Les affections religieuses
II. Ce n’est un signe ni que des affections aient la nature de la vraie religion, ni qu’elles ne l’aient pas, qu’elles produisent de grands effets sur le corps

Chapitre 4 · 9 min de lecture · 12 min d’écoute

II. Ce n’est un signe ni que des affections aient la nature de la vraie religion, ni qu’elles ne l’aient pas, qu’elles produisent de grands effets sur le corps

II. Ce n’est un signe ni que des affections aient la nature de la vraie religion, ni qu’elles ne l’aient pas, qu’elles produisent de grands effets sur le corps.

Toutes les affections, quelles qu’elles soient, ont à quelque égard ou à quelque degré un effet sur le corps. Comme on l’a fait observer précédemment, telle est notre nature, et telles sont les lois de l’union de l’âme et du corps, que l’esprit ne peut avoir aucun exercice vif ou vigoureux sans quelque effet sur le corps. Le corps est à ce point soumis à l’esprit, et ses fluides, particulièrement les esprits animaux, suivent à ce point les mouvements et les exercices de l’esprit, qu’il ne peut y avoir ne serait-ce qu’une pensée intense sans un effet sur eux. Bien plus, on peut se demander si une âme unie à un corps pense jamais une seule pensée, ou a le moindre exercice, sans qu’il y ait quelque mouvement correspondant, ou quelque altération de mouvement, à quelque degré, des fluides dans quelque partie du corps. Mais l’expérience universelle montre que l’exercice des affections tend d’une manière particulière à produire sur le corps quelque effet sensible. Et s’il en est ainsi, que toutes les affections ont quelque effet sur le corps, nous pouvons bien supposer que plus ces affections sont grandes, et plus leur exercice est vigoureux (toutes autres circonstances étant égales), plus grand sera l’effet sur le corps. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner que des exercices très grands et très forts des affections aient de grands effets sur le corps. Et par conséquent, puisqu’il y a de très grandes affections, à la fois communes et spirituelles, il n’y a pas lieu de s’étonner que de grands effets sur le corps naissent de l’une et l’autre de ces sortes d’affections. Et par conséquent ces effets ne sont pas des signes que les affections dont ils naissent soient d’une sorte plutôt que de l’autre.

De grands effets sur le corps ne sont certainement pas des preuves sûres que des affections soient spirituelles ; car nous voyons que de tels effets naissent souvent de grandes affections au sujet des choses temporelles, sans que la religion y soit en rien intéressée. Et si de grandes affections au sujet des choses séculières, qui sont purement naturelles, peuvent avoir ces effets, je ne sais selon quelle règle nous pourrions décider que des affections élevées au sujet des choses religieuses, qui naissent de même de la nature, ne peuvent avoir le même effet.

Je ne connais pas non plus, d’autre part, de règle que qui que ce soit possède pour décider que des affections de grâce et saintes, lorsqu’elles sont portées aussi haut que n’importe quelles affections naturelles et qu’elles ont des exercices aussi forts et aussi vigoureux, ne peuvent avoir un grand effet sur le corps. Une telle règle ne peut être tirée de la raison : je ne connais aucune raison pour laquelle le fait d’être touché par la vue de la gloire de Dieu ne ferait pas défaillir le corps, aussi bien que le fait d’être touché par la vue de la gloire de Salomon. Et aucune règle de ce genre n’a encore été produite à partir de l’Écriture ; on n’en a jamais trouvé aucune dans toutes les récentes controverses qui ont eu lieu sur les choses de cette nature. Il y a une grande puissance dans les affections spirituelles : nous lisons qu’il est une puissance qui agit dans les chrétiens,22 Éphésiens 3:7. que l’Esprit de Dieu est en eux comme un Esprit de force,33 2 Timothée 1:7. et que sa puissance opère efficacement en eux.44 Éphésiens 3:7, 20. Mais la nature de l’homme est faible : la chair et le sang sont représentés dans l’Écriture comme extrêmement faibles, et particulièrement quant à leur inaptitude à de grandes opérations et à de grands exercices spirituels et célestes, Matthieu 26:41 ; 1 Corinthiens 15:43 et 50. Le texte sur lequel nous nous arrêtons parle d’« une joie ineffable et glorieuse ». Et qui donc, s’il considère ce qu’est la nature de l’homme et ce qu’est la nature des affections, peut raisonnablement douter que de telles joies, inexprimables et glorieuses, puissent être trop grandes et trop puissantes pour une faible poussière et une faible cendre, au point de l’accabler considérablement ? Il est évident par l’Écriture que de vraies découvertes divines, ou des idées de la gloire de Dieu, lorsqu’elles sont données à un haut degré, tendent, en touchant l’esprit, à accabler le corps ; car l’Écriture nous enseigne souvent que si ces idées ou ces vues étaient données au degré où elles sont données dans le ciel, la faible structure du corps ne pourrait y subsister, et que nul homme ne peut, de cette manière, voir Dieu et vivre. La connaissance que les saints ont en ce monde de la beauté et de la gloire de Dieu, et les affections saintes qui en naissent, sont de même nature et de même espèce que ce dont les saints sont le siège dans le ciel, et n’en diffèrent qu’en degré et en circonstances : ce que Dieu leur donne ici-bas est un avant-goût du bonheur céleste et un gage de leur héritage à venir. Et qui limitera Dieu dans le don de ce gage, ou dira qu’il donnera tant de l’héritage, telle part de la récompense future comme gage du tout, et pas davantage ? Et puisque Dieu nous a enseigné dans sa parole que la récompense entière est telle qu’elle détruirait sur-le-champ le corps, n’est-ce pas une chose trop hardie pour nous que de fixer ainsi des bornes au Dieu souverain, jusqu’à dire qu’en donnant en ce monde le gage de cette récompense, il n’en donnera jamais assez pour diminuer le moins du monde la force du corps, alors que Dieu ne s’est nulle part ainsi limité lui-même ?

