevrons — quelque chose — quoi ? Non pas quelque chose, ou n’importe quoi, au petit bonheur, mais telle chose particulière que nous demandons. Nous ne devons pas penser que Dieu soit un être tel que, si nous lui demandons un poisson, il nous donnera un serpent, ou, si nous lui demandons du pain, il nous donnera une pierre. Mais il dit : « Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et vous le verrez s’accomplir. » Quant à la foi des miracles, il est clair qu’ils étaient tenus de croire qu’ils recevraient exactement ce qu’ils demandaient — que la chose même arriverait. Voilà ce qu’ils devaient croire. Or, que doivent croire les hommes à l’égard des autres bénédictions ? Est-ce une simple idée vague, selon laquelle, si un homme prie pour une bénédiction précise, Dieu, par quelque mystérieuse souveraineté, lui donnera ceci ou cela, ou bien donnera quelque chose à quelqu’un d’autre, quelque part ? Quand un homme prie pour la conversion de ses enfants, doit-il croire que ce seront ou bien ses enfants qui seront convertis, ou bien les enfants de quelqu’un d’autre, sans qu’on sache le moins du monde lesquels ? Tout cela est un pur non-sens, et souverainement déshonorant pour Dieu. Non, nous devons croire que nous recevrons les choses mêmes que nous demandons.
III. Quand sommes-nous tenus de faire cette prière ? Quand sommes-nous tenus de croire que nous aurons les choses mêmes pour lesquelles nous prions ? Je réponds : quand nous en avons la preuve. La foi doit toujours avoir une preuve. Un homme ne peut croire une chose s’il ne voit quelque chose qu’il tient pour une preuve. Il n’a aucune obligation de croire, et n’a aucun droit de croire, qu’une chose se fera, s’il n’en a pas la preuve. C’est le comble du fanatisme que de croire sans preuve. Les sortes de preuves qu’un homme peut avoir sont les suivantes :
1. Supposons que Dieu ait spécialement promis la chose. Par exemple, Dieu dit qu’il est plus disposé à donner son Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent que les parents ne le sont à donner du pain à leurs enfants. Ici, nous sommes tenus de croire que nous le recevrons quand nous le demanderons. Vous n’avez aucun droit d’y glisser un si, et de dire : « Seigneur, si c’est ta volonté, donne-nous ton Saint-Esprit. » C’est insulter Dieu. Mettre un si dans la promesse de Dieu, là où Dieu n’en a mis aucun, revient à accuser Dieu de manquer de sincérité. C’est comme si l’on disait : « Ô Dieu, si tu parles sérieusement en faisant ces promesses, accorde-nous la bénédiction que nous te demandons. »
J’ai entendu parler d’un cas où une jeune convertie fut l’instrument par lequel un pasteur apprit une vérité solennelle au sujet de la prière. Elle venait d’une famille très méchante, et elle était allée vivre chez un pasteur. Pendant qu’elle était là, elle fut convertie, selon toute espérance, et se conduisait bien. Un jour, elle vint au cabinet de travail du pasteur pendant qu’il s’y trouvait — chose qu’elle n’avait pas l’habitude de faire ; et il pensa qu’il devait y avoir quelque chose. Il la pria donc de s’asseoir, et s’enquit avec bonté de l’état de ses sentiments religieux ; elle dit qu’elle était affligée de la manière dont les membres âgés de l’Église priaient pour l’Esprit. Ils priaient pour que le Saint-Esprit vienne, semblaient fort sérieux, invoquaient les promesses de Dieu, puis disaient : « Ô Seigneur, si c’est ta volonté, accorde-nous ces bénédictions pour l’amour de Christ. » Elle pensait que dire « si c’est ta volonté », quand Dieu l’a expressément promis, c’était mettre en question la sincérité de Dieu dans ses promesses. Le pasteur essaya de la faire revenir de cette idée par le raisonnement, et naturellement il réussit à la confondre. Mais elle était affligée et remplie de chagrin, et elle dit : « Je ne puis discuter ce point avec vous, monsieur, mais j’ai dans l’esprit la conviction profonde que c’est mal, et que cela déshonore Dieu. » Et elle s’en alla en pleurant d’angoisse. Le pasteur vit qu’elle n’était pas satisfaite, et cela le conduisit à réexaminer la question ; il finit par voir que c’était mettre un si là où Dieu n’en avait mis aucun, et où il avait expressément révélé sa volonté, et que c’était une insulte à Dieu. Il alla dire à son Église qu’ils étaient tenus de croire que Dieu parlait sérieusement quand il leur faisait une promesse. Et l’esprit de prière descendit sur cette Église, et un réveil des plus puissants s’ensuivit.
