Les affections religieuses
IX. Les affections de grâce attendrissent le cœur, et sont accompagnées et suivies d’une tendresse d’esprit chrétienne

Chapitre 23 · 17 min de lecture · 21 min d’écoute

IX. Les affections de grâce attendrissent le cœur, et sont accompagnées et suivies d’une tendresse d’esprit chrétienne

IX. Les affections de grâce attendrissent le cœur, et sont accompagnées et suivies d’une tendresse d’esprit chrétienne.

Les fausses affections, quoique les personnes puissent sembler attendries par elles tant qu’elles sont nouvelles, tendent néanmoins à la fin à endurcir le cœur. Elles peuvent bien établir une disposition à certaines sortes de passions, de celles qui impliquent la recherche de soi, l’élévation de soi et l’opposition aux autres. Mais les fausses affections, avec l’illusion qui les accompagne, tendent finalement à engourdir l’esprit et à le fermer à ces affections en lesquelles consiste la tendresse du cœur : et leur effet, à la longue, est que ces personnes, dans la disposition habituelle de leur esprit, deviennent moins touchées de leurs péchés présents et passés, moins scrupuleuses à l’égard des péchés à venir, moins émues par les avertissements et les mises en garde de la parole de Dieu, ou par les châtiments de Dieu dans sa providence, plus insouciantes de l’état de leur cœur, ainsi que de la manière et de la tendance de leur conduite, moins clairvoyantes pour discerner ce qui est péché, moins craintives de l’apparence du mal, qu’elles ne l’étaient lorsqu’elles étaient sous les réveils légaux et les craintes de l’enfer. Maintenant qu’elles ont été le sujet de telles et telles impressions et affections, qu’elles ont une haute opinion d’elles-mêmes et regardent leur état comme sûr, elles peuvent vivre bien plus tranquillement qu’auparavant dans la négligence des devoirs pénibles et incommodes ; elles sont bien plus lentes et plus partiales dans l’accomplissement des commandements difficiles ; elles ne s’alarment plus du tout autant à la vue de leurs propres manquements et transgressions ; elles s’enhardissent à se ménager davantage quant au labeur, au soin pénible et à l’exactitude de leur marche ; elles cèdent plus facilement aux tentations et aux sollicitations de leurs convoitises ; et elles prennent bien moins garde à leur comportement lorsqu’elles entrent dans la sainte présence de Dieu, au temps du culte public ou particulier. Autrefois peut-être, sous les convictions légales, elles se donnaient beaucoup de peine en matière de religion et se refusaient bien des choses ; mais maintenant qu’elles se croient hors du danger de l’enfer, elles déposent en grande partie le fardeau de la croix, s’épargnent la peine des devoirs difficiles, et se permettent davantage la jouissance de leurs aises et de leurs convoitises.

De telles personnes, au lieu d’embrasser Christ comme leur Sauveur du péché, se confient en lui comme le Sauveur de leurs péchés ; au lieu de fuir vers lui comme vers leur refuge contre leurs ennemis spirituels, elles se servent de lui comme du défenseur de leurs ennemis spirituels contre Dieu, et pour les fortifier contre lui. Elles font de Christ le ministre du péché, le grand officier et le lieutenant du diable, pour servir sa cause et le rendre, plus que toute chose au monde, fort contre Jéhovah ; afin de pouvoir pécher contre lui hardiment et sans aucune crainte, étant efficacement mises à l’abri des freins que mettraient ses avertissements les plus solennels et ses menaces les plus terribles. Elles se confient en Christ pour qu’il leur conserve la paisible jouissance de leurs péchés, et qu’il soit leur bouclier pour les défendre contre le déplaisir de Dieu ; tandis qu’elles s’approchent tout près de lui, jusque sur son sein, la place de ses enfants, pour combattre contre lui avec leurs armes meurtrières cachées sous les pans de leurs vêtements.6767 « Ce sont des hypocrites qui croient, mais qui faillissent quant à l’usage de l’Évangile et du Seigneur Jésus. Et c’est d’eux que nous lisons, Jude 3, à savoir de certains hommes qui changeaient la grâce en dissolution. Car c’est en cela que paraît l’extrême méchanceté du cœur de l’homme : non seulement la loi, mais aussi le glorieux Évangile du Seigneur Jésus produit en lui toute sorte d’injustice. Et il n’est que trop commun que des hommes, lors de la première œuvre de la conversion, oh ! crient alors après la grâce et après Christ, puis deviennent licencieux, vivent et croupissent dans la violation de la loi, et tirent de l’Évangile l’autorisation de leur conduite ! » Shepard, Parabole, première partie, p. 126. Cependant quelques-uns d’entre eux, en même temps, font une grande profession d’amour pour Dieu, d’assurance de sa faveur, et de grande joie à goûter la douceur de son amour.

