Chapitre 6 · 11 min de lecture · 14 min d’écoute
IV. Ce n’est un signe ni dans un sens ni dans l’autre que des affections soient de grâce, que les personnes ne les aient pas produites elles-mêmes, ni suscitées par leur propre industrie et par leurs propres forces
IV. Ce n’est un signe ni dans un sens ni dans l’autre que des affections soient de grâce, que les personnes ne les aient pas produites elles-mêmes, ni suscitées par leur propre industrie et par leurs propres forces.
Il en est beaucoup, de nos jours, qui condamnent toutes les affections suscitées d’une manière dont ceux qui les éprouvent ne peuvent rendre compte, parce qu’elles ne semblent être le fruit d’aucun de leurs propres efforts, ni la conséquence naturelle des facultés et des principes de la nature humaine, en de telles circonstances et sous l’action de tels moyens, mais paraissent venir de l’influence de quelque puissance extérieure et surnaturelle sur leur esprit. Combien la doctrine de l’expérience intérieure, c’est-à-dire de la perception sensible de la puissance et de l’opération immédiates de l’Esprit de Dieu, a-t-elle été, depuis peu, décriée et tournée en ridicule par beaucoup ! Ils disent que la manière de l’Esprit de Dieu est de coopérer d’une façon silencieuse, secrète et imperceptible avec l’usage des moyens et avec nos propres efforts, de sorte qu’on ne saurait distinguer par le sentiment les influences de l’Esprit de Dieu des opérations naturelles des facultés de notre propre esprit.
Et il est vrai que, pour qui que ce soit, s’attendre à recevoir les influences salutaires de l’Esprit de Dieu tout en négligeant de faire un usage diligent des moyens de grâce établis, c’est une présomption déraisonnable. Et s’attendre à ce que l’Esprit de Dieu opère d’une manière salutaire sur l’esprit des hommes sans que l’Esprit se serve de moyens subordonnés à cet effet, c’est de l’enthousiasme. Il est également hors de doute que l’Esprit de Dieu varie beaucoup dans la manière et les circonstances de ses opérations, et que tantôt il opère d’une façon plus secrète et plus graduelle, et à partir de plus petits commencements, que d’autres fois.
Mais s’il existe en effet une puissance entièrement différente de notre puissance et supérieure à elle, comme à la puissance de tous les moyens et de tous les instruments, et au-dessus de la puissance de la nature, puissance requise pour produire dans le cœur la grâce qui sauve, selon la profession générale du pays, alors il n’est certainement nullement déraisonnable de supposer que cet effet soit très souvent produit d’une manière qui rende tout à fait manifeste, apparent et sensible qu’il en est ainsi. Si la grâce est réellement due à l’opération puissante et efficace d’un agent extérieur, d’une cause efficiente divine hors de nous-mêmes, pourquoi serait-il déraisonnable de supposer qu’elle paraisse telle à ceux qui en sont les sujets ? Est-ce une chose étrange qu’elle paraisse être ce qu’elle est ? Quand la grâce dans le cœur n’est réellement pas produite par nos forces, qu’elle n’est pas l’effet de la puissance naturelle de nos propres facultés ni d’aucun moyen ou instrument, mais qu’elle est proprement l’ouvrage et la production de l’Esprit du Tout-Puissant, est-ce une chose étrange et inexplicable qu’elle paraisse à ceux qui en sont les sujets conforme à la vérité, et non pas directement contraire à la vérité ? Et faudrait-il, lorsque des personnes parlent d’effets dont elles ont conscience dans leur propre esprit, et qui ne leur semblent pas venir de la puissance ou de l’opération naturelle de leur esprit, mais de la puissance surnaturelle de quelque autre agent, regarder aussitôt ce témoignage comme une preuve sûre qu’elles sont dans l’illusion, parce que les choses leur paraissent être telles qu’elles sont ? Car voici l’objection que l’on fait : on regarde comme une preuve évidente que les appréhensions et les affections de beaucoup de personnes ne viennent pas réellement d’une telle cause, du fait même qu’elles leur semblent venir de cette cause. Elles déclarent que ce dont elles ont conscience leur paraît évidemment ne pas venir d’elles-mêmes, mais de la puissante action de l’Esprit de Dieu ; et d’autres, sur ce fondement, les condamnent et décident que ce qu’elles éprouvent ne vient pas de l’Esprit de Dieu, mais d’elles-mêmes, ou du diable. C’est ainsi que des multitudes sont aujourd’hui traitées sans raison par leurs voisins.
