Chapitre 6 · 45 min de lecture · 59 min d’écoute
Le journal, troisième partie
L. W., frère respectable de Chillicothe, n’avait jamais entendu une femme prêcher, et y était fort opposé. On me confia une réunion ; et quand je montai à la chaire et commençai à lire le cantique pour ouvrir le culte, il me regarda un moment, puis se leva, sortit et resta dehors jusqu’à ce que j’eusse presque achevé le cantique ; alors il rentra, et je lui demandai de prier pour nous, mais il refusa. Je priai moi-même, après quoi je pris mon texte, et je sentis une grande liberté à parler, vraiment dans l’esprit. Après la réunion, il vint me serrer la main dans un esprit chrétien, et le lendemain il vint me confesser que ses préjugés avaient été si grands, si semblables à ceux de son père, qu’il n’avait pu s’unir à moi ; mais il croyait maintenant que Dieu ne fait point acception de personnes, et qu’une femme aussi bien qu’un homme, quand Dieu l’appelle, a le droit de prêcher. Il devint plus tard prédicateur autorisé, et nous nous quittâmes en paix. Je pris la diligence et partis pour Chillicothe ; mais il n’y avait dans la ville qu’une seule maison qui voulût s’ouvrir à moi, bien que j’eusse ma lettre de recommandation sur moi. Dès que cette amie entendit parler de moi, elle m’accueillit dans les liens chrétiens, et sa maison devint ma demeure, son mari étant un homme doué de qualités chrétiennes ; et je poursuivis ma mission en faisant la volonté de mon Père. Je parlai une fois dans la semaine et le sabbat après-midi, devant des salles combles ; c’était comme un camp-meeting, et vingt et une personnes tombèrent à la fois sous la puissance de Dieu ; après la prédication, nous les appelâmes à s’avancer pour qu’on priât pour elles ; quelques-unes trouvèrent la religion ce jour-là, d’autres le sabbat suivant, et le père L. W. devint l’un de mes meilleurs amis, et un ouvrier de l’œuvre. De vastes champs de travail s’ouvraient à ma vue, et je visitai gens de couleur et Blancs, et beaucoup se préoccupaient de la sanctification. Je restai environ six semaines avec eux, et pendant ce temps j’eus un entretien avec une dame qui m’apprit qu’elle avait reçu l’appel à prêcher l’Évangile éternel de Christ. Elle était presbytérienne de profession, et elle me dit qu’elle redoutait le gouvernement de l’Église. Mais le plus grand obstacle, c’était que son mari était déiste de profession ; elle me raconta aussi l’expérience par laquelle elle avait passé : c’était un cœur brisé et contrit. Dieu exauce les prières d’une telle suppliante ; mais elle ne pouvait goûter cette douce plénitude de la religion dans la situation où elle se trouvait, bien que très riche quant aux biens de ce monde ; sachant d’ailleurs que l’or et l’argent s’évanouiront, mais que la parole de Dieu subsistera à jamais. Et chez quelques-uns, le travail se fait sentir longtemps avant d’arriver à sa perfection. Nos sœurs méthodistes établirent une réunion de prière, et le peuple travailla dans l’unité de l’esprit, et beaucoup de bien se fit au nom du saint Enfant. Gloire à Dieu pour ce que mon cœur ressent tandis que je tiens la plume à la main ! Je sentis la paix de la conscience et quittai Chillicothe pour Hillsborough, afin d’assister à une assemblée trimestrielle de W. C., qui était ancien en ce lieu ; le gouverneur et sa famille, qui y résidaient, six personnes en tout, étaient tous méthodistes, et l’un des fils était prédicateur ; ils avaient l’esprit de chrétiens. Les administrateurs de l’église méthodiste nous ouvrirent leurs portes et nous donnèrent la liberté de tenir notre assemblée trimestrielle et notre agape dans leur église, et nous eûmes un bon temps. La plupart des amis me firent un petit don, dont je fus très reconnaissante ; après quoi je partis pour Cincinnati, où je parlai devant une nombreuse assemblée. Je m’arrêtai à Williamsport et parlai dans l’église méthodiste des Blancs devant une assemblée respectable. Je sentis de la liberté dans l’Esprit de Dieu, et nous en repartîmes vers le point du jour. Toute la nature semblait plongée dans le silence (hormis le gazouillis d’un petit oiseau.) À quelques perches de nous, une panthère poussa un cri très fort et soudain, mais nous ne pûmes la voir, le fourré étant épais des deux côtés de la route ; mais le bras invisible de Dieu nous garda de tout mal ; l’un des messieurs semblait tout habitué à les entendre. Nous arrivâmes sains et saufs à Cincinnati vers 11 heures ; l’ancien W. C. fut très généreux à me donner des réunions, les amis me témoignèrent beaucoup d’affection, et de grandes assemblées vinrent écouter. J’y demeurai quelque temps, me sentant grandement bénie dans mes faibles efforts. Le lendemain de mon arrivée, une de nos sœurs tomba malade, et j’eus le privilège de la visiter sur son lit de mort ; à sa dernière heure, elle me dit en présence d’autres personnes que sa paix était faite, leva les mains vers le ciel et nous dit qu’elle s’en allait. Telle fut la fin de sœur Crosby ; qui peut douter de cette parole certaine : c’est par la grâce que vous êtes sauvés ? Un mois ou plus auparavant, elle avait enterré une fille, membre de notre église ; avant de quitter le monde, celle-ci appela ses jeunes compagnes, leur fit promettre de la retrouver au ciel, puis ferma les yeux, triomphante dans la mort. Frère Crosby me chargea de la lourde tâche de prêcher leurs sermons funèbres, ce que je fis, faible ver que je suis, le sabbat matin. Les paroles de mon choix se trouvaient en Éphésiens 2, verset 8 :—« Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu », ce qui est à soi seul un sermon pour tous ceux qui croient—gloire à Dieu, Christ a vaincu le monde. Et pendant que je travaillais, bien des larmes furent versées, de joie et de douleur. Mais mieux vaut un jour dans la maison du Seigneur que mille sous les tentes de la méchanceté.
