Chapitre 5 · 7 min de lecture · 9 min d’écoute
III. Ce n’est un signe ni que des affections soient véritablement des affections de grâce, ni qu’elles ne le soient pas, qu’elles rendent ceux qui les éprouvent prompts, fervents et abondants à parler des choses de la religion
III. Ce n’est un signe ni que des affections soient véritablement des affections de grâce, ni qu’elles ne le soient pas, qu’elles rendent ceux qui les éprouvent prompts, fervents et abondants à parler des choses de la religion.
Il y a beaucoup de gens qui, s’ils voient cela chez d’autres, conçoivent contre eux un grand préjugé. Le fait que ces personnes aient tant à dire est pour eux un motif suffisant de les condamner comme des pharisiens et des hypocrites pleins d’ostentation. D’autre part, il y en a beaucoup qui, s’ils voient cet effet chez quelqu’un, sont très ignoramment et très imprudemment prompts à décider sur-le-champ que ce sont de vrais enfants de Dieu, qu’ils sont sous les influences salutaires de son Esprit, et ils en parlent comme d’une grande preuve d’une nouvelle créature ; ils disent : « La bouche d’un tel est maintenant ouverte : il était lent à parler, mais à présent il parle abondamment et librement ; il ouvre maintenant librement son cœur, raconte ses expériences et publie les louanges de Dieu ; cela sort de lui aussi librement que l’eau d’une source », et ainsi de suite. Et surtout ils se laissent gagner à une persuasion confiante et sans aucun doute que ces personnes ont été l’objet d’une œuvre salutaire, si elles ne sont pas seulement libres et abondantes, mais aussi très affectueuses et ardentes dans leurs propos.
Mais c’est là le fruit d’un jugement bien faible, d’une expérience pauvre et courte, comme les événements le montrent abondamment ; et c’est une erreur dans laquelle on tombe souvent pour s’être fié à sa propre sagesse et à son propre discernement, et pour avoir fait de ses propres idées sa règle au lieu de la sainte Écriture. Bien que l’Écriture soit pleine de règles, tant sur la manière dont nous devons juger de notre propre état que sur la manière dont nous devons nous conduire dans l’opinion que nous nous faisons des autres, nous n’avons pourtant nulle part aucune règle permettant de juger que nous-mêmes ou d’autres sommes dans un bon état d’après un tel effet : car ce n’est là que la religion de la bouche et de la langue, ce que l’Écriture représente par les feuilles d’un arbre, lesquelles, bien que l’arbre ne doive pas en être dépourvu, ne sont pourtant nulle part données comme une preuve de la bonté de l’arbre.
Que des personnes soient disposées à parler abondamment des choses de la religion, cela peut venir d’une bonne cause, et cela peut venir d’une mauvaise. Cela peut être parce que leur cœur est tout rempli d’affections saintes, « car c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle » ; et cela peut être parce que leur cœur est tout rempli d’une affection religieuse qui n’est pas sainte ; car c’est toujours de l’abondance du cœur que la bouche parle. Il est tout à fait dans la nature des affections, de quelque sorte qu’elles soient et sur quelque objet qu’elles s’exercent, lorsqu’elles sont fortes, de disposer les gens à parler beaucoup de ce qui les touche ; et non seulement à parler beaucoup, mais à parler avec beaucoup d’ardeur et de ferveur. C’est pourquoi le fait que des personnes parlent abondamment et avec beaucoup de ferveur des choses de la religion ne peut prouver rien de plus que ceci : qu’elles sont très touchées par les choses de la religion ; mais cela peut être (comme on l’a déjà montré) sans qu’il y ait de grâce. Ce dont les hommes sont grandement touchés, tant que dure cette affection élevée, ils s’y appliquent avec ardeur, et ils sont enclins à montrer cette ardeur dans leurs propos et dans leur conduite ; comme le fit pour un temps la plus grande partie des Juifs, dans toute la Judée et la Galilée, au sujet de la prédication et du baptême de Jean-Baptiste, lorsqu’ils voulurent se réjouir une heure à sa lumière : on fit grand bruit, dans tout le pays et parmi toutes sortes de gens, au sujet de ce grand prophète et de son ministère. Et de même la multitude manifesta souvent une grande ardeur, un puissant engagement d’esprit en tout ce qui était extérieur, au sujet de Christ, de sa prédication et de ses miracles, « frappée de sa doctrine, et recevant aussitôt la parole avec joie », le suivant parfois nuit et jour, laissant le manger, le boire et le sommeil pour l’entendre ; une fois même le suivant dans le désert, jeûnant trois jours pour aller l’entendre ; parfois l’élevant jusqu’aux nues et disant : « Jamais homme n’a parlé comme cet homme ! », fervente et ardente dans ce qu’elle disait. Mais à quoi tout cela aboutit-il chez la plupart d’entre eux ?