2. Quand il y a dans les Écritures une promesse générale que vous pouvez raisonnablement appliquer au cas particulier qui se présente à vous. Si son sens réel comprend la chose particulière pour laquelle vous priez, ou si vous pouvez raisonnablement appliquer au cas le principe de la promesse, vous avez là une preuve. Par exemple, supposons que ce soit un temps où la méchanceté prévaut grandement, et que vous soyez porté à prier Dieu d’intervenir ? Quelle promesse avez-vous ? Eh bien, celle-ci : « Quand l’ennemi viendra comme un fleuve, L’esprit de l’Éternel le mettra en fuite. » Vous voyez ici une promesse générale qui pose un principe du gouvernement de Dieu, et que vous pouvez appliquer au cas qui se présente à vous, comme un titre pour exercer la foi dans la prière. Et si la question se pose de savoir à quel moment Dieu accordera des bénédictions en réponse à la prière, vous avez cette promesse : « Avant qu’ils aient cessé de parler, j’exaucerai. »
Il y a dans la Bible une grande quantité de promesses et de principes généraux dont les chrétiens pourraient faire usage, s’ils voulaient seulement réfléchir. Chaque fois que vous vous trouvez dans des circonstances auxquelles s’appliquent ces promesses ou ces principes, c’est là que vous devez en user. Un père ou une mère trouve cette promesse : « la bonté de l’Éternel dure à jamais pour ceux qui le craignent, Et sa miséricorde pour les enfants de leurs enfants, Pour ceux qui gardent son alliance, Et se souviennent de ses commandements afin de les accomplir. » Voici donc une promesse faite à ceux qui possèdent un certain caractère. Si un père ou une mère a conscience que tel est son caractère, il a un fondement légitime pour se l’appliquer, à lui-même et à sa famille. Si vous avez ce caractère, vous êtes tenu de faire usage de cette promesse dans la prière, et de la croire, jusqu’aux enfants de vos enfants.
Si j’avais le temps ce soir, je pourrais aller d’un bout de la Bible à l’autre, et produire une étonnante variété de textes qui s’appliquent comme des promesses ; assez pour prouver que, dans quelque circonstance qu’un enfant de Dieu soit placé, Dieu a pourvu dans la Bible quelque promesse, générale ou particulière, qu’il peut s’appliquer, et qui convient exactement à son cas. Beaucoup des promesses de Dieu sont très larges, à dessein, pour couvrir beaucoup de terrain. Qu’y a-t-il de plus large que la promesse du texte : « Tout ce que vous demanderez en priant ? » Quel est le chrétien qui prie qui n’ait été surpris de la longueur, de la largeur et de la plénitude des promesses de Dieu, quand l’Esprit les a appliquées à son cœur ? Qui, parmi ceux qui vivent une vie de prière, ne s’est étonné de son propre aveuglement, pour n’avoir pas vu et senti auparavant l’étendue de sens et la richesse de ces promesses, considérées à la lumière de l’Esprit de Dieu ? En de tels moments, il a été stupéfait de sa propre ignorance, et il a trouvé l’Esprit appliquant les promesses et les déclarations de la Bible dans un sens où il n’aurait jamais rêvé auparavant qu’elles pussent s’appliquer. La manière dont les apôtres appliquaient les promesses, les prophéties et les déclarations de l’Ancien Testament met en vive lumière l’ampleur de sens, la plénitude et la richesse de la parole de Dieu. Celui qui marche à la lumière de la face de Dieu, et qui est rempli de l’Esprit de Dieu comme il doit l’être, s’appropriera souvent des promesses et les appliquera à sa propre situation et à celle des personnes pour qui il prie, d’une manière à laquelle un professant aveugle ne songerait jamais.
3. Quand il y a quelque déclaration prophétique indiquant que la chose pour laquelle on prie est conforme à la volonté de Dieu. Quand il ressort clairement de la prophétie que l’événement doit certainement arriver, vous êtes tenu de le croire, et d’en faire le fondement de votre foi particulière dans la prière. Si le temps n’est pas précisé dans la Bible, et qu’il n’y ait pas de preuve venant d’autres sources, vous n’êtes pas tenu de croire que la chose aura lieu maintenant, ou immédiatement. Mais si le temps est précisé, ou s’il peut être connu par l’étude des prophéties, et qu’il paraisse être arrivé, alors les chrétiens sont dans l’obligation de le comprendre et de l’appliquer, en offrant la prière de la foi. Prenez, par exemple, le cas de Daniel, au sujet du retour des Juifs de la captivité. Que dit-il ? « moi, Daniel, je vis par les livres qu’il devait s’écouler soixante-dix ans pour les ruines de Jérusalem, d’après le nombre des années dont l’Éternel avait parlé à Jérémie, le prophète. » Il apprit ici par les livres, c’est-à-dire qu’il étudia sa Bible, et comprit de cette manière que la durée de la captivité devait être de soixante-dix ans. Que fait-il alors ? S’assied-il sur la promesse, en disant : « Dieu s’est engagé à mettre fin à la captivité au bout de soixante-dix ans, le temps est expiré, et il n’y a nul besoin de rien faire » ? Oh non ; il dit : « Je tournai ma face vers le Seigneur Dieu, afin de recourir à la prière et aux supplications, en jeûnant et en prenant le sac et