Un autre fait digne de remarque fut celui d’un jeune homme dont le cœur était au monde et aux affaires du monde, ou aux poursuites de la nature, et qui passait une bonne partie de ses sabbats à se divertir sur le Mississippi, luttant contre toutes les impressions de l’Esprit de grâce, jusqu’à ce que Dieu l’arrêtât par la lourde main de sa puissance, dans une maladie qui le cloua sur son lit de mort. Au bout de quelque temps, il commença à s’informer du chemin de Sion. Sa mère, elle aussi, était étrangère au sang de Jésus, mais elle désirait que je vinsse voir son fils ; on me conduisit à la maison, et je le trouvai semblable à un squelette. Je lui demandai s’il croyait en Christ et en sa toute-suffisance pour sauver ; il répondit que oui. Nous priâmes avec lui, et la puissance de Dieu se manifesta ; une femme blanche poussa un cri et faillit tomber à terre, mais elle lutta de toutes ses forces pour s’en empêcher. Et ce jour-là il reconnut que son Sauveur s’était réconcilié avec sa pauvre âme. Loué soit Dieu ! répondit mon âme. Il désira ensuite que je tinsse une réunion auprès de lui, avec autant de personnes que la chambre en pouvait contenir, ce que j’acceptai ; un jour et une nuit après, il quitta cette vie, et il avait demandé que je prêchasse son sermon funèbre à la maison avant que le cortège se mît en route pour le cimetière. Je parlai sur le chapitre 14, verset 13, et nous eûmes un temps solennel ; vous pouvez imaginer le poids de cette tâche importante, mais nous eûmes de la joie au milieu de la douleur, et ce fut la fin de James Thompson. Je laissai aussi sa sœur au dernier degré de la consomption, et elle confessa qu’elle était en grâce auprès du Seigneur. Ma visite achevée, je partis en bateau à vapeur pour Dayton. J’y parlai trois fois, et je m’efforçai de prêcher le salut tout entier, Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit. Les membres de l’Église de la Nouvelle Lumière nient la divinité de Christ. Je parlai une fois dans une grande demeure du docteur Esley, après quoi lui et sa femme partirent en voyage pour l’Indiana et désirèrent que je les accompagnasse, mais j’en fus empêchée par un engagement antérieur, devant assister à un camp-meeting à Cap-teen. De retour à Urbana, dans l’Ohio, je pris la diligence pour Springfield, et de là pour Columbus, et j’y parlai plusieurs fois. La classe de l’ancien comptait environ vingt membres ; un jeune homme et moi dirigeâmes la classe en 1829. L’ancien W. C. fixa un camp-meeting pour les gens de Cincinnati, et le frère de Cap-teen et le révérend évêque Brown tinrent une conférence, et nous eûmes un très grand camp-meeting, avec des manifestations d’un grand bien ; à la clôture de l’agape, trente-deux ou trente-trois personnes témoignèrent qu’elles avaient fait l’expérience de l’amour de Dieu. Les gens de couleur vinrent en force, et les prédicateurs prêchèrent avec puissance. Ma santé était fort ruinée pour avoir parlé si souvent et travaillé si durement, une forte fièvre minant mon organisme. On m’appela à parler à un camp-meeting ; je pus à peine accomplir la tâche, et je fus obligée de m’aliter (ayant aussi perdu l’appétit) dès que mon sermon fut terminé. Après quelque temps, mes amis particuliers me conduisirent en voiture à Mount Pleasant ; la journée était belle, mais la nuit, dans les bois, nous fûmes surpris par un terrible orage de tonnerre, de vent et de pluie ; toutefois, par la volonté de la Providence, j’échappai aux rigueurs du temps et m’arrêtai chez frère et sœur Hance ; après avoir été remise sur pied par les soins médicaux, je tins une réunion promise et commençai à visiter les malades de l’endroit, mais je fus arrêtée par une forte fièvre. On appela un médecin, et au point du jour j’avais perdu connaissance, tant la maladie était violente, ce qui obligea le médecin à me visiter deux et trois fois par jour ; c’était la fièvre bilieuse. Quand mon esprit me fut revenu et se fut calmé, j’eus la conviction que cela ne finirait pas par la mort cette fois-là. J’avais foi au Seigneur. Pendant onze jours, je vécus d’eau de riz et de bouillon de poulet sans sel, au bout desquels je sentis l’appétit revenir. J’avais été soumise à une forte salivation, qui fut une bénédiction pour amener la guérison. Au bout de quatre semaines, je pus sortir de cette maison, mais très faible ; mon argent s’épuisait ; je leur laissai sept dollars, espérant que le Seigneur les bénirait ; puis je retournai chez frère Hance, et j’y fus bien traitée. Je recommençai à prêcher, quoique très faible, et j’acceptai une réunion pour le sabbat dans l’église méthodiste épiscopale des Blancs, devant une assemblée de bonne tenue, à une dizaine de milles de là. Il fallut me porter jusqu’à la voiture dans une couverture et me ramener de même, et je fus bien soignée par frère et sœur Moor et leur famille ; que le Seigneur bénisse pour cela leur corbeille et leur huche ! L’ancien Jones m’invita à aller à Pittsburg pour essayer de reprendre un peu de forces, ce que j’acceptai, et je fus soignée avec bonté par frère Lewis et sa femme ; je profitai beaucoup de l’aide de leur médecin de famille, qu’il fit venir, au milieu des bénédictions de la Providence ; c’était en mai 1830. Je commençai alors à travailler parmi les âmes du peuple, qui sont précieuses. Ayant repris des forces de corps et d’esprit au cours de ma convalescence, je parlai à bon nombre d’amis de couleur sur la Colline, et ils étaient sur le point de bâtir une église pour le culte, car ils possédaient le terrain. Quand je fus en état de voyager, l’une des femmes de prédicateurs et un bon frère me conduisirent jusqu’à Washington, d’où je pris la diligence pour Mount Pleasant ; je travaillai pour eux, je pris part avec eux à une agape, et au bout de quelques jours je partis pour St. Clairsville et pour la localité suivante ; puis je pris la diligence pour Zanesville, continuant à travailler tout le long du circuit, et je me rendis ensuite à Columbus. Je fus invitée à assister à une assemblée trimestrielle à Urbana ; nous eûmes un temps fort profitable à nous tenir devant le Seigneur ; je suis dans la joie quand on me dit: Allons à la maison de l’Éternel! Après avoir essayé de me reposer quatre ou cinq semaines, un frère prédicateur, avec la veuve de frère Steward et moi, alla visiter les Indiens, car elle avait vécu neuf ans à Sandusky. Nous les entendîmes prêcher dans leur propre langue, mais je ne pouvais comprendre que lorsqu’il disait Jésus-Christ ou Dieu, et l’interprète était parti pour la conférence. Je leur parlai en anglais, je fus reçue dans une famille indienne, et fort aimablement, après quoi je secouai la poussière de mes pieds et les quittai en paix. Merci au Seigneur pour Urbana. L’ancien fixa un camp-meeting à Hillsborough ; il n’y eut pas de quoi s’en vanter ; après quoi je pris le chemin de Philadelphie. Frère Rains paya ma place en diligence jusqu’à Springfield ; là, je m’efforçai de parler à une petite assemblée très tranquille ; de là à Columbus, où je payai sept dollars et demi, et je partis pour Wheeling ; je m’arrêtai à un camp-meeting à la demande des amis de Wheeling, mais il semblait que le lingot d’or et le manteau de Babylone fussent là, car la roue ne pouvait tourner ; car Christ dit : Je ne pouvais faire beaucoup de miracles à cause de votre incrédulité ; le diable était à l’œuvre, mais le Seigneur était au-dessus.
