Discours sur les réveils religieux
Discours I. Ce qu’est un réveil religieux

Chapitre 3 · 29 min de lecture · 37 min d’écoute

Discours I. Ce qu’est un réveil religieux

DISCOURS I.

CE QU’EST UN RÉVEIL RELIGIEUX

Texte. — Accomplis ton œuvre dans le cours des années, ô Éternel! Dans le cours des années manifeste-la! Mais dans ta colère souviens-toi de tes compassions! — Habacuc 3:2.

ON suppose que le prophète Habacuc fut contemporain de Jérémie, et que cette prophétie fut prononcée en prévision de la captivité de Babylone. Considérant les jugements qui allaient bientôt fondre sur sa nation, l’âme du prophète fut saisie d’angoisse, et il s’écrie dans sa détresse : « Ô Éternel, fais revivre ton œuvre. » Comme s’il avait dit : « Ô Éternel, fais que tes jugements ne réduisent pas Israël à la désolation. Au milieu de ces années terribles, que les jugements de Dieu deviennent le moyen de ranimer la religion parmi nous. Dans ta colère souviens-toi de tes compassions. »

La religion est l’œuvre de l’homme. C’est une chose que l’homme doit faire. Elle consiste à obéir à Dieu avec le cœur et de tout son cœur. C’est le devoir de l’homme. Il est vrai que Dieu l’amène à le faire. Il agit sur lui par son Esprit, à cause de sa grande méchanceté et de sa répugnance à obéir. S’il n’était pas nécessaire que Dieu agisse sur les hommes — si les hommes étaient disposés à obéir à Dieu, il n’y aurait pas lieu de prier : « Ô Éternel, fais revivre ton œuvre. » Ce qui rend une telle prière nécessaire, c’est que les hommes sont entièrement mal disposés à obéir ; et à moins que Dieu n’interpose l’influence de son Esprit, pas un homme sur la terre n’obéira jamais aux commandements de Dieu.

Un « réveil religieux » suppose un déclin. Presque toute la religion qui existe dans le monde a été produite par des réveils. Dieu a jugé nécessaire de tirer parti de l’excitabilité qui est dans le genre humain, pour produire parmi les hommes de puissantes excitations, avant de pouvoir les amener à obéir. Les hommes sont si spirituellement engourdis, il y a tant de choses pour détourner leur esprit de la religion et pour s’opposer à l’influence de l’Évangile, qu’il est nécessaire de susciter parmi eux une excitation, jusqu’à ce que la marée monte assez haut pour emporter les obstacles qui s’y opposent. Il faut qu’ils soient émus au point de rompre ces influences contraires, avant qu’ils obéissent à Dieu. Non que le sentiment excité soit la religion, car il ne l’est pas ; mais ce sont le désir, l’appétit et le sentiment excités qui empêchent la religion. La volonté est, en un sens, asservie par les désirs charnels et mondains. Il est donc nécessaire de réveiller les hommes au sentiment de leur culpabilité et de leur danger, et de produire ainsi une excitation de sentiments et de désirs contraires qui brise la puissance du désir charnel et mondain et laisse la volonté libre d’obéir à Dieu.

Considérez l’histoire des Juifs, et vous verrez que Dieu maintenait la religion parmi eux par des occasions spéciales, où il se produisait une grande excitation, et où le peuple revenait au Seigneur. Et après qu’ils avaient été ainsi ranimés, il ne s’écoulait que peu de temps avant que tant d’influences contraires s’exercent sur eux que la religion déclinait, et continuait de décliner, jusqu’à ce que Dieu eût le temps — pour ainsi dire — de les convaincre de péché par son Esprit et de les reprendre par sa providence, et de gagner ainsi l’attention des masses au grand sujet du salut, au point de produire un vaste éveil de l’intérêt religieux, et par conséquent un réveil de la religion. Puis les causes contraires agissaient de nouveau, la religion déclinait, et la nation était entraînée dans le tourbillon du luxe, de l’idolâtrie et de l’orgueil.