la cendre. » Il se mit aussitôt à prier pour que la chose s’accomplisse. Il pria avec foi. Mais que devait-il croire ? Ce qu’il avait appris par la prophétie. Il y a dans la Bible beaucoup de prophéties encore inaccomplies, que les chrétiens sont tenus de comprendre, autant qu’ils en sont capables, et dont ils doivent ensuite faire le fondement d’une prière pleine de foi. Ne pensez pas, comme certains semblent le faire, que, parce qu’une chose est annoncée par la prophétie, il ne soit pas nécessaire de prier pour elle, ou qu’elle arrivera, que les chrétiens prient ou non. Il n’y a là aucune vérité. Dieu dit, au sujet de cette classe même d’événements révélés dans la prophétie : « Voici encore sur quoi je me laisserai fléchir par la maison d’Israël, voici ce que je ferai pour eux »
4. Quand les signes des temps, ou la providence de Dieu, indiquent qu’une bénédiction particulière est sur le point d’être accordée, nous sommes tenus de le croire. Le Seigneur Jésus-Christ blâma les Juifs, et les appela hypocrites, parce qu’ils ne comprenaient pas les indications de la Providence. Ils savaient comprendre les signes du temps qu’il allait faire, et voir quand il allait pleuvoir et quand il ferait beau ; mais ils ne savaient pas voir, aux signes des temps, que le moment était venu pour le Messie de paraître et d’édifier la maison de Dieu. Il y a beaucoup de professants qui trébuchent toujours et restent en arrière, chaque fois qu’on propose de faire quelque chose. Ils disent toujours : Le temps n’est pas venu — le temps n’est pas venu ; alors qu’il y en a d’autres qui sont attentifs aux signes des temps, et qui ont le discernement spirituel nécessaire pour les comprendre. Ceux-là prient avec foi pour la bénédiction, et elle vient.
5. Quand l’Esprit de Dieu est sur vous, et qu’il suscite en vous de vifs désirs pour quelque bénédiction, vous êtes tenu de prier pour elle avec foi. Vous êtes tenu de conclure, du fait que vous vous sentez porté à désirer une telle chose tout en exerçant les saintes affections que produit l’Esprit de Dieu, que ces désirs sont l’œuvre de l’Esprit. Les gens ne sont guère enclins à désirer de la bonne manière, à moins d’y être poussés par l’Esprit de Dieu. L’apôtre parle de ces désirs suscités par l’Esprit dans son épître aux Romains, où il dit : « De même aussi l’Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu’il nous convient de demander dans nos prières. Mais l’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables; et celui qui sonde les cœurs connaît quelle est la pensée de l’Esprit, parce que c’est selon Dieu qu’il intercède en faveur des saints. » Ici donc, si vous vous sentez fortement porté à désirer une bénédiction, vous devez y voir une indication que Dieu est disposé à accorder cette bénédiction particulière, et vous êtes ainsi tenu de le croire. Dieu ne se joue pas de ses enfants. Il ne va pas susciter en eux le désir d’une bénédiction pour les renvoyer avec autre chose. Mais il suscite les désirs mêmes qu’il est disposé à satisfaire. Et quand ils éprouvent de tels désirs, ils sont tenus de les suivre jusqu’au bout, jusqu’à ce qu’ils obtiennent la bénédiction.
IV. Je vais montrer maintenant que cette sorte de foi obtient toujours son objet. Le texte est clair sur ce point : il montre que vous recevrez la chose même pour laquelle vous priez. Il ne dit pas : « Croyez que vous recevrez, et vous aurez ou bien cela, ou bien quelque autre chose qui en soit l’équivalent. » Pour prouver que cette foi obtient la bénédiction même qui est demandée, je fais observer :
1. Que, autrement, nous ne pourrions jamais savoir si nos prières ont été exaucées. Et nous pourrions continuer à prier et à prier encore, longtemps après que la prière aurait été exaucée par quelque autre bénédiction équivalente à celle que nous demandons.
2. Si nous ne sommes pas tenus d’attendre la chose même que nous demandons, il faut que l’Esprit de Dieu nous trompe. Pourquoi nous pousserait-il à désirer une certaine bénédiction, s’il entend en accorder une autre ?
3. Quel est le sens de ce passage : « Si un homme demande du pain, lui donnera-t-il une pierre ? » Notre Sauveur ne réprouve-t-il pas l’idée que la prière puisse être exaucée par le don d’autre chose ? Quel encouragement avons-nous à prier pour une chose en particulier, si nous devons demander une chose et en recevoir une autre ? Supposons qu’un chrétien prie pour un réveil ici — il serait exaucé par un réveil en Chine. Ou bien il pourrait prier pour un réveil, et Dieu enverrait le choléra, ou un tremblement de terre. Toute l’histoire de l’Église montre que, lorsque Dieu exauce la prière, il donne à son peuple la chose même pour laquelle ses prières sont offertes. Dieu accorde, aux saints comme aux pécheurs, d’autres bénédictions qu’ils ne demandent pas du tout. Il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Mais quand il exauce la prière, c’est en faisant ce qu’on lui demande de faire. À vrai dire, il fait souvent plus qu’exaucer la prière. Il accorde non seulement ce qu’on lui demande, mais souvent il y joint d’autres bénédictions.