Je parlai à Wilkesbarre à des Blancs et à des gens de couleur, baptistes et méthodistes, et je fus invitée à prêcher l’après-midi ; j’eus de bonnes assemblées, et des larmes de contrition se voyaient en bien des endroits. J’avais la vie et la liberté. Je visitai ensuite Wheeling, m’y arrêtai quelques jours et y travaillai plusieurs fois, ce qui fut grandement béni, et l’ancien organisa une nouvelle classe de vingt et un jeunes gens ; un frère et moi la dirigeâmes la première fois, et ils semblaient pleins de zèle. Mais au bout de quelques mois, la sévérité des lois mit fin à leurs privilèges religieux, lesquels sont un honneur pour tout peuple, tandis que le péché est la honte de toute nation. Je payai alors 10 $ et pris passage pour Hagerstown. Ma santé était mauvaise. Les passagers étaient trois dames blanches, membres de l’Église épiscopale, et un vieux monsieur (un déiste) de 73 ans, qui dénigrait la religion, jusqu’à ce que je lui dise que Salomon parlait d’un homme de 70 ans qu’il appelait un insensé,—et je l’exhortai à se convertir ; car le nom de Dieu est digne d’être loué par tous les êtres intelligents. J’ai trouvé en lui un refuge au jour de la détresse. Nous arrivâmes à Hagerstown en huit ou dix jours. Nous avions là une maison de réunion. J’y rencontrai l’ancien, Joseph Harper, et le diacre John Cornish. Nous eûmes de bonnes réunions ; une visite du Saint-Esprit. La maison était comble, et plusieurs centaines de pécheurs furent frappés au cœur,—des rétrogrades furent ramenés—et des croyants édifiés sur leur très sainte foi. Loué soit Dieu pour tant de grâces ! Je parlai devant une très respectable assemblée de Blancs, à environ onze milles de là.
« Allez, prêchez mon Évangile, dit le Seigneur,
Que le monde entier reçoive ma grâce ;
Qui se fie à ma parole sera sauvé,
Qui refuse de croire sera condamné. »
Je pris ensuite passage pour Fredericktown. La société était petite, mais disposée à soutenir l’Évangile de Christ. Nous tenions nos réunions dans une grande chambre haute d’un bâtiment ; l’assemblée se composait de Blancs et de gens de couleur. Je sentis la vie et la liberté, et un accroissement de mes travaux. En une dizaine de jours, des pécheurs furent réveillés—des rétrogrades ramenés—et des croyants édifiés sur leur très sainte foi. Les prédicateurs blancs menacèrent de les exclure de leur Église pour être allés à l’Église épiscopale méthodiste africaine. Je pensai que, la guerre commencée, il était temps de fuir. Oh ! quel préjugé et quelle stupidité : car l’amour est l’accomplissement de la loi.
Nous avions eu là, des années auparavant, un reste de notre Connexion venu de Virginie ; mais à la suite de querelles entre eux, le propriétaire de l’église la leur reprit, éleva une cheminée au milieu de la maison et la loua à différentes familles pour y habiter. Il alla aussi dans l’enclos, renversa d’un coup de pied les planches qui marquaient la tête et le pied des tombes, les nivela et fit un jardin du cimetière. Mais le Seigneur le frappa jusqu’à la mort, et il fut enterré un jour ou deux avant mon arrivée à Frederick-town.
Mais Dieu a un peuple partout ; un reste qui n’a point fléchi le genou devant Baal. Un frère luthérien (pasteur) intercéda en leur faveur (l’église étant mise en vente), et, recevant cent dollars des mains des administrateurs, la racheta pour eux ; un titre de propriété en bonne forme fut établi au nom des administrateurs, et l’ancien en prit la charge. Voilà ce que fait la grâce qui délivre.
« Dieu suit des voies mystérieuses
Pour accomplir ses merveilles ;
Il pose ses pas sur la mer
Et chevauche la tempête. »
Je partis ensuite pour la ville de Washington ; je pris place dans la diligence vers 1 heure de l’après-midi, et j’arrivai vers 1 heure du matin ; le commis du bureau me conduisit chez une très respectable famille de couleur (celle de M. Adam), qui me reçut avec bonté et continua de le faire ; mais je rencontrai en ce lieu mon adversaire, qui s’efforça d’arrêter ma mission de prédication ; mais le droit l’emporte sur la force. L’évêque Allen, homme de renom dont le cœur abondait en grâce, envoya une lettre à son gendre, qui résidait en ce lieu, pour qu’il intercédât en ma faveur pendant mon séjour, ce qu’il fit. À vrai dire, le chemin parut d’abord quelque peu obscur. Je vis des réveils parmi les membres ; bien que l’assemblée fût petite, le Seigneur me suscita parmi eux quantité d’amis, car Dieu est tout en tous. L’ancien en charge demeura invisible jusqu’au dernier sabbat que je passai là. Il prêcha le matin, mais j’eus honte de sa conduite envers moi, dictée par le préjugé, alors qu’il était un homme influent pour le peuple. Lecteur, juge par toi-même. Mais mon Dieu me donna une part et un lot dans cette affaire, en disant : « Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups, ne craignez point :—Et voici, je suis avec vous tous les jours ;—jusqu’à la fin du monde. » Loué soit Dieu pour ses promesses qui demeurent ! Quelques jours après, je partis en diligence pour Baltimore. Une partie du trajet se fit en chemin de fer. Voyage agréable ; j’arrivai saine et sauve à Baltimore, et je louai la voiture d’un homme de couleur, qui me conduisit chez Mme A. H., envers qui je me sentirai toujours redevable ; car elle et sa famille furent parmi mes amis les plus chaleureux. En vérité, je dois le dire : « le Seigneur se souvint de moi quand j’étais au plus bas. » L’ancien et les prédicateurs de Baltimore, d’un commun accord, me donnèrent des réunions, et nous eûmes des assemblées prospères. Nous avions là une femme qui parlait en public et qui semblait pleine de zèle. Je demandai la permission de la faire monter avec moi en chaire, ce qui fut accordé, et elle parla beaucoup dans l’esprit de Dieu—ce qui fut accompagné de puissance, car c’était une femme de Dieu, d’un maintien plein de grâce et d’une intelligence très juste des Écritures ; et tous furent très contents d’elle. Elle était institutrice à l’école du sabbat, où elle saisissait souvent l’occasion d’étendre son utilité en parlant pour la cause de Dieu, ce pour quoi elle souffrit beaucoup d’opposition, même de la part de son mari ; bien qu’il fût prédicateur de l’Évangile, elle traversa de rudes épreuves. Je quittai ensuite Baltimore pour Philadelphie, ma ville, et trouvai tous mes amis en bonne santé ; mon fils unique aussi se portait bien, et il était resté chez le révérend évêque Allen, où je l’avais laissé avant mon départ. Après une absence de deux ans et six mois, je trouvai l’évêque Allen en très mauvaise santé ; mais il avait toujours veillé avec un intérêt infatigable au bien de mon fils, l’envoyant à l’école et le faisant progresser de diverses manières dans son instruction ; il en avait tiré des progrès considérables, ce qui me donna une grande tranquillité d’esprit ; une seule chose manquait, c’était un métier. Mais enfin le révérend évêque approcha de plus en plus du moment de son départ,—et auparavant il s’intéressa beaucoup au bien de mon fils pour lui faire apprendre un métier ; mais comme c’était l’hiver de 1830, il résolut de le garder jusqu’au printemps ; mais le révérend évêque, arrivé au bord du temps, quitta cette vie le 26 mars 1831, après avoir vu 72 années dans un monde d’affliction. Aussitôt après, je plaçai mon fils chez un monsieur français, chez qui il resta et apprit le métier d’ébéniste dans cette ville. Voilà comment je me suis tirée d’affaire, après avoir fait apprendre un métier à mon fils. Je me sentais vraiment comme une pauvre pèlerine, errant à travers ce monde si vaste ; obligée de voyager parmi des étrangers, et pauvre et dénuée de tout, je fus durement tentée. Mon argent était parti, ma santé était partie, et j’étais, dans une certaine mesure, sans foyer. Mais je me reposai sur les promesses de Dieu. « Ceux qui espèrent en moi ne seront point confus. » Sans avoir un dollar pour m’aider moi-même, je vis que le Seigneur accomplirait sa promesse ; béni soit son nom pour cela !
