Chapitre 2 · 1 h 18 min de lecture · 1 h 40 min d’écoute
Première partie. De la nature des affections et de leur importance dans la religion
LES AFFECTIONS RELIGIEUSES.
PREMIÈRE PARTIE.
DE LA NATURE DES AFFECTIONS ET DE LEUR IMPORTANCE DANS LA RELIGION.
1 Pierre 1:8 : lui que vous aimez sans l’avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore, vous réjouissant d’une joie ineffable et glorieuse.
Dans ces paroles, l’apôtre dépeint l’état d’âme des chrétiens auxquels il écrivait, au milieu des persécutions qu’ils subissaient alors. Ce sont ces persécutions qu’il a en vue dans les deux versets précédents, lorsqu’il parle de l’épreuve de leur foi, et de ce qu’ils étaient attristés par diverses épreuves.
De telles épreuves profitent de trois manières à la vraie religion. Par elles, d’abord, sa vérité est manifestée : il apparaît qu’elle est bien la vraie religion ; plus que toute autre chose, elles tendent à discerner la vraie religion de la fausse et à faire paraître avec évidence la différence qui les sépare. C’est pourquoi elles sont appelées du nom d’épreuves, dans le verset qui précède immédiatement le texte et en d’innombrables autres endroits ; elles éprouvent la foi et la religion de ceux qui font profession de piété, pour montrer de quelle sorte elle est, comme on éprouve au feu ce qui a l’apparence de l’or, pour faire voir si c’est de l’or véritable ou non. Et la foi des vrais chrétiens, ainsi éprouvée et reconnue véritable, a, comme le dit ce verset précédent, « pour résultat la louange, la gloire et l’honneur ».
Ensuite, ces épreuves profitent encore autrement à la vraie religion : non seulement elles en manifestent la vérité, mais elles font paraître d’une manière remarquable sa beauté et son amabilité véritables. La vraie vertu ne paraît jamais aussi aimable que lorsqu’elle est le plus opprimée ; et l’excellence divine du christianisme réel ne se montre jamais sous un jour aussi avantageux que dans les plus grandes épreuves : c’est alors que la vraie foi paraît bien plus précieuse que l’or ! Et c’est à ce titre qu’elle a « pour résultat la louange, la gloire et l’honneur ».
Enfin, un autre bienfait de ces épreuves pour la vraie religion, c’est qu’elles la purifient et l’accroissent. Non seulement elles la manifestent véritable, mais elles tendent aussi à l’affiner et à la délivrer des mélanges de faux qui l’encombrent et l’entravent, afin qu’il ne reste rien que de vrai. Elles tendent, comme on l’a déjà remarqué, à faire paraître l’amabilité de la vraie religion sous son jour le plus avantageux ; et non seulement cela, mais elles tendent à accroître sa beauté, en l’établissant et en l’affermissant, en la rendant plus vive et plus vigoureuse, et en la purifiant de ce qui obscurcissait son éclat et sa gloire. Comme l’or éprouvé au feu est purgé de son alliage et de tout reste de scories, et en sort plus solide et plus beau, ainsi la vraie foi, éprouvée comme l’or est éprouvé par le feu, devient plus précieuse, et c’est ainsi encore qu’elle a « pour résultat la louange, la gloire et l’honneur ». L’apôtre semble avoir en vue, dans le verset qui précède le texte, chacun de ces bienfaits que les persécutions procurent à la vraie religion.
Et dans le texte, l’apôtre fait observer comment la vraie religion agissait chez les chrétiens auxquels il écrivait, au milieu de leurs persécutions, de sorte que ces bienfaits de la persécution paraissaient en eux ; autrement dit, quelle sorte d’opération de la vraie religion se produisait en eux, par laquelle leur religion, sous la persécution, se montrait la vraie religion, paraissait éminemment dans la beauté et l’amabilité véritables de la vraie religion, paraissait aussi accrue et purifiée, et allait ainsi avoir « pour résultat la louange, la gloire et l’honneur, lorsque Jésus-Christ apparaîtra ». Or il y a deux sortes d’opération ou d’exercice de la vraie religion en eux, au milieu de leurs souffrances, que l’apôtre relève dans le texte, et en lesquelles ces bienfaits paraissaient.
1. L’amour pour Christ : « lui que vous aimez sans l’avoir vu ». Le monde était prêt à s’étonner : quel étrange principe pouvait donc les pousser à s’exposer à de si grandes souffrances, à abandonner les choses visibles et à renoncer à tout ce qui leur était cher et agréable, à tout ce qui était l’objet des sens ? Aux hommes du monde qui les entouraient, ils semblaient hors d’eux-mêmes, et ils paraissaient agir comme s’ils se haïssaient eux-mêmes ; il n’y avait rien, à leurs yeux, qui pût les porter à souffrir ainsi, ni les soutenir dans de telles épreuves et les leur faire traverser. Mais bien qu’il n’y eût rien de visible, rien que le monde vît, ni que les chrétiens eux-mêmes eussent jamais vu de leurs yeux de chair, qui les animât et les soutînt ainsi, ils avaient pourtant un principe surnaturel d’amour pour quelque chose d’invisible ; ils aimaient Jésus-Christ, car ils voyaient spirituellement celui que le monde ne voyait pas, et qu’eux-mêmes n’avaient jamais vu des yeux du corps.
2. La joie en Christ. Si douloureuses que fussent leurs souffrances extérieures, leurs joies spirituelles intérieures étaient plus grandes encore que leurs souffrances ; et ces joies les soutenaient et les rendaient capables de souffrir avec allégresse.
Il y a deux choses que l’apôtre relève dans le texte au sujet de cette joie. 1. La manière dont elle naît, la façon dont Christ, bien qu’invisible, en est le fondement, à savoir par la foi, qui est la démonstration des choses qu’on ne voit pas : « en qui vous croyez sans le voir encore, vous réjouissant ». 2. La nature de cette joie : « ineffable et glorieuse ». Ineffable par sa nature : très différente des joies du monde et des plaisirs charnels ; d’une nature incomparablement plus pure, plus sublime et plus céleste, puisqu’elle est quelque chose de surnaturel et de vraiment divin, et par là d’une excellence indicible ; aucun mot ne pouvait en exprimer la sublimité et l’exquise douceur. Ineffable aussi par son degré : il plaisait à Dieu de leur donner cette sainte joie d’une main libérale et en grande mesure, dans leur état de persécution.
Leur joie était glorieuse. Bien que cette joie fût ineffable, et qu’aucun mot ne suffît à la décrire, on pouvait cependant en dire quelque chose, et nuls mots ne convenaient mieux pour en représenter l’excellence que ceux-ci : elle était glorieuse ; ou, comme le porte l’original, une joie glorifiée. En se réjouissant de cette joie, leurs esprits étaient comme remplis d’un glorieux éclat, et leur nature élevée et perfectionnée. C’était une réjouissance très digne et très noble, qui ne corrompait pas et n’avilissait pas l’esprit, comme le font beaucoup de joies charnelles, mais qui l’embellissait et l’ennoblissait grandement ; c’était un avant-goût de la joie du ciel, qui élevait leurs esprits à un degré de félicité céleste ; elle remplissait leurs esprits de la lumière de la gloire de Dieu, et les faisait eux-mêmes resplendir de quelque communication de cette gloire.
De là, la proposition ou doctrine que je voudrais tirer de ces paroles est celle-ci :
DOCTRINE. La vraie religion consiste, en grande partie, dans de saintes affections.
Nous voyons que l’apôtre, observant et relevant les opérations et les exercices de la religion chez les chrétiens auxquels il écrivait, ceux en qui leur religion se montrait vraie et de la bonne sorte — alors qu’elle subissait sa plus grande épreuve quant à sa nature, éprouvée par la persécution comme l’or est éprouvé par le feu ; alors que leur religion non seulement se montrait vraie, mais était aussi la plus pure, purifiée de ses scories et des mélanges de ce qui n’était pas vrai ; alors que la religion paraissait en eux au plus haut point dans son excellence véritable et sa beauté native, et avait pour résultat la louange, la gloire et l’honneur —, met à part les affections religieuses d’amour et de joie, qui s’exerçaient alors en eux : ce sont là les exercices de la religion qu’il relève, ceux en qui leur religion paraissait ainsi vraie et pure, et dans sa gloire propre. Ici, je voudrais :
1. Montrer ce qu’il faut entendre par les affections.
2. Relever quelques considérations qui rendent évident qu’une grande partie de la vraie religion réside dans les affections.
1. On peut demander : que sont les affections de l’âme ?
Je réponds : les affections ne sont rien d’autre que les exercices les plus vigoureux et les plus sensibles de l’inclination et de la volonté de l’âme.
Dieu a doué l’âme de deux facultés. L’une est celle par laquelle elle est capable de perception et de spéculation, celle par laquelle elle discerne, considère et juge les choses ; on l’appelle l’entendement. L’autre faculté est celle par laquelle l’âme ne se contente pas de percevoir et de considérer les choses, mais se trouve en quelque manière inclinée à l’égard des choses qu’elle considère : soit inclinée vers elles, soit au contraire indisposée et détournée d’elles ; autrement dit, c’est la faculté par laquelle l’âme ne regarde pas les choses en spectatrice indifférente et non affectée, mais en les aimant ou en ne les aimant pas, en y prenant plaisir ou déplaisir, en les approuvant ou en les rejetant. Cette faculté reçoit divers noms : on l’appelle parfois l’inclination ; en tant qu’elle se rapporte aux actions qu’elle détermine et gouverne, on l’appelle la volonté ; et l’esprit, quant aux exercices de cette faculté, est souvent appelé le cœur.
Les exercices de cette faculté sont de deux sortes : ou bien ceux par lesquels l’âme se porte vers les choses qu’elle a en vue, en les approuvant, en y prenant plaisir et en y étant inclinée ; ou bien ceux par lesquels l’âme s’oppose aux choses qu’elle a en vue, en les désapprouvant, en y prenant déplaisir, en s’en détournant et en les rejetant.
Et de même que les exercices de l’inclination et de la volonté de l’âme sont divers dans leurs espèces, ils le sont bien davantage dans leurs degrés. Il y a des exercices de plaisir ou de déplaisir, d’inclination ou d’aversion, où l’âme n’est portée qu’un peu au-delà de l’état d’indifférence. — Et il y a au-dessus d’autres degrés, où l’approbation ou le rejet, le plaisir ou l’aversion sont plus forts ; on peut s’y élever de plus en plus haut, jusqu’à ce que l’âme en vienne à agir avec vigueur et d’une manière sensible, et que ses mouvements soient d’une telle force que (en vertu des lois de l’union que le Créateur a établies entre l’âme et le corps) le mouvement du sang et des esprits animaux commence à être sensiblement modifié ; d’où naît souvent quelque sensation corporelle, surtout vers le cœur et les organes vitaux, qui sont la source des humeurs du corps : c’est de là que vient que l’esprit, quant aux exercices de cette faculté, est appelé, peut-être chez toutes les nations et dans tous les siècles, le cœur. Et il faut remarquer que ce sont ces exercices plus vigoureux et plus sensibles de cette faculté que l’on appelle les affections.