4. Peut-être éprouvez-vous ici une difficulté au sujet des prières de Jésus-Christ. On demande souvent : « N’a-t-il pas prié dans le jardin pour que la coupe soit éloignée, et sa prière a-t-elle été exaucée ? » Je réponds que ce n’est nullement une difficulté, car la prière fut exaucée. La coupe dont il demandait à être délivré fut éloignée. C’est à quoi l’apôtre fait allusion quand il dit : « C’est lui qui, dans les jours de sa chair, ayant présenté avec de grands cris et avec larmes des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant été exaucé à cause de sa piété » Or je le demande : en quelle occasion fut-il sauvé de la mort, si ce n’est en celle-ci ? Était-ce de la mort de la croix qu’il demandait à être délivré ? Nullement. Mais voici ce qui en était. Peu de temps avant d’être trahi, nous l’entendons dire à ses disciples : « Mon âme est triste jusqu’à la mort. » L’angoisse de l’âme déferla sur lui, au point qu’il fut sur le point de mourir ; il sortit dans le jardin pour prier, dit à ses disciples de veiller, puis s’en alla seul et pria. « Mon Père, » dit-il, « s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. » Dans son agonie, il se releva et marcha dans le jardin jusqu’à l’endroit où étaient ses disciples, et là il les vit profondément endormis. Il les réveilla et dit : « Vous n’avez donc pu veiller une heure avec moi! » Puis il s’en alla de nouveau, car il était dans une telle détresse qu’il ne pouvait rester en place, et de nouveau il répandit son âme. Et la troisième fois, il s’éloigne et prie : « Père, si tu voulais éloigner de moi cette coupe! Toutefois, que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne. » Et voici qu’à cette troisième prière un ange lui apparut du ciel, pour le fortifier. Et son esprit devint posé et calme, et la coupe avait disparu. Jusque-là, il avait été dans une telle agonie que sa sueur devint comme des grumeaux de sang, mais maintenant tout était fini.
Certains ont supposé qu’il priait contre la croix, et qu’il suppliait d’être délivré de la mort sur la croix ! Le Christ a-t-il jamais reculé devant la croix ? Jamais. Il était venu dans le monde tout exprès pour mourir sur la croix, et il n’a jamais reculé devant elle. Mais il craignait de mourir dans le jardin avant d’arriver à la croix. Le fardeau qui pesait sur son âme était si grand, et produisait une telle agonie, qu’il se sentait sur le point de mourir. Son âme était triste jusqu’à la mort. Mais après que l’ange lui fut apparu, nous n’entendons plus parler de son agonie d’âme. Il avait prié pour être délivré de cette coupe, et sa prière fut exaucée. Il devint calme, et n’eut plus de souffrance morale jusqu’au moment même où il expira. Ce cas n’est donc pas une exception. Il reçut la chose même qu’il avait demandée, comme il le dit : « je savais que tu m’exauces toujours. »
Mais il y a un autre cas qu’on allègue souvent : celui de l’apôtre Paul priant contre l’écharde dans la chair. Il dit : « Trois fois j’ai prié le Seigneur de l’éloigner de moi. » Et Dieu lui répondit : « Ma grâce te suffit. » C’est l’opinion du docteur Clarke et d’autres que la prière de Paul fut exaucée dans la chose même pour laquelle il priait : que « l’écharde dans la chair, un ange de Satan » dont il parle était un faux apôtre qui avait divisé et perverti l’Église de Corinthe ; que Paul pria contre son influence, et que le Seigneur lui répondit en l’assurant : « Ma grâce te suffit. » Qui ne sait qu’elle lui suffit en effet, et que l’influence de Paul finit par triompher ?
Mais, à supposer que la prière de Paul n’ait pas été exaucée par l’octroi de la chose particulière pour laquelle il priait, pour faire de ce cas une exception à la prière de la foi, on est obligé de présupposer précisément ce qu’il s’agit de prouver, à savoir que l’apôtre priait avec foi. Il n’y a aucune raison de supposer que Paul priait toujours avec foi, pas plus que ne le fait tout autre chrétien. La manière même dont Dieu lui répondit montre que ce n’était pas avec foi. Il lui dit en substance : « Cette écharde est nécessaire à ta sanctification, et pour t’empêcher de t’enorgueillir outre mesure. Je te l’ai envoyée par amour et par fidélité, et tu n’as pas à me prier de te l’ôter. — LAISSE CELA. »
Non seulement il n’y a aucune preuve qu’il priait avec foi, mais il y a une forte présomption qu’il ne le faisait pas. D’après le récit, il est évident qu’il n’avait rien sur quoi faire reposer sa foi. Il n’y avait aucune promesse expresse, aucune promesse générale qui pût s’appliquer, aucune providence de Dieu, aucune prophétie, aucun enseignement de l’Esprit indiquant que Dieu ôterait cette écharde ; au contraire, la présomption était que Dieu ne l’ôterait pas. Il la lui avait donnée dans un but particulier. Sa prière semble avoir été égoïste, ou du moins une prière dirigée contre une influence purement personnelle. Ce n’était pas une souffrance personnelle qui entravait son utilité ; au contraire, elle lui avait été donnée pour accroître son utilité en le gardant humble ; et parce que, pour quelque raison, il la trouvait gênante et humiliante, il se mit à prier de son propre cœur, évidemment sans y être conduit par l’Esprit de Dieu. Or, Paul priait-il avec foi sans l’Esprit de Dieu, plus que tout autre homme ? Et quelqu’un osera-t-il dire que l’Esprit de Dieu le conduisit à prier pour que cette écharde fût ôtée, alors que Dieu lui-même l’avait donnée dans un but particulier, but qui ne pouvait être atteint que si l’écharde lui restait ?
