Les affections religieuses
X. Une autre chose en quoi les affections véritablement saintes et produites par la grâce diffèrent de celles qui sont fausses, c’est une belle symétrie et une belle proportion

Chapitre 24 · 27 min de lecture · 35 min d’écoute

X. Une autre chose en quoi les affections véritablement saintes et produites par la grâce diffèrent de celles qui sont fausses, c’est une belle symétrie et une belle proportion

X. Une autre chose en quoi les affections véritablement saintes et produites par la grâce diffèrent de celles qui sont fausses, c’est une belle symétrie et une belle proportion.

Non que la symétrie des vertus et des affections de grâce des saints soit parfaite en cette vie : elle est souvent défectueuse en bien des points, par l’imperfection de la grâce, faute d’instructions convenables, par des erreurs de jugement, ou par quelque malheur particulier du tempérament naturel, ou par des défauts d’éducation, et par bien d’autres désavantages qu’on pourrait mentionner. Mais il n’y a pourtant nullement, dans les affections de grâce et dans les diverses parties de la vraie religion chez les saints, cette monstrueuse disproportion qu’on observe très communément dans la fausse religion et dans les grâces contrefaites des hypocrites.

Dans les affections véritablement saintes des saints se trouve cette proportion qui est la conséquence naturelle de l’universalité de leur sanctification. Ils portent sur eux l’image entière de Christ : ils ont dépouillé le vieil homme et revêtu l’homme nouveau tout entier, dans toutes ses parties et dans tous ses membres. Il a plu au Père que toute plénitude habitât en Christ : en lui se trouve toute grâce ; il est plein de grâce et de vérité ; et ceux qui sont à Christ « reçoivent de sa plénitude, et grâce pour grâce » (Jean 1:14, 16) ; c’est-à-dire qu’il y a en eux toute grâce qui est en Christ ; grâce pour grâce, autrement dit une grâce qui répond à une grâce : il n’y a pas de grâce en Christ dont l’image ne se trouve dans les croyants pour y répondre ; l’image est une image fidèle, et il y a dans l’image quelque chose de la même belle proportion qui est dans l’original ; il y a trait pour trait et membre pour membre. Il y a de la symétrie et de la beauté dans l’ouvrage de Dieu. Le corps naturel que Dieu a fait se compose de nombreux membres, et tous sont dans une belle proportion ; il en est ainsi de l’homme nouveau, composé de diverses grâces et affections. Le corps de quelqu’un qui est né enfant parfaitement constitué peut manquer d’une exacte proportion par suite de maladie, ou de la faiblesse et des blessures de quelques-uns de ses membres ; pourtant la disproportion n’est nullement comparable à celle de ceux qui naissent monstrueux.

Il en est des hypocrites comme il en était autrefois d’Éphraïm, à une époque où Dieu se plaint vivement de son hypocrisie, Osée 7:8 : « Éphraïm est un gâteau qui n’a pas été retourné », à demi cuit et à demi cru : il n’y a d’ordinaire aucune sorte d’uniformité dans leurs affections.

Il y a chez beaucoup d’entre eux une grande partialité à l’égard des diverses sortes d’affections religieuses : de grandes affections en certaines choses, et aucune sorte de proportion en d’autres. Une sainte espérance et une sainte crainte vont ensemble chez les saints, comme on l’a observé d’après les Psaumes 33:18 et 147:11. Mais chez certains de ceux-là se trouve l’espérance la plus assurée, alors qu’ils sont dépourvus de révérence, de défiance d’eux-mêmes et de prudence, et qu’ils ont dans une large mesure rejeté la crainte. Chez les saints, la joie et la sainte crainte vont ensemble, si grande que soit la joie : comme ce fut le cas des disciples, en ce joyeux matin de la résurrection de Christ, Matthieu 28:8 : « Elles s’éloignèrent promptement du sépulcre, avec crainte et avec une grande joie. »6969 « Un soin et une diligence renouvelés suivent les sceaux de l’Esprit. L’âme est alors aux pieds de Christ, comme Marie était au sépulcre, avec crainte et avec une grande joie. Celui qui fait route avec un riche trésor sur lui craint un voleur derrière chaque buisson. » Méditations sacramentelles de Flavel, méd. 4. Mais beaucoup de ceux-là se réjouissent sans trembler : leur joie est d’une sorte qui est réellement opposée à la crainte de Dieu.