La volonté et les affections de l’âme ne sont pas deux facultés ; les affections ne sont pas essentiellement distinctes de la volonté, et elles ne diffèrent des simples mouvements de la volonté et de l’inclination de l’âme que par la vivacité et le caractère sensible de leur exercice.
Il faut avouer que le langage est ici quelque peu imparfait, et que le sens des mots y est dans une mesure considérable lâche et mal fixé, sans être précisément délimité par l’usage, qui gouverne le langage. En un certain sens, l’affection de l’âme ne diffère en rien de la volonté et de l’inclination, et la volonté n’est jamais en exercice que dans la mesure où elle est affectée ; elle ne sort d’un état de parfaite indifférence qu’autant qu’elle est affectée d’une manière ou d’une autre, et elle n’agit pas au-delà. Il y a pourtant bien des mouvements de la volonté et de l’inclination que l’on n’appelle pas couramment des affections : dans tout ce que nous faisons volontairement, il y a un exercice de la volonté et de l’inclination ; c’est notre inclination qui nous gouverne dans nos actions ; mais tous les mouvements de l’inclination et de la volonté, dans toutes les actions ordinaires de la vie, ne sont pas d’ordinaire appelés des affections. Cependant, ce que l’on appelle couramment des affections n’en diffère pas essentiellement, mais seulement par le degré et la manière de l’exercice. Dans tout acte de la volonté, quel qu’il soit, l’âme aime ou n’aime pas, est inclinée ou non vers ce qu’elle a en vue : ces actes ne diffèrent pas essentiellement des affections d’amour et de haine ; ce goût ou cette inclination de l’âme pour une chose, s’il est à un haut degré, vigoureux et vif, est exactement la même chose que l’affection d’amour ; et ce dégoût et cette aversion, à un degré plus grand, sont exactement la même chose que la haine. Dans tout acte de la volonté qui se porte pour ou vers quelque chose d’absent, l’âme est à quelque degré inclinée vers cette chose ; et cette inclination, à un degré considérable, est exactement la même chose que l’affection de désir. Et à chaque degré de l’acte de la volonté par lequel l’âme approuve quelque chose de présent, il y a un degré de plaisir ; et ce plaisir, s’il est à un degré considérable, est exactement la même chose que les affections de joie ou de délice. Et si la volonté désapprouve ce qui est présent, l’âme est à quelque degré mécontente, et si ce mécontentement est grand, il est exactement la même chose que l’affection de chagrin ou de tristesse.
Telle semble être notre nature, et telles les lois de l’union de l’âme et du corps, qu’il n’y a jamais, en aucun cas, d’exercice vif et vigoureux de la volonté ou de l’inclination de l’âme sans quelque effet sur le corps, par quelque altération du mouvement de ses humeurs, et surtout des esprits animaux. Et, d’autre part, en vertu des mêmes lois de l’union de l’âme et du corps, la constitution du corps et le mouvement de ses humeurs peuvent favoriser l’exercice des affections. Mais ce n’est pourtant pas le corps, c’est l’esprit seul qui est le siège propre des affections. Le corps de l’homme n’est pas plus capable d’être réellement le sujet de l’amour ou de la haine, de la joie ou de la tristesse, de la crainte ou de l’espérance, que le tronc d’un arbre, ou que ce même corps de l’homme n’est capable de penser et de comprendre. De même que c’est l’âme seule qui a des idées, c’est l’âme seule qui prend plaisir ou déplaisir à ses idées. De même que c’est l’âme seule qui pense, c’est l’âme seule qui aime ou qui hait, qui se réjouit ou s’afflige de ce à quoi elle pense. Et ces mouvements des esprits animaux et des humeurs du corps n’appartiennent pas proprement à la nature des affections, bien qu’ils les accompagnent toujours dans l’état présent ; ils n’en sont que des effets ou des concomitants, entièrement distincts des affections elles-mêmes et nullement essentiels à elles ; de sorte qu’un esprit sans corps peut être aussi capable d’amour et de haine, de joie ou de tristesse, d’espérance ou de crainte, ou d’autres affections, qu’un esprit uni à un corps.
On parle fréquemment des affections et des passions comme d’une même chose ; et pourtant, dans l’usage le plus courant du langage, il y a à certains égards une différence : le mot affection, dans son sens ordinaire, semble avoir une portée un peu plus étendue que celui de passion, puisqu’on l’emploie pour tous les mouvements vigoureux et vifs de la volonté ou de l’inclination, tandis que passion désigne ceux qui sont plus soudains, dont les effets sur les esprits animaux sont plus violents, et où l’esprit est davantage subjugué et moins maître de lui-même.
De même que tous les exercices de l’inclination et de la volonté consistent soit à approuver et à aimer, soit à désapprouver et à rejeter, de même les affections sont de deux sortes : celles par lesquelles l’âme se porte vers ce qu’elle a en vue, s’y attachant ou le recherchant ; et celles par lesquelles elle s’en détourne et s’y oppose.
Du premier genre sont l’amour, le désir, l’espérance, la joie, la gratitude, la complaisance. Du second sont la haine, la crainte, la colère, le chagrin et autres semblables, qu’il est inutile de nous arrêter maintenant à définir en détail.
Et il y a certaines affections où se trouve une composition de l’un et l’autre des genres de mouvements de la volonté dont nous venons de parler : ainsi, dans l’affection de pitié, il y a quelque chose du premier genre envers la personne qui souffre, et quelque chose du second envers ce qu’elle souffre. De même, dans le zèle, il y a une haute approbation de quelque personne ou de quelque chose, jointe à une vigoureuse opposition à ce que l’on conçoit lui être contraire.
On pourrait mentionner aussi d’autres affections mixtes, mais je me hâte d’en venir au point suivant :
II. Second point proposé, qui était de relever quelques considérations qui rendent évident que la vraie religion consiste en grande partie dans les affections. Et ici :
1. Ce qui a été dit de la nature des affections le rend évident, et peut suffire, sans rien ajouter de plus, à mettre la chose hors de doute ; car qui niera que la vraie religion consiste en grande mesure dans des mouvements vigoureux et vifs de l’inclination et de la volonté de l’âme, ou dans les exercices fervents du cœur ?
La religion que Dieu exige, et qu’il veut bien accepter, ne consiste pas en des souhaits faibles, ternes et sans vie, qui ne nous élèvent qu’un peu au-dessus de l’état d’indifférence : Dieu, dans sa Parole, insiste fortement pour que nous soyons bons pour de bon, « fervents d’esprit », et que nos cœurs soient vigoureusement engagés dans la religion. Romains 12:11 : « Soyez fervents d’esprit. Servez le Seigneur. » Deutéronome 10:12 : « Maintenant, Israël, que demande de toi l’Éternel, ton Dieu, si ce n’est que tu craignes l’Éternel, ton Dieu, afin de marcher dans toutes ses voies, d’aimer et de servir l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme » ? Et au chapitre 6:4-5 : « Écoute, Israël! L’Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel. Tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur… et de toute ta force. » C’est un tel engagement fervent et vigoureux du cœur dans la religion qui est le fruit d’une réelle circoncision du cœur, ou de la vraie régénération, et qui a les promesses de la vie. Deutéronome 30:6 : « L’Éternel, ton Dieu, circoncira ton cœur et le cœur de ta postérité, et tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme, afin que tu vives. »
Si nous ne sommes pas sérieusement engagés dans la religion, et si nos volontés et nos inclinations ne s’exercent pas avec force, nous ne sommes rien. Les choses de la religion sont si grandes que les exercices de nos cœurs ne peuvent être en rapport avec leur nature et leur importance s’ils ne sont vifs et puissants. En rien la vigueur dans les mouvements de nos inclinations n’est aussi requise que dans la religion ; et en rien la tiédeur n’est aussi odieuse. La vraie religion est toujours une chose puissante ; et sa puissance paraît d’abord dans ses exercices intérieurs dans le cœur, qui en est le siège principal et originel. C’est pourquoi la vraie religion est appelée la force de la piété, par distinction d’avec ses dehors, qui en sont l’apparence, 2 Timothée 3:5 : « ayant l’apparence de la piété, mais reniant ce qui en fait la force ». L’Esprit de Dieu, en ceux qui ont une religion saine et solide, est un esprit de sainte et puissante affection ; c’est pourquoi il est dit que Dieu nous a donné « un esprit de force, d’amour et de sagesse », 2 Timothée 1:7. Et ceux-là, lorsqu’ils reçoivent l’Esprit de Dieu dans ses influences sanctifiantes et salutaires, sont dits « baptisés du Saint-Esprit et de feu », à cause de la puissance et de la ferveur des exercices que l’Esprit de Dieu suscite dans leurs cœurs, de sorte que leurs cœurs, lorsque la grâce est en exercice, peuvent être dits « brûler au-dedans d’eux », comme il est dit des disciples, Luc 24:32.
L’œuvre de la religion est de temps à autre comparée à ces exercices où les hommes ont coutume d’engager et d’exercer grandement leur cœur et leurs forces : la course, la lutte ou le combat acharné pour un grand prix ou une couronne, le combat contre de puissants ennemis qui en veulent à notre vie, et la guerre que mènent ceux qui prennent de force une ville ou un royaume.
Et bien que la vraie grâce ait divers degrés, et qu’il y en ait qui ne sont que des enfants en Christ, chez qui l’exercice de l’inclination et de la volonté envers les choses divines et célestes est relativement faible, cependant quiconque a la force de la piété dans son cœur a ses inclinations et son cœur tournés vers Dieu et les choses divines avec une telle force et une telle vigueur que ces saints exercices l’emportent en lui sur toutes les affections charnelles ou naturelles, et sont efficaces pour les vaincre ; car tout vrai disciple de Christ « l’aime plus que père ou mère, femme et enfants, frères et sœurs, maisons et terres ; oui, plus que sa propre vie ». Il s’ensuit que partout où se trouve la vraie religion, il y a de vigoureux exercices de l’inclination et de la volonté envers les objets divins ; or, d’après ce qui a été dit plus haut, les exercices vigoureux, vifs et sensibles de la volonté ne sont rien d’autre que les affections de l’âme.
2. L’Auteur de la nature humaine n’a pas seulement donné aux hommes des affections, mais il en a fait dans une très large mesure le ressort de leurs actions. De même que les affections n’appartiennent pas seulement nécessairement à la nature humaine, mais en sont une très grande partie, de même (puisque par la régénération les personnes sont renouvelées dans l’homme tout entier et sanctifiées tout entières) les saintes affections n’appartiennent pas seulement nécessairement à la vraie religion, mais en sont une très grande partie. Et comme la vraie religion est de nature pratique, et que Dieu a constitué la nature humaine de telle sorte que les affections sont dans une très large mesure le ressort des actions des hommes, cela montre encore que la vraie religion doit consister pour une très large part dans les affections.