Pourquoi donc fait-on de ce cas une exception à la règle générale posée dans le texte, à savoir qu’un homme recevra tout ce qu’il demande avec foi ? Je fus un jour stupéfait et affligé, lors d’un examen public dans un séminaire de théologie, d’entendre obscurcir le conseil par des discours sans intelligence sur ce sujet. Ce cas de Paul, et celui du Christ dont je viens de parler, furent cités l’un et l’autre comme des exemples propres à prouver aux étudiants que la prière de la foi ne serait pas exaucée dans la chose particulière pour laquelle on prie. Or, enseigner de tels sentiments, dans un séminaire de théologie ou hors de lui, c’est se jouer de la parole de Dieu et briser la puissance du ministère chrétien. En sommes-nous venus là, que nos graves docteurs, dans nos séminaires, soient employés à instruire les sentinelles de Sion à croire et à enseigner qu’il ne faut pas s’attendre à ce que la prière de la foi soit exaucée par l’octroi de l’objet pour lequel nous prions ? Oh ! Ne l’annoncez point dans Gath, et que le bruit n’en parvienne pas jusqu’à Askalon ! Que deviendra l’Église, tant que telles sont les vues de ses pasteurs les plus graves et les plus influents ? Je ne voudrais être ni désobligeant ni porté à la censure, mais, comme l’un des ministres de Jésus-Christ, je me sens tenu de rendre témoignage contre une telle perversion de la parole de Dieu.
5. Il est évident que la prière de la foi obtiendra la bénédiction, du fait que notre foi repose sur la preuve que c’est la volonté de Dieu d’accorder cette chose. Non pas la preuve qu’une autre chose sera accordée, mais que cette chose particulière le sera. Mais comment, alors, pouvons-nous avoir la preuve que cette chose sera accordée, si c’est une autre qui doit l’être ? Les gens reçoivent souvent plus qu’ils ne demandent. Salomon demanda la sagesse, et Dieu lui accorda en outre les richesses et la gloire. De même, une femme prie parfois pour la conversion de son mari, et si elle offre la prière de la foi, Dieu peut non seulement lui accorder cette bénédiction, mais encore convertir son enfant, et toute sa famille. Les bénédictions semblent parfois se tenir l’une l’autre, de sorte que, si un chrétien en obtient une, il les obtient toutes.
V. Je dois montrer comment nous devons parvenir à cet état d’esprit dans lequel nous pouvons offrir une telle prière. On demande parfois : « Comment offrirai-je une telle prière ? Dirai-je : Maintenant je vais prier avec foi pour telle ou telle bénédiction ? » Non, l’esprit humain ne se meut pas de cette manière. Autant dire : « Maintenant je vais faire monter un esprit de l’abîme sans fond. » Je réponds :
1. Vous devez d’abord obtenir la preuve que Dieu accordera la bénédiction. Comment Daniel s’y prit-il pour offrir la prière de la foi ? Il sonda les Écritures. Or, vous ne devez pas laisser votre Bible sur une étagère et vous attendre à ce que Dieu vous révèle ses promesses. Sondez les Écritures, et voyez où vous pouvez trouver une promesse, générale ou particulière, ou une prophétie, sur laquelle vous puissiez poser le pied quand vous priez. Parcourez la Bible, et vous la trouverez pleine de telles choses — de précieuses promesses que vous pouvez invoquer avec foi. Vous ne manquerez jamais de sujets de prière, si vous faites comme fit Daniel. Les gens sont déconcertés sur ce sujet parce qu’ils ne font jamais un usage convenable de la Bible.