Il y a si peu de principes dans l’Église, si peu de fermeté et de constance dans les desseins, qu’à moins que les sentiments religieux ne soient éveillés et maintenus en éveil, les sentiments et l’excitation contraires du monde l’emporteront, et les hommes n’obéiront pas à Dieu. Ils ont si peu de connaissance, et leurs principes sont si faibles, qu’à moins d’être émus, ils s’écarteront du chemin du devoir, et ne feront rien pour avancer la gloire de Dieu. L’état du monde est encore tel, et le sera probablement jusqu’à ce que le millénium soit pleinement venu, que la religion doit être avancée principalement au moyen de réveils. Combien de temps et combien de fois n’a-t-on pas tenté l’expérience d’amener l’Église à agir constamment pour Dieu, sans ces excitations périodiques ! Beaucoup d’hommes de bien ont pensé, et pensent encore, que la meilleure manière d’avancer la religion est d’aller d’un pas uniforme, et de rassembler les impies peu à peu, et sans excitation. Mais quelque solide que ce raisonnement puisse paraître dans l’abstrait, les faits en démontrent la vanité. Si l’Église était assez avancée en connaissance, et avait assez de fermeté de principes pour rester éveillée, une telle méthode suffirait ; mais l’Église est si peu éclairée, et il y a tant de causes contraires, qu’elle ne se mettra pas à l’œuvre avec constance sans qu’un intérêt particulier soit éveillé. À mesure que le millénium s’avancera, il est probable que ces excitations périodiques deviendront inconnues. Alors l’Église sera éclairée, les causes contraires seront ôtées, et l’Église entière sera dans un état d’obéissance habituelle et constante à Dieu. L’Église entière se tiendra prête à recevoir l’esprit de l’enfant et à le cultiver pour Dieu. Les enfants seront instruits selon la voie qu’ils doivent suivre, et il n’y aura plus de tels torrents de mondanité, de mode et de convoitise pour emporter la piété de l’Église dès que l’excitation d’un réveil se retire.

Il est très désirable qu’il en soit ainsi. Il est très désirable que l’Église poursuive sa marche avec constance dans l’obéissance, sans ces excitations. De telles excitations risquent de nuire à la santé. Notre système nerveux est ainsi fait que toute excitation puissante, si elle se prolonge, ruine notre santé et nous rend impropres au devoir. Si la religion doit jamais exercer une influence pénétrante dans le monde, il ne peut en être ainsi ; il faut en finir avec cette religion spasmodique. Alors elle n’aura plus de raison d’être. Les chrétiens ne dormiront plus la plus grande partie du temps, pour se réveiller de loin en loin, se frotter les yeux, s’agiter en tous sens, crier un moment, et se rendormir. Alors il ne sera plus nécessaire que les pasteurs s’épuisent et se tuent à force d’efforts pour refouler le flot d’influence mondaine qui se jette sur l’Église. Mais l’état du monde chrétien est encore tel, qu’espérer avancer la religion sans excitations est contraire à toute philosophie et absurde. Les grandes excitations politiques et autres excitations mondaines qui agitent la chrétienté sont toutes hostiles à la religion, et détournent l’esprit des intérêts de l’âme. Or ces excitations ne peuvent être contrebalancées que par des excitations religieuses. Et tant qu’il n’y aura pas dans le monde assez de principe religieux pour abattre les excitations irréligieuses, il est vain d’essayer d’avancer la religion autrement que par des excitations contraires. Cela est vrai en philosophie, et c’est un fait historique.

Il est tout à fait improbable que la religion fasse jamais des progrès parmi les nations païennes, sinon par l’influence des réveils. On tente maintenant de le faire par l’éducation et par d’autres améliorations prudentes et graduelles. Mais tant que les lois de l’esprit resteront ce qu’elles sont, cela ne peut se faire de cette manière. Il faut une excitation suffisante pour réveiller les facultés morales endormies, et refouler la marée de la dégradation et du péché. Et dans la mesure exacte où notre propre pays se rapproche du paganisme, il est impossible à Dieu ou à l’homme d’avancer la religion dans un tel état de choses, autrement que par de puissantes excitations. Cela ressort du fait que c’est toujours ainsi que Dieu l’a fait. Dieu ne crée pas ces excitations, et ne choisit pas cette méthode pour avancer la religion, pour rien ou sans raison. Là où les hommes sont si peu disposés à obéir à Dieu, ils n’agiront pas tant qu’ils ne seront pas émus. Combien n’y en a-t-il pas, par exemple, qui savent qu’ils devraient avoir de la religion, mais qui craignent, s’ils deviennent pieux, d’être la risée de leurs compagnons ! Beaucoup sont attachés à leurs idoles ; d’autres remettent leur repentance à plus tard, jusqu’à ce qu’ils soient établis dans la vie, ou jusqu’à ce qu’ils se soient assuré quelque intérêt mondain qui leur tient à cœur. De telles personnes ne renonceront jamais à leur fausse honte, ni n’abandonneront leurs projets ambitieux, tant qu’elles ne seront pas tellement émues par le sentiment de leur culpabilité et de leur danger qu’elles ne puissent plus se contenir.