S’il en est vraiment ainsi, comme l’Écriture l’enseigne abondamment, que la grâce dans l’âme est à tel point l’effet de la puissance de Dieu qu’elle est justement comparée aux effets qui doivent le moins à quelque force que ce soit dans le sujet, tels qu’une génération, ou le fait d’être engendré, une résurrection, ou le fait d’être ressuscité des morts, et une création, ou le fait d’être tiré du néant à l’existence, et qu’elle est un effet où la puissance de Dieu est grandement glorifiée et où se manifeste l’infinie grandeur de sa puissance ;1212 Éph. 1:17-20. comment rendre compte alors que le Tout-Puissant, dans une si grande œuvre de sa puissance, cache sa puissance avec tant de soin que ceux qui en sont les sujets n’en puissent rien discerner ? Ou quelle raison, quelle révélation a-t-on pour décider qu’il agit ainsi ? Si nous pouvons en juger par l’Écriture, cela n’est pas conforme à la manière de Dieu dans ses opérations et dans ses dispensations ; au contraire, c’est la manière de Dieu, dans les grandes œuvres de puissance et de miséricorde qu’il accomplit pour son peuple, de disposer les choses de façon à rendre sa main visible, sa puissance éclatante, et la dépendance des hommes à son égard tout à fait évidente, afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu,1313 1 Cor. 1:27, 28, 29. que Dieu seul soit élevé,1414 Ésa. 2:11-17. que cette grande puissance soit attribuée à Dieu et non à l’homme,1515 2 Cor. 4:7. que la puissance de Christ se manifeste dans notre faiblesse,1616 2 Cor. 12:9. et que nul ne puisse dire : C’est ma main qui m’a délivré.1717 Jg 7:2. Il en fut ainsi dans la plupart des délivrances temporelles que Dieu opéra autrefois pour Israël, et qui étaient des types du salut par lequel le peuple de Dieu est délivré de ses ennemis spirituels. Il en fut ainsi lorsque Israël fut racheté de la servitude d’Égypte : Dieu le racheta à main forte et à bras étendu ; et, pour que sa puissance fût plus éclatante, il permit qu’Israël fût d’abord réduit à la situation la plus désespérée et la plus misérable. Il en fut ainsi dans la grande délivrance opérée par Gédéon : Dieu voulut que son armée fût réduite à une poignée d’hommes, sans autres armes que des trompettes, des flambeaux et des cruches de terre. Il en fut ainsi lorsque Israël fut délivré de Goliath par un jeune garçon armé d’une fronde et d’une pierre. Il en fut ainsi dans cette grande œuvre de Dieu, la vocation des Gentils et la conversion du monde païen, après l’ascension de Christ, lorsque le monde, avec sa sagesse, n’a point connu Dieu, que tous les efforts des philosophes s’étaient montrés vains, pendant bien des siècles, pour réformer le monde, et que tout avait rendu parfaitement évident que le monde était entièrement impuissant, sinon par la puissante action de Dieu. Et il en fut ainsi dans la plupart des conversions individuelles dont l’histoire du Nouveau Testament nous fait le récit : elles ne furent pas opérées de cette manière silencieuse, secrète, graduelle et imperceptible sur laquelle on insiste aujourd’hui, mais avec ces marques manifestes d’une puissance surnaturelle, produisant merveilleusement et soudainement un grand changement, que l’on regarde de nos jours comme des signes certains d’illusion et d’enthousiasme.
L’apôtre, en Éphésiens 1:18-19, parle de Dieu qui éclaire l’esprit des chrétiens et les amène ainsi à croire en Christ, afin qu’ils connaissent l’infinie grandeur de sa puissance envers ceux qui croient. Voici ses paroles : il prie afin que Dieu « illumine les yeux de votre cœur, pour que vous sachiez quelle est l’espérance qui s’attache à son appel, quelle est la richesse de la gloire de son héritage qu’il réserve aux saints, et quelle est envers nous qui croyons l’infinie grandeur de sa puissance, se manifestant avec efficacité par la vertu de sa force », etc. Or, quand l’apôtre parle de leur qualité de sujets de sa puissance, dans leur illumination et leur vocation efficace, afin qu’ils sachent ce qu’est sa puissante action envers ceux qui croient, il ne peut vouloir dire autre chose que « afin qu’ils le sachent par expérience ». Mais si les saints connaissent cette puissance par expérience, alors ils la sentent, ils la discernent et ils en ont conscience, comme sensiblement distincte des opérations naturelles de leur propre esprit ; ce qui ne s’accorde pas avec l’idée d’un Dieu opérant si secrètement et si imperceptiblement qu’on ne puisse savoir qu’ils sont les sujets de l’influence d’une puissance extérieure quelconque, sinon dans la mesure où ils peuvent le conclure des déclarations de l’Écriture ; ce qui est autre chose que de le connaître par expérience.