Un cas curieux se produisit dans l’une des villes de l’ouest de cet État. Il y avait là un réveil. Un certain ecclésiastique vint visiter l’endroit, et entendit beaucoup parler de la prière de la foi. Il fut déconcerté par ce qu’on disait, car il n’avait jamais envisagé le sujet sous le jour où on le voyait là. Il s’en informa auprès du pasteur qui travaillait en ce lieu. Le pasteur lui demanda, dans un esprit bienveillant, de rentrer chez lui, de prendre son Nouveau Testament, d’y relever les passages qui se rapportent à la prière, et d’aller trouver les gens de son troupeau qui priaient le plus, pour leur demander comment ils comprenaient ces passages. Il dit qu’il le ferait, car, bien que ces vues fussent nouvelles pour lui, il était disposé à s’instruire. Il le fit : il alla trouver ses hommes et ses femmes de prière, leur lut les passages sans note ni commentaire, et leur demanda ce qu’ils en pensaient. Il découvrit que leur simple bon sens les avait conduits à comprendre ces passages, et à croire qu’ils signifient exactement ce qu’ils disent. Cela le toucha ; puis le fait même d’aller de l’un à l’autre et de placer les promesses devant leur esprit réveilla en eux l’esprit de prière, et un réveil s’ensuivit.
Je pourrais nommer beaucoup de personnes qui se sont mises à examiner la Bible sur ce sujet, et qui, avant d’être arrivées à la moitié, ont été remplies de l’esprit de prière. Elles ont découvert que Dieu entendait par ses promesses exactement ce qu’un homme simple et de bon sens y comprendrait. Je vous conseille d’en faire l’essai. Vous avez des Bibles ; parcourez-les, et chaque fois que vous trouvez une promesse dont vous pouvez faire usage, fixez-la dans votre esprit avant d’aller plus loin ; et je me hasarde à prédire que vous n’arriverez pas au bout du livre sans découvrir que les promesses de Dieu signifient exactement ce qu’elles disent.
2. Entretenez les bons désirs que vous avez. Les chrétiens perdent très souvent leurs bons désirs faute d’y prendre garde ; et alors leurs prières ne sont plus que des mots, sans aucun désir ni aucun sérieux. Le moindre élan de désir doit être entretenu. Si votre corps risquait de geler, et que vous eussiez seulement la plus petite étincelle de feu, comme vous l’entretiendriez ! De même, si vous avez le moindre désir pour une bénédiction, si petit soit-il, ne le laissez pas se perdre en futilités. N’attristez pas l’Esprit. Ne vous laissez pas distraire. Ne perdez pas vos bons désirs par la légèreté, par l’esprit de censure, par l’esprit mondain. Veillez et priez, et poursuivez jusqu’au bout, ou vous ne prierez jamais la prière de la foi.
3. L’entière consécration à Dieu est indispensable à la prière de la foi. Vous devez vivre une vie sainte, et tout consacrer à Dieu — votre temps, vos talents, votre influence — tout ce que vous avez et tout ce que vous êtes, pour être entièrement à lui. Lisez la vie des hommes pieux, et vous serez frappé de ce fait : ils avaient coutume de mettre à part des moments pour renouveler leur alliance et se consacrer de nouveau à Dieu ; et chaque fois qu’ils l’ont fait, une bénédiction a toujours suivi immédiatement. Si j’avais ici Edwards ce soir, je pourrais vous lire des passages montrant comment il en était de son temps.
4. Vous devez persévérer. Vous ne devez pas prier une fois pour une chose, puis cesser, et appeler cela la prière de la foi. Voyez Daniel. Il pria vingt et un jours, et ne cessa pas avant d’avoir obtenu la bénédiction. Il tourna son cœur et sa face vers le Seigneur, afin de recourir à la prière et aux supplications, en jeûnant et en prenant le sac et la cendre ; il tint bon trois semaines, et alors la réponse vint. Et pourquoi ne vint-elle pas plus tôt ? Dieu envoya un archange porter le message, mais le diable l’en empêcha pendant tout ce temps. Voyez ce que dit le Christ dans la parabole du juge inique et dans la parabole des pains. Que nous enseigne-t-il par elles ? Eh bien, que Dieu exaucera la prière quand elle est importune. « Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit ? »
5. Si vous voulez prier avec foi, ayez soin de marcher chaque jour avec Dieu. Si vous le faites, il vous dira pour quoi prier. Soyez remplis de son Esprit, et il vous donnera assez de sujets de prière. Il vous donnera autant de l’esprit de prière que votre corps a de force pour en supporter.
Un homme de bien me disait : « Oh ! je meurs faute de force pour prier. Mon corps est écrasé, le monde pèse sur moi, et comment pourrais-je m’empêcher de prier ! » J’ai vu cet homme se mettre au lit littéralement malade de faiblesse et d’épuisement, sous ce fardeau. Et je l’ai vu prier comme s’il voulait faire violence au ciel, puis j’ai vu la bénédiction venir aussi manifestement en réponse à sa prière que si elle avait été révélée, de sorte que personne n’en pouvait douter, pas plus que si Dieu avait parlé du ciel. Vous dirai-je comment il mourut ? Il priait de plus en plus ; il avait coutume de prendre devant lui la carte du monde et de prier, parcourant du regard les différents pays et priant pour eux, jusqu’à ce qu’il expirât littéralement dans sa chambre, en priant. Homme béni ! Il était l’opprobre des impies et des professants charnels et incrédules, mais il était le favori du ciel, un prince qui prévalait dans la prière.