Telle est la nature de l’homme qu’il demeure fort inactif, sauf dans la mesure où il est mû par quelque affection : amour ou haine, désir, espérance, crainte, ou quelque autre. Ces affections, nous le voyons, sont les ressorts qui mettent les hommes en mouvement dans toutes les affaires de la vie et les engagent dans toutes leurs poursuites : ce sont elles qui poussent les hommes en avant et les entraînent dans toutes leurs occupations du monde ; et c’est surtout par elles que les hommes sont excités et animés dans toutes les affaires où ils sont sérieusement engagés et qu’ils poursuivent avec vigueur. Nous voyons le genre humain extrêmement affairé et actif ; et les affections des hommes sont les ressorts de ce mouvement : ôtez tout amour et toute haine, toute espérance et toute crainte, toute colère, tout zèle et tout désir ardent, et le monde serait dans une grande mesure immobile et mort ; il n’y aurait plus d’activité parmi les hommes, ni aucune poursuite ardente de quoi que ce soit. C’est l’affection qui engage l’avare, et celui qui est avide des profits du monde, dans ses poursuites ; c’est par les affections que l’ambitieux est poussé à rechercher la gloire du monde ; et ce sont aussi les affections qui animent le voluptueux dans sa recherche du plaisir et des délices sensuelles : le monde demeure, de siècle en siècle, dans une commotion et une agitation continuelles, à la poursuite de ces choses ; mais ôtez toute affection, et le ressort de tout ce mouvement disparaîtrait, et le mouvement lui-même cesserait. Et de même que, dans les choses du monde, les affections mondaines sont dans une très large mesure le ressort du mouvement et de l’action des hommes, de même, dans les choses de la religion, le ressort de leurs actions est dans une très large mesure l’affection religieuse : celui qui n’a qu’une connaissance doctrinale et une spéculation sans affection ne s’engage jamais dans l’œuvre de la religion.
3. Rien n’est plus manifeste dans les faits que ceci : les choses de la religion n’ont de prise sur l’âme des hommes que dans la mesure où elles les touchent. Il y a des multitudes qui entendent souvent la parole de Dieu, et qui y entendent parler de choses infiniment grandes et importantes, et qui les concernent au plus près ; et tout ce qu’ils entendent semble rester sans aucun effet sur eux et n’apporter aucun changement dans leurs dispositions ni dans leur conduite ; et la raison en est qu’ils ne sont pas touchés de ce qu’ils entendent. Il y en a beaucoup qui entendent souvent parler des glorieuses perfections de Dieu, de sa toute-puissance et de sa sagesse sans bornes, de son infinie majesté, et de cette sainteté de Dieu qui fait que ses yeux sont trop purs pour voir le mal, qu’il ne peut regarder l’iniquité, et que les cieux ne sont pas purs devant lui ; de l’infinie bonté et de la miséricorde de Dieu ; qui entendent parler des grandes œuvres de la sagesse, de la puissance et de la bonté de Dieu, où paraissent les admirables manifestations de ces perfections ; ils entendent parler en particulier de l’amour ineffable de Dieu et de Christ, des grandes choses que Christ a faites et souffertes, et des grandes choses d’un autre monde : de la misère éternelle qu’il y a à subir la fureur et la colère du Dieu tout-puissant, et de la félicité et de la gloire sans fin en la présence de Dieu et dans la jouissance de son tendre amour ; ils entendent aussi les commandements formels de Dieu, ses conseils et ses avertissements pleins de grâce, et les douces invitations de l’Évangile ; je le répète, ils entendent souvent ces choses, et pourtant ils demeurent tels qu’ils étaient auparavant, sans aucun changement sensible en eux, ni dans le cœur ni dans la conduite, parce qu’ils ne sont pas touchés de ce qu’ils entendent ; et il en sera toujours ainsi jusqu’à ce qu’ils en soient touchés. — J’ose affirmer qu’il ne s’est jamais opéré aucun changement considérable dans l’esprit ou la conduite de qui que ce soit, par quoi que ce soit de nature religieuse qu’il ait jamais lu, entendu ou vu, sans que ses affections aient été émues. Jamais un homme naturel ne s’est engagé sérieusement à rechercher son salut ; jamais de tels hommes n’ont été amenés à appeler la sagesse, à élever leur voix vers l’intelligence et à lutter avec Dieu dans la prière pour obtenir miséricorde ; jamais aucun n’a été humilié et amené aux pieds de Dieu par ce qu’il a pu entendre ou imaginer de sa propre indignité et du déplaisir de Dieu qu’il méritait ; et jamais aucun n’a été porté à fuir vers Christ comme vers un refuge, tant que son cœur demeurait sans être touché. Et jamais un saint n’a été réveillé d’une flamme froide et sans vie, ou relevé d’un état de déclin dans la religion, et ramené d’un lamentable éloignement de Dieu, sans que son cœur ait été touché. En un mot, il ne s’est jamais rien accompli de considérable dans le cœur ou la vie d’un homme vivant, par les choses de la religion, sans que son cœur ait été profondément touché par ces choses.
4. Les saintes Écritures placent partout la religion, dans une très large mesure, dans les affections, telles que la crainte, l’espérance, l’amour, la haine, le désir, la joie, la tristesse, la gratitude, la compassion et le zèle.
Les Écritures placent une grande part de la religion dans la crainte pieuse, à tel point qu’on en parle souvent comme du caractère de ceux qui sont vraiment des personnes religieuses : ils tremblent à la parole de Dieu, ils craignent devant lui, leur chair frissonne de la crainte qu’il inspire, ils redoutent ses jugements, sa majesté les épouvante et sa terreur tombe sur eux, et ainsi de suite ; et un nom que l’Écriture donne communément aux saints est celui de « ceux qui craignent Dieu », ou « ceux qui craignent l’Éternel ». Et parce que la crainte de Dieu est une grande partie de la vraie piété, la vraie piété en général est très communément appelée du nom de crainte de Dieu ; comme le sait quiconque connaît un tant soit peu la Bible.
De même, l’espérance en Dieu et dans les promesses de sa parole est souvent présentée dans l’Écriture comme une partie très considérable de la vraie religion. Elle est mentionnée comme l’une des trois grandes choses dont la religion se compose, 1 Corinthiens 13:13. L’espérance en l’Éternel est aussi fréquemment mentionnée comme le caractère des saints. Psaume 146:5 : « Heureux celui qui a pour secours le Dieu de Jacob, Qui met son espoir en l’Éternel, son Dieu! » Jérémie 17:7 : « Béni soit l’homme qui se confie dans l’Éternel, Et dont l’Éternel est l’espérance! » Psaume 31:25 : « Fortifiez-vous et que votre cœur s’affermisse, Vous tous qui espérez en l’Éternel! » Et de même en beaucoup d’autres endroits. La crainte et l’espérance religieuses sont, à plusieurs reprises, jointes ensemble comme constituant conjointement le caractère des vrais saints. Psaume 33:18 : « Voici, l’œil de l’Éternel est sur ceux qui le craignent, Sur ceux qui espèrent en sa bonté ». Psaume 147:11 : « L’Éternel aime ceux qui le craignent, Ceux qui espèrent en sa bonté. » L’espérance est une si grande partie de la vraie religion que l’apôtre dit : « c’est en espérance que nous sommes sauvés », Romains 8:24. Et elle est présentée comme le casque du soldat chrétien, 1 Thessaloniciens 5:8 : « ayant pour casque l’espérance du salut » ; et comme l’ancre sûre et ferme de l’âme, qui la préserve d’être emportée par les tempêtes de ce monde mauvais. Hébreux 6:19 : « Cette espérance, nous la possédons comme une ancre de l’âme, sûre et solide; elle pénètre au-delà du voile ». Elle est présentée comme un grand fruit et un grand bienfait que les vrais saints reçoivent par la résurrection de Christ. 1 Pierre 1:3 : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés, pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts ».
Les Écritures placent dans une très large mesure la religion dans l’affection d’amour, dans l’amour pour Dieu et pour le Seigneur Jésus-Christ, et dans l’amour pour le peuple de Dieu et pour le genre humain. Les textes où cela est manifeste, tant dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau, sont innombrables. Mais nous y reviendrons plus loin.
L’affection contraire, la haine, en tant qu’elle a le péché pour objet, est aussi présentée dans l’Écriture comme une partie non négligeable de la vraie religion. Elle est présentée comme ce par quoi la vraie religion peut être reconnue et distinguée. Proverbes 8:13 : « La crainte de l’Éternel, c’est la haine du mal ». Et c’est pourquoi les saints sont appelés à donner par là la preuve de leur sincérité. Psaume 97:10 : « Vous qui aimez l’Éternel, haïssez le mal! » Et le psalmiste la mentionne souvent comme une preuve de sa sincérité. Psaume 101:2, 3 : « Je marcherai dans l’intégrité de mon cœur, Au milieu de ma maison. Je ne mettrai rien de mauvais devant mes yeux; Je hais la conduite des pécheurs ». Psaume 119:104 : « Aussi je hais toute voie de mensonge. » De même au verset 127. Et encore, Psaume 139:21 : « Éternel, n’aurais-je pas de la haine pour ceux qui te haïssent ? »
De même, le saint désir, qui s’exerce en aspirations, en faim et en soif de Dieu et de la sainteté, est souvent mentionné dans l’Écriture comme une partie importante de la vraie religion. Ésaïe 26:8 : « Notre âme soupire après ton nom et après ton souvenir. » Psaume 27:4 : « Je demande à l’Éternel une chose, que je désire ardemment: Je voudrais habiter toute ma vie dans la maison de l’Éternel, Pour contempler la magnificence de l’Éternel Et pour admirer son temple. » Psaume 42:2, 3 : « Comme une biche soupire après des courants d’eau, Ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu! Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant: Quand irai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu? » Psaume 63:2, 3 : « Mon âme a soif de toi, mon corps soupire après toi, Dans une terre aride, desséchée, sans eau. Ainsi je te contemple dans le sanctuaire, Pour voir ta puissance et ta gloire. » Psaume 84:2, 3 : « Que tes demeures sont aimables, Éternel des armées! Mon âme soupire et languit après les parvis de l’Éternel, Mon cœur et ma chair poussent des cris vers le Dieu vivant. » Psaume 119:20 : « Mon âme est brisée par le désir Qui toujours la porte vers tes lois. » De même Psaume 73:25, et 143:6, 7, et 130:6 ; Cantique 3:1, 2, et 6:8. Un tel saint désir, une telle soif de l’âme, est mentionné comme l’une des choses qui rendent un homme vraiment heureux, ou qui le signalent comme tel, au début du sermon de Christ sur la montagne, Matthieu 5:6 : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés! » Et cette sainte soif est présentée comme une chose importante dans la condition requise pour participer aux bénédictions de la vie éternelle. Apocalypse 21:6 : « A celui qui a soif je donnerai de la source de l’eau de la vie, gratuitement. »
Les Écritures parlent de la sainte joie comme d’une grande partie de la vraie religion. C’est ainsi qu’elle est représentée dans le texte. Et, en tant que partie importante de la religion, elle fait souvent l’objet d’exhortations pressantes. Psaume 37:4 : « Fais de l’Éternel tes délices, Et il te donnera ce que ton cœur désire. » Psaume 97:12 : « Justes, réjouissez-vous en l’Éternel ». De même Psaume 33:1 : « Justes, réjouissez-vous en l’Éternel! » Matthieu 5:12 : « Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse ». Philippiens 3:1 : « Au reste, mes frères, réjouissez-vous dans le Seigneur. » Et au chapitre 4:4 : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur; je le répète, réjouissez-vous. » 1 Thessaloniciens 5:16 : « Soyez toujours joyeux. » Psaume 149:2 : « Qu’Israël se réjouisse en celui qui l’a créé! Que les fils de Sion soient dans l’allégresse à cause de leur roi! » Elle est mentionnée parmi les principaux fruits de l’Esprit de grâce. Galates 5:22 : « le fruit de l’Esprit, c’est l’amour », etc. Le psalmiste mentionne sa sainte joie comme une preuve de sa sincérité. Psaume 119:14 : « Je me réjouis en suivant tes préceptes, Comme si je possédais tous les trésors. »
La tristesse religieuse, le deuil et la contrition du cœur sont aussi fréquemment présentés comme une grande partie de la vraie religion. Ces choses sont souvent mentionnées comme des qualités distinctives des vrais saints et une grande partie de leur caractère. Matthieu 5:4 : « Heureux les affligés, car ils seront consolés! » Psaume 34:19 : « L’Éternel est près de ceux qui ont le cœur brisé, Et il sauve ceux qui ont l’esprit dans l’abattement. » Ésaïe 61:1, 2 : « l’Éternel m’a oint… pour guérir ceux qui ont le cœur brisé… Pour consoler tous les affligés ». Cette tristesse selon Dieu et cette contrition du cœur sont souvent présentées non seulement comme une chose importante dans le caractère distinctif des saints, mais comme ce qui, en eux, est particulièrement agréable à Dieu et lui plaît. Psaume 51:19 : « Les sacrifices qui sont agréables à Dieu, c’est un esprit brisé: O Dieu! Tu ne dédaignes pas un cœur brisé et contrit. » Ésaïe 57:15 : « Car ainsi parle le Très-Haut, Dont la demeure est éternelle et dont le nom est saint: J’habite dans les lieux élevés et dans la sainteté; Mais je suis avec l’homme contrit et humilié, Afin de ranimer les esprits humiliés, Afin de ranimer les cœurs contrits. » Chapitre 66:2 : « Voici sur qui je porterai mes regards: Sur celui qui souffre et qui a l’esprit abattu ».