Je m’arrêtai quelques semaines chez ma sœur et le docteur Burton ; je pris pension chez elle, et lui, voyant l’épuisement de mon corps, me donna des soins médicaux qui m’aidèrent beaucoup ; mais je fus incapable de travailler et de prêcher pendant quelques mois. Après avoir achevé mes affaires de 1831, je sentis qu’il était de mon devoir d’aller voir ma vieille mère, que je n’avais pas vue depuis onze ans. Je me mis enfin en route pour le cap May, dans le West Jersey, de la manière suivante : en bateau à vapeur jusqu’à Salem, dans le New Jersey, où je prêchai dans l’Église épiscopale méthodiste africaine devant une bonne assemblée, et nous eûmes un temps réconfortant à nous tenir devant le Seigneur. Quelques signes suivirent la prédication de la croix de Christ ; les gens furent très bons. De là, en diligence jusqu’à Greenwich, où je parlai avec l’ancien à un peuple très humble ; une grande manifestation de la puissance de Dieu ; six personnes se joignirent à l’Église, sept furent baptisées, et d’autres tombèrent à terre et crièrent miséricorde ; Dieu en soit remercié !
Le lundi matin, je partis pour Bridgeton ; n’ayant pas de société en ce lieu, je prêchai au palais de justice devant une grande assemblée de diverses dénominations. Je sentis une certaine liberté à parler, puis je m’arrêtai quelques jours parmi eux, et je fus reçue et hébergée avec bonté. Je poursuivis ensuite jusqu’à Fair-field, et m’efforçai de travailler pour eux à 11 heures, le sabbat matin, et à 3 heures de l’après-midi, devant des salles combles, des assemblées respectables et tranquilles ; et le Seigneur répandit son esprit sur nous, et nous eûmes un temps solennel à nous tenir en sa présence, ce dont mon âme se réjouit aujourd’hui encore.
J’allai ensuite à Port Elizabeth, lieu très peu peuplé, où se trouvaient deux ou trois familles très respectables, avec trois personnes seulement appartenant à l’Église ; parmi elles, le squire Brick, homme de talent. Par lui l’église me fut ouverte, et je prêchai deux sermons devant de grandes assemblées d’habitants respectables du lieu ; je m’y remis comme entre les mains de mon Sauveur, et j’y restai comme l’argile dans la main du potier. J’eus de la liberté, tandis que j’entendais les humbles gémissements du peuple, ce qui faisait gonfler ma poitrine comme d’une pure joie séraphique. Je bénis le Seigneur de ce que l’Évangile n’a jamais été laissé sans témoin. La sagesse est justifiée par ses enfants, dit notre Seigneur ; s’il n’en était pas ainsi, des milliers de chrétiens auraient sombré dans le désespoir ; mais de temps à autre, je rencontre bon nombre de personnes dont les péchés ont été effacés, en qui l’orgueil a été détruit, et parmi lesquelles on ne connaît point d’acception de personnes. Parmi de telles gens, Dieu fera prospérer les travaux de ses serviteurs. « Dieu reconnaît de loin les orgueilleux, mais ses saints sont aimés à ses yeux. » Je me rendis ensuite à Goshen ; j’y trouvai ma vieille mère, que je n’avais pas vue depuis onze ans, en bonne santé et très active. Mais surtout, elle jouissait de la religion, de l’amour de Dieu dans l’âme, ce qui vaut plus que l’or d’Ophir ; pauvre, et pourtant enrichissant beaucoup de gens. Certes, elle versa bien des larmes de vieillesse à cause des dangers auxquels je m’exposais en voyageant, mais je m’efforçai de la calmer par la parole de Dieu, qui nous dit : « dans ce monde nous aurons des tribulations, mais en lui nous aurons la paix. » C’est là que finit le combat du chrétien, et que la douleur ne peut venir. Nous versâmes quelques larmes de reconnaissance, le cœur élevé vers le Dieu tout-puissant, qui nous avait réunies une fois encore dans la chair.
Mais mon œuvre recommença bientôt. Je prêchai le lendemain dans une maison particulière ; puis à l’école de Goshen, devant des Blancs et des gens de couleur ; je fus soutenue par les prières de quelques âmes humbles, et je sentis la vie et la liberté. Mes frères de couleur tinrent une réunion prolongée. Les uns étaient baptistes, les autres méthodistes. Mais tous un en Christ. Je crois n’avoir jamais vu une plus grande manifestation de la puissance éternelle de Dieu ; c’était presque inexprimable : gloire à Dieu pour cela ! À quatre milles de là, je prêchai au palais de justice devant une assemblée de diverses dénominations, et la salle était comble. Texte : saint Matthieu, chapitre 28, versets 18 et 19. Le sabbat suivant, je parlai dans une école devant une assemblée méthodiste blanche. Nous eûmes un temps de larmes l’après-midi du même jour. Je parlai à mon propre peuple, et le Seigneur bénit plusieurs âmes. Ce fut un temps dont on se souviendra longtemps. En vérité, une épée si souvent aiguisée doit rester tranchante ; mais au milieu des difficultés, il me sembla que la parole produisit plus parfaitement son effet. Sentant que j’avais rempli mon devoir envers Dieu dans cette partie de sa vigne, je rentrai chez moi et passai l’hiver à Philadelphie, mais fort affligée. Pourtant, au milieu de tout cela, ma paix était comme un fleuve.
