Discours sur les réveils religieux
Discours II. Quand il faut s’attendre à un réveil

Chapitre 4 · 30 min de lecture · 39 min d’écoute

Discours II. Quand il faut s’attendre à un réveil

DISCOURS II.

QUAND IL FAUT S’ATTENDRE À UN RÉVEIL.

Texte. — « Ne nous rendras-tu pas à la vie, Afin que ton peuple se réjouisse en toi? » — Psaume 85:7.

CE psaume semble avoir été écrit peu après le retour du peuple d’Israël de la captivité de Babylone, comme vous le verrez aisément par les paroles qui l’ouvrent. Le psalmiste sentait que Dieu avait été très favorable à son peuple ; et tandis qu’il contemplait la bonté de l’Éternel qui les avait ramenés du pays où ils avaient été emmenés captifs, tandis qu’il considérait l’avenir qui s’ouvrait devant eux, il éclate en une prière pour un réveil religieux : « Ne nous rendras-tu pas à la vie, Afin que ton peuple se réjouisse en toi? » Puisque Dieu, dans sa providence, avait rétabli parmi eux les ordonnances de sa maison, il demande qu’il y ait aussi un réveil religieux, pour couronner l’œuvre.

Vendredi soir dernier, j’ai tenté de montrer ce qu’un réveil religieux n’est pas, ce qu’est un réveil, et quels agents doivent être employés pour le favoriser. Les sujets sur lesquels je veux appeler votre attention ce soir sont les suivants :

I. Quand un réveil religieux est nécessaire.

II. L’importance d’un réveil lorsqu’il est nécessaire.

III. Quand on peut s’attendre à un réveil religieux.

I. QUAND UN RÉVEIL RELIGIEUX EST-IL NÉCESSAIRE ?

1. Quand l’amour fraternel et la confiance chrétienne font défaut parmi ceux qui font profession de religion, alors un réveil est nécessaire. Alors un appel pressant s’élève pour que Dieu ranime son œuvre. Quand les chrétiens sont tombés dans un état de langueur et de rétrogradation, ils n’ont pas, ils ne doivent pas avoir, et ils n’ont aucune raison d’avoir les uns pour les autres le même amour et la même confiance que lorsqu’ils sont tous vivants, actifs, et qu’ils mènent une vie sainte. L’amour de bienveillance peut demeurer le même, mais non l’amour de complaisance. Dieu aime tous les hommes d’un amour de bienveillance, mais il n’éprouve d’amour de complaisance qu’envers ceux qui vivent saintement. Les chrétiens ne s’aiment pas et ne peuvent s’aimer les uns les autres d’un amour de complaisance, sinon dans la mesure de leur sainteté. Si l’amour chrétien est l’amour de l’image de Christ en son peuple, il ne peut jamais s’exercer que là où cette image existe réellement ou en apparence. Il faut qu’un homme reflète l’image de Christ et manifeste l’esprit de Christ pour que les autres chrétiens puissent l’aimer d’un amour de complaisance. C’est en vain qu’on invite des chrétiens à s’aimer les uns les autres de cet amour de complaisance, en tant que chrétiens, quand ils sont plongés dans la torpeur. Ils ne voient rien les uns chez les autres qui puisse produire cet amour. Il est presque impossible qu’ils éprouvent les uns envers les autres d’autres sentiments que ceux qu’ils éprouvent envers les pécheurs. Savoir simplement qu’ils appartiennent à l’Église, ou les voir de temps à autre à la table de communion, ne produira pas l’amour chrétien, à moins qu’on ne voie en eux l’image de Christ.

2. Quand il y a des dissensions, des jalousies et des médisances parmi ceux qui font profession de religion, alors un réveil est grandement nécessaire. Ces choses montrent que les chrétiens se sont éloignés de Dieu, et qu’il est temps de penser sérieusement à un réveil. La religion ne peut prospérer quand de telles choses règnent dans l’Église, et rien ne peut y mettre fin comme un réveil.

3. Quand un esprit mondain règne dans l’Église. Il est manifeste que l’Église est tombée dans un état de langueur et de rétrogradation quand vous voyez les chrétiens se conformer au monde dans leur toilette, leurs équipages, leurs soirées, rechercher les divertissements mondains, lire des romans et d’autres livres du genre de ceux que lit le monde. Cela montre qu’ils sont loin de Dieu, et qu’un réveil religieux est grandement nécessaire.