C’est de cette manière que se confiaient en Christ ceux dont parle l’apôtre Jude, qui s’étaient glissés inconnus parmi les saints, mais qui étaient en réalité des impies, qui changent la grâce de notre Dieu en dissolution, Jude 4. Ce sont ceux qui se confient en leur justice et qui, parce que Dieu a promis que le juste vivra certainement, c’est-à-dire qu’il sera certainement sauvé, s’enhardissent à commettre l’iniquité ; ceux que Dieu menace en Ézéchiel 33:13 : « Lorsque je dis au juste qu’il vivra, s’il se confie dans sa justice et commet l’iniquité, toute sa justice sera oubliée, et il mourra à cause de l’iniquité qu’il a commise. »

Les affections de grâce ont une tendance tout opposée : elles changent de plus en plus un cœur de pierre en un cœur de chair. Un amour et une espérance saints sont des principes infiniment plus efficaces sur le cœur, pour le rendre tendre, le remplir de la crainte du péché ou de tout ce qui pourrait déplaire à Dieu et l’offenser, et l’engager à la vigilance, au soin et à la rigueur, que la crainte servile de l’enfer. Les affections de grâce, comme il a été remarqué plus haut, découlent d’un cœur contrit, ou (selon la signification du mot) d’un cœur meurtri, meurtri et brisé par la tristesse selon Dieu ; ce qui rend le cœur tendre, comme une chair meurtrie est tendre et facilement blessée. La tristesse selon Dieu a beaucoup plus de pouvoir pour rendre le cœur tendre que la simple tristesse légale qui vient de principes égoïstes.