Le psalmiste, parlant des affections religieuses véhémentes qu’il éprouvait, parle d’un effet dans sa chair, ou dans son corps, en plus de ce qui se passait dans son âme, distinguant expressément l’un de l’autre, et cela à plusieurs reprises : Psaume 84:3 : « Mon âme soupire et languit après les parvis de l’Éternel, Mon cœur et ma chair poussent des cris vers le Dieu vivant. » Il y a là une distinction nette entre le cœur et la chair, comme étant touchés chacun. De même, Psaume 63:2 : « Mon âme a soif de toi, mon corps soupire après toi, Dans une terre aride, desséchée, sans eau. » Il y a là aussi une distinction évidente et voulue entre l’âme et la chair.

Le prophète Habacuc parle de son corps accablé par le sentiment de la majesté de Dieu, Habacuc 3:16 : « J’ai entendu… Et mes entrailles sont émues. A cette voix, mes lèvres frémissent, Mes os se consument, Et mes genoux chancellent. » De même, le psalmiste parle expressément de sa chair qui tremble, Psaume 119:120 : « Ma chair frissonne de l’effroi que tu m’inspires. »

Que de telles idées de la gloire de Dieu, comme il en est parfois donné en ce monde, tendent à accabler le corps, cela est évident, parce que l’Écriture nous rapporte que tel a parfois été effectivement l’effet de ces manifestations extérieures que Dieu a faites de lui-même à certains saints, et qui étaient faites dans ce but, à savoir pour leur donner une idée de la majesté et de la gloire de Dieu. Nous en avons des exemples chez le prophète Daniel et chez l’apôtre Jean. Daniel, rendant compte d’une représentation extérieure de la gloire de Christ, dit, Daniel 10:8 : « les forces me manquèrent, mon visage changea de couleur et fut décomposé, et je perdis toute vigueur. » Et l’apôtre Jean, rendant compte de la manifestation qui lui fut faite, dit, Apocalypse 1:17 : « Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort. » C’est en vain que l’on dirait ici que ce n’étaient que des manifestations extérieures, ou des symboles de la gloire de Christ, que contemplaient ces saints : car, bien qu’il soit vrai que c’étaient des représentations extérieures de la gloire de Christ, qu’ils contemplaient de leurs yeux corporels, la fin et l’usage de ces symboles extérieurs, ou de ces représentations, étaient pourtant de donner à ces prophètes une idée de la chose représentée, à savoir la vraie gloire et la vraie majesté divines de Christ, qui est sa gloire spirituelle ; on ne s’en servait que comme de signes de cette gloire spirituelle, et c’est ainsi, sans aucun doute, qu’ils les reçurent, qu’ils en firent usage, et qu’ils en furent touchés. Conformément à la fin pour laquelle Dieu destinait ces signes extérieurs, ils reçurent par eux une grande et vive appréhension de la gloire et de la majesté réelles de la nature de Dieu, dont ils étaient les signes ; et ainsi ils furent grandement touchés, leurs âmes englouties, et leurs corps accablés. Et je pense qu’ils sont bien hardis et bien téméraires, ceux qui diront que Dieu ne peut pas, ou ne veut pas, donner les mêmes idées et appréhensions, claires et touchantes, de la même gloire et de la même majesté réelles de sa nature, à quelqu’un de ses saints, sans l’intervention d’aucune de ces ombres extérieures.

Avant de quitter ce point, je voudrais encore faire observer qu’il est clair que l’Écriture se sert souvent d’effets corporels pour exprimer la force des affections saintes et spirituelles, tels que le tremblement,55 Psaume 119:120 ; Esdras 9:4 ; Ésaïe 66:2, 5 ; Habacuc 3:16. les gémissements,66 Romains 8:26. la défaillance de langueur,77 Cantique 2:5 et 5:8. les cris,88 Psaume 84:3. le halètement,99 Psaume 38:11, 42:2 et 119:131. et l’évanouissement.1010 Psaume 84:3 et 119:81. Or, si l’on suppose que ce ne sont là que des expressions figurées, destinées à représenter le degré de l’affection, j’espère pourtant que tous reconnaîtront que ce sont des figures propres et convenables pour représenter le haut degré de ces affections spirituelles que l’Esprit de Dieu s’en sert pour représenter ; ce que je ne vois pas comment elles pourraient être, si ces affections spirituelles, si haut que soit leur degré, n’avaient aucune tendance à rien de tel, mais si, au contraire, ces choses étaient les effets propres et les tristes indices des fausses affections et de l’illusion du diable. Je ne puis penser que Dieu se servirait couramment de choses très étrangères aux affections spirituelles, qui seraient des marques certaines de la main de Satan et sentiraient fort le puits de l’abîme, comme de belles figures pour représenter le haut degré des affections saintes et célestes.

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