Mais une grande différence en particulier entre les saints et les hypocrites, c’est que la joie et la consolation des premiers s’accompagnent d’une tristesse selon Dieu et d’un deuil à cause du péché. Ils n’ont pas seulement de la tristesse pour les préparer à leur première consolation, mais encore après qu’ils ont été consolés et que leur joie a été affermie. Ainsi il est prédit de l’Église de Dieu qu’ils mèneraient deuil et se prendraient eux-mêmes en dégoût à cause de leurs péchés, après être revenus de la captivité et s’être établis dans le pays de Canaan, le pays du repos, le pays où coulent le lait et le miel, Ézéchiel 20:42, 43 : « Et vous saurez que je suis l’Éternel, quand je vous ramènerai dans le pays d’Israël, dans le pays que j’avais juré de donner à vos pères. Là vous vous souviendrez de votre conduite et de toutes vos actions par lesquelles vous vous êtes souillés; vous vous prendrez vous-mêmes en dégoût, à cause de toutes les infamies que vous avez commises. » De même aussi en Ézéchiel 16:61, 62, 63. Un vrai saint est semblable en cela à un petit enfant : il n’avait jamais eu de tristesse selon Dieu avant d’être né de nouveau ; mais depuis, il l’a souvent en exercice ; de même qu’un petit enfant, avant sa naissance et tant qu’il demeure dans les ténèbres, ne crie jamais ; mais dès qu’il voit la lumière, il se met à crier, et dès lors crie souvent. Bien que Christ ait porté nos souffrances et se soit chargé de nos douleurs, de sorte que nous sommes délivrés de la tristesse du châtiment et pouvons maintenant nous nourrir avec douceur des consolations que Christ nous a acquises, cela n’empêche pas que cette nourriture que nous prenons de ces consolations ne doive s’accompagner de la tristesse de la repentance. Comme autrefois les enfants d’Israël reçurent l’ordre de manger toujours l’agneau pascal avec des herbes amères. Les vrais saints sont présentés dans l’Écriture, non seulement comme ceux qui ont mené deuil sur le péché, mais comme ceux qui mènent deuil, dont la coutume est de mener deuil encore : Matthieu 5:4 : « Heureux les affligés, car ils seront consolés! »

Non seulement il y a souvent chez les hypocrites une déficience essentielle quant aux diverses sortes d’affections religieuses, mais aussi une étrange partialité et une étrange disproportion, dans les mêmes affections, à l’égard d’objets différents.

Ainsi, quant à l’affection de l’amour, certains affichent de hautes prétentions et une grande démonstration d’amour pour Dieu et pour Christ, et peut-être ont-ils été vivement touchés par ce qu’ils ont entendu ou pensé à leur sujet ; mais ils n’ont pas un esprit d’amour et de bienveillance envers les hommes ; ils sont au contraire enclins à la dispute, à l’envie, à la vengeance et à la médisance ; ils laisseront peut-être une vieille rancune reposer dans leur sein contre un voisin pendant sept années de suite, sinon deux fois sept ans, vivant dans une réelle malveillance et une amertume d’esprit à son égard ; et peut-être, dans leurs rapports avec leurs voisins, ne sont-ils pas très stricts ni très scrupuleux à observer la règle qui veut qu’on « fasse aux autres ce qu’on voudrait que les autres nous fissent ». Et d’autre part, il y en a d’autres qui paraissent avoir beaucoup de bienveillance envers les hommes, qui sont d’un très bon naturel et généreux à leur manière, mais qui n’ont aucun amour pour Dieu.