La tendresse du cœur d’un vrai chrétien est signifiée avec élégance par notre Sauveur, lorsqu’il compare un tel homme à un petit enfant. La chair d’un petit enfant est très tendre ; de même le cœur de celui qui vient de naître de nouveau. C’est ce que représente ce qui nous est dit de la guérison de Naaman, délivré de sa lèpre en se lavant dans le Jourdain ; ce qui était sans aucun doute un type du renouvellement de l’âme lavée dans le bain de la régénération. Il nous est dit, 2 Rois 5:14 : « Il descendit alors et se plongea sept fois dans le Jourdain, selon la parole de l’homme de Dieu; et sa chair redevint comme la chair d’un jeune enfant. » Non seulement la chair d’un petit enfant est tendre, mais son esprit l’est aussi. Le cœur d’un petit enfant est facilement ému, touché et fléchi : ainsi en est-il du chrétien dans les choses spirituelles. Un petit enfant est porté à la compassion, à pleurer avec ceux qui pleurent, et ne peut guère supporter de voir les autres dans la détresse : ainsi en est-il du chrétien, Jean 11:35 ; Romains 12:15 ; 1 Corinthiens 12:26. Un petit enfant se laisse facilement gagner par la bonté : ainsi le chrétien. Un petit enfant est facilement affligé par les maux temporels ; son cœur fond, et il se met à pleurer : tel est le cœur tendre du chrétien à l’égard du mal du péché. Un petit enfant s’effraie facilement à l’apparence des maux extérieurs, ou de quoi que ce soit qui menace de lui nuire : ainsi le chrétien est prompt à s’alarmer à l’apparence du mal moral, et de tout ce qui menace de nuire à l’âme. Un petit enfant, lorsqu’il rencontre des ennemis ou des bêtes féroces, n’est pas enclin à se fier à sa propre force, mais court se réfugier auprès de ses parents : ainsi le saint n’a pas confiance en lui-même pour affronter ses ennemis spirituels, mais il fuit vers Christ. Un petit enfant est enclin à soupçonner le mal dans les lieux dangereux, à avoir peur dans l’obscurité, peur quand on le laisse seul, ou loin de la maison : ainsi le saint est enclin à sentir ses dangers spirituels, à se défier de lui-même, à être plein de crainte quand il ne voit pas clairement son chemin devant lui, à craindre d’être laissé seul et d’être loin de Dieu : Proverbes 28:14 : « Heureux l’homme qui est continuellement dans la crainte! Mais celui qui endurcit son cœur tombe dans le malheur. » Un petit enfant est enclin à craindre ses supérieurs, à redouter leur colère et à trembler devant leurs regards sévères et leurs menaces : ainsi en est-il du vrai saint à l’égard de Dieu : Psaume 119:120 : « Ma chair frissonne de l’effroi que tu m’inspires, Et je crains tes jugements. » Ésaïe 66:2 : « Voici sur qui je porterai mes regards: Sur celui qui souffre… Sur celui qui craint ma parole. » V. 5 : « Écoutez la parole de l’Éternel, Vous qui craignez sa parole. » Esdras 9:4 : « Auprès de moi s’assemblèrent tous ceux que faisaient trembler les paroles du Dieu d’Israël. » Chap. 10:3 : « selon l’avis de mon seigneur et de ceux qui tremblent devant les commandements de notre Dieu. » Un petit enfant s’approche de ses supérieurs avec respect : ainsi les saints s’approchent de Dieu avec une sainte crainte et un saint respect : Job 13:11 : « Sa majesté ne vous épouvantera-t-elle pas? Sa terreur ne tombera-t-elle pas sur vous? » La sainte crainte appartient tellement à la nature de la vraie piété que l’Écriture ne l’appelle d’aucun autre nom plus souvent que de celui de crainte de Dieu.

C’est pourquoi les affections de grâce ne tendent pas à rendre les hommes hardis, présomptueux, bruyants et turbulents, mais plutôt à les faire parler en tremblant : Osée 13:1 : « Lorsqu’Éphraïm parlait en tremblant, il s’élevait en Israël ; mais il s’est rendu coupable par Baal, et il est mort » ; et à les revêtir d’une sorte de sainte crainte dans toute leur conduite envers Dieu et envers les hommes ; conformément au Psaume 2:11 ; 1 Pierre 3:15 ; 2 Corinthiens 7:15 ; Éphésiens 6:5 ; 1 Pierre 3:2 ; Romains 11:20.