Ces remarques ne sont destinées qu’à servir d’introduction au discours. Je vais maintenant aborder mon dessein principal, et montrer :

I. Ce qu’un réveil religieux n’est pas ;

II. Ce qu’il est ; et

III. Les agents employés pour le favoriser.

I. UN RÉVEIL RELIGIEUX N’EST PAS UN MIRACLE.

1. On a généralement défini le miracle comme une intervention divine qui met de côté ou suspend les lois de la nature. Un réveil n’est pas un miracle en ce sens. Toutes les lois de la matière et de l’esprit demeurent en vigueur. Elles ne sont ni suspendues ni mises de côté dans un réveil.

2. Ce n’est pas un miracle selon une autre définition du mot miracle — une chose qui dépasse les forces de la nature. Il n’y a rien dans la religion qui dépasse les forces ordinaires de la nature. Elle consiste entièrement dans le bon exercice des forces de la nature. Elle n’est que cela, et rien d’autre. Quand les hommes deviennent religieux, ils ne sont pas rendus capables de déployer des efforts qu’ils étaient auparavant incapables de déployer. Ils ne font qu’exercer d’une autre manière les facultés qu’ils avaient déjà, et les employer pour la gloire de Dieu.

3. Ce n’est pas un miracle, ni une chose qui dépende d’un miracle, en aucun sens. C’est un résultat purement philosophique du bon emploi des moyens établis — tout autant que n’importe quel autre effet produit par l’application de moyens. Il peut y avoir un miracle parmi ses causes antécédentes, ou il peut n’y en avoir pas. Les apôtres employaient les miracles simplement comme un moyen d’attirer l’attention sur leur message et d’en établir l’autorité divine. Mais le miracle n’était pas le réveil. Le miracle était une chose ; le réveil qui le suivait en était une tout autre. Les réveils du temps des apôtres étaient liés à des miracles, mais ils n’étaient pas des miracles.

J’ai dit qu’un réveil est le résultat du bon emploi des moyens appropriés. Les moyens que Dieu a prescrits pour produire un réveil ont sans doute une tendance naturelle à le produire. Sinon Dieu ne les aurait pas prescrits. Mais les moyens ne produiront pas un réveil, nous le savons tous, sans la bénédiction de Dieu. Pas plus que le grain, une fois semé, ne produira une récolte sans la bénédiction de Dieu. Il nous est impossible de dire qu’il n’y a pas une influence ou une action de Dieu aussi directe pour produire une récolte de grain que pour produire un réveil. Que sont les lois de la nature selon lesquelles on suppose que le grain donne une récolte ? Elles ne sont rien d’autre que la manière établie dont Dieu opère. Dans la Bible, la parole de Dieu est comparée au grain, la prédication à la semence qu’on répand, et les résultats à la levée et à la croissance de la moisson. Et le résultat est tout aussi philosophique dans un cas que dans l’autre, et tout aussi naturellement lié à sa cause ; ou, plus exactement, un réveil est un résultat aussi naturel de l’emploi des moyens appropriés qu’une récolte l’est de l’emploi des moyens qui lui sont propres. Il est vrai que la religion n’appartient pas proprement à la catégorie de la cause et de l’effet ; mais bien qu’elle ne soit pas causée par des moyens, elle a pourtant son occasion, et peut résulter de son occasion aussi naturellement et aussi sûrement qu’une récolte de sa cause.

Je désire que cette idée s’imprime dans tous vos esprits, car il règne depuis longtemps l’idée que l’avancement de la religion a en soi quelque chose de très particulier, qui ne doit pas être jugé d’après les règles ordinaires de la cause et de l’effet ; bref, qu’il n’y a aucun lien entre les moyens et le résultat, et aucune tendance des moyens à produire l’effet. Aucune doctrine n’est plus dangereuse que celle-là pour la prospérité de l’Église, et rien n’est plus absurde.