Et quant à l’amour envers les hommes, il y en a qui ont des affections débordantes pour certains ; mais leur amour est loin d’être d’une nature aussi étendue et aussi universelle que l’est un amour vraiment chrétien. Ils sont pleins de tendres affections pour les uns, et pleins d’amertume envers les autres. Ils sont attachés à leur propre parti, à ceux qui les approuvent, les aiment et les admirent ; mais ils sont farouches contre ceux qui s’opposent à eux et ne les aiment pas. Matthieu 5:45, 46 : « Soyez semblables à votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les publicains aussi n’agissent-ils pas de même? » Certains témoignent une grande affection à leurs voisins, et prétendent être ravis de la compagnie des enfants de Dieu au-dehors ; et en même temps ils sont désagréables et revêches envers leurs femmes et leurs autres proches à la maison, et très négligents des devoirs qu’ils ont envers eux. Et quant à ce grand amour pour les pécheurs et les adversaires de la religion, et à ce grand souci de leur âme, dont il y a une apparence chez certains, jusqu’à une détresse et une angoisse extrêmes, et qui choisit pour objet une personne particulière au milieu d’une multitude, alors qu’il n’y a en même temps, envers les pécheurs qui sont dans une situation tout aussi misérable, aucune compassion générale qui ne soit dans une monstrueuse disproportion, cela ne semble pas être de la nature de l’affection de grâce. Non que je trouve le moins du monde étrange que la pitié pour les âmes des pécheurs qui périssent aille jusqu’à l’angoisse, si les autres choses y répondent ; ou qu’une compassion pour les âmes vraiment produite par la grâce s’exerce beaucoup plus envers certaines personnes qu’envers d’autres qui sont tout aussi misérables, surtout en certaines occasions particulières : bien des choses peuvent survenir pour fixer l’esprit et toucher le cœur à l’égard d’une personne particulière, en un tel moment ; et sans aucun doute certains saints ont été en grande détresse pour l’âme de personnes particulières, au point d’être pour ainsi dire en travail d’enfantement pour elles ; mais quand des personnes paraissent, à certains moments, dans des angoisses déchirantes pour l’âme d’une seule personne, bien au-delà de ce qu’on a coutume d’entendre ou de lire des saints éminents, tout en paraissant être des personnes qui ont un esprit d’amour doux et fervent, de charité et de compassion envers les hommes en général, à un degré bien moindre qu’eux : je dis que de telles angoisses sont fort suspectes, pour des raisons déjà données ; à savoir que l’Esprit de Dieu a coutume de donner les grâces et les affections de grâce dans une belle symétrie et une belle proportion.

Et comme il y a une disproportion monstrueuse dans l’amour de certains, dans ses exercices envers des personnes différentes, il y en a une aussi dans leurs exercices apparents d’amour envers les mêmes personnes. — Certains hommes témoignent de l’amour aux autres quant à leur homme extérieur : ils sont libéraux de leurs biens terrestres et donnent souvent aux pauvres ; mais ils n’ont aucun amour ni aucun souci pour l’âme des hommes. D’autres prétendent avoir un grand amour pour l’âme des hommes, qui ne sont ni compatissants ni charitables envers leur corps. Faire une grande démonstration d’amour, de pitié et de détresse pour les âmes ne leur coûte rien ; mais pour faire miséricorde au corps des hommes, il leur faut tirer de l’argent de leur poche. Mais un véritable amour chrétien envers nos frères s’étend à la fois à leur âme et à leur corps ; et en cela il ressemble à l’amour et à la compassion de Jésus-Christ. Il fit miséricorde à l’âme des hommes en travaillant pour eux, en leur prêchant l’Évangile ; et il fit miséricorde à leur corps en allant de lieu en lieu faisant du bien, guérissant toute maladie et toute infirmité parmi le peuple. Nous avons un exemple remarquable de la compassion qu’eut Christ à la fois pour l’âme et pour le corps des hommes, et qu’il manifesta en nourrissant l’un et l’autre, en Marc 6:34, etc. : « Quand il sortit de la barque, Jésus vit une grande foule, et fut ému de compassion pour eux, parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont point de berger; et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses. » C’était là sa compassion pour leurs âmes. Et dans la suite nous avons le récit de sa compassion pour leurs corps, parce qu’ils étaient depuis longtemps sans rien avoir à manger : il en nourrit cinq mille avec cinq pains et deux poissons. Et si la compassion de ceux qui font profession d’être chrétiens envers les autres n’agit pas de ces mêmes manières, c’est un signe que ce n’est pas une vraie compassion chrétienne.