Au cours de février 1832, le Seigneur envoya deux amis pour m’emmener hors de la ville visiter une partie de sa vigne, et ils pensaient que cela améliorerait ma santé. Je fis environ vingt-deux milles en voiture,—mon état empira de nouveau—mais on me donna un remède qui se montra efficace. Je passai quelques semaines là, et je prêchai trois ou quatre fois dans l’Église libre de Norristown, bâtie par une dame de l’Église d’Angleterre pour tous ceux, quels qu’ils soient, qui prêchent Christ, et Christ crucifié.
Ayant recouvré la santé, je retournai en paix à Philadelphie, où je travaillai dans quelques difficultés jusqu’à la mi-mai ; après quoi je fis un voyage de deux ou trois semaines environ avec une sœur prédicatrice, et vraiment le Seigneur bénit abondamment ses travaux, et mon cœur se réjouit d’être témoin de l’effusion de l’Esprit durant cette visite d’Évangile avec une servante du Seigneur. Les Écritures s’accomplissent, comme l’a dit le prophète Joël, chapitre 2, verset 27. « Et vous saurez que je suis au milieu d’Israël, Que je suis l’Éternel, votre Dieu, et qu’il n’y en a point d’autre, Et mon peuple ne sera plus jamais dans la confusion. Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos vieillards auront des songes, Et vos jeunes gens des visions. » En 1831, un jeune homme qui faisait profession de justice dit avoir vu dans le ciel des hommes marchant comme des armées ; était-ce à l’œil nu, ou une vision par l’œil de la foi, je ne saurais le dire. Mais la méchanceté du peuple appelle certainement les jugements menaçants de Dieu à se déchaîner sur la nation ; et l’esclavage, ce système misérable sorti de l’abîme sans fond, est l’une des plus grandes malédictions qui puissent frapper une nation.
En juin 1832, mon esprit fut conduit à voyager vers l’est du New Jersey, en passant par Trenton, dans le New Jersey, etc. ; je prêchai trois ou quatre fois, et j’y trouvai une grande consolation. L’ancien me donna des réunions à deux ou trois milles dans la campagne, où se trouvait une classe de méthodistes. Un Blanc vint le lendemain matin m’inviter à leur parler le sabbat suivant dans l’après-midi, et proposa lui-même de faire une collecte pour moi. Je vis ainsi, en vérité, s’ouvrir devant moi un chemin que je ne connaissais pas, car je n’avais que trois ou quatre cents en poche. Je n’en avais pourtant rien dit ; mais, selon la promesse, après que j’eus parlé, leur contribution pour moi s’éleva à quatre ou cinq dollars, ce qui m’aida dans mon voyage. Voilà ce que c’est que de se confier en Dieu. J’allai ensuite à Princeton. Peu de succès là, la société étant petite. J’y prêchai trois ou quatre fois. Je partis pour New-Brunswick, et j’y eus de très bonnes réunions ; il y avait là plus de gens de prière, plus de vie et de puissance parmi eux, et la parole de Dieu produisit son effet. Et les jugements de Dieu étaient sur le pays : le choléra emportait les gens par vingtaines. Jour terrible pour ceux qui n’avaient pas Dieu avec eux dans la mort ! Il portait une épée à deux tranchants, il frappait à droite et à gauche, prenait saint et pécheur, noble et roturier, Blanc et homme de couleur. Il montrait l’égalité dans le décret de mon Dieu, là où il parle de « tous les hommes ». Je partis ensuite pour Rahway,—toujours parmi des étrangers, mais je fus reçue avec bonté par des amis, gens de couleur et Blancs, de diverses dénominations, sans distinction. Je vis un vaste champ s’ouvrir devant moi, et un grand besoin d’ouvriers dans cette partie de la vigne morale de Dieu. Je me mis à obéir à l’Esprit de Dieu, et j’eus une grande liberté, tant dans la parole que dans la doctrine. Je restai six semaines, et l’ancien ne prêcha qu’une seule fois. Les gens mouraient vite : la nouvelle arriva de New York qu’une grande mortalité y sévissait,—les gens mouraient à raison de 120 à 160 par jour. C’était vraiment alarmant, mais nous fûmes grandement favorisés à Rahway, n’y ayant eu que quatre ou cinq cas environ ; et parmi eux, il se montra clairement que Dieu ne fait point acception de personnes. Un pauvre homme de couleur, qui avait abusé des boissons fortes, se vantait vers 8 heures que le choléra ne pouvait rien contre lui ; mais tandis qu’il attelait le cheval pour que la famille se rendît à l’église, deux heures seulement après, à 10 heures du matin, il fut saisi de crampes, porté dans la grange, et l’on envoya chercher plusieurs médecins, qui restèrent avec lui, car il n’avait point d’amis. Mais enfin, n’y ayant plus d’espoir pour lui à 8 heures du soir, les médecins demandèrent à une famille méthodiste de couleur de le laisser mourir dans sa maison, ce qui fut accordé de bon cœur ; il mourut vers 12 heures, et fut enterré avant le jour, le matin même. Un homme très riche mourut aussi, et fut enterré en grande pompe en plein jour, tandis que le pauvre mendiant fut emporté à la hâte pendant la nuit ; pourtant tous deux moururent dans leur méchanceté. Bien court avertissement, en vérité. Mais oh ! leur fin, leur terrible fin !
Je continuai à travailler, et je fus témoin de bons réveils. Quand parut la proclamation du président ordonnant un jeûne général dans tous les États-Unis à cause du jugement de Dieu, elle fut observée par toutes les dénominations, et vint naturellement à notre connaissance,—et, n’ayant pas d’ancien en ce lieu, nous le célébrâmes nous-mêmes,—et il m’échut de prêcher un sermon en cette occasion, ce que je fis non sans quelque embarras, sur saint Matthieu, chapitre 24, versets 21 et 22. Et l’Esprit du Seigneur était sur moi, et les Écritures s’ouvrirent à mon esprit. La langue bégayante fut déliée, et le festin fut vraiment glorieux. Le soir, nous tînmes des réunions de prière, et nous continuâmes ainsi jusqu’à ce que je me sentisse libre de les quitter. Je poursuivis alors jusqu’à New York. À mon arrivée, je me rendis chez l’ancien, S. T⸺, qui me reçut avec bonté, et au bout de quelques jours il me donna une réunion dans l’église de Brooklyn ; il y avait près de six ans que je n’avais parlé à ce peuple. Et tandis que je remplissais plusieurs réunions successives, je vis des signes qu’un grand bien se faisait au nom du saint Enfant Jésus, ce que tous reconnurent d’un commun accord. En montant en chaire, la Bible étant déchirée, je ne pus trouver le texte. Un jeune monsieur de l’Église méthodiste épiscopale, qui était présent, saisit l’occasion, à ma réunion suivante, d’offrir à l’église une grande Bible neuve. Voilà ce que sont les principes du christianisme. L’ancien me donna aussi trois réunions dans l’église Bethel de New York, à Asberry, dans Allen Street, dans le haut de la ville,—plusieurs fois dans l’église de Flushing, et j’assistai à une agape où le peuple parla dans l’Esprit. Loué soit Dieu pour cela !
