Les affections religieuses
VIII. Les affections véritablement saintes et produites par la grâce diffèrent des affections fausses et trompeuses en ce qu’elles tendent à l’esprit d’agneau et de colombe, au tempérament même de Jésus-Christ, et en sont accompagnées

Chapitre 22 · 33 min de lecture · 43 min d’écoute

VIII. Les affections véritablement saintes et produites par la grâce diffèrent des affections fausses et trompeuses en ce qu’elles tendent à l’esprit d’agneau et de colombe, au tempérament même de Jésus-Christ, et en sont accompagnées

VIII. Les affections véritablement saintes et produites par la grâce diffèrent des affections fausses et trompeuses en ce qu’elles tendent à l’esprit d’agneau et de colombe, au tempérament même de Jésus-Christ, et en sont accompagnées ; en d’autres termes, elles engendrent et entretiennent naturellement cet esprit d’amour, de douceur, de paix, de pardon et de miséricorde qui paraît en Christ.

Les preuves que l’Écriture en fournit sont très abondantes. Si nous jugeons de la nature du christianisme et de l’esprit propre de l’Évangile d’après la parole de Dieu, cet esprit est celui que l’on peut appeler par excellence l’esprit chrétien, et que l’on peut regarder comme la disposition véritable et distinctive du cœur des chrétiens en tant que chrétiens. Lorsque quelques-uns des disciples de Christ dirent, par irréflexion et par faiblesse, une chose qui ne s’accordait pas avec cet esprit, Christ leur dit qu’ils ne savaient de quel esprit ils étaient animés (Luc 9:55), donnant à entendre que l’esprit dont je parle est l’esprit propre de sa religion et de son royaume. Tous ceux qui sont véritablement pieux, tous les vrais disciples de Christ, ont cet esprit en eux ; bien plus, ils sont de cet esprit : c’est l’esprit qui les possède et les gouverne au point de former leur caractère véritable et propre. Cela ressort de ce que dit le sage, Proverbes 17:27 (qui a manifestement en vue un esprit semblable) : « celui qui a l’esprit calme est un homme intelligent. » Cela ressort aussi de la description particulière que Christ donne des qualités et des dispositions de ceux qui sont véritablement heureux, qui obtiendront miséricorde et qui sont les enfants et les héritiers de Dieu, Matthieu 5:5, 7, 9 : « Heureux les débonnaires, car ils hériteront la terre! Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde! Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu! » Et que cet esprit soit le caractère particulier des élus de Dieu, c’est ce que montre Colossiens 3:12, 13 : « Ainsi donc, comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, revêtez-vous d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres, et, si l’un a sujet de se plaindre de l’autre, pardonnez-vous réciproquement. » Et l’apôtre, parlant de ce tempérament et de cette disposition qu’il présente comme la chose la plus excellente et la plus essentielle du christianisme, sans laquelle nul n’est vrai chrétien et sans laquelle la profession la plus éclatante et les dons les plus glorieux ne sont rien (il donne à cet esprit le nom de charité), la décrit ainsi, 1 Corinthiens 13:4, 5 : « La charité est patiente, elle est pleine de bonté; la charité n’est point envieuse; la charité ne se vante point, elle ne s’enfle point d’orgueil, elle ne fait rien de malhonnête, elle ne cherche point son intérêt, elle ne s’irrite point, elle ne soupçonne point le mal. » Et le même apôtre, en Galates 5, où il expose à dessein les marques distinctives et les fruits de la vraie grâce chrétienne, insiste surtout sur les choses qui appartiennent au tempérament et à l’esprit dont je parle, versets 22, 23 : « le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance. » L’apôtre Jacques fait de même lorsqu’il décrit la vraie grâce, ou la sagesse qui vient d’en haut, dans le dessein déclaré d’empêcher que d’autres, animés d’un esprit contraire, ne se trompent eux-mêmes et ne mentent contre la vérité en faisant profession d’être chrétiens alors qu’ils ne le sont pas, Jacques 3:14-17 : « Mais si vous avez dans votre cœur un zèle amer et un esprit de dispute, ne vous glorifiez pas et ne mentez pas contre la vérité. Cette sagesse n’est point celle qui vient d’en haut; mais elle est terrestre, charnelle, diabolique. Car là où il y a un zèle amer et un esprit de dispute, il y a du désordre et toutes sortes de mauvaises actions. La sagesse d’en haut est premièrement pure, ensuite pacifique, modérée, conciliante, pleine de miséricorde et de bons fruits. »