Et de plus, c’est un signe que les affections ne sont pas de la bonne sorte, si des personnes paraissent très touchées des mauvaises qualités de leurs frères chrétiens, comme la froideur et le manque de vie des autres saints, mais ne sont nullement touchées en proportion de leurs propres défauts et de leurs propres corruptions. Un vrai chrétien peut être touché de la froideur et du manque de saveur des autres saints, et s’en affliger beaucoup ; mais en même temps il n’est pas aussi enclin à être touché de la méchanceté du cœur de qui que ce soit que de celle du sien ; c’est celle-ci qui est le plus sous ses yeux ; c’est celle-ci qu’il a le regard le plus prompt à discerner ; c’est d’elle qu’il voit le plus les circonstances aggravantes, et c’est elle qu’il est le plus prompt à déplorer. Et il faut un moindre degré de vertu pour l’amener à s’apitoyer sur lui-même et à se soucier de ses propres malheurs, que pour être touché comme il convient des malheurs d’autrui. Et si des hommes ne sont pas parvenus au moindre, nous pouvons conclure qu’ils ne sont jamais parvenus au plus grand.

Et ici, en passant, je voudrais faire observer qu’on peut poser comme règle générale que, si des personnes prétendent être parvenues à de hauts degrés en religion, mais ne sont encore jamais parvenues aux degrés moindres, c’est le signe d’une vaine prétention. Par exemple, si des personnes prétendent être allées au-delà de la simple moralité, jusqu’à vivre d’une vie spirituelle et divine, mais ne sont réellement pas même devenues des personnes morales ; ou prétendent être vivement touchées de la méchanceté de leur cœur, et ne sont pas touchées des violations manifestes des commandements de Dieu dans leur conduite, ce qui est un degré moindre ; ou si elles prétendent avoir été amenées jusqu’à consentir à être damnées pour la gloire de Dieu, mais n’ont aucun empressement à souffrir un peu dans leurs biens, leur réputation et leur commodité terrestre, pour l’amour de leur devoir ; ou prétendent ne pas craindre de hasarder leur âme sur Christ et de remettre tout ce qu’elles ont à Dieu, se fiant à sa simple parole et à la fidélité de ses promesses pour leur bien-être éternel, mais n’ont pas en même temps assez de confiance en Dieu pour oser lui confier un peu de leurs biens, employés à des usages pieux et charitables : je dis que, lorsqu’il en est ainsi de certaines personnes, leurs prétentions sont manifestement vaines. Celui qui est en voyage et s’imagine avoir dépassé de loin tel endroit sur sa route, alors qu’il n’y est encore jamais arrivé, se trompe nécessairement ; et celui qui n’est encore jamais parvenu à mi-chemin n’est pas encore arrivé au sommet de la colline. Mais ceci en passant.

Ce qu’on a observé de l’affection de l’amour doit aussi s’observer des autres affections religieuses. Celles qui sont vraies s’étendent dans une certaine proportion aux diverses choses qui en sont les objets dus et propres ; mais quand elles sont fausses, elles sont d’ordinaire étrangement disproportionnées. Il en est ainsi des désirs et des aspirations religieuses : chez les saints, ils se portent vers les choses spirituelles et excellentes en général, et cela dans une certaine proportion à leur excellence, à leur importance ou à leur nécessité, ou à l’intérêt étroit qu’ils y ont ; mais dans les aspirations fausses il en est souvent tout autrement. Elles courent étrangement, avec une véhémence impatiente, après quelque chose de moindre importance, tandis que d’autres choses de plus grande importance sont négligées. — Ainsi, par exemple, certaines personnes sont de temps à autre saisies d’une inclination véhémente et d’une pression d’une violence inexplicable à déclarer aux autres ce qu’elles éprouvent et à exhorter les autres ; alors qu’il n’y a en même temps aucune inclination, en aucune mesure égale à celle-là, vers d’autres choses auxquelles le vrai christianisme tend tout autant, et même davantage : comme répandre son âme devant Dieu dans le secret, la prière ardente et la louange qu’on lui adresse, une plus grande conformité à lui et une vie plus consacrée à sa gloire, etc. Nous lisons dans l’Écriture des « soupirs inexprimables, d’une âme brisée par le désir, des aspirations, de la soif et des halètements de l’âme », bien plus fréquemment à l’égard de ces dernières choses que des premières.