4. Quand l’Église voit ses membres tomber dans des péchés grossiers et scandaleux, alors il est temps pour elle de se réveiller et de crier à Dieu pour obtenir un réveil religieux. Quand il se passe des choses qui donnent aux ennemis de la religion une occasion d’opprobre, il est temps pour l’Église de demander à Dieu : « Et que feras-tu pour ton grand nom? »

5. Quand un esprit de controverse règne dans l’Église ou dans le pays, un réveil est nécessaire. L’esprit de la religion n’est pas l’esprit de controverse. Il ne peut y avoir de prospérité religieuse là où domine l’esprit de controverse.

6. Quand les méchants triomphent de l’Église et l’insultent, il est temps de rechercher un réveil religieux.

7. Quand les pécheurs sont insouciants et engourdis, et qu’ils s’enfoncent en enfer sans s’en inquiéter, il est temps que l’Église se secoue. Le devoir de l’Église de se réveiller est aussi impérieux que celui des pompiers de se réveiller quand un incendie éclate la nuit dans une grande ville. L’Église devrait éteindre les feux de l’enfer qui gagnent les méchants. Dormir ! Si les pompiers dormaient et laissaient brûler la ville entière, que penserait-on de tels pompiers ? Et pourtant leur culpabilité ne serait pas comparable à celle des chrétiens qui dorment pendant que les pécheurs qui les entourent s’enfoncent, engourdis, dans les feux de l’enfer.

II. JE DOIS MONTRER L’IMPORTANCE D’UN RÉVEIL RELIGIEUX DANS DE TELLES CIRCONSTANCES.

1. Un réveil religieux est la seule chose possible qui puisse effacer l’opprobre qui couvre l’Église et rendre à la religion la place qu’elle devrait avoir dans l’estime du public. Sans réveil, cet opprobre couvrira l’Église de plus en plus, jusqu’à ce qu’elle soit accablée du mépris universel. Vous pouvez faire tout ce qu’il vous plaira d’autre, et vous pouvez changer à certains égards l’aspect de la société, mais vous ne ferez aucun bien réel ; sans un réveil religieux, vous ne faites qu’empirer les choses. Vous pouvez aller bâtir une nouvelle et splendide maison de culte, garnir vos bancs de damas, élever une chaire coûteuse, acquérir un orgue magnifique et tout ce qui s’ensuit, pour faire de l’éclat et de l’effet ; et vous pouvez ainsi procurer à la religion une sorte de considération parmi les méchants, mais en réalité cela ne fait aucun bien. Cela fait plutôt du mal. Cela les trompe sur la vraie nature de la religion ; et, bien loin de les convertir, cela les éloigne encore davantage du salut. Regardez partout où l’on a entouré l’autel du christianisme de splendeur, et vous trouverez que l’impression produite est contraire à la vraie nature de la religion. Il faut que l’énergie des chrétiens se réveille et que l’Esprit de Dieu soit répandu, sinon le monde se moquera de l’Église.

2. Rien d’autre ne rétablira l’amour et la confiance chrétienne parmi les membres de l’Église. Rien qu’un réveil religieux ne peut les rétablir, et rien d’autre ne doit les rétablir. Il n’y a pas d’autre moyen de réveiller cet amour des chrétiens les uns pour les autres que l’on éprouve parfois, quand ils ont un amour tel qu’ils ne peuvent l’exprimer. Vous ne pouvez avoir un tel amour sans confiance ; et vous ne pouvez rétablir la confiance sans ces preuves de piété que l’on voit dans un réveil. Si un pasteur s’aperçoit qu’il a perdu à quelque degré la confiance de son peuple, il doit travailler à un réveil comme au seul moyen de la regagner. Je ne veux pas dire que ce doive être là son motif en travaillant à un réveil — regagner la confiance de son peuple —, mais qu’un réveil dont il est l’instrument, et ordinairement rien d’autre, lui rendra la confiance de la partie priante de son peuple. De même, si un ancien ou un simple membre de l’Église trouve ses frères froids à son égard, il n’y a qu’un seul moyen d’y remédier : c’est d’être lui-même réveillé, et de faire rayonner de ses yeux et de sa vie la splendeur de l’image de Christ. Cet esprit gagnera de proche en proche et se répandra dans l’Église ; la confiance renaîtra, et l’amour fraternel régnera de nouveau.

