Expérience religieuse et journal
Le journal, deuxième partie

Chapitre 5 · 38 min de lecture · 49 min d’écoute

Le journal, deuxième partie

Et maintenant, mon âme, une année encore
De ta courte vie s’est enfuie ;
Je ne puis demeurer longtemps ici-bas,
Et celle-ci sera peut-être la dernière.

Les effets de l’Évangile de Christ ne furent pas moindres qu’en d’autres grandes occasions ; ils furent merveilleux — des relaps ramenés et des pécheurs convertis — ; il y eut des lamentations, des pleurs, des cris de joie et des louanges à Dieu pour ce qu’il avait fait. Je prêchai plusieurs sermons et fus bien traitée par toutes les classes de la population. Nous eûmes de grandes assemblées de gens de bonne tenue ; et, sentant mon œuvre achevée dans cette contrée, je me rendis à Carlisle, en Pennsylvanie. Il y avait là un petit groupe de membres ; je leur parlai et dirigeai leur classe pendant tout mon séjour, qui dura dix jours ; je me sentis déchargée de ma tâche par Dieu, et pris la diligence pour Shippensburg. Le succès fut grand en ce lieu ; quinze personnes se joignirent à l’Église ; quelques-uns des pécheurs les plus endurcis devinrent sérieux et se réformèrent. Je fus étonnée des merveilleuses opérations de l’Esprit et de l’immensité des assemblées. Au premier sermon, la maison était comble, et le peuple m’écouta avec une grande attention. Un homme ivre entra dans la maison et voulut interrompre en prenant la parole, mais un monsieur le fit sortir si discrètement que la réunion n’en fut nullement troublée. Quand je contemple la bonté de Dieu envers la famille humaine, qu’il a rendue capable de choisir la voie du salut, je me sens parfois presque perdue à la pensée que Dieu a appelé un vermisseau tel que moi à répandre le nom du Sauveur de tous. Mais le Seigneur a dit : « J’enverrai qui je voudrai » — louange au Seigneur, qui ne veut pas la mort des pécheurs — « je suis vivant! Dit le Seigneur, l’Éternel, ce que je désire, ce n’est pas que le méchant meure, c’est qu’il change de conduite et qu’il vive. »

Je me rendis ensuite par la diligence à Chambersburg, et j’y rencontrai un certain révérend Winton, qui montra beaucoup d’esprit chrétien et s’entretint librement avec moi des points les plus délicats de la Divinité, pour mon instruction, faisant ainsi preuve de sa bienveillance. Il savait que j’étais étrangère — lui-même avait des amis chez qui descendre en ce lieu —, mais il offrit de payer ma chambre à l’auberge. Je n’ai jamais oublié la bonté de ce monsieur, qui est, je crois, un grand ministre de l’Évangile. Je logeai chez le frère Snowden, où l’on fut très bon pour moi. Le Seigneur continua de répandre son Esprit et de m’ouvrir le chemin, et aussi de convaincre, de convertir et de ramener ceux dont le cœur s’était égaré. Il y eut de très grandes assemblées, tant dans les maisons qu’en plein air, et de grands réveils dans tout le circuit. Les Anciens me traitèrent en général fort bien ; que le Seigneur les en bénisse, eux et leurs travaux dans sa vigne, et qu’il ajoute à l’Église ceux qui seront à jamais sauvés de la puissance du péché ; et que je prenne garde de tomber, tandis que j’enseigne les autres. L’apôtre dit : « Paul peut planter et Apollos arroser, mais c’est Dieu qui doit donner l’accroissement », ce dont je suis reconnaissante. Je restai quelques semaines en ce lieu, mais, affaiblie de corps, je partis pour Philadelphie vers la mi-avril. À mon retour, je me heurtai à une opposition si rude que je crus ne jamais plus prêcher ; mais l’apôtre dit : « vous ne vous appartenez point à vous-mêmes ; vous avez été rachetés à un grand prix. » Je suis heureuse que Dieu puisse garder tous ceux qui se confient en lui, bien que les faux pas des autres entravent souvent notre propre chemin — j’ai toujours trouvé des amis en différentes parties du globe. Je prêchai et dirigeai des classes à mon retour. Louange à Dieu pour sa grâce libératrice ! « O profondeur de la richesse » de la gloire de Dieu ! que ses voies sont insondables ; on ne saurait les découvrir — une mer sans fond ni rivage. Une chose est encourageante : « Quand celui qui est ma vie paraîtra, je serai semblable à lui. » « Je sais que mon rédempteur est vivant, Et qu’il se lèvera le dernier sur la terre ; et, quand les vers auront détruit ce corps, dans ma chair je verrai Dieu. » Seigneur, aide-moi à garder cette confiance. Le révérend Richard Williams, homme doux et d’esprit chrétien, me traita bien. Dieu ne permit pas que je fusse détruite. Ce n’est ni par la puissance ni par la force, mais c’est par mon esprit, dit l’Éternel des armées. Cher lecteur, prêtez l’oreille à la vérité, car la bouche de l’Éternel a parlé.

Si un vermisseau tel que moi peut répandre
Le nom du Sauveur de tous,
Que celui qui t’a ressuscité des morts
Vivifie mon corps mortel.

À mon retour, je m’arrêtai à Lancaster ; l’église me fut ouverte, et je prêchai à de grandes assemblées, avec une puissante efficacité ; les morts furent rappelés à la vie par la prédication de la croix de Christ. De là, je repartis pour Philadelphie.