Et il en est de même de la haine et du zèle : quand ils procèdent de principes justes, ils s’opposent au péché en général, dans une certaine proportion au degré de culpabilité : Psaume 119:104 : « Je hais toute voie de mensonge. » De même au verset 128. Mais une haine et un zèle faux contre le péché ne s’opposent qu’à quelque péché particulier. Ainsi certains paraissent très zélés contre l’impiété et contre l’orgueil dans les vêtements, qui sont eux-mêmes notoires pour leur cupidité, leur avarice, et peut-être leur médisance, leur envie envers leurs supérieurs, leur esprit turbulent envers les magistrats et une malveillance enracinée contre ceux qui leur ont fait du tort. Le faux zèle s’oppose aux péchés des autres, tandis que les hommes n’ont aucun zèle contre leurs propres péchés. Mais celui qui a un vrai zèle l’exerce principalement contre ses propres péchés, bien qu’il montre aussi un zèle convenable contre l’iniquité répandue et dangereuse chez les autres. Et certains prétendent avoir une grande horreur de leurs propres péchés de cœur et se récrient beaucoup sur leur corruption intérieure, et pourtant font peu de cas des péchés en pratique et paraissent les commettre sans beaucoup de retenue ni de remords ; bien que ceux-ci impliquent le péché à la fois dans le cœur et dans la vie.

Comme il y a, à l’égard d’objets différents, une disproportion beaucoup plus grande dans les exercices des affections fausses que dans ceux des vraies, il y en a une aussi à l’égard de temps différents. Car, bien que les vrais chrétiens ne soient pas toujours semblables à eux-mêmes — il y a même une très grande différence selon les temps, et les meilleurs ont lieu d’avoir grande honte de leur inconstance —, il n’y a pourtant nullement, dans le cœur de ceux qui sont de vraies vierges, « qui suivent l’agneau partout où il va », cette instabilité et cette inconstance qui se trouvent chez ceux qui font profession de piété avec un cœur faux. Le juste est à bon droit présenté comme celui dont le cœur est ferme, confiant en Dieu, Psaume 112:7, qui a le cœur affermi par la grâce, Hébreux 13:9, et qui demeure ferme dans sa voie, Job 17:9 : « Le juste néanmoins demeure ferme dans sa voie, Celui qui a les mains pures se fortifie de plus en plus. » On mentionne comme une marque de l’hypocrisie de l’Église juive qu’elle était comme un dromadaire à la course légère et vagabonde.

