Chapitre 3 · 11 min de lecture · 14 min d’écoute
I. Ce n’est un signe ni dans un sens ni dans l’autre que des affections religieuses soient très grandes, ou portées très haut
I. Ce n’est un signe ni dans un sens ni dans l’autre que des affections religieuses soient très grandes, ou portées très haut.
Certains sont prêts à condamner toutes les affections élevées : si des personnes paraissent avoir des affections religieuses portées à un degré extraordinaire, ils conçoivent contre elles un préjugé et décident, sans autre examen, que ce sont des illusions. Mais s’il est vrai, comme on l’a prouvé, que la vraie religion consiste en grande partie dans les affections religieuses, il s’ensuit que là où il y a beaucoup de vraie religion, il y aura de grandes affections religieuses ; et que si la vraie religion est portée très haut dans le cœur des hommes, les affections divines et saintes seront portées très haut.
L’amour est une affection ; mais quel chrétien dira que les hommes ne doivent pas aimer Dieu et Jésus-Christ à un haut degré ? Et quelqu’un dira-t-il que nous ne devons pas avoir une très grande haine du péché et une très profonde douleur à son sujet ? Ou que nous ne devons pas exercer à un haut degré la reconnaissance envers Dieu pour les bienfaits que nous recevons de lui, et pour les grandes choses qu’il a faites pour le salut des hommes déchus ? Ou que nous ne devons pas avoir de très grands et très ardents désirs de Dieu et de la sainteté ? Y a-t-il quelqu’un qui fasse profession que ses affections en matière de religion sont assez grandes, et qui dise : « Je n’ai aucune raison d’être humilié de n’être pas plus touché que je ne le suis par les choses de la religion ; je n’ai aucune raison d’avoir honte de n’avoir pas un plus grand exercice d’amour pour Dieu, de douleur pour le péché, et de reconnaissance pour les bienfaits que j’ai reçus » ? Qui est-ce qui bénira Dieu d’être assez touché de ce qu’il a lu et entendu du merveilleux amour de Dieu envers des vers de terre et des rebelles, lui qui a donné son Fils unique pour mourir pour eux, et de l’amour de Christ mourant ; et qui priera pour n’en être pas touché à un plus haut degré, parce que les affections élevées seraient inconvenantes et fort peu aimables chez des chrétiens, étant de l’enthousiasme et ruineuses pour la vraie religion ?
Notre texte parle clairement d’affections grandes et élevées lorsqu’il parle de ceux qui vont « vous réjouissant d’une joie ineffable et glorieuse » : on y emploie les expressions les plus superlatives que la langue puisse fournir. Et l’Écriture nous demande souvent d’exercer des affections très élevées : ainsi, dans le premier et le grand commandement de la loi, il y a une accumulation d’expressions, comme si les mots manquaient pour exprimer le degré auquel nous devons aimer Dieu : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force. » De même, les saints sont appelés à exercer la joie à de hauts degrés : « Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse », dit Christ à ses disciples, Matthieu 5:12. De même, il est dit, Psaume 68:4 : « les justes se réjouissent, ils triomphent devant Dieu, Ils ont des transports d’allégresse. » De même, dans le livre des Psaumes, les saints sont souvent appelés à pousser des cris de joie ; et en Luc 6:23, à tressaillir d’allégresse. De même encore, ils sont abondamment appelés à exercer à de hauts degrés la reconnaissance pour les bienfaits reçus, à « louer Dieu de tout leur cœur, le cœur élevé dans les voies du Seigneur, l’âme exaltant le Seigneur, chantant ses louanges, parlant de ses œuvres merveilleuses, publiant ses hauts faits, etc. »