Une personne peut être trop pleine de discours sur ses propres expériences, y revenant d’ordinaire partout et en toute compagnie ; et lorsqu’il en est ainsi, c’est plutôt un signe sombre qu’un bon signe. De même qu’un arbre trop chargé de feuilles porte rarement beaucoup de fruit, et qu’un nuage, si gros et si chargé d’eau qu’il paraisse, s’il amène avec lui trop de vent, donne rarement beaucoup de pluie à la terre sèche et altérée ; et c’est cela même que le Saint-Esprit veut bien employer plusieurs fois pour représenter une grande apparence de religion dans la bouche, sans un fruit correspondant dans la vie : Proverbes 25:14 : « Comme des nuages et du vent sans pluie, Ainsi est un homme se glorifiant à tort de ses libéralités. » Et l’apôtre Jude, parlant de certains qui, aux temps primitifs, s’étaient glissés parmi les saints sans qu’on y prît garde et qui, ayant une grande apparence de religion, ne furent pendant un temps pas soupçonnés, dit : « Ce sont des nuées sans eau, poussées par les vents », Jude, versets 4 et 12. Et l’apôtre Pierre, parlant des mêmes, dit, 2 Pierre 2:17 : « Ces gens-là sont des nuées sans eau, que chasse un tourbillon. »
Les fausses affections, si elles sont également fortes, sont beaucoup plus promptes à se déclarer que les vraies, parce qu’il est dans la nature de la fausse religion de rechercher l’éclat et les regards, comme il en était des pharisiens.1111 Ce célèbre théologien de l’expérience, M. Shepherd, dit : « La trompette d’un pharisien se fera entendre jusqu’au bout de la ville, tandis que la simplicité traverse la ville sans être vue. De là vient qu’un homme se recommandera parfois lui-même à mots couverts (et le moi y revient toujours), et vous fait une longue histoire de sa conversion ; et il y a cent à parier contre un que quelque mensonge ne s’y glisse. Eh bien, le sens caché est : Je vous prie, admirez-moi. De là ces plaintes sur ses manques et ses faiblesses : Je vous prie, considérez quel chrétien au cœur brisé je suis. » La Parabole des dix vierges, Ire partie, pages 179, 180.
Et le saint M. Flavel s’exprime ainsi : « Ô lecteur, si ton cœur était droit devant Dieu, et si tu ne te trompais pas toi-même par une vaine profession, tu aurais avec Dieu de fréquentes affaires dont tu ne voudrais pas que ton ami le plus cher, ou la femme de ton sein, fût informé. Non est religio, ubi omnia patent. La religion ne s’étale pas devant tous, aux yeux des hommes. Les devoirs accomplis sous les regards maintiennent notre réputation ; mais les devoirs secrets maintiennent notre vie. C’était le mot d’un païen, au sujet de sa correspondance secrète avec son ami : Qu’est-il besoin que le monde en soit informé ? Toi et moi, nous sommes l’un pour l’autre un théâtre suffisant. Il y a dans la religion des plaisirs réservés, que seules les âmes renouvelées et spirituelles comprennent par expérience. » Flavel, La Pierre de touche de la sincérité, chap. II, sect. 2.
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III. Ce n’est un signe ni que des affections soient véritablement des affections de grâce, ni qu’elles ne le soient pas, qu’elles rendent ceux qui les éprouvent prompts, fervents et abondants à parler des choses de la religion