Si donc des personnes ne sont religieuses que par accès et par saccades ; si elles paraissent de temps à autre élevées jusqu’aux nues dans leurs affections, puis retombent soudain, perdent tout et deviennent tout à fait insouciantes et charnelles, et que ce soit là leur manière de pratiquer la religion ; si elles paraissent vivement émues et puissamment engagées dans la religion seulement en des saisons extraordinaires, au temps d’une effusion remarquable de l’Esprit ou de quelque autre dispensation peu commune de la providence, ou lors de la réception réelle ou supposée de quelque grande miséricorde, quand elles ont reçu quelque miséricorde temporelle extraordinaire, ou se croient nouvellement converties, ou ont eu récemment ce qu’elles appellent une grande découverte ; mais retournent bientôt à une disposition telle que leur cœur est principalement occupé d’autres choses, et que la pente dominante de leur cœur et le courant de leurs affections se portent ordinairement vers les choses de ce monde ; quand elles sont comme les enfants d’Israël dans le désert, qui eurent leurs affections vivement élevées par ce que Dieu avait fait pour eux à la mer Rouge, chantèrent ses louanges, et bientôt se prirent à convoiter les pots de viande de l’Égypte ; puis, quand ils vinrent au mont Sinaï et virent les grandes manifestations que Dieu y fit de lui-même, parurent de nouveau grandement engagés et puissamment empressés d’entrer en alliance avec Dieu, disant : « Nous ferons tout ce que l’Éternel a dit, et nous obéirons », mais se firent bientôt un veau d’or ; je dis que, lorsqu’il en est ainsi de certaines personnes, c’est un signe que leurs affections ne sont pas saines.7070 Le docteur Owen (sur l’Esprit, livre III, chap. 2, sect. 18), parlant d’une œuvre commune de l’Esprit, dit : « Cette œuvre agit puissamment sur les affections : nous en avons donné des exemples dans la crainte, la tristesse, la joie et le plaisir touchant les choses spirituelles, qui sont par là éveillés et mis en action ; mais elle reste pourtant en défaut sur deux points pour être une œuvre complète sur les affections elles-mêmes. Car premièrement, elle ne les fixe pas. Et secondement, elle ne les remplit pas. »
« Il y a (dit le docteur Preston) un certain amour par accès que Dieu n’accepte pas : quand les hommes viennent offrir à Dieu de grandes promesses, comme les vagues de la mer, hautes comme des montagnes ; oh ! ils pensent qu’ils feront beaucoup pour Dieu ! Mais leurs dispositions changent, et ils deviennent comme ces hautes vagues qui, à la fin, retombent au niveau des autres eaux. »
M. Flavel, parlant de ces professants inconstants, dit : « Ces professants tiennent plus de la lune que du soleil : peu de lumière, moins de chaleur, et beaucoup de changements. Ils en trompent beaucoup ; oui, ils se trompent eux-mêmes, mais ne peuvent tromper Dieu. Il leur manque ce lest et cette fermeté en eux-mêmes qui les auraient tenus bien d’aplomb et stables. » La Pierre de touche de la sincérité, chap. 2, sect. 2. Ils sont comme les eaux au temps d’une averse, qui, pendant l’averse et un peu après, courent comme un ruisseau et coulent en abondance, mais sont bientôt tout à fait à sec ; et quand vient une autre averse, alors elles coulent de nouveau. Tandis qu’un vrai saint est comme un ruisseau issu d’une source vive, qui, bien qu’il puisse être grandement grossi par une averse et diminué au temps de la sécheresse, coule pourtant constamment : Jean 4:14 : « l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira », etc. ; ou comme un arbre planté près d’un tel ruisseau, qui est constamment alimenté à sa racine et toujours vert, même au temps de la plus grande sécheresse : Jérémie 17:7, 8 : « Béni soit l’homme qui se confie dans l’Éternel, Et dont l’Éternel est l’espérance! Il est comme un arbre planté près des eaux, Et qui étend ses racines vers le courant; Il n’aperçoit point la chaleur quand elle vient, Et son feuillage reste vert; Dans l’année de la sécheresse, il n’a point de crainte, Et il ne cesse de porter du fruit. » Beaucoup d’hypocrites sont comme des comètes qui paraissent un temps avec un puissant éclat, mais sont très instables et irrégulières dans leur mouvement (et sont donc appelées astres errants, Jude 13), et leur éclat disparaît bientôt, et elles ne paraissent qu’une fois en un long intervalle. Mais les vrais saints sont comme les étoiles fixes, qui, bien qu’elles se lèvent et se couchent et soient souvent voilées de nuages, demeurent pourtant fermes dans leur orbe, et dont on peut dire avec vérité qu’elles brillent d’une lumière constante. Les affections hypocrites ressemblent à un mouvement violent, comme celui de l’air que les vents agitent (Jude 12) ; mais les affections de grâce sont plutôt un mouvement naturel, comme le courant d’un fleuve, qui, bien qu’il ait bien des détours ici et là, puisse rencontrer des obstacles et coule plus librement et plus rapidement en certains endroits qu’en d’autres, tend pourtant dans l’ensemble, d’un cours régulier et constant, dans la même direction, jusqu’à ce qu’il atteigne l’océan.