En juillet 1824, j’éprouvai en mon esprit le besoin de faire un voyage à Reading, en Pennsylvanie, pour parler aux fils et aux filles déchus d’Adam. Je quittai la ville et m’arrêtai à Norristown, sur la route de Reading. Je parlai à l’Académie devant une assemblée respectable, le soir même de mon arrivée. J’éprouvai une certaine liberté en parlant, bien que la réunion fût calme, et je fus aussi reconnaissante que le Seigneur voulût se manifester par un vermisseau tel que moi. Le lendemain matin, je fis quatre milles à pied et m’arrêtai chez Littleton Morris ; je prêchai deux sermons le jour du sabbat, et Dieu frappa une femme, qui faillit tomber à terre ; je parlai dans la maison de réunion des Dunkards. Ainsi se termina pour cette fois ma visite chez eux. Le mardi, je fis trois milles à pied jusqu’au Schuylkill, pour prendre le bateau du canal le mercredi matin. Je me trouvai sur le bateau en compagnie d’un ministre presbytérien et de son épouse ; ils me traitèrent avec beaucoup de bonté. Nous arrivâmes à Reading vers 7 heures du soir. On m’avait recommandée à une famille de ce lieu, dont le mari avait autrefois fait profession de religion, mais était déchu de la grâce ; ils furent très bons pour moi. Le lendemain matin, je m’informai d’autres familles de couleur respectables ; et une dame âgée de couleur, qui appartenait à la connexion blanche et était alors la seule méthodiste de couleur du lieu, me conduisit chez Mme Murray, où je demeurai quelque temps ; puis cette même dame âgée, s’intéressant à moi, alla avec moi trouver les propriétaires du palais de justice, pour voir si nous pourrions l’obtenir pour y prêcher ; et ce fut comme pour la reine Esther, qui jeûna et pria, et ordonna aux hommes de Jérusalem et aux femmes de Sion de prier : lorsqu’elle s’approcha du roi, le sceptre s’inclina vers elle, et sa requête fut exaucée, pour le salut de Mardochée et de toute la nation juive. Lorsque nous abordâmes ce monsieur, qui était le premier administrateur de l’Église protestante, je lui montrai ma lettre de recommandation, et il me répondit : « Madame, vous pouvez l’avoir » ; et je m’humiliai devant Dieu pour cette réponse. Je sentis qu’il était de mon devoir de prêcher aux habitants, et je fixai donc une réunion au dimanche après-midi, à 4 heures. Le révérend James Ward, presbytérien de couleur, se joignit à nous, bien qu’il eût tant de préjugés qu’il ne voulut pas me laisser parler dans sa chaire ; mais le Seigneur fraya un chemin là où l’on n’en voyait aucun ; personne n’intercédait, jusqu’à ce que cette sœur s’efforçât d’ouvrir la voie ; les hommes de couleur, dépourvus d’esprit chrétien, restèrent inactifs dans l’entreprise ; mais nous obtînmes le lieu, et nous eûmes un grand concours de peuple. Je parlai selon la capacité que Dieu me donna. Je fis la connaissance d’une famille de couleur, mais fort respectable, qui avait autrefois appartenu à notre Église de Baltimore ; ils m’invitèrent chez eux, et leur maison fut pour moi un foyer, louange à Dieu. Je tins une réunion dans leur maison avant de tenir des réunions au palais de justice ; les frères et sœurs blancs se joignirent à nous. Nous rendîmes visite à l’épouse d’un ministre, et elle me traita avec beaucoup de bonté, tandis que lui, en chrétien, s’unit à nous et aida à mener les réunions jusqu’au bout. Je visitai les amis quakers (au nombre de quatre seulement) qui se trouvaient alors dans le lieu, et ce furent de très agréables visites. Un grand nombre d’amis chrétiens vinrent me voir, entre autres l’épouse de ce ministre, qui me laissa un don dans la main ; ainsi le chemin fut frayé là où il n’y en avait point, et je partis en bonne amitié. Louange à Dieu, j’en sens maintenant l’approbation. Il est regrettable que James Ward, homme de couleur, avec son préjugé dominateur, qu’il manifesta en disant qu’aucune femme ne monterait dans sa chaire, et avec tous les avantages d’une instruction libérale, ait été, quelques semaines après mon départ, exclu de l’Église.

En revenant à Philadelphie, je m’arrêtai à Pottsgrove et y trouvai une société de personnes de couleur, chrétiennes, je crois. Nous y eûmes des réunions solennelles ; je me sentis l’esprit affermi. J’y rencontrai des amis bienveillants, et visitai une église à environ six milles de là ; je prêchai le matin ; le Seigneur était avec nous, mon âme est témoin de cette vérité ; l’après-midi, je prêchai devant une grande assemblée. Le lendemain matin, je partis pour Philadelphie. Je continuai de prêcher, fis quelques courtes visites aux alentours, et fus de nouveau accueillie chez moi.

Je quittai de nouveau Philadelphie pour Lewistown, dans le Delaware, afin d’assister à un camp-meeting de la connexion épiscopale méthodiste africaine, dont j’étais membre, qui devait se tenir dans les bois du gouverneur Paynter. Les assemblées furent immenses, et jamais je ne vis plus grande manifestation de la puissance de Dieu. Les gens vinrent de toutes parts, sans distinction de sexe, de taille ni de couleur, et la manifestation de la puissance de Dieu commença dès le chant ; je me souviens d’un frère Camell qui chantait debout sous un arbre ; les gens s’approchèrent pour l’entendre, et un grand nombre furent terrassés avant même que la prédication commençât, et des signes et des prodiges suivirent. Il paraissait y avoir une grande union avec les amis blancs. James Towson était l’Ancien qui présidait le camp ; il était alors dans la fleur de l’Évangile de Christ. Mais, pauvre frère, que le Seigneur lui accorde en chemin, par voie de miséricorde, un regard pareil à celui que reçut Pierre. Le très révérend évêque Allen était présent. Les ministres étaient tous pour moi, et l’Ancien me confia une prédication ; et le gouverneur, avec un grand concours de peuple, vint entendre la faible femme. Mon cœur battait, mes membres tremblaient et ma voix était faible, mais je parlai sur Ecclésiaste 11:9, 10. Après avoir annoncé mon texte, il me sembla que je n’avais rien d’autre à faire que d’ouvrir la bouche, et le Seigneur la remplit ; je fus donc fort encouragée : c’était une immense assemblée.