Je retournai ensuite de nouveau à New York, sentant ma force grandement renouvelée dans l’homme intérieur, Christ Jésus ; je vis là un grand besoin d’ouvriers, comme le dit le prophète Ézéchiel : « Je vis le fleuve monter jusqu’aux reins d’un homme. »
Après avoir travaillé environ six semaines et vu que ce n’était pas en vain ; avec l’approbation des frères et en réponse à une bonne conscience. Oh ! que n’ai-je des mots pour exprimer ma pensée tandis que je tiens la plume à la main ! Mais eussé-je la langue d’une Anne lorsqu’elle parlait à Éli, je ne pourrais exprimer la révélation de Jésus ; mais les forces du corps semblaient décliner rapidement. Je retournai alors à Philadelphie, me reposai quatre jours, et fus appelée à Salem, dans le New Jersey ; après y avoir prêché deux ou trois fois, je traversai la baie pour St. Georges, ville de l’État du Delaware, et j’y prêchai deux fois à l’invitation des habitants ; je parlai aussi, sur demande, à Delaware City. Là, on mit à ma disposition un cheval, un cabriolet et un cocher, et je fis quatre ou cinq milles dans la soirée pour prêcher devant une grande assemblée de Blancs et de gens de couleur. Bonne tenue, mais aucune manifestation particulière de la puissance de Dieu. Je retournai la même nuit à St. Georges, et passai quelques jours avec ma sœur, que je n’avais pas vue depuis onze ans. J’en partis quelques jours avant Noël pour Philadelphie, où je demeurai jusqu’au 1er janvier 1833. Après quoi je me mis en route, en compagnie d’une autre sœur, pour New Hope, en Pennsylvanie. Nous tînmes des réunions à Frankford, puis je poursuivis jusqu’à Ben-Salem ; de là à Attleboro’. L’ancien, P. S., était sur ce circuit ; il me donna cordialement des réunions, et nous eûmes sujet de nous réjouir. Le diable aussi était à l’œuvre, dressant des difficultés hautes comme des montagnes ; mais, ayant un pilote habile, je passai entre les écueils. L’église, après un procès de sept ans, fut gagnée par la Connexion épiscopale méthodiste africaine. Un frère, L. I⸺, nous conduisit à sept milles de là, et je tins une réunion qui fut visitée par l’Esprit du Saint-Esprit. Sœur C⸺ suivit par une exhortation, et la réunion fut close par un frère—salle comble—et l’on nous demanda d’en tenir une autre. Mais nous fixâmes la suivante à Holmesburgh, qui fut tout aussi prospère. Après quoi je retournai à Philadelphie, et j’y restai jusqu’au 2 juillet, date à laquelle je partis pour le Canada, pour une seconde visite à ma nation dispersée, au sujet de laquelle j’éprouvais une impression douloureuse. Depuis plus de six ans, la première halte fut New York ; de là, Albany, où je restai trois ou quatre semaines, mais l’Église traversait des eaux profondes. Depuis longtemps, j’éprouvais un grand désir de publier mon expérience et mes exercices religieux pour un monde qui se meurt ; mais, souffrant du manque d’instruction, je jugeai que c’était une faveur de payer 5 $ pour qu’une partie en fût tirée de l’original que j’avais moi-même consigné, et corrigée pour l’impression. Sur une demande particulière, je visitai Troy et y trouvai un pasteur d’esprit chrétien, le révérend Wm. Bishop, avec une société pleine de vie, et je parlai pour eux—le Seigneur était avec nous, et donna de la semence au semeur et du pain à celui qui mange, à diverses reprises ; et, le sabbat suivant, je prêchai mon sermon d’adieu ; le dimanche soir, je tins une réunion de prière dans l’église, et le samedi suivant je partis pour Schenectady, où je prêchai deux fois le dimanche dans l’église presbytérienne, et fus hébergée avec bonté ; après quoi je partis le lundi pour Utica, où j’arrivai le lendemain matin vers le lever du soleil. Je parlai pour eux le jeudi soir, puis le dimanche après-midi, devant des salles combles de chrétiens pleins de vie, et ils pourvurent à mes besoins pour m’aider à voyager. Je sentis une grande liberté dans l’Évangile. De là, je me rendis à Rochester, où j’arrivai après avoir passé deux jours et une nuit sur le canal, et j’y trouvai l’ancien Graham avec une Église prospère, qui semblait montrer que ses travaux étaient grandement bénis. Mais, hélas ! le diable s’y glissa—il les quitta—ils se dispersèrent, les anciens administrateurs moururent, et l’autre connexion les recueillit. Mais pendant mon séjour, ils ajoutèrent plusieurs personnes à l’Église. Je partis alors pour Little York, au Canada, à une journée de navigation à travers les lacs ; la traversée fut très rude ce jour-là. On m’adressa chez frère Brown, le prédicateur, et je fus reçue avec bonté par lui et sa femme. Je prêchai le sabbat matin et l’après-midi, et ce jour-là il y eut un cri de joie dans le camp d’Israël. Loué soit Dieu, la mission fut à la fois reconnue et reçue. Après avoir parlé plusieurs fois et tenu des réunions de prière, je les quittai pour Niagara, où je parlai trois fois. De là à St. David, où je prêchai devant une assemblée respectable de Blancs et de gens de couleur. Six ans auparavant, j’avais visité Niagara, et il y avait là une grande société de la Connexion E. M. A. ; mais cette fois la chapelle même avait disparu, le pasteur était mort, le peuple dispersé et retombé. Ne trouvant cette fois que deux ou trois membres et point d’école, et voyant les enfants grandir dans le péché, je partis pour St. Catharine ; j’y parlai trois fois, mais sans réveil particulier ; il y en avait qui voulaient dominer sur l’héritage de Dieu, et l’œuvre semblait stagner ; mais ils me traitèrent bien, et je les quittai avec la paix de l’esprit, ayant rempli mon devoir, pour George, où je parlai le sabbat matin à une assemblée de Blancs et de gens de couleur dans une école—temps merveilleux en vérité—les uns poussaient des cris de joie, d’autres pleuraient, d’autres cherchaient miséricorde, et je sentis le Saint-Esprit sur moi ; gloire, gloire, gloire à Dieu ! Après avoir aidé à diriger la classe, on insista particulièrement pour que je prêchasse le sermon funèbre d’un enfant, avant que le corps quittât la maison, circonstance curieuse, qui s’expliquait par le fait suivant : sept ans auparavant, j’avais prêché dans le voisinage devant une grande multitude mêlée, après quoi cette personne m’avait invitée à dîner, et c’est lors de cette visite, ou