3. En un tel temps, un réveil religieux est indispensable pour détourner de l’Église les jugements de Dieu. Ce serait là une étrange prédication, si les réveils n’étaient que des miracles, et si l’Église n’avait pas plus de part à les produire qu’à faire éclater un orage. Dire à l’Église qu’à moins d’un réveil elle doit s’attendre à des jugements serait alors aussi ridicule que de dire : Si vous n’avez pas d’orage, attendez-vous à des jugements. Le fait est que les chrétiens sont plus à blâmer de ne pas être réveillés que les pécheurs de ne pas être convertis. Et s’ils ne se réveillent pas, ils peuvent savoir avec certitude que Dieu les visitera de ses jugements. Combien de fois Dieu n’a-t-il pas visité l’Église juive par des jugements, parce qu’elle ne voulait pas se repentir et se réveiller à l’appel de ses prophètes ! Combien de fois n’avons-nous pas vu des Églises, et même des dénominations entières, frappées de malédiction, parce qu’elles ne voulaient pas se réveiller, chercher le Seigneur et prier : « Ne nous rendras-tu pas à la vie, Afin que ton peuple se réjouisse en toi? »

4. Rien qu’un réveil religieux ne peut préserver une telle Église de l’anéantissement. Une Église qui décline de cette manière ne peut continuer d’exister sans réveil. Si elle reçoit de nouveaux membres, ils se composeront pour la plupart de personnes impies. Sans réveils, il n’y aura pas ordinairement autant de personnes converties qu’il en meurt dans l’année. Il y a eu dans ce pays des Églises dont les membres sont morts les uns après les autres, sans qu’aucun réveil vînt en convertir d’autres pour les remplacer, jusqu’à ce que l’Église se fût éteinte et que son organisation eût été dissoute.

Un pasteur m’a raconté qu’il avait autrefois travaillé comme missionnaire en Virginie, sur le terrain même où un homme comme Samuel Davies avait jadis brillé et resplendi comme une torche flamboyante ; et que l’Église de Davies était tellement réduite qu’elle n’avait plus qu’un seul membre masculin, et celui-ci, si mes souvenirs sont exacts, était un homme de couleur. L’Église était devenue orgueilleuse et s’était complètement éteinte. J’ai entendu parler d’une Église de Pennsylvanie qui avait été florissante autrefois, mais qui avait négligé les réveils ; elle fut si réduite que le pasteur devait faire venir d’une Église voisine un ancien gouvernant lorsqu’il administrait la communion. Pourquoi, en pareil cas, ne pas laisser n’importe quel membre de l’Église, homme ou femme, distribuer les éléments ? Est-il indispensable d’avoir un ancien ?

5. Rien qu’un réveil religieux ne peut empêcher les moyens de grâce de faire un grand tort aux impies. Sans réveil, ils s’endurciront de plus en plus sous la prédication, et ils connaîtront une damnation plus horrible que s’ils n’avaient jamais entendu l’Évangile. Vos enfants et vos amis descendront vers un sort bien plus horrible en enfer, à cause même des moyens de grâce, s’il n’y a pas de réveils pour les convertir à Dieu. Mieux vaudrait pour eux qu’il n’y eût ni moyens de grâce, ni sanctuaire, ni Bible, ni prédication, et qu’ils n’eussent jamais entendu l’Évangile, que de vivre et de mourir là où il n’y a pas de réveil. L’Évangile est « une odeur de mort, donnant la mort », s’il ne devient pas « une odeur de vie, donnant la vie ».

6. Il n’y a pas d’autre moyen pour qu’une Église soit sanctifiée, croisse dans la grâce et soit rendue propre pour le ciel. Qu’est-ce que croître dans la grâce ? Est-ce entendre des sermons et acquérir quelques notions nouvelles sur la religion ? Non, rien de tel. Le chrétien qui fait cela, et rien de plus, va de mal en pis, s’endurcit de plus en plus, et chaque semaine il est plus difficile de le tirer de sa torpeur pour le ramener au devoir.

III. JE DOIS MONTRER QUAND ON PEUT S’ATTENDRE À UN RÉVEIL RELIGIEUX.

1. Quand la providence de Dieu indique qu’un réveil est proche. Les indications de la providence de Dieu sont parfois si claires qu’elles équivalent à une révélation de sa volonté. Il se fait un concours d’événements qui ouvre la voie, une préparation des circonstances qui favorise un réveil, si bien que ceux qui sont aux aguets peuvent voir qu’un réveil est proche, aussi clairement que si cela leur avait été révélé du ciel. Il s’est présenté dans ce pays des cas où les manifestations de la providence étaient si claires que des observateurs attentifs n’hésitaient pas à dire que Dieu allait répandre son Esprit et accorder un réveil religieux. Dieu a divers moyens d’indiquer sa volonté à un peuple : tantôt en lui donnant des moyens particuliers, tantôt par des événements singuliers et alarmants, tantôt en favorisant de façon remarquable l’emploi des moyens, par le temps qu’il fait, l’état de santé, etc.