Tout ce qui appartient à la sainteté du cœur fait assurément partie de la nature du vrai christianisme et du caractère des chrétiens ; mais un esprit de sainteté, en tant qu’il paraît dans certaines grâces particulières, peut être appelé plus spécialement l’esprit ou le tempérament chrétien. Il est certaines qualités et vertus aimables qui s’accordent plus particulièrement avec la nature de l’économie de l’Évangile et de la profession chrétienne : parce qu’il y a en elles une convenance particulière avec les attributs divins que Dieu a plus remarquablement manifestés et glorifiés dans l’œuvre de la rédemption par Jésus-Christ, laquelle est le grand sujet de la révélation chrétienne ; parce qu’il y a aussi en elles une convenance particulière avec les vertus que Jésus-Christ a si merveilleusement exercées envers nous dans cette œuvre, et avec l’exemple béni qu’il nous y a donné ; et encore parce qu’elles répondent particulièrement au but et au dessein propres de l’œuvre de la rédemption, aux bienfaits que nous en recevons et à la relation dans laquelle elle nous fait entrer avec Dieu et les uns avec les autres. Ces vertus sont l’humilité, la douceur, l’amour, le pardon et la miséricorde. Ces choses appartiennent donc spécialement au caractère des chrétiens en tant que tels.

Ces choses sont présentées comme formant tout spécialement le caractère de Jésus-Christ lui-même, le grand chef de l’Église chrétienne. C’est ainsi qu’en parlent les prophéties de l’Ancien Testament, comme celle qui est citée en Matthieu 21:5 : « Dites à la fille de Sion: Voici, ton roi vient à toi, Plein de douceur, et monté sur un âne, Sur un ânon, le petit d’une ânesse. » C’est ainsi que Christ lui-même en parle, Matthieu 11:29 : « recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur. » La même chose ressort du nom que l’Écriture donne si souvent à Christ, à savoir l’Agneau. Et comme ces choses sont spécialement le caractère de Christ, elles sont aussi spécialement le caractère des chrétiens. Les chrétiens sont semblables à Christ ; nul ne mérite le nom de chrétien s’il ne l’est dans son caractère dominant. « L’homme nouveau, qui se renouvelle selon l’image de celui qui l’a créé » (Colossiens 3:10). Tous les vrais chrétiens contemplent comme dans un miroir la gloire du Seigneur, et sont transformés en la même image par son Esprit (2 Corinthiens 3:18). Les élus sont tous prédestinés à être semblables à l’image du Fils de Dieu, afin qu’il soit le premier-né entre plusieurs frères (Romains 8:29). De même que nous avons porté l’image du premier homme, qui est terrestre, nous devons aussi porter l’image du céleste ; car tel est le terrestre, tels sont aussi les terrestres, et tel est le céleste, tels sont aussi les célestes (1 Corinthiens 15:47, 48, 49). — Christ est plein de grâce, et les chrétiens reçoivent tous de sa plénitude, et grâce pour grâce ; c’est-à-dire qu’il y a dans les chrétiens une grâce qui répond à la grâce qui est en Christ, une correspondance semblable à celle qui existe entre la cire et le sceau ; il y a trait pour trait : les mêmes sortes de grâces, le même esprit et le même tempérament, les mêmes choses qui appartiennent au caractère de Christ, appartiennent au leur. La disposition en laquelle consiste d’une manière spéciale le caractère de Christ est aussi celle en laquelle consiste d’une manière spéciale son image. Les chrétiens qui brillent en réfléchissant la lumière du Soleil de justice brillent d’un éclat de même sorte, des mêmes rayons doux, suaves et agréables. Ces lampes du temple spirituel, allumées par le feu du ciel, brûlent d’une flamme de même nature. La branche est de la même nature que le tronc et la racine ; elle a la même sève et porte la même sorte de fruit. Les membres ont la même sorte de vie que la tête. Il serait étrange que les chrétiens ne fussent pas du même tempérament et du même esprit que Christ, alors qu’ils sont sa chair et ses os, bien plus, qu’ils sont un seul esprit avec lui (1 Corinthiens 6:17), et qu’ils vivent de telle sorte que ce ne sont plus eux qui vivent, mais Christ qui vit en eux. L’esprit chrétien est la marque que Christ imprime sur l’âme des siens, son sceau sur leur front, qui porte son image et son inscription. — Les chrétiens sont les disciples de Christ, et ils le sont en tant qu’ils obéissent à cet appel de Christ, Matthieu 11:28, 29 : « Venez à moi — et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur. » Ils le suivent comme l’Agneau, Apocalypse 14:4 : « Ce sont ceux qui suivent l’agneau partout où il va. » Les vrais chrétiens sont, pour ainsi dire, revêtus du tempérament doux, paisible et aimant de Christ ; car tous ceux qui sont en Christ ont revêtu Christ. Et à cet égard l’Église est enveloppée du soleil, non seulement parce qu’elle est revêtue de sa justice imputée, mais aussi parce qu’elle est ornée de ses grâces (Romains 13:14). Christ, le grand Berger, est lui-même un Agneau, et les croyants sont aussi des agneaux ; tout le troupeau se compose d’agneaux. Jean 21:15 : « Pais mes agneaux. » Luc 10:3 : « je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. » La rédemption de l’Église par Christ, qui l’arrache à la puissance du diable, fut figurée autrefois par David arrachant l’agneau de la gueule du lion et de l’ours.