Et comme il y a dans les affections fausses une étrange inégalité et une étrange disproportion selon les temps, il y en a souvent une aussi selon les lieux. Certains sont vivement touchés, de temps à autre, quand ils sont en compagnie ; mais n’ont rien qui y soit le moins du monde proportionné dans le secret, dans la méditation retirée, la prière secrète et l’entretien avec Dieu, quand ils sont seuls et séparés du monde entier.7171 Le Seigneur est négligé en secret, et pourtant honoré en public ; parce qu’il n’y a pas de vent dans leurs chambres pour enfler leurs voiles, ils y demeurent donc immobiles. De là vient que beaucoup d’hommes gardent leur profession quand ils perdent leur affection. Ils ont par l’une la réputation d’être vivants (et cela leur suffit), bien que leur cœur soit mort. Et de là vient qu’aussi longtemps que vous les aimez et les louez, aussi longtemps ils vous aiment ; mais sinon, ils vous abandonnent. Ils n’étaient réchauffés qu’au feu d’autrui, et c’est pourquoi, n’ayant en eux aucun principe de vie, ils deviennent bientôt morts. C’est là l’eau qui fait tourner le moulin du pharisien. » Parabole de Shepard, Ire partie, p. 180.
« L’hypocrite (dit M. Flavel) n’est pas pour le cabinet, mais pour la synagogue, Matthieu 6:5, 6. Ce n’est pas sa nourriture et son breuvage que de se retirer loin de la clameur du monde pour jouir de Dieu en secret. » La Pierre de touche de la sincérité, chap. 7, sect. 2.
Le docteur Ames, dans ses Cas de conscience, livre III, chap. v, en parle comme d’une chose par laquelle on peut reconnaître la sincérité : « Que les personnes soient obéissantes en l’absence aussi bien qu’en la présence des spectateurs ; en secret aussi bien, et même plus, qu’en public », alléguant Philippiens 2:12 et Matthieu 6:6. Un vrai chrétien prend sans doute plaisir à la communion religieuse et à l’entretien chrétien, et y trouve beaucoup de quoi toucher son cœur ; mais il prend plaisir aussi, par moments, à se retirer loin de tous les hommes pour s’entretenir avec Dieu dans des lieux solitaires. Et cela aussi a ses avantages particuliers pour fixer son cœur et en engager les affections. La vraie religion dispose les personnes à être souvent seules dans des lieux solitaires, pour la sainte méditation et la prière. C’est ainsi qu’elle agit en Isaac, Genèse 24:63. Et, ce qui est bien plus, c’est ainsi qu’elle agit en Jésus-Christ. Combien souvent lisons-nous qu’il se retirait sur les montagnes et dans les lieux solitaires, pour un saint entretien avec son Père ! Il est difficile de cacher de grandes affections ; mais les affections de grâce sont pourtant d’une nature beaucoup plus silencieuse et plus secrète que celles qui sont contrefaites. Il en est ainsi de la tristesse de grâce des saints. Il en est ainsi de leur tristesse pour leurs propres péchés. Ainsi le deuil de grâce que mèneront les vrais pénitents, au commencement de la gloire des derniers jours, est représenté comme si secret qu’il sera caché aux compagnons de leur sein, Zacharie 12:12, 13, 14 : « Le pays sera dans le deuil, chaque famille séparément: La famille de la maison de David séparément, et les femmes à part; La famille de la maison de Nathan séparément, et les femmes à part; La famille de la maison de Lévi séparément, et les femmes à part; La famille de Schimeï séparément, et les femmes à part; Toutes les autres familles, chaque famille séparément, Et les femmes à part. » Il en est ainsi de leur tristesse pour les péchés des autres. Les douleurs des saints et leur travail d’enfantement pour l’âme des pécheurs se passent principalement dans les lieux secrets : Jérémie 13:17 : « Si vous n’écoutez pas, Je pleurerai en secret, à cause de votre orgueil; Mes yeux fondront en larmes, Parce que le troupeau de l’Éternel sera emmené captif. » Il en est ainsi des joies de grâce : elles sont une manne cachée, à cet égard comme à d’autres, Apocalypse 2:17.