2. Quand la méchanceté des méchants afflige, humilie et tourmente les chrétiens. Parfois les chrétiens semblent ne se soucier en rien de la méchanceté qui les entoure. Ou, s’ils en parlent, c’est d’une manière froide, endurcie et insensible, comme s’ils désespéraient d’une réforme : ils sont disposés à gronder les pécheurs, non à éprouver pour eux la compassion du Fils de Dieu. Mais parfois la conduite des méchants pousse les chrétiens à la prière, les brise, les rend tristes et tendres de cœur, si bien qu’ils peuvent pleurer jour et nuit ; et au lieu de les gronder et de leur faire des reproches, ils prient avec ardeur pour eux. Alors vous pouvez vous attendre à un réveil. À vrai dire, c’est déjà un réveil commencé. Parfois les méchants organisent une opposition à la religion. Et quand cela pousse les chrétiens à genoux devant Dieu, avec de grands cris et avec larmes, vous pouvez être certains qu’il va y avoir un réveil. Le débordement de la méchanceté ne prouve nullement qu’il n’y aura pas de réveil. C’est souvent le moment que Dieu choisit pour agir. « Quand l’ennemi viendra comme un fleuve », l’Esprit de l’Éternel lève contre lui un étendard. Souvent le premier signe d’un réveil, c’est que le diable suscite quelque chose de nouveau pour s’y opposer. Cela aura invariablement l’un de ces deux effets : ou bien cela poussera les chrétiens vers Dieu, ou bien cela les éloignera encore davantage de Dieu, vers quelque expédient charnel qui ne fera qu’empirer les choses. Souvent la méchanceté la plus outrageante des impies est suivie d’un réveil. Si les chrétiens sont amenés à sentir qu’ils n’ont d’espoir qu’en Dieu, et s’il leur reste assez de sensibilité pour se soucier de l’honneur de Dieu et du salut des âmes des impénitents, il y aura certainement un réveil. Que l’enfer bouillonne et déborde, s’il le veut, et vomisse autant de démons qu’il y a de pierres dans les pavés, pourvu seulement qu’il pousse les chrétiens vers Dieu dans la prière : ils ne peuvent empêcher un réveil. Que Satan fasse du tapage et sonne de sa trompe aussi fort qu’il lui plaira : si les chrétiens veulent seulement s’humilier et prier, ils verront bientôt le bras découvert de Dieu dans un réveil religieux. J’ai connu des cas où un réveil a fait irruption dans les rangs de l’ennemi presque aussi soudainement qu’un coup de tonnerre, et les a dispersés — prenant comme trophées les meneurs eux-mêmes, et brisant leur parti en un instant.

3. On peut s’attendre à un réveil quand les chrétiens ont un esprit de prière pour un réveil, c’est-à-dire quand ils prient comme si leur cœur était attaché à un réveil. Parfois les chrétiens ne sont pas engagés dans la prière pour un réveil, pas même quand ils prient avec chaleur. Leur esprit est occupé d’autre chose ; ils prient pour autre chose — le salut des païens et d’autres sujets semblables —, et non pour un réveil parmi eux-mêmes. Mais quand ils sentent le besoin d’un réveil, ils prient pour l’obtenir ; ils sont émus pour leurs propres familles et leur voisinage, et ils prient pour eux comme s’ils ne pouvaient essuyer un refus. Qu’est-ce qui constitue un esprit de prière ? Sont-ce beaucoup de prières et des paroles ardentes ? Non. La prière est l’état du cœur. L’esprit de prière est un état de désir continuel et d’anxiété d’esprit pour le salut des pécheurs. C’est quelque chose qui accable. C’est la même chose, pour ce qui est de la philosophie de l’esprit, que lorsqu’un homme est inquiet pour quelque intérêt temporel. Le chrétien qui a cet esprit de prière est inquiet pour les âmes. C’est le sujet de ses pensées à tout moment, et cela lui donne l’air et le comportement d’un homme qui porte un fardeau sur l’esprit. Il y pense le jour, et il en rêve la nuit. C’est là, à proprement parler, prier sans cesse. Les prières de cet homme semblent couler de son cœur, fluides comme l’eau : « Seigneur, ranime ton œuvre. » Parfois ce sentiment est très profond ; des personnes en ont été tellement courbées qu’elles ne pouvaient ni se tenir debout ni s’asseoir. Je puis nommer des hommes qui ont passé par cet état, des hommes aux nerfs solides et d’une haute réputation, qui ont été littéralement écrasés de douleur à cause de l’état des pécheurs. Ils ont connu un véritable enfantement de l’âme pour les pécheurs, jusqu’à être aussi impuissants que des enfants. Ce sentiment n’est pas toujours aussi intense, mais de telles choses sont beaucoup plus communes qu’on ne le suppose. Dans les grands réveils de 1826, elles étaient fréquentes. Ce n’est nullement de l’exaltation. C’est exactement ce que Paul éprouvait lorsqu’il dit : « Mes enfants, pour qui j’éprouve de nouveau les douleurs de l’enfantement. » J’ai entendu parler d’une personne de cet État qui priait pour les pécheurs, et qui finit par se trouver dans un tel état d’esprit qu’elle ne pouvait vivre sans prière. Elle ne pouvait trouver de repos ni jour ni nuit, à moins que quelqu’un ne fût en train de prier. Alors elle était en paix ; mais si l’on cessait, elle poussait des cris d’angoisse jusqu’à ce que la prière reprît. Et cela dura deux jours, jusqu’à ce qu’elle eût prévalu dans la prière et que son âme fût soulagée. Cet enfantement de l’âme, c’est cette profonde agonie que l’on éprouve quand on saisit Dieu pour obtenir une telle bénédiction, et qu’on ne veut pas le laisser aller avant de l’avoir reçue. Je ne veux pas qu’on m’entende dire qu’il est essentiel à un esprit de prière que la détresse soit aussi grande. Mais ce désir profond, continuel et ardent du salut des pécheurs, voilà ce qui constitue l’esprit de prière pour un réveil. C’est un réveil commencé, aussi loin que s’étend cet esprit de prière.