Supposez qu’un homme aille prêcher cette doctrine parmi des fermiers, au sujet de leurs semailles. Qu’il leur dise que Dieu est souverain, et qu’il ne leur donnera une récolte que lorsqu’il lui plaira ; que labourer, planter et travailler comme s’ils s’attendaient à obtenir une récolte, c’est très mal, c’est ôter l’œuvre des mains de Dieu, c’est porter atteinte à sa souveraineté et marcher dans leur propre force ; et qu’il n’y a entre les moyens et le résultat aucun lien sur lequel ils puissent compter. Et maintenant, supposez que les fermiers croient une telle doctrine. Eh bien, ils feraient mourir le monde de faim.

C’est exactement ce qui arrivera si l’Église se laisse persuader que l’avancement de la religion relève de la souveraineté divine d’une manière si mystérieuse qu’il n’y a aucun lien naturel entre les moyens et la fin. Quels en sont les résultats ? Eh bien, génération après génération est descendue en enfer. Sans doute plus de cinq mille millions sont descendus en enfer, tandis que l’Église rêvait et attendait que Dieu les sauve sans l’emploi de moyens. Cela a été le moyen le plus efficace du diable pour perdre les âmes. Le lien est aussi évident en religion que lorsque le fermier sème son grain.

Il est un fait, sous le gouvernement de Dieu, digne de l’attention de tous et d’un souvenir éternel : c’est que les choses les plus utiles et les plus importantes s’obtiennent le plus aisément et le plus sûrement par l’emploi des moyens appropriés. C’est évidemment un principe de l’administration divine. Ainsi, toutes les nécessités de la vie s’obtiennent avec une grande certitude par l’emploi des moyens les plus simples. Les choses de luxe sont plus difficiles à obtenir ; les moyens de se les procurer sont plus compliqués et moins sûrs dans leurs résultats ; tandis que les choses absolument nuisibles et vénéneuses, comme l’alcool et autres semblables, ne s’obtiennent souvent qu’en torturant la nature et en recourant à une sorte de sorcellerie infernale pour se procurer cette abomination qui donne la mort. Ce principe se vérifie dans le gouvernement moral ; et comme les bénédictions spirituelles sont d’une importance suprême, nous devons nous attendre à ce que leur obtention soit liée avec une grande certitude à l’emploi des moyens appropriés ; et c’est bien ce que nous trouvons ; et je crois fermement que, si l’on pouvait connaître les faits, on trouverait que, lorsque les moyens établis ont été employés comme il convient, les bénédictions spirituelles ont été obtenues avec plus de régularité que les biens temporels.

II. JE DOIS MONTRER CE QU’EST UN RÉVEIL.

C’est le renouvellement du premier amour des chrétiens, qui aboutit à l’éveil et à la conversion des pécheurs à Dieu. Au sens populaire, un réveil religieux dans une localité, c’est le réveil, la vivification et le relèvement de l’Église plus ou moins rétrograde, et l’éveil plus ou moins général de toutes les classes, qui assure l’attention aux droits de Dieu.

Il suppose que l’Église est tombée dans un état de rétrogradation, et un réveil consiste dans le retour d’une Église de ses égarements, et dans la conversion des pécheurs.

1. Un réveil comprend toujours la conviction de péché de la part de l’Église. Ceux qui font profession de religion, quand ils ont rétrogradé, ne peuvent se réveiller et se mettre aussitôt au service de Dieu sans de profonds examens de cœur. Il faut que les sources du péché soient brisées. Dans un vrai réveil, les chrétiens sont toujours amenés sous de telles convictions ; ils voient leurs péchés sous un tel jour que souvent il leur est impossible de garder l’espérance d’être agréés de Dieu. Cela ne va pas toujours jusque-là ; mais il y a toujours, dans un réveil authentique, de profondes convictions de péché, et souvent des cas où l’on abandonne toute espérance.

2. Les chrétiens rétrogrades seront amenés à la repentance. Un réveil n’est rien d’autre qu’un nouveau commencement d’obéissance à Dieu. Tout comme dans le cas du pécheur converti, le premier pas est une profonde repentance, un brisement du cœur, un abaissement dans la poussière devant Dieu, avec une profonde humilité, et l’abandon du péché.