VI. Je vais aborder quelques objections que l’on avance contre cette doctrine.
1. « Cela mène au fanatisme et revient à une nouvelle révélation. » Pourquoi serait-ce une pierre d’achoppement ? Il faut qu’ils aient une preuve pour croire, avant de pouvoir offrir la prière de la foi. Et si Dieu donne une autre preuve que celle des sens, où est l’objection ? Il est vrai qu’en un sens c’est une nouvelle révélation ; c’est faire connaître une chose par son Esprit. Mais c’est la révélation même que Dieu a promis de donner. C’est exactement celle à laquelle nous devons nous attendre, si la Bible est vraie : quand nous ne savons pas ce que nous devons demander selon la volonté de Dieu, son Esprit nous aide dans notre faiblesse, et nous enseigne la chose même pour laquelle il faut prier. Nierons-nous l’enseignement de l’Esprit ?
2. On demande souvent : « Est-ce notre devoir de prier la prière de la foi pour le salut de tous les hommes ? » Je réponds : non ; car ce n’est pas une chose conforme à la volonté de Dieu. C’est directement contraire à sa volonté révélée. Nous n’avons aucune preuve que tous seront sauvés. Nous devons avoir des sentiments bienveillants envers tous, et, en soi, désirer leur salut. Mais Dieu nous a révélé que beaucoup, dans le genre humain, seront damnés. Et ce ne peut être un devoir de croire qu’ils seront tous sauvés, en face d’une révélation contraire. Dans la prière du Christ, au dix-septième chapitre de Jean, il dit expressément : « Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés. »
3. Mais certains disent : « Si nous offrions cette prière pour tous les hommes, tous les hommes ne seraient-ils pas sauvés ? » Je réponds : oui ; et de même ils seraient sauvés s’ils voulaient tous se repentir. Mais ils ne le veulent pas. Les chrétiens non plus n’offriront pas la prière de la foi pour tous, parce qu’il n’y a aucune preuve sur laquelle fonder la croyance que Dieu se propose de sauver tous les hommes.
4. Mais vous demandez : « Pour qui devons-nous offrir cette prière ? Nous voulons savoir dans quels cas, pour quelles personnes, en quels lieux et à quels moments, etc., nous devons faire la prière de la foi. » Je réponds, comme je l’ai déjà fait : quand vous avez la preuve, par les promesses, ou les prophéties, ou les providences, ou les directions de l’Esprit, que Dieu fera les choses pour lesquelles vous priez.
5. « Comment se fait-il que tant de prières de parents pieux pour leurs enfants ne soient pas exaucées ? N’avez-vous pas dit qu’il y avait une promesse que les parents pieux peuvent appliquer à leurs enfants ? Comment se fait-il donc que tant de parents pieux et qui priaient aient eu des enfants impénitents, morts dans leurs péchés ? » Admettons qu’il en soit ainsi : que cela prouve-t-il ? Que Dieu soit reconnu pour vrai, et tout homme pour menteur. Lequel croirons-nous : que la promesse de Dieu a failli, ou que ces parents n’ont pas fait leur devoir ? Peut-être ne croyaient-ils pas la promesse, ou ne croyaient-ils pas qu’il existât rien de tel que la prière de la foi. Partout où vous trouvez un professant qui ne croit à aucune prière de ce genre, vous trouvez, en règle générale, qu’il a des enfants et des domestiques encore dans leurs péchés. Et ce n’est pas étonnant, à moins qu’ils ne soient convertis en réponse aux prières de quelqu’un d’autre.
6. « Ces vues ne mèneront-elles pas au fanatisme ? Beaucoup de gens ne croiront-ils pas offrir la prière de la foi alors qu’il n’en est rien ? » C’est la même objection que les unitariens font contre la doctrine de la régénération — que beaucoup de gens pensent être nés de nouveau alors qu’ils ne le sont pas. C’est un argument contre toute religion spirituelle, quelle qu’elle soit. Certains croient l’avoir quand ils ne l’ont pas, et ce sont des fanatiques. Mais il y en a qui savent ce qu’est la prière de la foi, tout comme il y en a qui savent ce qu’est l’expérience spirituelle, même si cela fait trébucher les professants au cœur froid qui ne la connaissent pas. Même des pasteurs s’exposent souvent au reproche que le Christ adressa à Nicodème : « Tu es le docteur d’Israël, et tu ne sais pas ces choses! »
REMARQUES.
1. Ceux qui n’ont pas connu par expérience ce que c’est ont de grandes raisons de douter de leur piété. Ce n’est nullement manquer de charité. Qu’ils s’examinent eux-mêmes. Il est à craindre qu’ils ne comprennent la prière comme Nicodème comprenait la nouvelle naissance. Ils n’ont pas marché avec Dieu, et vous ne pouvez pas la leur décrire, pas plus que vous ne pouvez décrire un beau tableau à un aveugle qui ne voit pas les couleurs. Beaucoup de professants peuvent comprendre la prière de la foi tout juste autant qu’un aveugle comprend les couleurs.