Quand ce sentiment existe dans une Église, à moins que l’Esprit ne soit éloigné, attristé par le péché, il y aura infailliblement un réveil des chrétiens en général, et il entraînera la conversion des pécheurs à Dieu. Cette anxiété et cette détresse croissent jusqu’à ce que le réveil commence. Un ecclésiastique de W——n me raconta un réveil survenu parmi son peuple, qui commença par une femme zélée et dévouée de l’Église. Elle devint inquiète pour les pécheurs et se mit à prier pour eux ; elle pria, et sa détresse augmenta ; elle finit par aller trouver son pasteur, s’entretint avec lui et lui demanda de convoquer une réunion pour les âmes inquiètes, car elle sentait qu’il en fallait une. Le pasteur la remit à plus tard, car il n’éprouvait rien de tel. La semaine suivante, elle revint et le supplia de convoquer une réunion pour les âmes inquiètes ; elle savait que quelqu’un viendrait, car elle sentait que Dieu allait répandre son Esprit. Il la remit encore. Et enfin elle lui dit : « Si vous ne convoquez pas une réunion pour les âmes inquiètes, j’en mourrai, car il va certainement y avoir un réveil. » Le dimanche suivant, il annonça une réunion, disant que, s’il y avait des personnes désireuses de s’entretenir avec lui du salut de leur âme, il les recevrait tel soir. Il n’en connaissait pas une seule ; mais quand il se rendit au lieu de la réunion, il y trouva, à son grand étonnement, un grand nombre d’âmes inquiètes venues s’enquérir. Eh bien, ne pensez-vous pas que cette femme savait qu’il allait y avoir un réveil ? Appelez cela comme il vous plaira, une révélation nouvelle, une révélation ancienne, ou de tout autre nom. Je dis que c’était l’Esprit de Dieu qui avait enseigné à cette femme de prière qu’il allait y avoir un réveil. « Le secret de l’Éternel » était avec elle, et elle le savait. Elle savait que Dieu avait été dans son cœur et l’avait rempli si pleinement qu’elle ne pouvait plus le contenir.

Parfois des pasteurs ont éprouvé cette détresse au sujet de leurs auditoires, au point de sentir qu’ils ne pourraient vivre s’ils ne voyaient un réveil. Parfois des anciens et des diacres, ou de simples membres de l’Église, hommes ou femmes, ont l’esprit de prière pour un réveil religieux, si bien qu’ils tiennent ferme et prévalent auprès de Dieu, jusqu’à ce qu’il répande son Esprit. Le premier rayon de lumière qui perça la nuit étendue sur les Églises du comté d’Oneida, à l’automne de 1825, vint d’une femme de santé fragile qui, je crois, ne s’était jamais trouvée dans un réveil puissant. Son âme était travaillée au sujet des pécheurs. Elle était dans l’agonie pour le pays. Elle ne savait pas ce qu’elle avait, mais elle continua de prier de plus en plus, au point qu’il semblait que son agonie allait détruire son corps. Enfin elle fut remplie de joie et s’écria : « Dieu est venu ! Dieu est venu ! Il n’y a pas à s’y tromper, l’œuvre est commencée, et elle va s’étendre sur toute la région. » Et en effet, l’œuvre commença ; presque toute sa famille fut convertie, et l’œuvre se répandit dans toute cette partie du pays. Eh bien, pensez-vous que cette femme fût abusée ? Je vous dis que non. Elle savait qu’elle avait prévalu auprès de Dieu dans la prière. Elle avait été en travail d’enfantement pour des âmes, et elle le savait. Ce ne fut pas, il s’en faut de beaucoup, le seul cas que j’aie connu dans cette région.