Une autre affection souvent mentionnée comme celle dans l’exercice de laquelle paraît une grande part de la vraie religion, c’est la gratitude, surtout en tant qu’elle s’exerce dans l’action de grâces et la louange rendues à Dieu. Comme il en est si souvent parlé dans le livre des Psaumes et dans d’autres parties des saintes Écritures, je n’ai pas besoin de mentionner de textes particuliers.
Encore une fois, les saintes Écritures parlent fréquemment de la compassion ou de la miséricorde comme d’une chose très grande et essentielle dans la vraie religion, à tel point que les hommes de bien sont dans l’Écriture désignés par là, et qu’un homme miséricordieux et un homme de bien y sont des termes équivalents. Ésaïe 57:1 : « Le juste périt, et nul n’y prend garde; Les gens de bien sont enlevés ». Et l’Écriture choisit cette qualité comme celle à laquelle, d’une manière particulière, on reconnaît l’homme juste. Psaume 37:21 : « Le juste est compatissant, et il donne » ; et au verset 26 : « Toujours il est compatissant, et il prête ». Et Proverbes 14:31 : « avoir pitié de l’indigent, c’est l’honorer ». Et Colossiens 3:12 : « comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, revêtez-vous d’entrailles de miséricorde », etc. C’est l’une de ces grandes choses par lesquelles notre Sauveur décrit ceux qui sont vraiment heureux. Matthieu 5:7 : « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde! » Et Christ en parle aussi comme de l’une des choses les plus importantes de la loi. Matthieu 23:23 : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! Parce que vous payez la dîme de la menthe, de l’aneth et du cumin, et que vous laissez ce qui est plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité ». Dans le même sens est cette parole de Michée 6:8 : « On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien; Et ce que l’Éternel demande de toi, C’est que tu pratiques la justice, Que tu aimes la miséricorde, Et que tu marches humblement avec ton Dieu. » Et aussi celle d’Osée 6:6 : « Car j’aime la piété et non les sacrifices ». Ce texte semble avoir été particulièrement cher à notre Sauveur, à en juger par la manière dont il le cite à plusieurs reprises, Matthieu 9:13 et 12:7.
Le zèle est aussi présenté comme une partie tout à fait essentielle de la religion des vrais saints. Il est présenté comme une grande chose que Christ avait en vue en se donnant pour notre rédemption. Tite 2:14 : « qui s’est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de se faire un peuple qui lui appartienne, purifié par lui et zélé pour les bonnes œuvres. » Et il est présenté comme la grande chose qui manquait aux Laodicéens tièdes, Apocalypse 3:15, 16, 19.
Je n’ai mentionné que quelques textes, parmi une multitude innombrable répandue dans toute l’Écriture, qui placent la religion dans une très large mesure dans les affections. Mais ce qui a été relevé peut suffire à montrer que ceux qui voudraient nier qu’une grande part de la vraie religion réside dans les affections, et soutenir le contraire, doivent rejeter ce que nous avons coutume de reconnaître pour notre Bible, et se procurer quelque autre règle pour juger de la nature de la religion.
5. Les Écritures représentent la vraie religion comme résumée dans l’amour, la principale des affections et la source de toutes les autres.
C’est ainsi que notre bienheureux Sauveur présente la chose, en réponse au docteur de la loi qui lui demandait quel était le grand commandement de la loi, Matthieu 22:37-40 : « Jésus lui répondit: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. C’est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes. » Ces dernières paroles signifient en substance que ces deux commandements comprennent tout le devoir prescrit et toute la religion enseignée dans la loi et les prophètes. Et l’apôtre Paul présente à plusieurs reprises la chose de la même manière, comme en Romains 13:8 : « celui qui aime les autres a accompli la loi ». Et au verset 10 : « l’amour est donc l’accomplissement de la loi ». Et Galates 5:14 : « Car toute la loi est accomplie dans une seule parole, dans celle-ci: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » De même encore en 1 Timothée 1:5 : « Le but du commandement, c’est une charité venant d’un cœur pur », etc. Ainsi le même apôtre parle de l’amour comme de la plus grande chose dans la religion, comme de ses organes vitaux, de son essence et de son âme ; sans lui, la plus grande connaissance et les plus grands dons, la profession la plus éclatante, et tout ce qui appartient d’autre à la religion sont vains et sans valeur ; et il le représente comme la source d’où procède tout ce qui est bon, dans tout le chapitre 13 de 1 Corinthiens ; car ce qui y est rendu par charité est dans l’original αγαπη, dont le sens propre est amour.
Or, bien qu’il soit vrai que l’amour dont il est ainsi parlé comprend tout entière la disposition sincèrement bienveillante de l’âme envers Dieu et envers les hommes, on peut cependant considérer qu’il est évident, d’après ce qui a été observé plus haut, que cette disposition ou inclination de l’âme, lorsqu’elle est en exercice sensible et vigoureux, devient affection, et n’est rien d’autre qu’un amour affectueux. Et c’est assurément d’un tel amour, vigoureux et fervent, que Christ parle comme de la somme de toute la religion, lorsqu’il présente l’amour de Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre pensée, et l’amour du prochain comme nous-mêmes, comme la somme de tout ce qui était enseigné et prescrit dans la loi et les prophètes.
Certes, on ne saurait supposer, lorsque cette affection d’amour est présentée ici et dans d’autres Écritures comme la somme de toute la religion, qu’on entende par là l’acte à l’exclusion de l’habitude, ou que l’on exclue l’exercice de l’entendement, qui est impliqué dans toute affection raisonnable. Mais il est sans aucun doute vrai, et évident d’après ces Écritures, que l’essence de toute vraie religion réside dans le saint amour, et que c’est dans cette affection divine, et dans une disposition habituelle à cette affection, dans la lumière qui en est le fondement et dans les choses qui en sont les fruits, que consiste toute la religion.
De là il apparaît clairement et certainement qu’une grande partie de la vraie religion consiste dans les affections. Car l’amour n’est pas seulement l’une des affections, il est la première et la principale des affections, et la source de toutes les affections. De l’amour naît la haine des choses qui sont contraires à ce que nous aimons, ou qui nous résistent et nous contrarient dans les choses où nous prenons plaisir ; et des divers exercices de l’amour et de la haine, selon les circonstances des objets de ces affections — présents ou absents, certains ou incertains, probables ou improbables —, naissent toutes les autres affections : le désir, l’espérance, la crainte, la joie, le chagrin, la gratitude, la colère, etc. D’un amour vigoureux, affectueux et fervent pour Dieu naîtront nécessairement d’autres affections religieuses : de là naîtront une haine et une horreur intenses du péché, la crainte du péché et l’effroi du déplaisir de Dieu, la gratitude envers Dieu pour sa bonté, la complaisance et la joie en Dieu lorsque Dieu est présent par sa grâce et d’une manière sensible, et le chagrin lorsqu’il est absent, une joyeuse espérance lorsqu’on attend une jouissance future de Dieu, et un zèle fervent pour la gloire de Dieu. Et de même, d’un amour fervent pour les hommes naîtront toutes les autres affections vertueuses envers les hommes.
6. La religion des saints les plus éminents dont l’Écriture nous fait le récit consistait en grande partie en de saintes affections.
Je relèverai particulièrement trois saints éminents qui ont exprimé la disposition et les sentiments de leur propre cœur, et décrit ainsi leur propre religion et la manière de leurs rapports avec Dieu, dans les écrits qu’ils nous ont laissés et qui font partie du canon sacré.
Le premier exemple que je relèverai est celui de David, cet « homme selon le cœur de Dieu », qui nous a laissé, dans le livre des Psaumes, un vivant portrait de sa religion. Ces saints cantiques qu’il nous y a laissés ne sont rien d’autre que l’expression et les soupirs d’affections pieuses et saintes : un amour humble et fervent pour Dieu, l’admiration de ses perfections glorieuses et de ses œuvres merveilleuses, des désirs ardents, une soif et des élans de l’âme vers Dieu, le plaisir et la joie en Dieu, une gratitude douce et attendrie envers Dieu pour sa grande bonté, une sainte exultation et un triomphe de l’âme dans la faveur, la suffisance et la fidélité de Dieu, son amour pour les saints, ces hommes excellents de la terre, et le plaisir qu’il trouve en eux, son grand plaisir dans la parole et les ordonnances de Dieu, sa douleur pour ses propres péchés et pour ceux des autres, et son zèle fervent pour Dieu et contre les ennemis de Dieu et de son Église. Et ces expressions de sainte affection, dont les psaumes de David sont partout remplis, servent d’autant mieux notre propos présent que ces psaumes ne sont pas seulement l’expression de la religion d’un saint si éminent, dont Dieu parle comme d’un homme si conforme à sa pensée ; mais qu’ils furent aussi, sous la direction du Saint-Esprit, composés à l’usage de l’Église de Dieu dans son culte public, non seulement en ce temps-là, mais dans les âges suivants, comme propres à exprimer la religion de tous les saints, en tous les âges, aussi bien que celle du Psalmiste. Il faut en outre remarquer que David, dans le livre des Psaumes, ne parle pas comme une personne privée, mais comme le Psalmiste d’Israël, comme le chef subordonné de l’Église de Dieu et le conducteur de son culte et de ses louanges ; dans beaucoup de psaumes, il parle au nom de Christ, comme s’il le représentait dans ces élans de sainte affection ; et dans beaucoup d’autres, il parle au nom de l’Église.