Satisfaite de contempler sa face,
Je m’abandonnai toute à son bon plaisir.

Après la fin du camp-meeting, l’Ancien se rendit à un autre camp-meeting et me laissa libre de prêcher dans tout le circuit, ce que je fis ; puis je revins à Lewistown, et parlai dans l’ancienne maison de réunion méthodiste ; j’eus un temps précieux parmi mes frères de couleur. Je suis reconnaissante à mes amis de leur bonté envers moi, surtout au frère Peter Lewis, dont la maison fut pour moi un foyer. J’eus beaucoup de bonheur à diriger des réunions de classe et de prière ; prêcher l’Évangile semblait être la grande tâche. Le frère Lewis me conduisit à Georgetown ; je parlai dans l’église de nos gens de couleur, et nous nous réjouîmes beaucoup ; le Seigneur attira des gens de tous côtés ; ce fut vraiment une merveilleuse effusion de l’Esprit ; on pleurait de toutes parts. C’est un bon signe que de voir des larmes de contrition couler sur les joues des auditeurs ; cela me fait croire que la parole est approuvée de Dieu. Le dernier lieu fut à la source de la rivière ; puis je revins à Lewistown, et, quelques jours plus tard, je partis pour Philadelphie. J’eus une traversée fort pénible, avec un très grand mal de mer — le navire ne put sortir de l’embouchure de la crique pendant deux jours, à cause d’une violente tempête ; après quoi nous arrivâmes en ville le mardi matin. Après un court séjour en ville, je fis une visite à Trenton, le 25 décembre. J’y parlai comme d’habitude, car nous y avions des réunions vivantes ; après quoi je n’eus plus de logis, mais le Seigneur pourvoit : sœur Roberts et sa famille étaient mes amis et me recueillirent, et nous eûmes souvent ensemble de doux entretiens. De là, j’allai à Princeton. L’Ancien Joseph Harper, de notre connexion, était mon ami, mais j’eus à tenir tête, à Princeton, à une bête qui me faisait opposition, comme celle que j’avais dû affronter sur le circuit du comté de Bucks ; la première s’appelait Thomas Voris, prédicateur local ; et, pour employer le langage du psalmiste prophétisant au sujet du Sauveur : « mon égal, mon guide a levé le talon contre moi. » Nous avions prêché — il m’invita à venir chez lui tenir des réunions la semaine suivante ; mais je tombai malade pendant quelques jours, et, dans l’intervalle, S. R., du circuit d’Attleborough, tint une assemblée trimestrielle. Ils se concertèrent pour m’empêcher de prêcher à Princeton ; sa porte se ferma donc ; mais, béni soit le Seigneur, une autre s’ouvrit : le frère Thomas Vinsant, mari de sa sœur, homme chrétien, ouvrit sa maison. Nous eûmes un temps puissant. J’arrivai en ville le samedi ; le lendemain, je fis deux milles à pied et parlai deux fois. C’était à Thomas de présider le dimanche matin, et il n’eut que deux personnes pour le rejoindre en classe. Je fus invitée à fixer une réunion au mercredi soir dans l’Église presbytérienne de couleur, avec la permission du révérend M. Woodhall, Ancien de cette dénomination à Princeton. Thos. Vorris, bien que méthodiste, fut comme un lion rugissant — il alla trouver l’Ancien Woodhall pour qu’il l’empêchât, à ce qu’on me rapporta. Mais la réunion eut lieu ; ce fut une assemblée respectable et paisible. Je prêchai, dirigeai des réunions de classe et de prière, lus et expliquai les Écritures. Il y eut des lamentations et des réjouissances, et je vis tomber le royaume de Satan. Quand le frère J. H. revint faire sa tournée, pour une raison ou une autre, il retira Thomas de cette classe, puisqu’on ne voulait pas se réunir avec lui, et le plaça à la tête d’une classe de cinq ou six personnes ; il le mit aussi en accusation, lui retira sa licence et ne lui laissa qu’une autorisation verbale. Gloire à Dieu pour sa divine puissance. Je ne me réjouis pas de sa chute, mais de la grâce de Dieu qui me rend capable de tenir ferme contre les ennemis de la croix. Gloire à Dieu, je n’ai point honte de l’Évangile de Christ, car c’est une puissance de Dieu pour le salut. Je parlai sur Éphésiens, chapitre 2, verset 8. J’éprouvai vie et liberté dans la parole et dans la doctrine. Grâces à Dieu pour la victoire ! Le frère Oakham, l’un des Anciens de l’Église presbytérienne de couleur, m’invita chez lui, et lui et sa femme me traitèrent en chrétiens, ce qu’ils étaient, je crois ; mon cœur brûle d’affection pour eux. Je tins une réunion dans une maison particulière.

Janvier 1827. Considérant la grande responsabilité que j’ai envers mon Dieu pour mon administration, je voudrais bien contourner la croix ou fléchir sous le fardeau ; mais je me repose sur les promesses de Dieu, qui sont aussi fermes que les colonnes du ciel. Mes travaux s’interrompent ici quelque peu.

Avril 1827. Ma santé ayant été mauvaise, je n’ai pas voyagé aussi loin ; et en cela, comme en d’autres moments de réflexion, je me sentis quelque peu accablée, et je recourus au recueil de cantiques pour y trouver quelque chose qui convînt à mes sentiments ; voici ces vers :

1. Dès que j’entendis mon Père dire :
Mes enfants, cherchez ma grâce,
Mon cœur répondit sans délai :
Je chercherai la face de mon Père.