2. Il y a lieu de croire que des millions d’âmes sont en enfer parce que les professants n’ont pas offert la prière de la foi. Alors qu’ils avaient les promesses sous les yeux, ils n’ont pas eu assez de foi pour en faire usage. C’est ainsi que des parents laissent leurs enfants, et même des enfants baptisés, descendre en enfer, parce qu’ils ne veulent pas croire les promesses de Dieu. Sans doute bien des femmes ont-elles vu leur mari aller en enfer, alors qu’elles auraient pu prévaloir auprès de Dieu par la prière et le sauver. Les signes des temps et les indications de la Providence étaient peut-être favorables, l’Esprit de Dieu suscitait des désirs pour leur salut, elles avaient assez de preuves pour croire que Dieu était prêt à accorder une bénédiction, et si seulement elles avaient prié avec foi, Dieu l’aurait accordée ; mais Dieu l’a détournée parce qu’elles ne voulaient pas discerner les signes des temps.
3. Vous dites : « Cela laisse l’Église sous un lourd fardeau de culpabilité. » C’est vrai ; et sans doute des multitudes se tiendront devant Dieu toutes couvertes du sang des âmes qui ont été perdues par leur manque de foi. Les promesses de Dieu, accumulées dans leurs Bibles, se dresseront devant leurs yeux et les accableront jusqu’en enfer.
4. Beaucoup de professants vivent si loin de Dieu que leur parler de la prière de la foi leur est tout à fait inintelligible. Bien souvent, la plus grande offense qu’on puisse leur faire est de prêcher sur cette sorte de prière.
5. Je veux poser quelques questions aux professants qui sont ici. Savez-vous ce que c’est que prier avec foi ? Avez-vous jamais prié de cette manière ? Avez-vous jamais prié jusqu’à ce que votre esprit eût l’assurance que la bénédiction viendrait — jusqu’à ce que vous ayez éprouvé ce repos en Dieu, cette confiance, aussi parfaite que si vous aviez vu Dieu descendre du ciel pour vous l’accorder ? Sinon, vous devriez examiner votre fondement. Comment pouvez-vous vivre sans jamais prier avec foi ? Comment vivez-vous, en regardant vos enfants, alors que vous n’avez aucune assurance qu’ils seront convertis ? On croirait que vous devriez en perdre la raison. J’ai connu un père dans l’Ouest ; c’était un homme de bien, mais il avait des vues erronées sur la prière de la foi ; et tous ses enfants étaient devenus grands sans qu’un seul d’entre eux fût converti. À la fin, son fils tomba malade et parut sur le point de mourir. Le père pria, mais le fils empirait et semblait descendre au tombeau sans espérance. Le père pria jusqu’à ce que son angoisse fût inexprimable. Il alla enfin prier — (il ne semblait plus y avoir d’espoir que son fils vécût) — mais il répandit son âme comme s’il ne voulait pas essuyer de refus, jusqu’à ce qu’enfin il reçût l’assurance que son fils non seulement vivrait, mais serait converti ; et non seulement celui-là, mais que toute sa famille serait convertie à Dieu. Il rentra à la maison et dit à sa famille que son fils ne mourrait pas. Ils furent stupéfaits. « Je vous le dis, reprit-il, il ne mourra pas. Et aucun de mes enfants ne mourra jamais dans ses péchés. » Les enfants de cet homme sont tous convertis depuis des années.
Qu’en pensez-vous ? Était-ce du fanatisme ? Si vous le croyez, c’est que vous ne savez rien de la chose. Priez-vous ainsi ? Vivez-vous de telle manière que vous puissiez offrir une telle prière pour vos enfants ? Je sais que les enfants des professants peuvent parfois être convertis en réponse aux prières de quelqu’un d’autre. Mais devez-vous vivre ainsi ? Osez-vous vous reposer sur les prières des autres, quand Dieu vous appelle à soutenir envers vos enfants cette relation si importante ?
Enfin — voyez quel effort concerté on fait pour se débarrasser de la Bible. Les méchants veulent rejeter les menaces de la Bible, et l’Église ses promesses. Et que reste-t-il ? À eux deux, ils ne laissent de la Bible qu’une page blanche. Je le dis avec amour : à quoi servent nos Bibles, si nous ne saisissons pas leurs précieuses promesses, et si nous ne nous en servons pas comme du fondement de notre foi quand nous prions pour obtenir la bénédiction de Dieu ? Vous feriez mieux d’envoyer vos Bibles aux païens, où elles feront quelque bien, si vous n’avez pas l’intention de les croire et d’en faire usage. Je n’ai aucune preuve qu’il y ait maintenant beaucoup de cette prière dans cette Église ou dans cette ville. Et qu’en adviendra-t-il ? Que deviendront vos enfants ? vos voisins ? les méchants ?
Chapitre 7 terminé
Discours V. La prière de la foi