Un autre exemple que je relèverai est celui de l’apôtre Paul, qui fut à bien des égards le premier de tous les ministres du Nouveau Testament : plus que tout autre, il fut un instrument choisi par Christ pour porter son nom devant les nations, et le principal instrument de la propagation et de l’établissement de l’Église chrétienne dans le monde, ainsi que de la révélation distincte des glorieux mystères de l’Évangile pour l’instruction de l’Église dans tous les âges ; et (comme certains l’ont pensé, non sans raison) le plus éminent serviteur de Christ qui ait jamais vécu, admis aux plus hautes récompenses dans le royaume céleste de son Maître. D’après ce que l’Écriture dit de lui, il paraît avoir été une personne pleine d’affection. Et il est tout à fait manifeste que la religion qu’il exprime dans ses épîtres consistait en grande partie en de saintes affections. Il ressort de toutes les expressions qu’il emploie à son propre sujet que, dans tout le cours de sa vie, il était enflammé, mû et entièrement absorbé par un amour très ardent pour son glorieux Seigneur, regardant toutes choses comme une perte à cause de l’excellence de sa connaissance, et ne les regardant que comme de la boue, afin de le gagner. Il se représente comme subjugué par cette sainte affection, et comme contraint par elle d’aller de l’avant dans son service, à travers toutes les difficultés et toutes les souffrances, 2 Corinthiens 5:14, 15. Et ses épîtres sont pleines d’expressions d’une affection débordante envers le peuple de Christ. Il parle de son tendre amour pour eux, 2 Corinthiens 12:19 ; Philippiens 4:1 ; 2 Timothée 1:2 ; de son « amour extrême », 2 Corinthiens 2:4 ; et de son « amour plein d’affection et de tendresse », semblable à celui d’une nourrice pour ses enfants, 1 Thessaloniciens 2:7, 8 : « mais nous avons été pleins de douceur au milieu de vous. De même qu’une nourrice prend un tendre soin de ses enfants, nous aurions voulu, dans notre vive affection pour vous, non seulement vous donner l’Évangile de Dieu, mais encore nos propres vies, tant vous nous étiez devenus chers. » Il parle aussi de ses « entrailles d’amour », Philippiens 1:8 ; Philémon 5, 12 et 20. Il parle encore de son « empressement » pour les autres, 2 Corinthiens 8:16, et de ses « entrailles de pitié ou de miséricorde envers eux, Philippiens 2:1 ; et de sa sollicitude pour les autres, jusqu’à l’angoisse du cœur », 2 Corinthiens 2:4 : « C’est dans une grande affliction, le cœur angoissé, et avec beaucoup de larmes, que je vous ai écrit, non pas afin que vous fussiez attristés, mais afin que vous connussiez l’amour extrême que j’ai pour vous. » Il parle du grand combat de son âme pour eux, Colossiens 2:1. Il parle de la grande et continuelle tristesse qu’il avait dans le cœur par compassion pour les Juifs, Romains 9:2. Il parle de « sa bouche ouverte et de son cœur élargi » envers les chrétiens, 2 Corinthiens 6:11 : « Notre bouche s’est ouverte pour vous, Corinthiens, notre cœur s’est élargi. » Il parle souvent de ses « désirs pleins d’affection et d’ardeur », 1 Thessaloniciens 2:8 ; Romains 1:11 ; Philippiens 1:8 et chap. 4:1 ; 2 Timothée 1:4. Le même apôtre exprime très souvent, dans ses épîtres, l’affection de la joie, 2 Corinthiens 1:12 et chap. 7:7, et v. 9, 16 ; Philippiens 1:4, et chap. 2:12, et chap. 3:3 ; Colossiens 1:24 ; 1 Thessaloniciens 3:9. Il dit qu’il a « éprouvé une grande joie », Philippiens 4:10 ; Philémon 1:7 ; il dit : « je m’en réjouis, et je me réjouis avec vous tous », Philippiens 2:17 ; et encore : « nous avons été réjouis beaucoup plus encore », 2 Corinthiens 7:13 ; et : « je suis rempli de consolation, je suis comblé de joie », 2 Corinthiens 7:4. Il se dit « toujours joyeux », 2 Corinthiens 6:10. Il parle de même des triomphes de son âme, 2 Corinthiens 2:14, et de ce qu’il « se glorifie dans les tribulations », 2 Thessaloniciens 1:4 et Romains 5:3. Il exprime aussi l’affection de l’espérance ; en Philippiens 1:20, il parle de sa « ferme attente » et de son « espérance ». Il exprime également une affection de jalousie selon Dieu, 2 Corinthiens 11:2, 3. Et il ressort de toute son histoire après sa conversion, dans les Actes, ainsi que de toutes ses épîtres et des récits qu’il y fait de lui-même, que l’affection du zèle, ayant pour objet la cause de son Maître, ainsi que l’intérêt et la prospérité de son Église, était puissante en lui, enflammant continuellement son cœur et le poussant fortement à ces grands et constants travaux qu’il accomplit en instruisant, en exhortant, en avertissant et en reprenant les autres, « éprouvant pour eux les douleurs de l’enfantement » ; luttant contre ces ennemis puissants et innombrables qui s’opposaient continuellement à lui, combattant contre les dominations et les autorités, ne frappant pas comme battant l’air, courant dans la carrière qui lui était ouverte, s’avançant sans cesse à travers toutes sortes de difficultés et de souffrances ; si bien que d’autres le crurent tout à fait hors de sens. Et combien il était plein d’affection, cela se voit encore à l’abondance de ses larmes : en 2 Corinthiens 2:4, il parle de « beaucoup de larmes » ; de même en Actes 20:19 ; et des « larmes qu’il versait continuellement nuit et jour », v. 31.
Or, si quelqu’un peut considérer ces récits que l’Écriture donne de ce grand apôtre, et ceux qu’il donne lui-même de sa personne, sans voir que sa religion consistait en grande partie en affection, il faut qu’il ait une étrange faculté de diriger ses yeux de manière à se fermer à la lumière qui lui brille en plein visage.
Le dernier exemple que je mentionnerai est celui de l’apôtre Jean, ce disciple bien-aimé, qui fut, de tous les douze, le plus proche et le plus cher à son Maître, et qu’il admit aux plus grands privilèges ; car non seulement il fut l’un des trois qui furent admis à se trouver avec lui sur la montagne lors de sa transfiguration, et lors de la résurrection de la fille de Jaïrus, et qu’il prit avec lui lorsqu’il fut dans son agonie, et l’un des trois dont l’apôtre Paul parle comme des trois principales colonnes de l’Église chrétienne ; mais il fut favorisé au-dessus de tous, en étant admis à reposer sur le sein de son Maître lors de la dernière cène, et en étant choisi par Christ comme le disciple à qui il voulait révéler ses dispensations merveilleuses envers son Église jusqu’à la fin des temps, ainsi que nous en avons le récit dans le livre de l’Apocalypse ; et pour clore le canon du Nouveau Testament et de toute l’Écriture, ayant été conservé bien plus longtemps que tous les autres apôtres, afin de mettre toutes choses en ordre dans l’Église chrétienne après leur mort.
Il ressort de tous ses écrits (comme les théologiens le remarquent généralement) qu’il était une personne remarquablement pleine d’affection : ses paroles à ceux à qui il écrivait sont d’une tendresse et d’une émotion inexprimables, et ne respirent que l’amour le plus fervent, comme s’il était tout entier fait de douce et sainte affection. On ne saurait en donner les preuves sans les affaiblir, à moins de transcrire tous ses écrits.
7. Celui que Dieu envoya dans le monde pour être la lumière du monde et le chef de toute l’Église, le parfait modèle de la vraie religion et de la vertu, que tous doivent imiter, le Berger que tout le troupeau doit suivre partout où il va, le Seigneur Jésus-Christ lui-même, fut une personne d’un cœur remarquablement tendre et affectueux ; et sa vertu s’exprima beaucoup dans l’exercice de saintes affections. Il fut le plus grand exemple qui ait jamais existé d’ardeur, de vigueur et de force d’amour envers Dieu et envers les hommes. Ce sont ces affections qui remportèrent la victoire dans cette lutte puissante, dans ce conflit de ses affections, au cours de son agonie, lorsqu’« il priait plus instamment » et présentait ses prières « avec de grands cris et avec larmes », et qu’il lutta dans les larmes et dans le sang. Telle était la puissance des exercices de son saint amour qu’ils furent plus forts que la mort et que, dans ce grand combat, ils triomphèrent de ces violents exercices des affections naturelles de la crainte et de la douleur, lorsqu’il commença à éprouver de la frayeur et des angoisses, et que son âme fut triste jusqu’à la mort. Et il parut aussi plein d’affection dans tout le cours de sa vie. Nous lisons quel fut son grand zèle, qui accomplissait cette parole du Psaume 69 : « Le zèle de ta maison me dévore », Jean 2:17. Nous lisons sa douleur pour les péchés des hommes, Marc 3:5 : « promenant ses regards sur eux avec indignation, et en même temps affligé de l’endurcissement de leur cœur » ; et comment il éclata en larmes et en exclamations à la pensée du péché et de la misère des hommes impies, et à la vue de la ville de Jérusalem, qui était pleine de tels habitants, Luc 19:41, 42 : « Comme il approchait de la ville, Jésus, en la voyant, pleura sur elle, et dit: Si toi aussi, au moins en ce jour qui t’est donné, tu connaissais les choses qui appartiennent à ta paix! Mais maintenant elles sont cachées à tes yeux. » Avec le chap. 13:34 : « Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble sa couvée sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu! » Nous lisons l’ardent désir de Christ, Luc 22:15 : « J’ai désiré vivement manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir » Nous lisons souvent l’affection de pitié ou de compassion en Christ, Matthieu 15:32 et 18:34 ; Luc 7:13 ; et qu’il fut « ému de compassion », Matthieu 9:36 et 14:14 ; Marc 6:34. Et combien son cœur parut tendre lorsque Marie et Marthe pleuraient leur frère et venaient à lui avec leurs plaintes et leurs larmes ! Leurs larmes firent bientôt couler des larmes de ses yeux ; il fut touché de leur douleur et pleura avec elles, bien qu’il sût que leur tristesse allait si tôt se changer en joie par la résurrection de leur frère ; voyez Jean 11. Et combien fut ineffablement affectueux ce dernier discours, ce discours d’adieu, que Jésus tint à ses onze disciples le soir qui précéda sa crucifixion, lorsqu’il leur dit qu’il s’en allait, leur annonça les grandes difficultés et les souffrances qu’ils rencontreraient dans le monde après son départ, les consola et les conseilla comme ses chers petits enfants, et leur légua son Saint-Esprit, et avec lui sa paix, sa consolation et sa joie, comme dans son testament et ses dernières volontés, aux chapitres 13, 14, 15 et 16 de Jean ; et conclut le tout par cette affectueuse prière d’intercession pour eux et pour toute son Église, au chapitre 17. De tous les discours jamais écrits ou prononcés par la bouche d’un homme, celui-ci semble être le plus affectueux et le plus touchant.