ce jour-là, que cet enfant était né ; après quelque hésitation de ma part, j’acceptai l’invitation et prêchai sur le 2e livre de Samuel : « J’irai vers lui, mais il ne reviendra pas vers moi. » Ce fut un temps très solennel—le corps fut ensuite porté à l’Église d’Angleterre et déposé devant l’autel ; le clergé prononça des paroles sur lui, fort à propos, sans partialité, puis le confia à la tombe sans souffle. Le jeudi soir, je tins une réunion chez un frère ; le Seigneur était là. Le sabbat suivant, je fis sept milles à cheval, prêchai et aidai à diriger la classe ; et la semaine suivante je partis en diligence pour Little York, mais je m’arrêtai à Niagara, où je prêchai plusieurs fois et rendis visite à une nouvelle société de méthodistes wesleyens ; puis je retournai de nouveau à York, et prêchai pour une société de baptistes, assemblée très tranquille et attentive, à une exception près. Texte : c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Le diable est toujours affairé dans son œuvre, comme dans ce qui suit : un maître d’école, présent dans l’assemblée, se leva, après que j’eus terminé mon sujet, pour contredire mon argumentation ; il s’échauffa beaucoup et devint tout rouge ; mais pendant qu’il était debout, j’exprimai le désir que l’assemblée ne prêtât pas attention à sa réplique, et elle la traita en conséquence avec mépris, ce qui le fit renoncer, avec tous ses préjugés contre les femmes. Les gens furent très bons. De là, en bateau à vapeur, je me rendis à Hambleton, à 50 milles ; je ne trouvai point de société de couleur en ce lieu, mais les enfants allaient à l’école ; à environ deux milles de là, je trouvai une classe, et, avec la permission des administrateurs, je parlai le mercredi soir dans la chapelle méthodiste, devant une petite assemblée, convoquée très peu de temps à l’avance ; mais le Seigneur reconnut sa parole. Après la clôture de la réunion, un monsieur anglais et sa dame m’invitèrent à venir loger une nuit chez eux, ce que je fis, et ils me témoignèrent une grande bienveillance ; que Dieu les en récompense ! Le sabbat matin, je parlai à mon propre peuple, puis je dirigeai la classe, et je trouvai que le même Dieu unique les reconnaissait aussi dans leur culte. Je vis qu’il fallait semer la semence en conséquence. Je parlai l’après-midi, et le Seigneur se manifesta par son Esprit avec éclat ; les gens, quoique très pauvres, furent extrêmement bons ; l’un des frères prédicateurs me conduisit à Dundas et à Flamburg, vers l’ouest. Je prêchai devant une grande assemblée dans la chapelle méthodiste des Blancs. Nous eûmes un humble temps à nous tenir devant le Seigneur. De là, j’allai à Ancaster, où le Seigneur me prépara un ami pour prendre soin de moi pendant l’hiver. J’y prêchai plusieurs fois et y rencontrai beaucoup d’amis que j’avais vus à Cincinnati ; il y avait là quelques prédicateurs doués, mais point d’ancien pour présider. Il y avait là beaucoup de gens de notre société, appelés d’un lieu à l’autre, qui avaient été dispersés comme des brebis qui n’ont point de berger—c’était vraiment déchirant de les entendre déplorer la perte de leur pasteur, qui était décédé. Les frères tinrent une veillée la veille de Noël. Nous jouîmes de la réunion et passâmes la nuit comme saint Paul ; le lendemain, il m’échut de tenir une réunion, ce que je fis avec vie et liberté (Dieu en soit loué !), sur saint Luc, chapitre 2, versets 10 et 11. Je sentis mon esprit me porter vers un village appelé Ammonsburg, sur le lac Ontario, du côté qu’on appelait le côté de la Brousse ; mais je gardai cela entre moi et le Seigneur, et je continuai à voyager et à prêcher selon que le Seigneur m’en donnait la force. Frère S. Lewis s’intéressa beaucoup à mon souci du bien de ce peuple, ainsi que frère Wm. Edwards, prédicateur de l’Évangile, qui avait été l’instrument de la civilisation et de la christianisation de beaucoup d’indigènes que je vis à Brantford, ville indienne sur la rivière Mohawk, où un certain nombre d’indigènes vivaient le long de la rivière ; dans les bois s’étaient formées des Églises, des sociétés de diverses dénominations, la nôtre exceptée ; et comme nous n’avions pas d’église méthodiste, un monsieur, voyant la nécessité d’un lieu de culte pour nous, nous accorda le privilège d’une grande maison pour y célébrer le culte à plusieurs reprises ; il y faisait vraiment froid, mais nous eûmes beaucoup de réunions réconfortantes, et de très nombreuses impressions solennelles furent faites sur l’esprit d’un certain nombre des assistants ; après quoi je partis pour Buffalo. La route était si mauvaise qu’elle me rendit tout à fait malade. Je ne pouvais supporter de faire 200 milles par ce temps froid, et je continuai à prêcher dans la ville et au dehors, à diverses dénominations, à travers le gel et la neige. Un monsieur vint à moi après le sermon et me souhaita bon succès de la part de Dieu d’une manière très amicale, puis se retira tranquillement avec les dames qui l’accompagnaient, avec politesse. Mon esprit était tourné vers Buffalo ; frère Edwards n’y avait encore formé aucune société. Je le priai instamment de prendre ma réunion, ce qu’il fit ; il lut aussi la discipline avec les explications voulues, désirant savoir qui voudrait se soumettre à son gouvernement, et dix personnes s’avancèrent et consentirent à s’y soumettre comme membres sous notre discipline. J’allai à Ancaster, et m’arrêtai chez frère Lewis et sa femme ; bien qu’elle fût une jeune mariée, elle fut pour moi tout à fait comme une mère. Mon esprit était travaillé du désir d’aller à Ammonsburg, à travers un sombre hiver ; cette nuit-là, après une méditation sérieuse, je m’endormis, puis m’éveillai soudain et reçus le témoignage que je devais y aller. Le lendemain matin, j’informai frère Lewis que je devais partir, et lui, s’intéressant à moi, me fit conduire dans une voiture particulière, afin que je pusse voyager commodément. À la mi-février, je partis pour Chatham, où j’arrivai le 26 du même mois ; j’y trouvai une société dispersée, sans berger ; quelques-uns vivaient dans la foi de Christ, tandis que d’autres étaient retournés aux pauvres rudiments du monde. M. Lightfoot me reçut avec beaucoup de bonté ; sa maison était ouverte