3. La foi des chrétiens sera renouvelée. Tant qu’ils sont dans leur état de rétrogradation, ils sont aveugles sur l’état des pécheurs. Leurs cœurs sont durs comme le marbre. Les vérités de la Bible ne leur apparaissent que comme un songe. Ils admettent que tout cela est vrai ; leur conscience et leur jugement y consentent ; mais leur foi ne le voit pas se détacher en relief, dans toutes les réalités brûlantes de l’éternité. Mais quand ils entrent dans un réveil, ils ne voient plus les hommes comme des arbres qui marchent ; ils voient les choses dans cette vive lumière qui renouvellera dans leurs cœurs l’amour de Dieu. Cela les portera à travailler avec zèle pour amener d’autres âmes à lui. Ils seront affligés que d’autres n’aiment pas Dieu, alors qu’eux-mêmes l’aiment tant. Et ils s’appliqueront avec émotion à persuader leurs voisins de lui donner leur cœur. Ainsi leur amour pour les hommes sera renouvelé. Ils seront remplis d’un amour tendre et brûlant pour les âmes. Ils auront un ardent désir du salut du monde entier. Ils seront dans l’angoisse pour les personnes qu’ils voudraient voir sauvées — leurs amis, leurs parents, leurs ennemis. Non seulement ils les presseront de donner leur cœur à Dieu, mais ils les porteront à Dieu dans les bras de la foi, et, avec de grands cris et avec larmes, ils supplieront Dieu d’avoir pitié d’eux et de sauver leurs âmes des flammes éternelles.

4. Un réveil brise la puissance du monde et du péché sur les chrétiens. Il les place sur un terrain si avantageux qu’ils reçoivent une impulsion nouvelle vers le ciel. Ils ont un nouvel avant-goût du ciel, et de nouveaux désirs d’union avec Dieu ; le charme du monde est rompu, et la puissance du péché vaincue.

5. Quand les Églises sont ainsi réveillées et réformées, la réforme et le salut des pécheurs suivront, en passant par les mêmes étapes de conviction, de repentance et de réforme. Leurs cœurs seront brisés et changés. Très souvent les débauchés les plus perdus sont au nombre de ceux qui en sont l’objet. Prostituées, ivrognes, incrédules, et toutes sortes de gens perdus, sont réveillés et convertis. Les pires d’entre les humains sont attendris, relevés, et deviennent d’aimables exemples de la beauté de la sainteté.

III. JE DOIS CONSIDÉRER LES AGENTS EMPLOYÉS POUR FAIRE AVANCER UN RÉVEIL RELIGIEUX.

Ordinairement, trois agents sont employés dans l’œuvre de la conversion, avec un instrument. Les agents sont Dieu, — une personne qui fait porter la vérité sur l’esprit, — et le pécheur lui-même. L’instrument est la vérité. Il y a toujours deux agents, Dieu et le pécheur, employés et actifs dans tout cas de conversion authentique.

1. L’action de Dieu est double : par sa providence et par son Esprit.

(1.) Par son gouvernement providentiel, il dispose les événements de manière à mettre en contact l’esprit du pécheur et la vérité. Il amène le pécheur là où la vérité parvient à ses oreilles ou à ses yeux. Il est souvent intéressant de suivre la manière dont Dieu dispose les événements pour arriver à ce but, et comment il fait parfois que tout semble favoriser un réveil. Le temps qu’il fait, l’état de la santé publique et d’autres circonstances concourent à rendre toutes choses exactement propres à favoriser l’application de la vérité avec la plus grande efficacité possible. Comme il envoie parfois un pasteur au moment même où l’on a besoin de lui ! Comme il fait ressortir une vérité particulière juste au moment où la personne qu’elle doit atteindre se trouve là pour l’entendre !

(2.) L’action particulière de Dieu par son Saint-Esprit. Ayant un accès direct à l’esprit, et connaissant infiniment bien toute l’histoire et tout l’état de chaque pécheur, il emploie la vérité la mieux adaptée à son cas particulier, puis la fait pénétrer avec une puissance divine. Il lui donne une telle vivacité, une telle force et une telle puissance que le pécheur tremble, jette ses armes de rébellion, et se tourne vers le Seigneur. Sous son influence, la vérité brûle et se fraie un chemin comme le feu. Il fait ressortir la vérité sous de tels aspects qu’elle écrase l’homme le plus orgueilleux sous le poids d’une montagne. Si les hommes étaient disposés à obéir à Dieu, la vérité est donnée assez clairement dans la Bible ; et la prédication pourrait leur apprendre tout ce qu’il leur est nécessaire de savoir. Mais parce qu’ils sont entièrement opposés à y obéir, Dieu l’éclaircit devant leur esprit et répand sur leur âme un flot de lumière convaincante qu’ils ne peuvent soutenir ; ils y cèdent, ils obéissent à Dieu, et ils sont sauvés.