2. Ne me cache point ta face,
Ne repousse pas mon âme d’un regard sévère ;
Dieu de ma vie, je fuis vers toi
Au jour de la détresse.

3. Dussent amis et parents, proches et chers,
Me laisser dans le besoin et mourir.
Mon Dieu prendra soin de ma vie,
Et pourvoira à tous mes besoins.

4. Ma chair défaillante fût morte de chagrin,
Si mon âme n’avait cru
Voir ta grâce me soulager,
Et mon espoir ne fut point trompé.

5. Attendez le Seigneur, saints qui tremblez,
Et gardez bon courage ;
Il relèvera votre esprit défaillant,
Et passera de loin votre espérance.

Toutefois, j’allai à Baltimore le même mois avec l’évêque et les Anciens ; je jouis beaucoup de grandes prédications et prêchai plusieurs sermons. Louange à Dieu, ceux que l’Éternel avait frappés paraissaient être en grand nombre. Après la conférence, mon esprit me conduisit une seconde fois sur la côte orientale ; je passai quelques jours avec l’Église (Peter D. Schuman, Ancien de la circonscription), puis je revins à Baltimore, et de là à la ville de Philadelphie ; je fis ensuite quelques courtes visites à 40 ou 60 milles, et de là jusqu’à 100 milles alentour ; puis je descendis au camp-meeting de Lewistown, pour la seconde fois ; puis à un camp-meeting à Mount Ephraim, dans le New Jersey. À la fin d’août, je partis pour le camp de New York ; à mon arrivée, j’y parlai une ou deux fois. Comme en d’autres lieux, notre camp-meeting ne fut pas aussi grand que ceux que j’avais vus auparavant. Je parlai dans les deux églises. Nous eûmes ensemble un bon temps, nous réjouissant dans le Seigneur. Je partis ensuite pour Albany ; j’eus une agréable traversée en remontant le North River, sur cent soixante milles ; les montagnes et leur aspect prodigieux me prêchèrent tout au long du voyage. Oh ! la sagesse de Dieu, et combien elle est merveilleuse à nos yeux ; de quoi convaincre l’incrédule, oui, l’athée, qu’il existe une cause première. D’après les effets produits, voyez l’ingéniosité du genre humain, qui vient en réalité de Dieu et se manifeste dans la construction des bateaux à vapeur et d’autres grandes nouveautés de la mécanique. Nous fîmes le trajet le jour même de notre départ, et je me trouvai entièrement parmi des étrangers. Mais je m’informai d’amis méthodistes et trouvai le frère Streeter, une famille de couleur, très respectable. Ils me traitèrent avec beaucoup de bonté ; ils relevaient de l’évêque blanc, et moi de l’évêque de couleur. Mais même foi, même doctrine, même baptême, même esprit. Gloire à Dieu. Parmi les gens de couleur, les baptistes avaient la prépondérance. On me prépara une grande salle, et nous eûmes une grande assemblée de diverses dénominations. Je parlai sur ces paroles : Cette bonne nouvelle du royaume sera prêchée dans le monde entier, pour servir de témoignage. Alors viendra la fin. Dieu sanctionna la parole ; des pécheurs poussèrent des cris ; quelques-uns tombèrent à terre, d’autres pleurèrent, tandis que les chrétiens se réjouissaient. Une dame de couleur était présente, bien qu’elle fût membre de l’Église presbytérienne hollandaise ; son mari n’appartenait à aucune Église, mais il était travaillé en son esprit. Le Seigneur toucha son cœur ; il fut dans le deuil plus de trois jours. Ils me firent prier de venir chez eux. Je leur rendis visite et tins une réunion de prière dans leur maison. Quinze jours après ce dimanche-là, il se joignit à l’Église méthodiste. Je parlai trois fois le premier dimanche après-midi ; nous eûmes une grande assemblée, le soir une plus grande encore. Texte : Jamais homme n’a parlé comme cet homme. L’Esprit de Dieu fut répandu d’une manière miraculeuse. Le troisième jour suivant, au soir, je parlai de nouveau, sur ces paroles : Il vint pour y chercher du fruit, et il n’en trouva point. Selon toute apparence, rien n’avait été fait ; mais Dieu dirigea la parole vers le cœur d’une petite fille, la fille d’un monsieur, âgée de onze à douze ans. Elle se joignit à l’Église avant mon départ. Un bon vieux missionnaire, du nom de Mitchell, vint dans la ville avant que je la quitte, et prêcha trois sermons, à la suite desquels il y eut un grand réveil. L’Ancien fixa des réunions de prière au nord et au sud de la ville d’Albany. Je prêchai deux ou trois sermons dans une école ; la dernière fois que je parlai, ce fut dans la maison du frère Streeter, sur saint Matthieu, chapitre 21, verset 12. Je remercie Dieu de l’heureuse visite que j’y fis dans l’accomplissement de mon devoir. Ce prédicateur méthodiste, Mitchell, avait avec lui un livre intitulé l’Essence de John Steward, homme de couleur, avec son appel miraculeux au ministère — le premier qui réussit à christianiser les Indiens méthodistes de Sandusky et de cette contrée — ; il le vendit à Albany, et ce livre sembla avoir lui aussi l’effet désiré sur le réveil, en nous encourageant à observer un jeûne.