De sorte qu’il est très déraisonnable et contraire à l’Écriture de décider que des affections ne viennent pas des opérations de grâce de l’Esprit de Dieu, parce qu’elles ne viennent sensiblement pas des personnes mêmes qui en sont les sujets.
D’un autre côté, ce n’est pas une preuve que des affections soient de grâce, qu’elles ne soient pas proprement produites par ceux qui en sont les sujets, ou qu’elles naissent dans leur esprit d’une manière dont ils ne peuvent rendre compte.
Il en est qui font de cela un argument en leur propre faveur ; parlant de ce qu’ils ont éprouvé, ils disent : « Je suis sûr de ne pas l’avoir produit moi-même ; ce n’était le fruit d’aucune industrie ni d’aucun effort de ma part ; cela est venu quand je n’y pensais nullement ; dût-on me donner le monde entier, je ne pourrais le reproduire à volonté. » Et de là ils concluent que ce qu’ils ont éprouvé doit venir de la puissante influence de l’Esprit de Dieu et qu’il est d’une nature salutaire ; mais ils le font avec beaucoup d’ignorance et sans fondement. Ce dont ils ont été les sujets peut en effet ne pas venir directement d’eux-mêmes, mais de l’opération d’un agent invisible, de quelque esprit autre que le leur ; mais il ne s’ensuit pas que cela soit venu de l’Esprit de Dieu. Il y a d’autres esprits que le Saint-Esprit qui exercent une influence sur l’esprit des hommes. Il nous est prescrit de ne pas ajouter foi à tout esprit, mais d’éprouver les esprits, pour savoir s’ils sont de Dieu. Il y a beaucoup de faux esprits, extrêmement affairés auprès des hommes, qui souvent se déguisent en anges de lumière et qui, de bien des manières étonnantes, avec beaucoup de subtilité et de puissance, contrefont les opérations de l’Esprit de Dieu. Et il y a beaucoup d’opérations de Satan qui se distinguent fort bien des exercices volontaires de l’esprit des hommes. Il en est ainsi de ces suggestions affreuses et horribles et de ces injections blasphématoires dont il poursuit bien des personnes, et des frayeurs et des terreurs vaines et stériles dont il est l’auteur. Et la puissance de Satan peut être aussi immédiate et aussi évidente dans les fausses consolations et les fausses joies que dans les terreurs et les suggestions horribles ; et souvent, en fait, elle l’est. Il n’est pas au pouvoir des hommes de se jeter eux-mêmes dans des ravissements tels que ceux qu’ont connus les anabaptistes d’Allemagne et bien d’autres enthousiastes exaltés semblables à eux.
En outre, il faut considérer que des personnes peuvent avoir dans l’esprit des impressions qui ne soient pas leur propre ouvrage, ni l’œuvre d’un mauvais esprit, mais de l’Esprit de Dieu, et qui pourtant ne procèdent pas d’une influence salutaire, mais d’une influence commune de l’Esprit de Dieu ; et ceux qui reçoivent de telles impressions peuvent être du nombre de ceux dont nous lisons en Hébreux 6:4-5, « qui ont été une fois éclairés, qui ont goûté le don céleste, qui ont eu part au Saint-Esprit, qui ont goûté la bonne parole de Dieu et les puissances du siècle à venir », et pourtant ignorer entièrement ces « choses meilleures et favorables au salut » dont il est parlé au verset 9.
Et là où ni un bon ni un mauvais esprit n’a aucune part immédiate, des personnes, surtout celles dont la constitution est faible et sujette aux vapeurs, et dont le cerveau est faible et aisément susceptible d’impressions, peuvent avoir des appréhensions et des imaginations étranges, accompagnées d’affections fortes, qui naissent d’une manière inexplicable et qu’elles ne produisent pas volontairement. Nous voyons que de telles personnes sont exposées à de pareilles impressions au sujet des choses temporelles ; et il y a tout autant de raison pour qu’elles le soient au sujet des choses spirituelles. Comme une personne endormie a des songes dont elle n’est pas l’auteur volontaire, ainsi de telles personnes peuvent pareillement être, à l’état de veille, les sujets d’impressions involontaires.
Chapitre 6 terminé
IV. Ce n’est un signe ni dans un sens ni dans l’autre que des affections soient de grâce, que les personnes ne les aient pas produites elles-mêmes, ni suscitées par leur propre industrie et par leurs propres forces