2. L’action des hommes est ordinairement employée. Les hommes ne sont pas de simples instruments entre les mains de Dieu. La vérité est l’instrument. Le prédicateur est un agent moral dans cette œuvre ; il agit ; il n’est pas un simple instrument passif ; il travaille volontairement à la conversion des pécheurs.

3. L’action du pécheur lui-même. La conversion d’un pécheur consiste en ce qu’il obéit à la vérité. Il est donc impossible qu’elle ait lieu sans son action, car elle consiste en ce qu’il agit, lui, comme il faut. Il y est amené par l’action de Dieu et par l’action des hommes. Les hommes agissent sur leurs semblables, non seulement par le langage, mais par leurs regards, leurs larmes, leur conduite de chaque jour. Voyez cet homme impénitent qui a une femme pieuse. Ses regards mêmes, sa tendresse, sa dignité grave et compatissante, adoucie et façonnée à l’image du Christ, sont pour lui une prédication continuelle. Il est obligé de détourner sa pensée, tant c’est pour lui un reproche. Il entend un sermon résonner à ses oreilles tout le long du jour.

Les hommes ont coutume de lire sur le visage de leurs voisins. Les pécheurs lisent souvent l’état d’âme d’un chrétien dans ses yeux. Si ses yeux sont pleins de légèreté, ou de soucis et de calculs mondains, les pécheurs le lisent. S’ils sont pleins de l’Esprit de Dieu, les pécheurs le lisent ; et souvent ils sont amenés à la conviction rien qu’en voyant le visage des chrétiens.

Quelqu’un entra un jour dans une fabrique pour en voir les machines. Son esprit était grave, car il venait d’un endroit où il y avait un réveil. Les gens qui travaillaient là le connaissaient tous de vue, et savaient qui il était. Une jeune fille qui était à l’ouvrage le vit, chuchota à sa compagne quelque remarque frivole, et se mit à rire. Le visiteur s’arrêta et la regarda avec un sentiment de tristesse. Elle s’arrêta ; son fil se rompit, et elle était si agitée qu’elle ne put le rattacher. Elle regarda par la fenêtre pour se remettre, puis essaya de nouveau ; encore et encore elle s’efforça de reprendre possession d’elle-même. Enfin elle s’assit, vaincue par ses sentiments. Le visiteur s’approcha alors et lui parla ; elle manifesta bientôt un profond sentiment de son péché. Le sentiment se répandit dans l’établissement comme le feu, et en quelques heures presque toutes les personnes qui y étaient employées se trouvèrent sous la conviction de péché, à tel point que le propriétaire, bien qu’homme du monde, en fut stupéfait, et demanda qu’on arrêtât les machines pour tenir une réunion de prière ; car, disait-il, il était bien plus important que ces gens fussent convertis que de voir marcher la fabrique. Et en peu de jours, le propriétaire et presque toutes les personnes employées dans l’établissement furent, selon toute espérance, convertis. Le regard de cet homme, son visage grave, sa compassion, reprirent la légèreté de la jeune fille et l’amenèrent à la conviction de péché ; et tout ce réveil sortit, probablement en grande partie, d’un si petit incident.

Si les chrétiens éprouvent eux-mêmes de profonds sentiments au sujet de la religion, ils produiront de profonds sentiments partout où ils iront. Et s’ils sont froids, ou légers et frivoles, ils détruisent inévitablement tout sentiment profond, même chez les pécheurs réveillés.

J’ai connu autrefois le cas d’une personne qui était très inquiète de son âme ; mais un jour je fus affligé de trouver que ses convictions semblaient avoir entièrement disparu. Je lui demandai ce qu’elle avait fait. Elle me dit qu’elle avait passé l’après-midi en tel endroit, parmi des personnes faisant profession de religion, sans penser que passer un après-midi avec des professants dissiperait ses convictions. Mais ils étaient frivoles et vains, et c’est ainsi que ses convictions se perdirent. Et sans doute ces professants, par leur folie, perdirent une âme, car ses convictions ne revinrent pas.

L’Église a le devoir d’employer les moyens pour la conversion des pécheurs. On ne peut proprement dire que les pécheurs emploient les moyens pour leur propre conversion. C’est l’Église qui emploie les moyens. Ce que font les pécheurs, c’est se soumettre à la vérité ou y résister. C’est une erreur des pécheurs de penser qu’ils emploient des moyens pour leur propre conversion. Toute la tendance d’un réveil, et tout ce qui s’y rapporte, a pour but de présenter la vérité à votre esprit, pour que vous y obéissiez ou que vous y résistiez.