Qu’il est doux de contempler, ou de penser, que les païens ont saisi le son du salut par le nom de Jésus, notre Seigneur ! Je vis un bon nombre de personnes ajoutées à l’Église le jour du sabbat. Je demeurais encore occupée en esprit avec le Seigneur en leur faveur, lorsqu’on m’apprit qu’ils en avaient trois et quatre par soirée à leurs réunions de prière ; alors mon esprit se sentit libre de partir pour Schenectady. Sœur Streeter fit quatorze milles en voiture avec moi ; je m’arrêtai onze jours dans ce lieu, où une grande chambre haute avait été affectée à la prédication ; j’y parlai plusieurs fois à un petit nombre de personnes de couleur. Elles relevaient de l’Ancien blanc ; il fut mon ami et me fixa une réunion dans la maison du frère blanc, pour que je leur parle. Nous eûmes un temps favorable. Mais, comme ces gens montraient un esprit indifférent à la propagation de la religion de Jésus-Christ, je leur laissai la poussière. Je montai sur un bateau du canal pour Utica ; là, je retrouvai ma propre connexion, l’Église épiscopale méthodiste africaine ; nous eûmes un temps prospère. Je parlai et tins des réunions de prière à bord du bateau. Il y avait là un pâturage, malgré les difficultés de cette vie, et bien que le peuple fût chassé comme des perdrix sur la montagne. Cela ôte à un homme son utilité parmi le peuple ; mais l’œuvre du Seigneur alla de l’avant, et aucune arme forgée par l’ennemi ne peut arrêter l’œuvre de Dieu. Nous n’avons donc rien à craindre. Nous avons de grandes et respectables assemblées, et je me sentis fortifiée pour avertir les hommes de fuir la colère à venir. Si des signes et des prodiges ne suivaient pas quelquefois, je mourrais certainement ; mais gloire à Dieu pour ses pluies rafraîchissantes. Je dirigeai la classe, tins des réunions de prière, et pris passage sur un autre bateau du canal pour Rochester ; j’eus un agréable voyage. Je trouvai bientôt des méthodistes, et notre Ancien local était alors un prédicateur habile. J’y restai trois ou quatre semaines ; il me traita avec beaucoup de bonté et m’ouvrit le chemin. Ils élevèrent une nouvelle église en briques, avec un sous-sol pour les écoles ; la première pierre fut posée pendant mon séjour. L’Ancien était un homme de bonne réputation ; les gens de couleur étaient de diverses dénominations, mais fort unis entre eux. L’Ancien avait la charge de là jusqu’à Buffalo ; il avait alors une assemblée trimestrielle en préparation. Je quittai Rochester avec lui et fis environ soixante-dix milles en voiture. Le lendemain matin, je quittai Lewistown et fis sept milles en voiture ; nous traversâmes les lacs, du côté britannique. Quand nous quittâmes Rochester, la neige montait jusqu’aux chevilles ; à dix milles de Lewistown, le sol devint sec et dur ; et quand nous traversâmes les lacs, le temps était clair et froid, et l’air très pur. Je dis à l’Ancien que c’était la première fois de ma vie que je respirais un air pur. Je fis environ un mille à pied, et la première maison où je m’arrêtai fut celle de sœur Holmes. Je me sentis étrangère et seule. J’attendis de voir si la paix de Dieu demeurerait sur la maison. Avant d’avoir été présentée, je me levai de ma chaise, et la puissance de Dieu tomba sur les gens ; il me sembla que Dieu me répondait. Je fus pleinement convaincue que Dieu découvrirait son bras dans cette partie de sa vigne morale. Nous avions une église à Niagara ; l’Ancien y fixa une réunion, et d’autres sur quarante ou cinquante milles du circuit, car j’étais alors à environ six cents milles de Philadelphie. Je ressentis la perte de mes anciens compagnons et amis : l’Ancien et le diacre, au bout de deux jours, partirent pour Buffalo, afin de tenir une assemblée trimestrielle dans l’État de New York, à environ soixante-dix milles. Je commençai à parler aux gens, et Dieu sanctionna la parole, et je vis bien des manifestations de sa puissance — les gens de Niagara me semblèrent un peuple bienveillant et chrétien. Les habitants blancs s’unirent à nous, et des dames de grand renom. Les esclaves qui venaient là goûtaient leur liberté ; ils commencèrent à voir la nécessité de l’instruction, et engagèrent un Blanc pour leur apprendre à lire et à écrire entre eux, et pour avoir des écoles du dimanche. Je suis étonnée de voir tant de gens venus d’un État libre ne pas prendre plus d’intérêt à répandre la science de l’instruction parmi leurs semblables. L’hiver fut froid — je n’en avais jamais connu de pareil —, mais très sain. J’allai dans une ville appelée Niagara. Je parlai dans une maison particulière. Le soir suivant, je parlai dans l’ancienne église méthodiste devant une grande assemblée de gens respectables. Il y avait trois dames, l’une veuve d’un grand juge, et une fille et une sœur de la meilleure éducation ; elles sympathisèrent avec moi dans cette œuvre importante de l’Évangile de Christ. Elles se joignirent à nous dans notre réunion. Une petite fille de 8 ou 9 ans environ fit l’expérience de la religion et pria en public, et elle s’appliquait à ses dévotions privées : voilà pour la piété