En général, il n’y a que peu de ceux qui font profession de religion qui sachent quelque chose de cet esprit de prière qui prévaut auprès de Dieu. J’ai été stupéfait de voir des récits, comme on en publie souvent sur les réveils, où il semble que le réveil soit venu sans aucune cause, sans que personne sût pourquoi ni comment. Je me suis parfois informé de tels cas, où l’on avait fait savoir que personne ne s’était douté de rien, jusqu’à ce qu’un dimanche on vît sur le visage de l’auditoire que Dieu était là, ou qu’on le vît dans la salle de conférence ou à la réunion de prière ; et l’on s’étonnait de la mystérieuse souveraineté de Dieu, qui amenait un réveil sans aucun lien apparent avec les moyens. Or, écoutez-moi bien. Allez vous informer parmi les membres obscurs de l’Église, et vous trouverez toujours que quelqu’un avait prié pour un réveil et s’y attendait — quelque homme ou quelque femme avait lutté dans l’agonie de la prière pour le salut des pécheurs, jusqu’à obtenir la bénédiction. Il se peut que le réveil ait trouvé le pasteur et le gros de l’Église profondément endormis, et qu’ils se soient réveillés tout à coup, comme un homme qui se frotte les yeux pour les ouvrir, court dans la chambre en renversant tout, et se demande d’où vient toute cette agitation. Mais quoique peu de gens l’aient su, vous pouvez être sûrs que quelqu’un avait été en sentinelle, persévérant dans la prière jusqu’à ce que la bénédiction vînt. En général, un réveil est plus ou moins étendu selon qu’il y a plus ou moins de personnes qui ont l’esprit de prière. Mais je ne m’étendrai pas davantage sur ce sujet pour le moment, car le sujet de la prière reviendra dans cette série de discours.

4. Un autre signe qu’on peut s’attendre à un réveil, c’est quand l’attention des pasteurs se porte spécialement sur cet objet particulier, et que leur prédication et leurs autres efforts visent particulièrement la conversion des pécheurs. La plupart du temps, les travaux des pasteurs sont, semble-t-il, dirigés vers d’autres objets. Ils paraissent prêcher et travailler sans aucun dessein particulier d’amener la conversion immédiate des pécheurs. Et alors il ne faut pas s’attendre à ce qu’il y ait un réveil sous leur prédication. Il n’y aura jamais de réveil tant que quelqu’un ne fera pas d’efforts particuliers dans ce but. Mais quand l’attention d’un pasteur se porte sur l’état des familles de son auditoire, que son cœur est pénétré du sentiment de la nécessité d’un réveil, et qu’il déploie les efforts convenables dans ce but, alors vous pouvez vous préparer à un réveil. Comme je l’ai expliqué la semaine dernière, le lien entre le bon emploi des moyens en vue d’un réveil et le réveil lui-même est aussi philosophiquement sûr que celui qui existe entre le bon emploi des moyens pour faire venir le grain et une récolte de blé. Je crois même qu’il est plus certain, et qu’il y a moins d’exemples d’échec. L’effet est plus certain de suivre. L’importance suprême des choses spirituelles rend raisonnable qu’il en soit ainsi. Prenez la Bible, la nature de la chose et l’histoire de l’Église, tout ensemble, et vous trouverez moins d’échecs dans l’emploi des moyens en vue d’un réveil que dans l’agriculture ou dans toute autre affaire de ce monde. Dans les affaires temporelles, il y a parfois des cas où des causes contraires anéantissent tout ce qu’un homme peut faire. Pour faire venir le grain, par exemple, il y a des cas qui échappent au contrôle de l’homme, comme la sécheresse, un hiver rigoureux, les vers, et ainsi de suite. De même, quand on travaille à favoriser un réveil, il peut survenir des choses qui le contrarient, quelque événement qui détourne de la religion l’attention publique et qui peut déjouer tous les efforts. Mais je crois que de tels cas sont moins nombreux dans le monde moral que dans le monde naturel. J’ai rarement vu un homme échouer quand il employait avec sérieux les moyens de favoriser un réveil, de la manière indiquée dans la parole de Dieu. Je crois qu’un homme peut entreprendre l’œuvre de favoriser un réveil avec une attente de succès aussi raisonnable que celle avec laquelle il entreprendrait n’importe quelle autre œuvre ; avec la même attente que le cultivateur a d’une récolte quand il sème son grain. J’ai vu parfois la chose tentée, et réussir, dans les circonstances les plus rebutantes qu’on puisse concevoir.