Mais ici quelqu’un objectera peut-être : n’existe-t-il pas une sainte hardiesse dans la prière et dans les devoirs du culte divin ? Je réponds : il en existe une, sans aucun doute ; et elle se trouve principalement chez les saints éminents, chez des personnes qui ont un haut degré de foi et d’amour. Mais cette sainte hardiesse n’est nullement opposée au respect, bien qu’elle le soit à la désunion et à la servilité. Elle abolit ou diminue cette disposition qui naît de la distance morale ou de l’éloignement, ainsi que de la distance de condition, comme celle d’un esclave ; mais nullement celle qui convient à la distance naturelle par laquelle nous sommes infiniment inférieurs. Aucune hardiesse, chez de pauvres vers de terre pécheurs qui ont une juste vue de Dieu et d’eux-mêmes, ne les poussera à s’approcher de Dieu avec moins de crainte et de respect que les anges glorieux et sans tache du ciel, qui se couvrent la face devant son trône, Ésaïe 6, au commencement. Rebecca (qui, dans son mariage avec Isaac, en presque toutes ses circonstances, était manifestement un grand type de l’Église, l’épouse de Christ), lorsqu’elle rencontre Isaac, descend de son chameau, prend un voile et se couvre ; bien qu’elle lui fût amenée comme son épouse, pour être avec lui dans la relation la plus étroite et l’union la plus intime qui puisse jamais unir des êtres humains l’un à l’autre.6868 Le docteur Ames, dans ses Cas de conscience, livre III, chap. IV, parle d’une sainte modestie dans le culte de Dieu comme de l’un des signes de la vraie humilité. Élie, ce grand prophète, qui avait une si sainte familiarité avec Dieu, en un temps de proximité particulière avec Dieu, lorsqu’il s’entretenait avec lui sur la montagne, s’enveloppa le visage de son manteau. Ce n’était pas qu’il fût terrifié d’une crainte servile par le vent violent, le tremblement de terre et le feu ; mais c’était après que tout cela fut passé, et que Dieu lui parlait comme à un ami, par un murmure doux et léger : 1 Rois 19:12, 13 : « Et après le feu, un murmure doux et léger. Quand Élie l’entendit, il s’enveloppa le visage de son manteau. » Et Moïse, avec qui Dieu parlait face à face, comme un homme parle à son ami, et qui fut distingué de tous les prophètes par la familiarité avec Dieu à laquelle il fut admis, au moment où il fut amené le plus près de tous, lorsque Dieu lui montra sa gloire sur cette même montagne où il parla plus tard à Élie : « Aussitôt Moïse s’inclina à terre et se prosterna. » Exode 34:8. Il y a chez certaines personnes une hardiesse tout à fait inconvenante et insupportable dans leurs requêtes au grand Jéhovah, par affectation d’une sainte hardiesse et ostentation d’une proximité et d’une familiarité éminentes : hardiesse dont la seule pensée les ferait rentrer dans le néant, d’horreur et de confusion, si elles voyaient la distance qui est entre Dieu et elles. Elles sont semblables au pharisien qui s’avança hardiment, plein de confiance en sa propre sainteté éminente. Tandis que, si elles voyaient leur bassesse, elles ressembleraient davantage au publicain qui, « se tenant à distance, n’osait même pas lever les yeux au ciel; mais il se frappait la poitrine, en disant: O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. » Il convient à des créatures aussi pécheresses que nous de nous approcher d’un Dieu saint (avec foi, certes, et sans terreur, mais pourtant) avec contrition, avec une honte pénitente et la confusion de la face. Il a été prédit que telle serait la disposition de l’Église au temps de ses plus hauts privilèges sur la terre, dans le jour de gloire de ses derniers temps, lorsque Dieu la consolerait d’une manière remarquable en lui révélant la miséricorde de son alliance, Ézéchiel 16:60 jusqu’à la fin : « … et j’établirai avec toi une alliance éternelle. Tu te souviendras de ta conduite, et tu en auras honte. — J’établirai mon alliance avec toi, et tu sauras que je suis l’Éternel, Afin que tu te souviennes du passé et que tu rougisses, afin que tu n’ouvres plus la bouche et que tu sois confuse, quand je te pardonnerai tout ce que tu as fait, dit le Seigneur, l’Éternel. » La femme dont nous lisons l’histoire au chapitre 7 de Luc, qui était une sainte éminente, et qui avait beaucoup de cet amour véritable qui bannit la crainte, selon le propre témoignage de Christ, v. 47, s’approcha de Christ d’une manière aimable et agréable, lorsqu’elle vint avec cette humble modestie, ce respect et cette honte, qu’elle se tint à ses pieds, pleurant derrière lui, comme n’étant pas digne de paraître devant sa face, et qu’elle lui lava les pieds de ses larmes.