8. La religion du ciel consiste en grande partie en affection.
Il y a sans doute une vraie religion dans le ciel, et une vraie religion dans sa plus haute pureté et sa plus haute perfection. Mais selon la représentation que l’Écriture donne de l’état céleste, la religion du ciel consiste principalement en un amour et une joie saints et puissants, et dans l’expression de ces affections en des louanges très ferventes et très élevées. De sorte que la religion des saints dans le ciel consiste dans les mêmes choses que cette religion des saints sur la terre dont parle notre texte, c’est-à-dire l’amour et « une joie ineffable et glorieuse ». Or il serait très insensé de prétendre que, parce que les saints dans le ciel ne sont pas unis à la chair et au sang, et n’ont pas d’humeurs animales qui soient mises en mouvement (selon les lois de l’union de l’âme et du corps) par ces grandes émotions de leurs âmes, leur amour et leur joie extrêmes ne sont donc pas des affections. Nous ne parlons pas des affections du corps, mais des affections de l’âme, dont les principales sont l’amour et la joie. Quand celles-ci sont dans l’âme, que l’âme soit dans le corps ou hors du corps, l’âme est touchée et émue. Et quand elles sont dans l’âme avec la force qu’elles ont chez les saints dans le ciel, l’âme est puissamment touchée et émue, ou, ce qui revient au même, elle a de grandes affections. Il est vrai que nous ne savons pas par expérience ce que sont l’amour et la joie dans une âme séparée du corps, ou dans un corps glorifié ; c’est-à-dire que nous n’avons pas fait l’expérience de l’amour et de la joie dans une âme placée en de telles conditions ; mais les saints sur la terre savent ce que sont l’amour et la joie divins dans l’âme, et ils savent que cet amour et cette joie sont de même nature que l’amour et la joie qui sont dans le ciel, dans les âmes séparées qui s’y trouvent. L’amour et la joie des saints sur la terre sont le commencement et l’aurore de la lumière, de la vie et de la félicité du ciel, et sont semblables à leur amour et à leur joie là-haut ; ou plutôt, ils sont de même nature, bien qu’ils ne soient ni les mêmes ni semblables en degré et en circonstances. Cela ressort de nombreux passages de l’Écriture, comme Proverbes 4:18 ; Jean 4:14 et chap. 6:40, 47, 50, 51, 54, 58 ; 1 Jean 3:16 ; 1 Corinthiens 13:8-12. Il est donc déraisonnable de supposer que l’amour et la joie des saints dans le ciel non seulement diffèrent en degré et en circonstances du saint amour et de la sainte joie des saints sur la terre, mais sont d’une nature si entièrement différente qu’ils ne sont pas des affections ; et cela uniquement parce qu’ils n’ont ni sang ni esprits animaux à mettre en mouvement, alors que ce mouvement du sang et des esprits animaux n’est pas de l’essence de ces affections chez les hommes sur la terre, mais en est l’effet, bien que, par leur réaction, ils puissent introduire quelque différence de circonstance dans la sensation de l’esprit. Il y a une sensation de l’esprit qui aime et qui se réjouit, qui est antérieure à tout effet sur les humeurs du corps ; et cette sensation de l’esprit ne dépend donc pas de ces mouvements dans le corps, et peut ainsi exister dans l’âme sans le corps. Et partout où il y a des exercices d’amour et de joie, il y a cette sensation de l’esprit, que ce soit dans le corps ou hors du corps ; et cette sensation intérieure, ou cette sorte de sens spirituel, ou de sentiment et de mouvement de l’âme, est ce qu’on appelle affection : l’âme, lorsqu’elle sent ainsi (si je puis m’exprimer ainsi) et qu’elle est ainsi mue, est dite affectée, surtout lorsque cette sensation et ce mouvement intérieurs atteignent un très haut degré, comme chez les saints dans le ciel. Si nous pouvons apprendre quelque chose de l’état du ciel par l’Écriture, l’amour et la joie que les saints y ont sont extrêmement grands et vigoureux, imprimant au cœur la sensation la plus forte et la plus vive d’une douceur inexprimable, les mouvant, les animant et les entraînant puissamment, et les rendant semblables à une flamme de feu. Et si un tel amour et une telle joie ne sont pas des affections, alors le mot affection n’a aucun usage dans le langage. Dira-t-on que les saints dans le ciel, en contemplant la face de leur Père et la gloire de leur Rédempteur, en méditant ses œuvres merveilleuses, et particulièrement le don qu’il a fait de sa vie pour eux, n’ont le cœur nullement ému ni touché par tout ce qu’ils voient ou considèrent ?
Il s’ensuit donc que la religion du ciel, consistant principalement en un saint amour et une sainte joie, consiste en grande partie en affection ; et par conséquent, sans aucun doute, la vraie religion consiste en grande partie en affection. Le moyen d’apprendre la vraie nature d’une chose, c’est d’aller là où cette chose se trouve dans sa pureté et sa perfection. Si nous voulons connaître la nature de l’or véritable, nous devons l’examiner, non dans le minerai, mais une fois affiné. Si nous voulons apprendre ce qu’est la vraie religion, nous devons aller là où il y a une vraie religion, et rien que la vraie religion, dans sa plus haute perfection, sans aucun défaut ni mélange. Tous ceux qui sont vraiment religieux ne sont pas de ce monde ; ils y sont étrangers et appartiennent au ciel ; ils sont nés d’en haut, le ciel est leur patrie, et la nature qu’ils reçoivent par cette naissance céleste est une nature céleste ; ils reçoivent une onction d’en haut ; ce principe de vraie religion qui est en eux est une communication de la religion du ciel ; leur grâce est l’aurore de la gloire ; et Dieu les rend propres à ce monde-là en les rendant conformes à lui.
9. Cela ressort de la nature et du but des ordonnances et des devoirs que Dieu a institués comme moyens et comme expressions de la vraie religion.
Pour prendre l’exemple du devoir de la prière : il est manifeste que, dans ce devoir, il ne nous est pas prescrit de déclarer les perfections de Dieu, sa majesté, sa sainteté, sa bonté et sa toute-suffisance, ainsi que notre propre bassesse, notre vide, notre dépendance et notre indignité, nos besoins et nos désirs, pour informer Dieu de ces choses, ou pour incliner son cœur et obtenir de lui qu’il veuille bien nous faire miséricorde ; mais pour toucher convenablement notre propre cœur des choses que nous exprimons, et nous préparer ainsi à recevoir les bénédictions que nous demandons. Et les gestes et les manières extérieures, dans le culte de Dieu, dont l’usage a fait des signes d’humilité et de révérence, ne peuvent avoir d’autre utilité que dans la mesure où ils tendent à toucher notre propre cœur ou celui des autres.
Et le devoir de chanter les louanges de Dieu semble avoir été institué entièrement pour exciter et exprimer les affections religieuses. On ne peut assigner d’autre raison pour laquelle nous devrions nous exprimer devant Dieu en vers plutôt qu’en prose, et le faire avec musique, sinon que notre nature et notre constitution sont telles que ces choses tendent à émouvoir nos affections.
La même chose ressort de la nature et du but des sacrements que Dieu a institués. Dieu, considérant notre constitution, n’a pas seulement voulu que les grandes choses de l’Évangile et de la rédemption de Christ nous fussent annoncées et que nous en fussions instruits par sa parole ; mais encore qu’elles fussent, pour ainsi dire, exposées à notre vue, par des représentations sensibles, dans les sacrements, afin de nous en toucher davantage.
Et imprimer les choses divines dans le cœur et les affections des hommes est évidemment l’une des grandes et principales fins pour lesquelles Dieu a ordonné que sa parole, transmise dans les saintes Écritures, fût expliquée, appliquée et enfoncée dans le cœur des hommes par la prédication. C’est pourquoi il ne suffit pas, pour répondre au but que Dieu s’est proposé dans cette institution, que les hommes aient simplement de bons commentaires et de bonnes explications de l’Écriture, et d’autres bons livres de théologie ; car, bien que ceux-ci puissent tendre, aussi bien que la prédication, à donner aux hommes une bonne intelligence doctrinale ou spéculative des choses de la parole de Dieu, ils n’ont pas la même aptitude à les imprimer dans leur cœur et leurs affections. Dieu a institué une application particulière et vivante de sa parole aux hommes, dans la prédication, comme un moyen propre à toucher les pécheurs de l’importance des choses de la religion, de leur propre misère et de la nécessité d’un remède, ainsi que de la gloire et de la suffisance du remède préparé ; et à réveiller la saine intelligence des saints et à vivifier leurs affections, en leur remettant souvent en mémoire les grandes choses de la religion et en les plaçant devant eux sous leurs vraies couleurs, bien qu’ils les sachent et qu’ils en aient déjà été pleinement instruits, 2 Pierre 1:12, 13. Et en particulier pour développer en eux ces deux affections dont parle le texte, l’amour et la joie : « Christ a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs, afin que le corps de Christ fût édifié dans la charité », Éphésiens 4:11, 12, 16. L’apôtre, en instruisant et en conseillant Timothée au sujet de l’œuvre du ministère, lui apprend que la grande fin de cette parole qu’un ministre doit prêcher est l’amour ou la charité, 1 Timothée 1:3, 4, 5. Et une autre affection que Dieu a voulu que la prédication serve à développer chez les saints est la joie ; c’est pourquoi les ministres sont appelés ceux qui « contribuent à leur joie », 2 Corinthiens 1:24.