Le grand réveil de Rochester commença dans les circonstances les plus défavorables qu’on puisse imaginer. Il semblait que Satan eût dressé tous les obstacles possibles devant un réveil. Les trois Églises étaient en désaccord ; l’une n’avait pas de pasteur, une autre était divisée et sur le point de congédier le sien. Un ancien de la troisième Église presbytérienne avait porté contre le pasteur de la première Église une accusation de conduite non chrétienne, et ils allaient justement comparaître devant le presbytère. Après que l’œuvre eut commencé, l’une des premières choses qui arrivèrent fut que la grande église de pierre céda, ce qui causa une panique. Puis l’une des Églises alla jusqu’au bout et congédia son pasteur, en plein milieu de l’œuvre. Une autre Église faillit s’effondrer. Bien d’autres choses survinrent, de sorte qu’il semblait que le diable fût résolu à détourner l’attention publique du sujet de la religion. Mais il y eut quelques cas remarquables d’esprit de prière, qui nous assurèrent que Dieu était là, et nous allâmes de l’avant : plus Satan s’opposait, plus l’Esprit de l’Éternel élevait haut l’étendard, jusqu’à ce qu’enfin une vague de salut déferlât sur la ville.

5. On peut s’attendre à un réveil religieux quand les chrétiens commencent à confesser leurs péchés les uns aux autres. En d’autres temps, ils les confessent d’une manière générale, comme s’ils n’étaient qu’à moitié sérieux. Ils peuvent le faire en termes éloquents, mais cela ne signifie rien. Mais quand il y a un brisement sincère, et que le cœur s’épanche dans la confession des péchés, les écluses ne tarderont pas à céder, et le salut inondera le lieu.

6. On peut s’attendre à un réveil chaque fois que les chrétiens se montrent disposés à faire les sacrifices nécessaires pour le poursuivre. Ils doivent être disposés à sacrifier leurs sentiments, leurs affaires, leur temps, pour aider à l’avancement de l’œuvre. Les pasteurs doivent être disposés à dépenser leurs forces et à exposer leur santé et leur vie. Ils doivent être disposés à offenser les impénitents par un langage franc et fidèle, et peut-être à offenser bien des membres de l’Église qui ne veulent pas se mettre à l’œuvre. Ils doivent prendre résolument parti pour le réveil, quelles qu’en soient les conséquences. Ils doivent être prêts à poursuivre l’œuvre, dussent-ils perdre l’affection de tous les impénitents et de toute la partie froide de l’Église. Le pasteur doit être prêt, si c’est la volonté de Dieu, à être chassé du lieu. Il doit être résolu à aller droit devant lui, et à laisser à Dieu toute l’issue.

J’ai connu un pasteur qui avait un jeune homme pour l’aider dans un réveil. Le jeune homme prêchait assez franchement, et les méchants ne l’aimaient pas. Ils disaient : Nous aimons notre pasteur, et c’est lui que nous voulons entendre prêcher. Ils en dirent tant que le pasteur finit par dire au jeune homme : « Monsieur Untel, qui donne tant pour mon entretien, dit ceci et cela. Monsieur A. le dit, et Monsieur B. le dit aussi. Ils pensent que la société va se disloquer si vous continuez de prêcher, et je pense que vous feriez mieux de ne plus prêcher. » Le jeune homme s’en alla, mais l’Esprit de Dieu se retira aussitôt du lieu, et le réveil s’arrêta net. Le pasteur, en cédant aux désirs méchants des méchants, l’avait chassé. Il avait eu peur que le diable ne le chassât, lui, du milieu de son peuple ; et en entreprenant de satisfaire le diable, il offensa Dieu. Et Dieu disposa les événements de telle sorte que, peu de temps après, il dut quitter son peuple malgré tout. Il avait entrepris de se tenir entre le diable et Dieu, et Dieu le congédia.

Le peuple, lui aussi, doit être disposé à avoir un réveil, quel que soit le sacrifice. Il ne suffit pas de dire : « Nous voulons bien assister à tant de réunions, mais nous ne pouvons en suivre davantage. » Ou : « Nous voulons bien avoir un réveil, s’il ne dérange pas nos arrangements d’affaires et ne nous empêche pas de gagner de l’argent. » Je vous le dis, de telles gens n’auront jamais de réveil tant qu’ils ne seront pas disposés à faire n’importe quoi et à sacrifier n’importe quoi de ce que Dieu leur montre être leur devoir. Les négociants chrétiens doivent être disposés à fermer leurs magasins pendant six mois, s’il le faut pour poursuivre un réveil. Je ne veux pas dire que rien de tel soit demandé, ni que ce soit leur devoir de le faire. Mais s’il se produisait un état de sentiment qui l’exigeât, alors ce serait leur devoir, et ils devraient être disposés à le faire. Ils devraient être disposés à le faire si Dieu les appelle, et il peut aisément brûler leurs magasins s’ils ne le font pas. En fait, je ne serais pas fâché de voir à New York un réveil tel que chaque négociant de la ville fermât son magasin jusqu’au printemps, en disant qu’il a vendu assez de marchandises et qu’il veut maintenant consacrer tout son temps à conduire des pécheurs à Christ.