précoce. Instruis l’enfant selon la voie qu’il doit suivre; Et quand il sera vieux, il ne s’en détournera pas. Mais il est regrettable que si peu de nos enfants fassent l’expérience de cette piété précoce ; nous devons tâcher d’en découvrir la cause et d’en éviter les funestes effets, et ne pas élever nos enfants dans tant d’orgueil et de paganisme. Nous, en tant que peuple, sommes généralement pauvres et ne pouvons suivre tant de changements de mode ; ils grandissent et la convoitent, et souvent recourent à de mauvaises pratiques pour y subvenir, filles ou garçons, et attirent souvent l’opprobre sur leurs parents et sur leur famille, quoique très respectables. Élevons nos enfants dans l’amour du travail, car le travail est honorable, et c’est le moyen d’acquérir des richesses et de les garder. Je fis plusieurs allers et retours de Niagara à Buffalo, et j’eus des réunions régulières dans nos églises. Nous eûmes une grande opposition parmi les gens de couleur, chacun cherchant à surpasser l’autre en prééminence. L’un de nos prédicateurs nous quitta sur la promesse de quarante dollars par an. Pauvre homme, il fut comme Simon le magicien, qui périt avec son argent. Notre prédicateur de circuit était absent le dimanche de la scission, mais le Seigneur était avec nous. Je parlai trois fois à ce qui restait de l’assemblée, que grossit beaucoup une foule nombreuse de curieux, et il en résulta un grand bien ; nous continuâmes de semer et de moissonner pendant deux ou trois mois, et le Seigneur bénit abondamment nos travaux. Sentant que j’avais accompli mon devoir, je partis et traversai le lac, de Buffalo au fort George, et parlai à environ huit milles de là ; il faisait froid et il neigeait très fort — il était quatre heures de l’après-midi — ; l’assemblée était venue et repartie. Nous étions en traîneau, et le conducteur s’égara ; nous aboutîmes tous dans un marécage, parmi les cimes des arbres abattus ; mais nous fîmes demi-tour, trouvâmes une maison et y logeâmes toute la nuit ; et je parlai le lendemain matin à onze heures devant une assemblée paisible, et le Seigneur était avec nous, bien qu’elle fût composée de toutes les dénominations. Je fixai une autre réunion et fis environ huit milles à cheval — il neigeait, avec beaucoup de grésil — ; après avoir parlé aux gens, je les quittai pour de bon et fixai une réunion pour les Indiens ; deux des chefs vinrent me voir là où je logeais. Je leur demandai de prier pour nous ; ils y consentirent, mais le firent dans leur propre langue. Je sentis la puissance de Dieu dans mon propre cœur. Puis ils tinrent conseil à ce sujet et m’accordèrent ma visite au village de Buffalo, à environ trois milles de la ville de Buffalo. Nous y allâmes en voiture et arrivâmes avant leur heure de culte ; leur école n’était pas encore finie ; au bout d’un moment, ils congédièrent l’école — 50 enfants —, et, comme ils se rassemblaient pour le culte, je vis venir un vieux chef ; il se tint debout et pria très pieusement, les larmes coulant sur sa joue. Je leur dis que je n’étais pas venue pour célébrer le culte avec eux, et que je désirais leur prêcher quand leur culte serait terminé. Ils tinrent conseil et convinrent que je prêcherais pour eux ; et je ne pouvais m’empêcher d’admirer les manières aussi bien que les gestes des enfants. Les maîtres les élèvent dans la langue anglaise et en habillent quelques-uns à l’anglaise, mais le plus grand nombre sont vêtus à l’indienne ; les vieux Indiens, de leurs couvertures. Quelques-uns vinrent me trouver de sept ou huit milles à la ronde — ils remplirent la maison. C’était au mois de mars — il pleuvait et neigeait — ; pourtant ils venaient à pied dans leurs mocassins, et quelques-uns tête nue — ils formèrent une grande assemblée. Leur Ancien, ou missionnaire, était allé enseigner une autre tribu ce jour-là ; il ne les enseignait que très simplement et leur lisait dans des brochures les expériences d’autres personnes. Je commençai par annoncer le cantique dans notre langue, et l’interprète parla dans la leur. Voici le cantique : Oh ! que n’ai-je mille langues pour chanter, etc. Ils le chantèrent magnifiquement — deux longs bancs d’entre eux chantaient sur la partition (leurs livres étaient imprimés dans leur propre langue), sur un air très familier, comme ceux que nous employons dans les assemblées. Je parlai simplement, posément et de façon très directe ; l’interprète le répétait après moi dans la langue indienne, et l’une des femmes s’écria : Amen. Il y eut beaucoup de pleurs parmi eux ; cher lecteur, remarquez-le : bien qu’ils soient une nation révoltée contre Israël, qui n’a pas voulu être gouvernée, ils peuvent pourtant être civilisés et christianisés. Nous pourrions les appeler païens, mais ils sont doués d’un esprit chrétien. Je fus heureuse de ma visite ; le missionnaire souhaitait que je leur parle ce soir-là, mais j’avais une réunion fixée le soir même à Buffalo ; après quoi mon esprit fut calme et serein. Je partis le mardi 1er avril pour retourner à Philadelphie, et j’arrivai chez moi le 18 mai.