Et nous trouvons dans l’Écriture les saints les plus éminents faisant souvent profession d’affections élevées. Ainsi le psalmiste parle de son amour comme s’il était inexprimable ; Psaume 119:97 : « Combien j’aime ta loi! » De même, il exprime une haine du péché à un haut degré, Psaume 139:21, 22 : « Éternel, n’aurais-je pas de la haine pour ceux qui te haïssent, Du dégoût pour ceux qui s’élèvent contre toi? Je les hais d’une parfaite haine. » Il exprime aussi une douleur du péché à un haut degré : il parle de ses péchés « qui s’élèvent au-dessus de sa tête comme un lourd fardeau, trop pesant pour lui ; de ses gémissements de toute la journée, et de sa vigueur changée en sécheresse, comme celle de l’été », et de ses os comme brisés par la douleur. De même, il exprime souvent de grands degrés de désirs spirituels, par une multitude des expressions les plus fortes que l’on puisse concevoir, telles que « son ardent désir, son âme qui a soif comme une terre aride, desséchée, sans eau, ses soupirs, son cœur et sa chair qui poussent des cris, son âme brisée par le désir qu’elle éprouve », etc. Il exprime l’exercice d’une grande et extrême affliction pour les péchés des autres, Psaume 119:136 : « Mes yeux répandent des torrents d’eaux, Parce qu’on n’observe point ta loi. » Et au verset 53 : « Une colère ardente me saisit à la vue des méchants Qui abandonnent ta loi. » Il exprime des exercices de joie élevés, Psaume 21:2 : « Le roi se réjouit de ta protection puissante. Oh! Comme ton secours le remplit d’allégresse! » Psaume 71:23 : « En te célébrant, j’aurai la joie sur les lèvres. » Psaume 63:4, 5, 6, 7, 8 : « Car ta bonté vaut mieux que la vie: Mes lèvres célèbrent tes louanges. Je te bénirai donc toute ma vie, J’élèverai mes mains en ton nom. Mon âme sera rassasiée comme de mets gras et succulents, Et, avec des cris de joie sur les lèvres, ma bouche te célébrera. Lorsque je pense à toi sur ma couche, Je médite sur toi pendant les veilles de la nuit. Car tu es mon secours, Et je suis dans l’allégresse à l’ombre de tes ailes. »
L’apôtre Paul exprime de hauts exercices d’affection. Ainsi il exprime l’exercice de la pitié et du souci du bien des autres, jusqu’à l’angoisse du cœur ; un amour grand, fervent et abondant, des désirs ardents et pleins de langueur, et une joie extrême ; et il parle de l’exultation et des triomphes de son âme, de son ardente attente et de son espérance, de ses larmes abondantes, et du travail de son âme, dans la pitié, l’affliction, les désirs ardents, la jalousie selon Dieu et le zèle fervent, en bien des passages qui ont déjà été cités et qu’il n’est donc pas nécessaire de répéter. Jean-Baptiste exprima une grande joie, Jean 3:29. Ces saintes femmes qui oignirent le corps de Jésus sont représentées comme dans un très haut exercice d’affection religieuse à l’occasion de la résurrection de Christ, Matthieu 28:8 : « Elles s’éloignèrent promptement du sépulcre, avec crainte et avec une grande joie. »
Il est souvent prédit de l’Église de Dieu, dans ses heureux temps à venir ici-bas sur la terre, qu’elle se réjouira extrêmement : Psaume 89:16, 17 : « Il marche à la clarté de ta face, ô Éternel! Il se réjouit sans cesse de ton nom, Et il se glorifie de ta justice. » Zacharie 9:9 : « Sois transportée d’allégresse, fille de Sion! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem! Voici, ton roi vient à toi », etc. La même chose est représentée en d’innombrables autres passages. Et parce que les hauts degrés de joie sont les fruits propres et authentiques de l’Évangile de Christ, l’ange appelle cet Évangile « une bonne nouvelle, qui sera pour tout le peuple le sujet d’une grande joie ».
Les saints et les anges dans le ciel, qui ont la religion dans sa plus haute perfection, sont extrêmement touchés de ce qu’ils voient et contemplent des perfections et des œuvres de Dieu. Ils sont tous comme une pure flamme céleste dans leur amour, et dans la grandeur et la force de leur joie et de leur reconnaissance : leurs louanges sont représentées « comme un bruit de grosses eaux, comme le bruit d’un grand tonnerre ». Or la seule raison pour laquelle leurs affections sont tellement plus élevées que les affections saintes des saints sur la terre, c’est qu’ils voient les choses qui les touchent davantage selon leur vérité, et qu’ils ont des affections plus conformes à la nature des choses. C’est pourquoi, si les affections religieuses des hommes ici-bas sont de même nature et de même espèce que les leurs, plus elles sont élevées et plus elles se rapprochent des leurs en degré, mieux cela vaut, parce qu’elles seront d’autant plus conformes à la vérité, comme le sont les leurs.