10. C’est une preuve que la vraie religion, ou la sainteté du cœur, réside en grande partie dans l’affection du cœur, que l’Écriture place en grande partie le péché du cœur dans la dureté du cœur. C’est ce que fait l’Écriture partout. Ce fut la dureté de cœur qui excita en Christ la tristesse et le mécontentement envers les Juifs, Marc 3:5 : « promenant ses regards sur eux avec indignation, et en même temps affligé de l’endurcissement de leur cœur » C’est parce qu’ils ont un tel cœur que les hommes s’amassent un trésor de colère : Romains 2:5 : « par ton endurcissement et par ton cœur impénitent, tu t’amasses un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu » La raison donnée pour laquelle la maison d’Israël ne voulait pas obéir à Dieu était qu’ils avaient le cœur endurci : Ézéchiel 3:7 : « Mais la maison d’Israël ne voudra pas t’écouter, parce qu’elle ne veut pas m’écouter; car toute la maison d’Israël a le front dur et le cœur endurci. » La méchanceté de cette génération perverse et rebelle dans le désert est attribuée à la dureté de leur cœur : Psaume 95:7-10 : « Oh! Si vous pouviez écouter aujourd’hui sa voix! N’endurcissez pas votre cœur, comme à Meriba, Comme à la journée de Massa, dans le désert, Où vos pères me tentèrent, M’éprouvèrent, quoiqu’ils vissent mes œuvres. Pendant quarante ans j’eus cette race en dégoût, Et je dis: C’est un peuple dont le cœur est égaré », etc. C’est ce qui, nous est-il dit, empêcha Sédécias de revenir à l’Éternel : 2 Chroniques 36:13 : « il raidit son cou et endurcit son cœur, au point de ne pas retourner à l’Éternel, le Dieu d’Israël » C’est de ce principe, selon l’Écriture, que vient chez les hommes l’absence de la crainte de Dieu et l’abandon de ses voies : Ésaïe 63:17 : « Pourquoi, ô Éternel, nous fais-tu errer loin de tes voies, Et endurcis-tu notre cœur contre ta crainte? » Et c’est à ce principe qu’est imputé le rejet de Christ par les hommes et leur opposition au christianisme : Actes 19:9 : « Mais, comme quelques-uns restaient endurcis et incrédules, décriant devant la multitude la voie du Seigneur » Le fait que Dieu abandonne les hommes à la puissance du péché et de la corruption du cœur est souvent exprimé en disant que Dieu endurcit leur cœur : Romains 9:18 : « Ainsi, il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut. » Jean 12:40 : « Il a aveuglé leurs yeux; et il a endurci leur cœur » Et l’apôtre semble parler d’« un cœur mauvais qui se détourne du Dieu vivant, et d’un cœur endurci » comme d’une seule et même chose : Hébreux 3:8 : « N’endurcissez pas vos cœurs, comme lors de la révolte », etc. ; v. 12, 13 : « Prenez garde, frères, que quelqu’un de vous n’ait un cœur mauvais et incrédule, au point de se détourner du Dieu vivant. Mais exhortez-vous les uns les autres chaque jour, aussi longtemps qu’on peut dire: Aujourd’hui! Afin qu’aucun de vous ne s’endurcisse par la séduction du péché. » Et cette grande œuvre de Dieu dans la conversion, qui consiste à délivrer une personne de la puissance du péché et à mortifier la corruption, est exprimée à plusieurs reprises par ces mots : Dieu « ôte le cœur de pierre et donne un cœur de chair », Ézéchiel 11:19 et chap. 36:26.
Or, par un cœur dur, on entend clairement un cœur insensible, ou un cœur qui ne se laisse pas facilement émouvoir par des affections vertueuses, semblable à une pierre, insensible, stupide, immobile et difficile à impressionner. C’est pourquoi le cœur dur est appelé un cœur de pierre, et il est opposé à un cœur de chair, qui a du sentiment et qui est sensiblement touché et ému. Nous lisons dans l’Écriture qu’il y a un cœur dur et un cœur tendre ; et sans doute devons-nous les comprendre comme contraires l’un à l’autre. Mais qu’est-ce qu’un cœur tendre, sinon un cœur qui reçoit facilement l’impression de ce qui doit le toucher ? Dieu loue Josias parce que son cœur était tendre ; et il ressort des choses mentionnées comme l’expression et la preuve de cette tendresse de cœur que, par son cœur tendre, il faut entendre un cœur facilement ému d’affections religieuses et pieuses : 2 Rois 22:19 : « Parce que ton cœur a été touché, parce que tu t’es humilié devant l’Éternel en entendant ce que j’ai prononcé contre ce lieu et contre ses habitants, qui seront un objet d’épouvante et de malédiction, et parce que tu as déchiré tes vêtements et que tu as pleuré devant moi, moi aussi, j’ai entendu, dit l’Éternel. » Et c’est là une des choses en quoi il est nécessaire que nous « devenions comme les petits enfants pour entrer dans le royaume de Dieu », à savoir que nous ayons le cœur tendre, facilement touché et ému dans les choses spirituelles et divines, comme les petits enfants le sont dans les autres choses.
Dans certains passages, il ressort très clairement des textes eux-mêmes que, par la dureté de cœur, on entend un cœur dépourvu d’affection. Ainsi, pour signifier que l’autruche est sans affection naturelle pour ses petits, il est dit, Job 39:19 : « Elle est dure envers ses petits comme s’ils n’étaient point à elle » De même, le fait qu’une personne ait un cœur insensible au temps du danger est exprimé par l’endurcissement de son cœur : Proverbes 28:14 : « Heureux l’homme qui est continuellement dans la crainte! Mais celui qui endurcit son cœur tombe dans le malheur. »
Puis donc qu’il est si clair que, dans l’Écriture, un cœur dur signifie un cœur dépourvu d’affections pieuses, et puisque l’Écriture place si fréquemment le péché et la corruption du cœur dans la dureté de cœur, il est évident qu’au contraire la grâce et la sainteté du cœur doivent consister, dans une large mesure, en ce qu’il a des affections pieuses et qu’il est aisément susceptible de telles affections. Les théologiens s’accordent généralement à dire que le péché consiste radicalement et fondamentalement en quelque chose de négatif ou de privatif, ayant sa racine et son fondement dans une privation ou un manque de sainteté. Et donc, sans aucun doute, s’il est vrai que le péché consiste en grande partie dans la dureté du cœur, et ainsi dans le manque d’affections pieuses du cœur, la sainteté consiste en grande partie dans ces affections pieuses.
Je suis loin de supposer que toutes les affections dénotent un cœur tendre : la haine, la colère, la vaine gloire et d’autres affections égoïstes et qui exaltent le moi peuvent dominer puissamment dans le cœur le plus dur. Mais il est évident toutefois que la dureté de cœur et la tendresse de cœur sont des expressions qui se rapportent à l’affection du cœur, et qui désignent un cœur susceptible de certaines affections, ou fermé à elles ; ce dont j’aurai l’occasion de parler davantage par la suite.
Tout bien considéré, il me semble clairement et abondamment évident que la vraie religion réside en grande partie dans les affections. Non que je pense que ces arguments prouvent que la religion, dans le cœur des hommes vraiment pieux, soit toujours exactement proportionnée au degré d’affection et à l’émotion présente de l’esprit ; car il y a sans aucun doute chez les vrais saints beaucoup d’affection qui n’est pas spirituelle ; leurs affections religieuses sont souvent mêlées ; tout ne vient pas de la grâce, mais beaucoup vient de la nature. Et bien que les affections n’aient pas leur siège dans le corps, la constitution du corps peut néanmoins contribuer beaucoup à l’émotion présente de l’esprit. Et le degré de la religion doit être jugé plutôt par la fermeté et la force de la disposition habituelle qui s’exerce dans l’affection, et qui rend la sainte affection habituelle, que par le degré de l’exercice présent ; et la force de cette disposition n’est pas toujours proportionnée aux effets et aux manifestations extérieurs, ni aux effets intérieurs qui se montrent dans la précipitation, la véhémence et les brusques changements du cours des pensées de l’esprit. Mais il est évident toutefois que la religion consiste tellement en affection que, sans sainte affection, il n’y a pas de vraie religion ; qu’aucune lumière dans l’entendement n’est bonne si elle ne produit pas une sainte affection dans le cœur ; qu’aucune disposition ni aucun principe dans le cœur n’est bon s’il n’a pas un tel exercice ; et qu’aucun fruit extérieur n’est bon s’il ne procède pas de tels exercices.
Ayant ainsi considéré les preuves de la proposition posée, je passe à quelques conséquences.
1. Nous pouvons apprendre de là combien est grande l’erreur de ceux qui veulent rejeter toutes les affections religieuses, comme n’ayant rien de solide ni de substantiel.
Il semble qu’une trop forte disposition en ce sens règne dans ce pays à l’heure actuelle. Parce que beaucoup de ceux qui, durant la récente saison extraordinaire, parurent avoir de grandes affections religieuses ne manifestèrent pas une juste disposition d’esprit et tombèrent dans de nombreuses erreurs au temps de leurs affections et dans la chaleur de leur zèle ; et parce que les hautes affections de beaucoup semblent s’être si vite réduites à rien, et que certains, qui paraissaient puissamment élevés et absorbés par la joie et le zèle pendant un temps, semblent être retournés, comme le chien, à ce qu’ils avaient vomi ; pour ces raisons, les affections religieuses en général ont perdu tout crédit auprès d’un grand nombre, comme si la vraie religion n’y consistait nullement. C’est ainsi que nous passons facilement et naturellement d’un extrême à l’autre. Il y a peu de temps, nous étions dans l’autre extrême : une disposition dominante portait à regarder toutes les hautes affections religieuses comme des exercices éminents de la vraie grâce, sans beaucoup s’enquérir de la nature et de la source de ces affections, ni de la manière dont elles étaient nées : si seulement des personnes paraissaient vraiment très émues et élevées, au point d’être pleines de discours religieux et de s’exprimer avec beaucoup de chaleur et d’ardeur, et d’être remplies, ou très pleines, selon les expressions du temps, on avait trop coutume, sans plus ample examen, de conclure que ces personnes étaient remplies de l’Esprit de Dieu et avaient une expérience éminente de ses influences de grâce. Tel était l’extrême qui prévalait il y a trois ou quatre ans. Mais depuis peu, au lieu d’estimer et d’admirer toutes les affections religieuses sans distinction, il est bien plus courant de les rejeter et de les écarter toutes sans distinction. En cela paraît la ruse de Satan. Tant qu’il voyait que les affections étaient fort en vogue, sachant que la plus grande partie du pays n’était pas versée dans ces choses et n’avait pas eu une expérience suffisante des grandes affections religieuses pour être en état d’en bien juger et de distinguer entre les vraies et les fausses, il savait qu’il ne pouvait mieux jouer son jeu qu’en semant de l’ivraie parmi le blé et en mêlant de fausses affections aux œuvres de l’Esprit de Dieu : il savait que c’était là un moyen propre à séduire et à perdre éternellement beaucoup d’âmes, à blesser gravement la religion chez les saints, à les égarer dans un affreux désert, et, à la longue, à jeter le discrédit sur toute religion.