Cette année-là, je parcourus deux mille trois cent vingt-cinq milles et prêchai cent soixante-dix-huit sermons. Loue Dieu pour la santé et la force, ô mon âme, et magnifie son nom pour sa protection à travers les diverses scènes de la vie.

Dieu de ma vie, dont la puissance pleine de grâce
A conduit mon âme à travers mille morts,
Ou détourné l’heure fatale,
Ou relevé ma tête défaillante.

Pendant que j’étais à Buffalo, un voyage vers l’Ouest me fut montré si clairement que je ne pus rester dans la ville de Philadelphie que cinq semaines seulement ; puis je partis pour le pays de l’Ouest. Je pris la diligence postale et m’arrêtai d’abord à Westtown, où je parlai dans l’église de notre propre connexion, puis à West Chester, dans l’ancienne connexion blanche de l’Église méthodiste épiscopale. Nous eûmes une grande assemblée d’auditeurs paisibles. J’éprouvai de la liberté, mais point de grandes manifestations de la puissance de Dieu. J’eus plusieurs réunions en divers lieux, et visitai les malades. Ayant accompli mon devoir, je partis et poursuivis jusqu’à Old Lancaster, où je passai quelques jours. Nous avons là une bonne église, et nous eûmes de grandes réunions — la parole du Seigneur croissait et se multipliait. Dieu répandit son Esprit sur nous, et il y eut un cri de joie dans le camp. Je partis ensuite pour Columbia, en Pennsylvanie. Les gens y sont fort divisés, et les choses paraissaient bien sombres ; mais Dieu me dirigea — il a commandé à son disciple d’être une brebis au milieu des loups, et simple comme les colombes — ; malgré les ténèbres, Dieu m’aida à parler au peuple, et l’aida à entendre, et son nom fut loué. Les gens s’unirent ; les tentations et les nuages se dissipèrent. Alors nous chantâmes, priâmes, parlâmes et poussâmes des cris de joie dans l’Esprit : voilà le vrai méthodisme. Je dirigeai la classe, visitai les malades, et fus grandement favorisée de la présence du Seigneur. Notre foi fut accrue, nos espérances affermies. Les prédicateurs furent bons et me traitèrent bien, et grâce à leur aide je poursuivis mon voyage jusqu’à Harrisburg. Reconnaissante de la visite que j’avais faite — ici, les choses paraissaient sombres —, je parlai pourtant le lendemain. Je pris la diligence jusqu’à Chambersburg, y passai quelques jours, et continuai jusqu’à Fredericktown, dans le Maryland, où je parlai ; de là à Hagerstown, à Macallansburg, et, je dois l’avouer, je ne me souviens pas d’avoir jamais vu un tel peuple, car il semblait que la boisson forte eût été leur ruine. Le ministre du circuit était là, et nous vîmes quelques signes et prodiges suivre la prédication de la croix de Christ ; j’espère retrouver quelques-uns d’entre eux sur les rives de la délivrance, et aider à grossir les accents de l’amour rédempteur. Après le départ du prédicateur, je pris la diligence pour Pittsburgh, à huit heures du soir, et voyageai toute la nuit jusqu’à huit heures du matin. Je fus traitée avec bonté ; il y avait d’autres personnes dans la diligence, dont quatre messieurs, à ce que je crus ; l’un d’eux, sage à ses propres yeux, parlait beaucoup de religion, et de là il fit étalage d’une quantité de principes avilis, avec un langage dégoûtant ; sur quoi je lui fis plusieurs vives répliques et, à ma manière, le réprimandai ; et les autres messieurs le regardèrent avec un mépris silencieux, si bien qu’il en eut honte et me traita ensuite avec une grande politesse ; je voyageai à l’aise et arrivai à Pittsburgh à 5 heures de l’après-midi. J’allai à l’église ce soir-là et entendis un sermon de l’un de mes frères. Je rencontrai six ou sept ministres, très amicaux, qui me traitèrent en chrétiens. Je restai six semaines à Pittsburgh ; il y avait eu un ou deux réveils avant ma visite, surtout l’hiver précédant mon arrivée, le dernier jour d’août 1820. Mes travaux commencèrent — le champ était vaste —, mais le Seigneur était avec nous ; cela m’encouragea beaucoup ; je n’avais point honte de l’Évangile — c’est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, Juif ou Gentil. Nous eûmes de très bonnes réunions ; l’Ancien et les prédicateurs me reçurent tous d’un commun accord — grâces à Dieu pour sa divine bonté — ; je me sentis poussée par le Seigneur à faire une visite à Wheeling, bien que nous n’y eussions pas de société ; à mon arrivée, je ne trouvai qu’une petite classe de gens de couleur avec les Blancs ; un vieux monsieur de couleur, avec l’Ancien en charge, m’accorda l’église — l’Ancien étant un grand prédicateur, formé au collège. Nous eûmes une grande assemblée ; je leur parlai une fois, et fis une exhortation une autre fois, et n’éprouvai aucune difficulté à cet égard ; après quoi ils ne savaient comment me traiter assez bien. Et, le dimanche suivant, j’aidai à diriger la classe, et nous nous réjouîmes tous ; et le mardi je partis pour Washington, comme je l’avais promis à notre Ancien avant de le quitter. À mon arrivée, je trouvai des amis bienveillants et une grande assemblée de gens de couleur. Le jour du Seigneur, je réunis la classe ; les gens parlèrent avec humilité — ce fut un temps où les cœurs fondaient — ; dans l’Esprit de Dieu, je prêchai plusieurs sermons, visitai les malades, et m’efforçai dans cet esprit de soutenir les vieillards. Sentant mon devoir accompli, je partis pour Steubensville, dans l’Ohio, et y trouvai une petite société — quelques vrais chrétiens ; il n’y avait pas d’église ; les baptistes nous accordèrent la leur ; nous y eûmes des réunions, et le Seigneur était avec nous — des assemblées paisibles —, et la parole eut de l’effet dans le cœur des pécheurs, et les croyants furent affermis. Je m’arrêtai quelques jours et partis au nom du Seigneur. Je poursuivis jusqu’à Mount Pleasant, où j’arrivai le septième jour au soir, et l’administrateur me fixa une réunion pour le dimanche matin. À 11 heures, j’étais faible de corps et d’esprit, mais le Seigneur fut avec nous selon sa promesse : Ne pensez point à ce que vous direz, mais ouvre ta bouche, et je la remplirai, dit le Seigneur ; il produisit ce matin-là un ébranlement parmi les os desséchés. Je pense que, si une créature a le droit de louer Dieu, c’est bien moi, et cela avec reconnaissance ; et je l’aime parce qu’il m’a aimée le premier. Béni soit son nom. Je prêchai plusieurs sermons devant de grandes foules, mais les réveils ne furent pas aussi manifestes qu’en d’autres lieux. J’eus quelques difficultés dans ce voyage, mais seulement ce qui est commun parmi nous ; car bien souvent des gens trompeurs mettent le feu à l’Église, mais ne peuvent la consumer.