REMARQUES.

1. On regardait autrefois les réveils comme des miracles. Et quelques-uns les ont regardés ainsi même de nos jours. D’autres en ont des idées si vagues et si peu satisfaisantes que, s’ils voulaient seulement réfléchir, ils en verraient l’absurdité. Longtemps l’Église a supposé qu’un réveil était un miracle, une intervention de la puissance divine à laquelle elle n’avait aucune part, et qu’elle n’avait pas plus de pouvoir de produire que le tonnerre, une averse de grêle ou un tremblement de terre. Il n’y a que peu d’années que les pasteurs en général ont pensé que les réveils devaient être favorisés par l’emploi de moyens spécialement conçus et adaptés à cette fin. Même en Nouvelle-Angleterre, on a supposé que les réveils venaient exactement comme les averses, tantôt dans une ville, tantôt dans une autre, et que les pasteurs et les Églises ne pouvaient rien faire de plus pour les produire que pour faire tomber la pluie sur leur propre ville quand elle tombe sur une ville voisine.

On supposait autrefois qu’un réveil viendrait environ une fois tous les quinze ans, que tous ceux que Dieu avait l’intention de sauver seraient alors convertis, et qu’il faudrait ensuite attendre qu’une autre génération vînt à paraître sur la scène de la vie. Finalement, le délai fut ramené à cinq ans, et l’on supposa qu’il pourrait y avoir un réveil à peu près aussi souvent.

J’ai entendu rapporter un fait concernant l’un de ces pasteurs qui supposaient que les réveils pouvaient venir environ une fois tous les cinq ans. Il y avait eu un réveil dans son assemblée. L’année suivante, il y eut un réveil dans une ville voisine ; il y alla prêcher et y resta plusieurs jours, jusqu’à ce que toute son âme fût engagée dans l’œuvre. Il rentra chez lui le samedi, et entra dans son cabinet pour préparer le sabbat. Et son âme était dans l’angoisse. Il pensait au nombre d’adultes qui, dans son assemblée, étaient ennemis de Dieu — tant de personnes encore non converties — tant de personnes qui meurent chaque année — telle proportion d’entre elles non converties — si un réveil ne vient pas d’ici cinq ans, tant de chefs de famille adultes seront en enfer. Il mit ses calculs sur le papier, et les incorpora à son sermon du lendemain, le cœur saignant à ce tableau effrayant. À ce que j’ai compris, il ne le fit pas dans l’attente d’un réveil, mais il le sentit profondément et répandit son cœur devant son peuple. Et ce sermon réveilla quarante chefs de famille, et un puissant réveil suivit ; et ainsi sa théorie d’un réveil tous les cinq ans vola tout entière en éclats.

C’est ainsi que Dieu a renversé, d’une manière générale, la théorie selon laquelle les réveils seraient des miracles.

2. Des notions erronées sur la souveraineté de Dieu ont grandement entravé les réveils.

Beaucoup de gens se sont fait de la souveraineté de Dieu une idée très différente de ce qu’elle est. Ils l’ont imaginée comme une disposition si arbitraire des événements, et en particulier du don de son Esprit, qu’elle exclurait tout emploi raisonnable de moyens pour favoriser un réveil religieux. Mais rien dans la Bible ne prouve que Dieu exerce une souveraineté de ce genre. Il n’y a aucun fait pour le prouver. Tout, au contraire, montre que Dieu a lié les moyens à la fin dans tous les domaines de son gouvernement — dans la nature et dans la grâce. Il n’est aucun événement naturel auquel sa propre action ne prenne part. Il n’a pas construit la création comme une vaste machine qui marcherait toute seule sans qu’il s’en occupe davantage. Il ne s’est pas retiré de l’univers pour le laisser fonctionner par lui-même. C’est là pur athéisme. Il exerce une surveillance et une direction universelles. Et pourtant, tout événement dans la nature a été amené par des moyens. Il n’administre ni la providence ni la grâce avec cette sorte de souveraineté qui se dispense de l’emploi des moyens. Il n’y a pas plus de souveraineté dans l’une que dans l’autre.