7. On peut s’attendre à un réveil quand les pasteurs et ceux qui font profession de religion sont disposés à laisser Dieu le favoriser par les instruments qu’il lui plaît. Parfois les pasteurs ne veulent pas de réveil, à moins d’en avoir eux-mêmes la direction, ou à moins que leur action n’y soit en vue. Ils veulent prescrire à Dieu ce qu’il doit diriger et bénir, et quels hommes il doit mettre en avant. Ils ne veulent pas de nouvelles mesures. Ils ne peuvent souffrir aucune de ces prédications des « nouvelles lumières », ni de ces évangélistes qui parcourent le pays en prêchant. Ils ont beaucoup à dire sur la souveraineté de Dieu, et sur ce qu’il veut que les réveils viennent à sa manière et en son temps. Mais alors il faut qu’il choisisse de les amener exactement à leur manière à eux, sinon ils ne veulent rien avoir à faire avec eux. De tels hommes continueront de dormir, sans réveil, jusqu’à ce que la trompette du jugement les réveille, à moins qu’ils ne consentent à ce que Dieu vienne à sa manière — à moins qu’ils ne consentent à ce qu’on emploie n’importe quoi ou n’importe qui, pourvu que cela fasse le plus de bien.

8. À strictement parler, je devrais dire que, lorsque les choses précédentes se produisent, un réveil existe déjà dans la même mesure. En vérité, il faut s’attendre à un réveil chaque fois qu’il est nécessaire. Si nous avons besoin d’être réveillés, c’est notre devoir d’être réveillés. Si c’est un devoir, c’est possible, et nous devons nous mettre à l’œuvre pour être nous-mêmes réveillés ; et, nous appuyant sur la promesse de Christ d’être avec nous pour faire des disciples toujours et partout, nous devons travailler à réveiller les chrétiens et à convertir les pécheurs, dans la ferme attente du succès. C’est pourquoi, chaque fois que l’Église a besoin d’être réveillée, elle doit s’attendre à l’être, et elle le peut, et voir des pécheurs convertis à Christ. Quand on voit les choses nommées sous les têtes précédentes, que chrétiens et pasteurs prennent courage et sachent qu’une bonne œuvre est déjà commencée. Poursuivez-la.

REMARQUES.

1. Frères, vous pouvez juger d’après notre sujet si vous avez besoin d’un réveil ici ou non, dans cette Église et dans cette ville ; et si vous allez en avoir un ou non. Anciens de l’Église, hommes, femmes, chacun de vous et vous tous, que dites-vous ?

Avez-vous besoin d’un réveil ici ?

Vous attendez-vous à en avoir un ?

Avez-vous quelque raison de vous y attendre ?

Inutile d’envelopper la chose de brouillard ; car vous savez, ou vous pouvez savoir si vous le voulez, si vous avez quelque raison d’espérer un réveil ici.

2. Vous voyez pourquoi vous n’avez pas de réveil. C’est uniquement parce que vous n’en voulez pas. Parce que vous ne priez pas pour l’obtenir, que vous n’en êtes pas inquiets, et que vous ne faites pas d’efforts pour lui. J’en appelle à vos propres consciences. Faites-vous maintenant ces efforts pour favoriser un réveil ? Vous savez, frères, ce qu’il en est en vérité. Vous lèverez-vous pour dire que vous avez fait des efforts pour un réveil et que vous avez été déçus — que vous avez crié à Dieu : « Ne nous rendras-tu pas à la vie » et que Dieu n’a pas voulu le faire ?

3. Désirez-vous un réveil ? Voulez-vous en avoir un ? Si Dieu vous demandait en ce moment, d’une voix audible venue du ciel : « Voulez-vous un réveil ? », oseriez-vous répondre : Oui ? « Êtes-vous disposés à faire les sacrifices ? », répondriez-vous : Oui ? « Quand doit-il commencer ? », répondriez-vous : Qu’il commence ce soir — qu’il commence ici — qu’il commence dans mon cœur MAINTENANT ? Oseriez-vous parler ainsi à Dieu, si vous entendiez sa voix ce soir ?

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