Le psalmiste semble parler de ses plus douces consolations comme de celles qu’on goûtait dans le secret : Psaume 63:6, 7 : « Mon âme sera rassasiée comme de mets gras et succulents, Et, avec des cris de joie sur les lèvres, ma bouche te célébrera. Lorsque je pense à toi sur ma couche, Je médite sur toi pendant les veilles de la nuit. » Christ appelle son épouse loin du monde, dans des lieux retirés, afin de lui donner son plus doux amour : Cantique 7:12, 13 : « Viens, mon bien-aimé, sortons dans les champs, Demeurons dans les villages! Là je te donnerai mon amour. » Les faveurs divines les plus éminentes que les saints aient obtenues, dont nous lisons le récit dans l’Écriture, leur vinrent dans leur retraite. Les principales manifestations que Dieu fit de lui-même et de sa miséricorde d’alliance à Abraham eurent lieu quand il était seul, à l’écart de sa nombreuse maison, comme en jugera quiconque lit attentivement son histoire. Isaac reçut ce don particulier que Dieu lui fit, Rebecca, qui fut pour lui une si grande consolation et par qui il obtint la postérité promise, tandis qu’il marchait seul, méditant dans les champs. Jacob s’était retiré pour une prière secrète quand Christ vint à lui, et qu’il lutta avec lui et obtint la bénédiction. Dieu se révéla à Moïse dans le buisson, alors qu’il était dans un lieu solitaire du désert, à la montagne d’Horeb, Exode 3 au commencement. Et plus tard, quand Dieu lui montra sa gloire et qu’il fut admis au plus haut degré de communion avec Dieu dont il ait jamais joui, il était seul, sur la même montagne, et il y demeura quarante jours et quarante nuits, puis il descendit, le visage rayonnant. Dieu vint à ces grands prophètes, Élie et Élisée, et s’entretint librement avec eux, principalement dans leur retraite. Élie s’entretint seul avec Dieu au mont Sinaï, comme l’avait fait Moïse. Et quand Jésus-Christ eut le plus grand avant-goût de sa gloire future, quand il fut transfiguré, ce ne fut pas lorsqu’il était avec la multitude, ni avec les douze disciples, mais retiré dans un lieu solitaire sur une montagne, avec seulement trois disciples choisis, auxquels il recommanda alors de ne le dire à personne jusqu’à ce qu’il fût ressuscité des morts. Quand l’ange Gabriel vint à la bienheureuse vierge, et quand le Saint-Esprit vint sur elle et que la puissance du Très-Haut la couvrit de son ombre, elle paraît avoir été seule, et avoir été en cette affaire cachée au monde ; son plus proche et plus cher ami sur la terre, Joseph, qui l’avait fiancée (bien qu’il fût un homme juste), n’en savait rien. Et celle qui la première eut part à la joie de la résurrection de Christ était seule avec Christ au sépulcre, Jean 20. Et quand le disciple bien-aimé fut favorisé de ces visions merveilleuses de Christ et de ses dispensations futures envers l’Église et le monde, il était seul dans l’île de Patmos. Non que nous n’ayons aussi des exemples de grands privilèges que les saints ont reçus quand ils étaient avec d’autres ; ni qu’il n’y ait pas beaucoup, dans l’entretien chrétien et dans le culte social et public, qui tende grandement à rafraîchir et à réjouir le cœur des saints. Mais tout ce que je vise par ce qui a été dit, c’est de montrer qu’il est de la nature de la vraie grâce que, bien qu’elle aime la société chrétienne à sa place, elle prenne pourtant un plaisir particulier à la retraite et à l’entretien secret avec Dieu. De sorte que si des personnes paraissent grandement engagées dans la religion sociale, et peu dans la religion du cabinet ; si elles sont souvent vivement touchées quand elles sont avec d’autres, et peu émues quand elles n’ont que Dieu et Christ avec qui s’entretenir, cela jette une ombre bien sombre sur leur religion.

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