pour le culte, et j’y eus de grandes assemblées, cinq ou six fois, ce qui était beaucoup pour un lieu nouveau. La maison était fort spacieuse, et M. Lightfoot fit tous ses efforts pour m’envoyer porter l’Évangile à d’autres. En avril, je partis pour Ammonsburg ; là, les croyants semblaient grandement fortifiés, des rétrogrades furent ramenés, et des pécheurs convertis à Dieu. Parmi eux se trouvait une femme qui avait appartenu de profession aux méthodistes, ayant l’apparence de la piété, mais dépourvue de sa force, jusqu’à ce que l’Esprit de Dieu la saisît à ce moment-là. Après quoi elle cessa ses divertissements charnels ; elle quitta la danse et se mit à prier ; et alors elle se leva et dit qu’elle n’avait jamais vu jusque-là que la danse fût un mal—mais elle avait résolu de servir Dieu en esprit et en vérité—Dieu soit loué pour la victoire ! Pendant trois jours, à Ammonsburg, nous pûmes à peine prendre du repos, sous l’effet de l’effusion de l’Esprit de Dieu, sur les Blancs comme sur les gens de couleur. Je fus d’autant plus affermie dans la pensée que ma visite était agréée de mon Dieu, qui m’avait donné cette mission en Christ Jésus. Je m’arrêtai chez un frère, Jas. McKenney, et sa femme affectueuse, qui avaient beaucoup souffert dans la crainte de Jésus. Le frère me fixa une réunion pour le lendemain soir, que je m’efforçai de remplir. Texte : Évangile selon saint Matthieu, chapitre 16, verset 26. J’étais dans une partie étrangère de la vigne de Dieu, mais sa puissance se manifesta même là ; après quoi une autre réunion fut fixée pour le dimanche matin, qui fut tout aussi prospère, et j’aidai à diriger la classe ; puis je parlai l’après-midi et le soir avec le même succès. Mon esprit était fort travaillé, voyant le besoin d’écoles. Je comptai 25 enfants et quelques jeunes gens que j’aimais. Je déplorai leur obscurité, et leur conseillai de prendre un Blanc pour les instruire, et je m’efforçai de leur montrer que, sans les avantages de l’instruction, ils ne deviendraient jamais un peuple moral, et qu’avec le temps leurs propres enfants pourraient, par un avancement convenable, devenir eux-mêmes leurs maîtres. Je fis de même dans toutes les villes ; finalement, ils en prirent l’esprit et commencèrent dans les lieux suivants : à Ancaster, ils choisirent leurs administrateurs pour bâtir une maison d’école, qui servirait aussi pour la prédication ; à Brantford, à Chatham et à St. Catharine. Quelques-uns allèrent à St. David’s et à Toronto, aux écoles du sabbat, et aussi en semaine ; gens de couleur et Blancs, tous y allaient ensemble. Au bout de deux ou trois semaines, un maître de couleur vint dans ce dernier lieu et fonda une école de 30 à 40 élèves (après avoir été examiné et jugé compétent), ce qui améliora beaucoup les mœurs du peuple ; et ils célébraient le culte dans leurs propres chapelles. Ils avaient leurs propres prédicateurs, exhortateurs et conducteurs de classe (de couleur). Il y avait une jeune sœur qui désirait voyager un peu avec moi, et frère McKenney nous fournit un cocher et une voiture ; les amis nous reçurent avec beaucoup de bonté, et, à mon grand étonnement, les administrateurs de l’Église nous donnèrent des réunions. Je parlai sur le texte suivant : c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Un ami, W⸺, était là, toujours prêt à s’opposer aux méthodistes ; il était prédicateur baptiste, et invitait les méthodistes à prêcher pour eux, puis se levait pour les contredire ; il désirait que j’allasse prêcher pour eux, mais je ne sentais en moi aucun esprit de dispute en matière de religion, et je refusai. Les nôtres parlaient de s’unir aux méthodistes canadiens, qui étaient une branche des anciens méthodistes épiscopaux, suscitée par les missionnaires venus d’Amérique ; c’était le temps de la scission, mais quelques-uns voulaient passer aux méthodistes wesleyens. Je prêchai cinq ou six fois dans ce village, plusieurs sabbats de suite, deux sermons par jour, et le Seigneur m’en donna la force. Nous continuâmes nos réunions comme d’ordinaire, et invitâmes les anciens pasteurs à nous visiter, ce qu’ils firent ; l’un d’eux fit une exhortation après moi, et la puissance de Dieu remplit la maison ; les coupables furent saisis d’effroi, tandis que les croyants se réjouissaient dans l’espérance d’une meilleure résurrection. Je partis ce matin-là, fis cinq milles à cheval avec un ami, et le mercredi après-midi je prêchai de nouveau—des signes et des prodiges suivirent—après quoi je continuai à visiter les malades le reste de la semaine ; le sabbat, je fis de nouveau cinq milles à cheval jusqu’à la chapelle, et je tins une réunion l’après-midi, pour la dernière fois, pensais-je ; mais le Seigneur en jugea autrement, et je fus retenue une semaine de plus ; le sabbat suivant, je tins une réunion sur le texte suivant : Au reste, frères, priez pour nous, afin que la parole du Seigneur se répande et soit glorifiée comme elle l’est chez-vous ; ce fut mon sermon d’adieu. Après quoi je retournai à Ammonsburg dans la crainte de Dieu ; j’y prêchai plusieurs fois et vis bien des manifestations des opérations de l’Esprit de grâce ; et, le sabbat suivant, frère A⸺ me fixa une réunion à six milles de là, et une autre pour 6 heures du soir ; nous eûmes une course très pénible à travers le marécage, et trouvâmes un grand rassemblement, dedans et dehors ; des pécheurs eurent le cœur transpercé et crièrent miséricorde à haute voix, ce qui fut un son joyeux pour les croyants en Christ Jésus. Le lendemain soir, je parlai de nouveau sur Ésaïe, chapitre 59, verset 1 ; et plusieurs des notables, prenant en considération mes besoins, me donnèrent la somme de 5 $. Nous eûmes un temps paisible à nous tenir devant le Seigneur ; après quoi, une sœur qui était avec moi et moi-même allâmes voir M. Gardiner, qui recueillit quelques souscriptions et les ajouta à la somme précédente ; j’ai confiance que Dieu récompensera tous ceux qui ont donné avec joie, car ils furent très généreux. Je tins des réunions de prière, visitai les malades, et passai bien des moments joyeux de douce communion, surtout en compagnie d’une sœur qui était membre de l’Église nationale à Ammonsburg.
Chapitre 6 terminé
Le journal, troisième partie