Une des raisons pour lesquelles les affections de grâce sont accompagnées de cette tendresse d’esprit dont il a été parlé, c’est que la vraie grâce tend à accroître les convictions de la conscience. Les personnes ont d’ordinaire des convictions de conscience avant d’avoir aucune grâce ; et si, par la suite, elles sont vraiment converties, et ont une vraie repentance, de la joie et de la paix dans la foi, cela tend à mettre fin aux terreurs, mais ne tend nullement à mettre fin aux convictions de péché ; cela tend au contraire à les accroître. La grâce n’engourdit pas la conscience de l’homme ; elle la rend au contraire plus sensible, plus prompte à discerner pleinement le caractère coupable de ce qui est péché, plus apte à recevoir une plus grande conviction de la nature odieuse et terrible du péché, susceptible d’en avoir un sentiment plus vif et plus profond, et plus convaincue de son propre état de péché et de la méchanceté de son cœur ; et par conséquent elle tend à le rendre plus défiant à l’égard de son cœur. La grâce tend à donner à l’âme une conviction plus grande et meilleure des mêmes choses, touchant le péché, dont elle avait été convaincue sous une œuvre légale de l’Esprit de Dieu : à savoir sa grande contrariété à la volonté, à la loi et à l’honneur de Dieu, la grandeur de la haine de Dieu contre lui et de son déplaisir à son égard, et le châtiment terrible auquel il expose et qu’il mérite. Et non seulement cela, mais elle convainc l’âme de quelque chose de plus touchant le péché, dont elle ne voyait rien tant qu’elle était seulement sous des convictions légales : à savoir la nature infiniment odieuse du péché, et ce qu’il a de terrible à ce titre. Et cela rend le cœur tendre à l’égard du péché, comme le cœur de David, qui lui battit lorsqu’il eut coupé le pan du manteau de Saül. Le cœur d’un vrai pénitent est comme un enfant brûlé qui redoute le feu. Au contraire, celui qui a eu une repentance contrefaite, de fausses consolations et de fausses joies, est comme le fer qui a été brusquement chauffé puis trempé : il devient beaucoup plus dur qu’auparavant. Une fausse conversion met fin aux convictions de la conscience ; et ainsi elle ôte, ou diminue beaucoup, cette délicatesse de conscience qui s’était manifestée sous l’œuvre de la loi.

Toutes les affections de grâce tendent à accroître cette tendresse de cœur chrétienne dont il a été parlé ; non seulement la tristesse selon Dieu, mais aussi la joie de grâce : Psaume 2:11 : « Servez l’Éternel avec crainte, Et réjouissez-vous avec tremblement. » De même aussi l’espérance de grâce : Psaume 33:18 : « Voici, l’œil de l’Éternel est sur ceux qui le craignent, Sur ceux qui espèrent en sa bonté. » Et Psaume 147:11 : « L’Éternel aime ceux qui le craignent, Ceux qui espèrent en sa bonté. » Bien plus, l’espérance la plus confiante et la plus assurée, si elle est véritablement de grâce, a cette tendance. Plus une sainte espérance s’élève, plus il y a de cette tendresse chrétienne. Le bannissement de la crainte servile par une sainte assurance s’accompagne d’un accroissement proportionné de la crainte révérencielle. La diminution de la crainte des fruits du déplaisir de Dieu dans le châtiment à venir s’accompagne d’un accroissement proportionné de la crainte de son déplaisir lui-même ; la diminution de la crainte de l’enfer, d’un accroissement de la crainte du péché. La disparition des défiances quant à l’état de la personne s’accompagne d’un accroissement proportionné des défiances à l’égard de son cœur, dont elle se méfie quant à sa force, sa sagesse, sa stabilité, sa fidélité, etc. Moins il est enclin à craindre le mal naturel, ayant le cœur ferme, confiant en Dieu, et ne craignant donc point les mauvaises nouvelles, plus il est prompt à s’alarmer à l’apparence du mal moral, c’est-à-dire du mal du péché. Plus il a de sainte hardiesse, moins il a de confiance en soi et de hardiesse présomptueuse et prétentieuse, et plus il a de modestie. Plus il est assuré, davantage que les autres, d’être délivré de l’enfer, plus il a le sentiment de l’avoir mérité. Il est moins enclin que les autres à être ébranlé dans sa foi, mais plus enclin que les autres à être ému par les avertissements solennels, par les regards sévères de Dieu et par les calamités d’autrui. Il a la consolation la plus ferme, mais le cœur le plus tendre : plus riche que les autres, mais le plus pauvre de tous en esprit : le saint le plus grand et le plus fort, mais le plus petit et le plus tendre des enfants parmi eux.

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