Mais maintenant que les funestes conséquences de ces fausses affections apparaissent, et qu’il est devenu tout à fait manifeste que certaines de ces émotions qui faisaient une éclatante parade, et que beaucoup admiraient grandement, n’étaient en réalité rien, le diable voit qu’il est de son intérêt de s’y prendre autrement, et de s’efforcer de tout son pouvoir de répandre et d’établir la persuasion que toutes les affections et les émotions sensibles de l’esprit, dans les choses de la religion, ne méritent aucune considération, mais qu’il faut plutôt les éviter et s’en garder soigneusement, comme de choses d’une tendance pernicieuse. C’est là, il le sait, le moyen de réduire toute la religion à un pur formalisme sans vie, d’exclure efficacement la puissance de la piété et tout ce qui est spirituel, et de mettre à la porte tout vrai christianisme. Car, bien que la vraie religion requière assurément autre chose que l’affection, elle consiste pourtant tellement dans les affections qu’il ne peut y avoir de vraie religion sans elles. Celui qui n’a pas d’affection religieuse est dans un état de mort spirituelle, et entièrement dépourvu des influences puissantes, vivifiantes et salutaires de l’Esprit de Dieu sur son cœur. De même qu’il n’y a pas de vraie religion là où il n’y a rien d’autre que l’affection, de même il n’y a pas de vraie religion là où il n’y a pas d’affection religieuse. Si, d’une part, il faut qu’il y ait de la lumière dans l’entendement aussi bien qu’un cœur touché et fervent, car là où il y a de la chaleur sans lumière, il ne peut rien y avoir de divin ni de céleste dans ce cœur ; de même, d’autre part, là où il y a une sorte de lumière sans chaleur, une tête garnie de notions et de spéculations, avec un cœur froid et insensible, il ne peut rien y avoir de divin dans cette lumière ; cette connaissance n’est pas une vraie connaissance spirituelle des choses divines. Si les grandes choses de la religion sont bien comprises, elles toucheront le cœur. La raison pour laquelle les hommes ne sont pas touchés par des choses si infiniment grandes, importantes, glorieuses et merveilleuses que celles dont ils entendent et lisent si souvent le récit dans la parole de Dieu, c’est sans aucun doute qu’ils sont aveugles ; s’ils ne l’étaient pas, il serait impossible, et tout à fait incompatible avec la nature humaine, que leur cœur ne fût pas fortement impressionné et grandement ému par de telles choses.
Cette manière de mépriser toutes les affections religieuses est le moyen d’endurcir extrêmement le cœur des hommes, de les encourager dans leur stupidité et leur insensibilité, de les maintenir dans un état de mort spirituelle aussi longtemps qu’ils vivent, et de les conduire enfin à la mort éternelle. Le préjugé qui règne aujourd’hui dans le pays contre les affections religieuses a manifestement un effet redoutable : il endurcit le cœur des pécheurs, étouffe les grâces de beaucoup de saints, paralyse la vie et la puissance de la religion, empêche l’effet des ordonnances, nous retient dans un état de torpeur et d’apathie, et amène sans aucun doute beaucoup de personnes à offenser gravement Dieu en nourrissant des pensées basses et méprisantes de l’œuvre extraordinaire qu’il a récemment accomplie dans ce pays.
Et mépriser et décrier toutes les affections religieuses, c’est pour des personnes le moyen de bannir toute religion de leur propre cœur et de consommer la ruine de leur âme.
Ceux qui condamnent les hautes affections chez les autres ne sont certainement pas en voie d’avoir eux-mêmes de hautes affections. Et que l’on considère ceci : ceux qui n’ont que peu d’affection religieuse n’ont certainement que peu de religion. Et ceux qui condamnent les autres pour leurs affections religieuses et qui n’en ont point eux-mêmes n’ont aucune religion.
Il y a de fausses affections, et il y en a de vraies. Le fait qu’un homme ait beaucoup d’affection ne prouve pas qu’il ait une vraie religion ; mais s’il n’a pas d’affection, cela prouve qu’il n’a pas de vraie religion. La bonne voie n’est ni de rejeter toutes les affections, ni de les approuver toutes, mais de faire la distinction entre les affections, en approuvant les unes et en rejetant les autres, en séparant le blé de la paille, l’or des scories, ce qui est précieux de ce qui est vil.
2. S’il est vrai que la vraie religion réside en grande partie dans les affections, nous pouvons en conclure qu’il faut désirer les moyens qui tendent fortement à émouvoir les affections. Les livres, la manière de prêcher la parole et d’administrer les ordonnances, la manière d’adorer Dieu dans la prière et dans le chant des louanges qui tendent à toucher profondément le cœur de ceux qui usent de ces moyens, sont grandement à désirer.
De tels moyens auraient autrefois été hautement approuvés et applaudis par la plupart des gens du pays, comme les plus excellents et les plus profitables, et comme ceux qui tendent le plus à atteindre les fins des moyens de grâce. Mais le goût dominant semble depuis peu étrangement changé : cette manière émouvante de prier et de prêcher qui aurait autrefois été admirée et exaltée, et cela précisément parce qu’elle tendait tant à émouvoir les affections, excite maintenant aussitôt, chez de très nombreuses personnes, le dégoût, et n’émeut pas d’autres affections que celles du mécontentement et du mépris.
Peut-être autrefois la plupart des gens (du moins parmi le commun du peuple) tombaient-ils dans l’extrême de trop rechercher un langage affectueux dans les exercices publics ; mais maintenant une très grande partie du peuple semble être allée loin dans l’extrême contraire. Il peut certes y avoir des moyens qui tendent fortement à exciter les passions de personnes faibles et ignorantes, sans tendre beaucoup au bien de leur âme ; car, bien qu’ils puissent tendre à exciter des affections, ils peuvent ne tendre que peu ou point à exciter des affections de grâce, ou des affections qui conduisent à la grâce. Mais sans aucun doute, si, dans les moyens employés, les choses de la religion sont traitées selon leur nature et présentées avec vérité, de manière à en donner de justes idées et un jugement droit, plus elles tendent à émouvoir les affections, mieux cela vaut.
3. Si la vraie religion réside en grande partie dans les affections, nous pouvons apprendre de là quel grand sujet nous avons d’être honteux et confus devant Dieu de ce que nous ne sommes pas davantage touchés par les grandes choses de la religion. Il ressort de ce qui a été dit que cela vient de ce que nous avons si peu de vraie religion.
Dieu a donné aux hommes des affections pour la même fin que celle pour laquelle il a donné toutes les facultés et tous les principes de l’âme humaine, c’est-à-dire pour qu’elles servent la fin principale de l’homme et la grande affaire pour laquelle Dieu l’a créé, à savoir l’affaire de la religion. Et pourtant, combien il est commun parmi les hommes que leurs affections soient beaucoup plus exercées et engagées en d’autres choses que dans la religion ! Dans ce qui concerne leurs intérêts terrestres, leurs plaisirs extérieurs, leur honneur et leur réputation, et leurs relations naturelles, ils ont des désirs avides, des appétits véhéments, un amour chaleureux et affectueux, un zèle ardent ; dans ces choses, leur cœur est tendre et sensible, facilement ému, profondément impressionné, très préoccupé, très sensiblement touché et grandement engagé ; fort abattu de douleur par les pertes terrestres, et fort exalté de joie par les succès et la prospérité de ce monde. Mais combien la plupart des hommes sont insensibles et impassibles à l’égard des grandes choses d’un autre monde ! Combien leurs affections sont émoussées ! Combien leur cœur est lourd et dur en ces matières ! Ici leur amour est froid, leurs désirs languissants, leur zèle faible et leur gratitude petite. Comment peuvent-ils rester assis à entendre parler de la hauteur, de la profondeur, de la longueur et de la largeur infinies de l’amour de Dieu en Jésus-Christ, de ce qu’il a donné son Fils infiniment cher pour être offert en sacrifice pour les péchés des hommes, et de l’amour sans pareil de l’innocent, du saint et du tendre Agneau de Dieu, manifesté dans les angoisses de sa mort, dans sa sueur de sang, dans ses grands et amers cris et dans son cœur qui saignait, et tout cela pour des ennemis, afin de les racheter des flammes éternelles qu’ils avaient méritées et de les amener à une joie et à une gloire ineffables et éternelles ; et demeurer pourtant froids, lourds, insensibles et indifférents ! Où donc l’exercice de nos affections est-il à sa place, sinon ici ? Qu’est-ce qui l’exige davantage ? Et qu’est-ce qui peut être une occasion propre à leur exercice vif et vigoureux, sinon une occasion comme celle-ci ? Peut-on placer sous nos yeux quelque chose de plus grand et de plus important ? Quelque chose de plus merveilleux et de plus étonnant ? Ou qui touche de plus près à notre intérêt ? Pouvons-nous supposer que le sage Créateur a implanté dans la nature humaine des principes tels que les affections pour nous être utiles et pour s’exercer en certaines occasions convenables, mais pour rester immobiles dans une occasion comme celle-ci ? Un chrétien qui croit à la vérité de ces choses peut-il nourrir de telles pensées ?
Si nous devons jamais exercer nos affections, et si le Créateur n’a pas constitué la nature humaine sans sagesse en faisant de ces principes une partie d’elle-même, comme s’ils étaient vains et inutiles, c’est sur les objets qui en sont les plus dignes qu’elles doivent s’exercer. Or y a-t-il quelque chose que les chrétiens puissent trouver dans le ciel ou sur la terre qui soit aussi digne d’être l’objet de leur admiration et de leur amour, de leurs désirs ardents et passionnés, de leur espérance, de leur joie et de leur zèle fervent, que les choses qui nous sont présentées dans l’Évangile de Jésus-Christ ? Non seulement les choses les plus dignes de nous toucher y sont annoncées, mais elles y sont présentées de la manière la plus touchante. La gloire et la beauté du bienheureux Jéhovah, qui est en elle-même la plus digne d’être l’objet de notre admiration et de notre amour, y sont présentées de la manière la plus touchante qui se puisse concevoir, telles qu’elles apparaissent, resplendissant de tout leur éclat, sur la face d’un Rédempteur incarné, infiniment aimant, doux, compatissant et mourant. Toutes les vertus de l’Agneau de Dieu, son humilité, sa patience, sa douceur, sa soumission, son obéissance, son amour et sa compassion, sont exposées à nos regards de la manière la plus propre à émouvoir nos affections qui se puisse imaginer ; car elles eurent toutes leur plus grande épreuve, leur plus haut exercice, et ainsi leur plus éclatante manifestation, lorsqu’il se trouvait dans les circonstances les plus touchantes, à savoir lorsqu’il subissait ses dernières souffrances, ces souffrances inexprimables et sans pareilles qu’il endura par tendre amour et par pitié pour nous. Là aussi la nature odieuse de nos péchés est manifestée de la manière la plus touchante possible, puisque nous en voyons les terribles effets en ce que notre Rédempteur, qui s’était engagé à répondre pour nous, a souffert pour eux. Et là nous avons la manifestation la plus touchante de la haine de Dieu contre le péché, ainsi que de sa colère et de sa justice à le punir, puisque nous voyons sa justice dans sa rigueur et son inflexibilité, et sa colère dans ce qu’elle a de terrible, en ce qu’il a si terriblement puni nos péchés en celui qui lui était infiniment cher et qui nous aimait. Ainsi Dieu a-t-il disposé les choses, dans l’affaire de notre rédemption et dans ses glorieuses dispensations qui nous sont révélées dans l’Évangile, comme si tout avait été tout exprès combiné de manière à avoir la plus grande aptitude possible à atteindre notre cœur dans sa partie la plus tendre et à émouvoir nos affections le plus sensiblement et le plus fortement. Quel grand sujet n’avons-nous donc pas d’être humiliés jusque dans la poussière de ce que nous ne sommes pas davantage touchés !
Chapitre 2 terminé
Première partie. De la nature des affections et de leur importance dans la religion