De ces choses il ressort certainement que le fait que des affections religieuses soient à un très haut degré n’est pas une preuve qu’elles ne soient pas de celles qui ont la nature de la vraie religion. Ils se trompent donc grandement, ceux qui condamnent des personnes comme enthousiastes uniquement parce que leurs affections sont très élevées.
Et, d’autre part, ce n’est pas une preuve que des affections religieuses soient d’une nature spirituelle et de grâce, qu’elles soient grandes. Il est tout à fait manifeste par la sainte Écriture, notre règle sûre et infaillible pour juger des choses de cette nature, qu’il y a des affections religieuses très élevées qui ne sont ni spirituelles ni salutaires. L’apôtre Paul parle d’affections chez les Galates qui avaient été extrêmement exaltées, et dont il parle pourtant manifestement comme craignant qu’elles n’aient été vaines et ne se soient réduites à rien : Galates 4:15 : « Où donc est l’expression de votre bonheur? Car je vous atteste que, si cela eût été possible, vous vous seriez arraché les yeux pour me les donner. » Et au verset 11, il leur dit « qu’il craignait d’avoir inutilement travaillé pour eux ». De même, les enfants d’Israël furent grandement touchés de la miséricorde de Dieu envers eux lorsqu’ils eurent vu combien merveilleusement il avait agi pour eux à la mer Rouge, où ils chantèrent la louange de Dieu ; et pourtant ils oublièrent bientôt ses œuvres. De même, ils furent de nouveau grandement touchés au mont Sinaï, lorsqu’ils virent les manifestations merveilleuses que Dieu y fit de lui-même ; ils parurent puissamment engagés dans leur esprit, et répondirent avec un grand empressement, lorsque Dieu leur proposa sa sainte alliance, en disant : « Nous ferons tout ce que l’Éternel a dit, et nous obéirons. » Mais combien tôt prit fin tout ce puissant empressement, tout cet engagement de l’affection ! Combien vite se détournèrent-ils pour suivre d’autres dieux, se réjouissant et poussant des cris autour de leur veau d’or ! De même, de grandes multitudes qui avaient été touchées par le miracle de la résurrection de Lazare furent exaltées à un haut degré, et firent grand bruit lorsque Jésus, aussitôt après, entra dans Jérusalem, magnifiant extrêmement Christ, comme si le sol n’était pas assez bon pour que l’ânesse qu’il montait y posât le pied ; aussi coupèrent-ils des branches de palmiers et les répandirent-ils sur le chemin ; bien plus, ils ôtèrent leurs vêtements et les étendirent sur le chemin ; et ils crièrent à grande voix : « Hosanna au Fils de David! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna dans les lieux très hauts! » — au point de faire retentir toute la ville et de la mettre tout entière en émoi. Nous apprenons par l’évangéliste Jean que la raison pour laquelle le peuple fit tant de bruit était qu’il avait été touché par le miracle de la résurrection de Lazare, Jean 12:18. Il y avait là une foule immense criant Hosanna en cette occasion, si bien que les pharisiens eurent lieu de dire : « voici, le monde est allé après lui », Jean 12:19 ; mais Christ n’avait alors que peu de vrais disciples. Et combien vite ce bruit prit fin ! Tout ce qui était de cette nature est étouffé et mort lorsque ce même Jésus se tient lié, revêtu d’un manteau de dérision et d’une couronne d’épines, pour être raillé, couvert de crachats, flagellé, condamné et mis à mort. Il y eut bien alors, il est vrai, une grande et bruyante clameur à son sujet parmi la multitude, aussi bien qu’auparavant ; mais d’un tout autre genre : ce n’est plus alors Hosanna, hosanna, mais Crucifie, crucifie.
Et c’est la voix unanime de tous les théologiens orthodoxes qu’il peut y avoir des affections religieuses portées à un très haut degré, sans qu’il y ait pourtant rien de la vraie religion.11 M. Stoddard fait cette remarque : « Les affections communes sont parfois plus fortes que celles qui sauvent. » — Guide to Christ, p. 2.
Chapitre 3 terminé
I. Ce n’est un signe ni dans un sens ni dans l’autre que des affections religieuses soient très grandes, ou portées très haut