Moïse la vit sous la forme d’un buisson en flammes, et pourtant non consumé. Nous devons être éprouvés comme l’or dans le feu. Ma visite terminée, un frère (conducteur dans l’Église) m’accompagna dix milles sur ma route ; je m’arrêtai à Sinclairsville ; une réunion était annoncée pour le lendemain soir. À 7 heures, je parlai au palais de justice devant un grand concours de citoyens respectables et de bonne tenue. Je me sentis libre, et partis dans cette paix de l’esprit qui rend l’œuvre douce. On m’aida à gagner Cap-teen, établissement de gens de couleur, dont quelques-uns venaient des comtés du bas ; mais ils sont industrieux, ont une église à eux et s’apprêtaient à envoyer leurs enfants à l’école. Je tins plusieurs réunions, et il y avait là des gens de couleur fort respectables — et le Seigneur était avec nous — ; je logeai chez une famille âgée, très respectable, qui me traita avec beaucoup de bonté ; et, au bout de 2 à 3 semaines, je partis en paix avec Dieu et avec les hommes, et allai à Barnsborough, où je parlai dans l’église méthodiste épiscopale blanche ; de là à Zanesville, où l’aspect des choses me découragea beaucoup. Je ne pensais pas m’y attarder, mais à la première réunion je choisis ces paroles : « Je n’ai point honte de l’Évangile. » — Paul. La salle était bien petite pour le nombre de gens ; après quoi un vieillard, qui sentait fort l’eau-de-vie, essaya de faire une exhortation. Je fus stupéfaite de la scène ; les gens rirent ; je me levai et sortis. Je tâchai de travailler de nouveau le soir et d’exhorter les jeunes dames au sujet des funestes conséquences de la mauvaise conduite dans l’Église de Dieu ; après quoi nous eûmes plus d’ordre, et l’on découvrit que le vieux monsieur était ivre de liqueur spiritueuse ; il fut exclu de l’Église ; après quoi un grand réveil eut lieu parmi les méthodistes blancs, riches et pauvres.

Mme Dillin, qui avait été quakeresse et était maintenant membre de l’Église, parla aux administrateurs et aux ministres ; ils ouvrirent l’église, et j’y parlai deux fois ; après cela, je parlai à West Zanesville, derrière ce lieu ; je demeurai encore parmi mes amis de couleur, qui semblèrent grandement ranimés ; après quoi ils prirent la résolution de se bâtir une maison de réunion. Un ami quaker, comme on les appelle, leur fit don d’un terrain pour la bâtir, ce qu’ils firent. Gloire à Dieu, car sa gloire se tint au-dessus des portes du tabernacle. Beaucoup furent convaincus et convertis, et beaucoup furent ajoutés à l’ancienne Église méthodiste ; et je partis de là le jour de l’An pour New-Lancaster, où nous avions une église qui n’était depuis trois ou quatre ans qu’une charpente de maison, et où l’on n’avait jamais prêché ; mais le Seigneur ouvrit la voie, et un grand réveil eut lieu parmi le peuple ; et, leurs yeux s’étant ouverts, ils se mirent à l’œuvre de bon cœur et bâtirent une nouvelle église, et Dieu bénit leurs travaux. Je prêchai plusieurs sermons et dirigeai la classe, etc. Ma coutume est de visiter les malades et les affligés dans quelque ville que je m’arrête, afin de renouveler ma force spirituelle dans le Seigneur. Bien que j’aie prêché l’Évangile en vertu de la commission de mon Seigneur, je n’ai pourtant rien dont je puisse me glorifier.

J’ouvris une agape dans ladite église de New Lancaster. Nous tînmes des réunions de prière. Je parlai aussi dans l’église des Blancs. Les gens furent très amicaux. Je les réunis en classe, et, au bout de onze jours, je partis pour Columbus. Les prédicateurs furent en général très bons pour moi, blancs comme de couleur. Un digne frère me conduisit plus loin. Il neigeait, et j’avais très froid, mais le Seigneur était avec nous, et mon esprit fut libéré. Néanmoins, je rencontrai un adversaire prêt à détruire ma réputation, ainsi que les principes de l’œuvre que Dieu avait jugé bon d’accomplir en son nom par mon moyen ; ce qui m’amena à exposer l’affaire aux administrateurs et aux prédicateurs, qui furent fort étonnés qu’il eût prêché quatre ou cinq ans avec de la malveillance dans le cœur. J’eus la faveur de le voir le matin, avant son départ ; c’était la première fois, pendant tout ce temps, qu’il me parlait à peu près comme un chrétien. Il savait que, dès le premier moment, j’étais allée vers lui pour satisfaire son esprit. Mais son cœur était amer. Je sentais son esprit comme une vipère. Mais la parole du Seigneur se vérifia en ce temps-là aussi : « Quand le Tentateur soulèvera un flot contre vous, je dresserai contre lui un étendard. » Il me dit qu’il avait envoyé une lettre à Pittsburg pour m’arrêter, bien que j’eusse ma licence de l’évêque, revêtue de sa propre signature. Je lui dis qu’il était pour moi un ennemi pire que je ne l’avais cru, et que j’avais honte de lui, qui faisait profession d’être prédicateur en charge et donnait un tel exemple en terre étrangère ; et je le suppliai de rejeter ses préjugés, sans quoi il n’obtiendrait jamais le royaume des cieux. Il me quitta en un éclair, et je ne le revis plus jusqu’à la conférence. J’écrivis une lettre à l’évêque Allen pour lui faire connaître mes griefs, car j’étais innocente de toute faute. Je ne me sentais nullement tenue de supporter les reproches de prédicateurs en progression ; et je voulais que l’affaire fût réglée à la conférence. Mais les prédicateurs et les conducteurs n’y attachèrent que peu d’importance. Je la portai devant la conférence, et elle fut réglée. Mais je demeurai là tout l’hiver. Je prêchai, dirigeai la classe, visitai les malades, etc., avec un grand succès. Je bénis Dieu pour le témoignage d’une bonne conscience. De vieux pécheurs furent réveillés et contraints de venir en tremblant s’informer du chemin de Sion.

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