Et pourtant certaines personnes s’alarment terriblement de tout effort direct pour favoriser un réveil, et elles s’écrient : « Vous essayez de susciter un réveil par vos propres forces. Prenez garde, vous empiétez sur la souveraineté de Dieu. Mieux vaut suivre le cours habituel des choses, et laisser Dieu donner un réveil quand il le jugera bon. Dieu est souverain, et il est très mal de votre part de tenter de susciter un réveil, simplement parce que vous pensez qu’un réveil est nécessaire. » C’est justement la prédication que veut le diable. Et les hommes ne sauraient faire plus efficacement l’œuvre du diable qu’en prêchant la souveraineté de Dieu comme une raison de ne pas faire d’efforts pour produire un réveil.

3. Vous voyez l’erreur de ceux qui commencent à penser que la religion peut être mieux avancée dans le monde sans réveils, et qui sont disposés à renoncer à tout effort pour produire des éveils religieux. Parce qu’il naît en certains cas des maux des grandes excitations religieuses, ils sont d’avis qu’il vaut mieux s’en passer entièrement. Cela ne peut pas être, et ne doit pas être. Il y a, c’est vrai, danger d’abus. Dans les grandes excitations religieuses, comme dans toutes les autres, il faut naturellement s’attendre à des maux accessoires plus ou moins grands. Mais ce n’est pas une raison pour y renoncer. Les meilleures choses sont toujours sujettes aux abus. De grands et nombreux maux sont nés des gouvernements providentiel et moral de Dieu. Mais ces perversions et ces maux prévus n’ont pas été jugés une raison suffisante pour y renoncer. Car l’établissement de ces gouvernements était, à tout prendre, ce qu’il y avait de mieux à faire pour produire la plus grande somme de bonheur. Il en est de même des réveils religieux : l’expérience montre que, dans l’état présent du monde, la religion ne peut être avancée dans une mesure considérable sans eux. Les maux dont on se plaint parfois, quand ils sont réels, sont accessoires, et de peu d’importance comparés à la somme de bien que produisent les réveils. L’Église ne doit pas admettre un seul instant l’idée qu’on peut renoncer aux réveils. Cette idée est grosse de tout ce qui menace les intérêts de Sion, elle est la mort de la cause des missions, et elle entraîne à sa suite la damnation du monde.

Enfin. — J’ai une proposition à vous faire, à vous qui êtes ici présents. Je n’ai pas commencé cette série de discours sur les réveils pour bâtir sur ce sujet une curieuse théorie de mon invention. Je ne voudrais pas dépenser mon temps et mes forces simplement pour vous donner des instructions, satisfaire votre curiosité et vous fournir un sujet de conversation. Je n’ai nullement l’idée de faire des sermons sur les réveils pour le plaisir d’en parler. Il n’entre pas dans mon dessein de prêcher de manière que vous puissiez dire à la fin : « Nous comprenons maintenant tout ce qui concerne les réveils », tandis que vous ne faites rien. Mais je désire vous poser une question. Pourquoi venez-vous entendre des discours sur les réveils ? Avez-vous l’intention, chaque fois que vous serez convaincus de votre devoir pour favoriser un réveil, de vous mettre à l’œuvre et de le pratiquer ?

Suivrez-vous les instructions que je vous donnerai d’après la parole de Dieu, et les mettrez-vous en pratique dans votre propre vie ? Les ferez-vous porter sur vos familles, vos connaissances, vos voisins, et dans toute la ville ? Ou bien passerez-vous l’hiver à apprendre des choses sur les réveils, sans rien faire pour eux ? Je désire que, à mesure que vous apprendrez quelque chose au sujet des réveils, vous le mettiez en pratique, et que vous vous mettiez à l’œuvre pour voir si vous ne pouvez pas favoriser un réveil parmi les pécheurs d’ici. Si vous ne voulez pas le faire, je désire que vous me le fassiez savoir dès le début, afin que je ne dépense pas mes forces en vain. Vous devez décider maintenant si vous le ferez ou non. Vous savez que nous appelons les pécheurs à décider sur-le-champ s’ils obéiront à l’Évangile. Et nous n’avons pas plus le droit de vous laisser prendre du temps pour délibérer si vous obéirez à Dieu que de le laisser aux pécheurs. Nous vous appelons à vous unir maintenant dans un engagement solennel envers Dieu, à faire votre devoir à mesure que vous apprendrez ce qu’il est, et à prier pour qu’il répande son Esprit sur cette Église et sur toute la ville cet hiver.

Page 1 / 1 · 29 min restantes dans le chapitre
Précédent Suivant