Que cette sorte de vertu dont il a été parlé soit la nature même de l’esprit chrétien, c’est-à-dire de l’esprit qui agit en Christ et dans ses membres, et cela dans ce qu’il a de distinctif, cela ressort de ce que la colombe est le symbole ou l’emblème même que Dieu a choisi pour le représenter. Les choses les plus propres à servir d’emblèmes à d’autres sont celles qui représentent le mieux ce qu’il y a de plus distinctif dans leur nature. L’Esprit qui descendit sur Christ, lorsqu’il fut oint par le Père, descendit sur lui comme une colombe. La colombe est un emblème bien connu de la douceur, de l’innocence, de la paix et de l’amour. Or le même Esprit qui descendit sur la tête de l’Église descend sur les membres. « Dieu a envoyé dans leurs cœurs l’Esprit de son Fils » (Galates 4:6). Et « Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas » (Romains 8:9). Il n’y a qu’un seul Esprit pour tout le corps mystique, la tête et les membres (1 Corinthiens 6:17 ; Éphésiens 4:4). Christ souffle son propre Esprit sur ses disciples (Jean 20:22). De même que Christ fut oint du Saint-Esprit, qui descendit sur lui comme une colombe, de même les chrétiens « ont reçu l’onction de la part de celui qui est saint » (1 Jean 2:20, 27). Et ils sont oints de la même huile : c’est la même « huile précieuse qui, répandue sur la tête, descend sur le bord des vêtements ». Et chez l’un comme chez les autres, c’est un esprit de paix et d’amour. Psaume 133:1, 2 : « Voici, oh! Qu’il est agréable, qu’il est doux Pour des frères de demeurer ensemble! C’est comme l’huile précieuse qui, répandue sur la tête, Descend sur la barbe, sur la barbe d’Aaron, Qui descend sur le bord de ses vêtements. » L’huile qui était sur les vêtements d’Aaron avait la même odeur douce et inimitable que celle qui était sur sa tête, le parfum des mêmes aromates suaves : les affections chrétiennes et une conduite chrétienne ne sont que l’épanchement de la bonne odeur des doux parfums de Christ. Parce que l’Église a le tempérament et la disposition de la colombe, il est dit d’elle qu’elle a des yeux de colombe, Cantique 1:15 : « Que tu es belle, mon amie, que tu es belle! Tes yeux sont des colombes. » Et au chapitre 4:1 : « Que tu es belle, mon amie, que tu es belle! Tes yeux sont des colombes, Derrière ton voile. » La même chose est dite de Christ, chapitre 5:12 : « Ses yeux sont comme des colombes. » Et l’Église est souvent comparée à une colombe dans l’Écriture. Cantique 2:14 : « Ma colombe, qui te tiens dans les fentes du rocher. » Chapitre 5:2 : « Ouvre-moi, mon amie, ma colombe. » Et chapitre 6:9 : « Une seule est ma colombe, ma parfaite. » Psaume 68:14 : « Les ailes de la colombe sont couvertes d’argent, Et son plumage est d’un jaune d’or. » Et 74:19 : « Ne livre pas aux bêtes l’âme de ta tourterelle. » La colombe que Noé fit sortir de l’arche, et qui ne trouva aucun lieu pour poser la plante de son pied jusqu’à ce qu’elle revînt, était une figure du vrai saint.

La douceur est à tel point le caractère des saints que, dans l’Écriture, les débonnaires et les hommes pieux sont des termes synonymes : ainsi, au Psaume 37:10, 11, le méchant et le débonnaire sont opposés l’un à l’autre, comme le méchant et l’homme pieux : « Encore un peu de temps, et le méchant n’est plus; mais les débonnaires posséderont la terre. » De même au Psaume 147:6 : « L’Éternel soutient les débonnaires, Il abaisse les méchants jusqu’à terre. »

C’est sans doute en grande partie pour cette raison que Christ représente tous ses disciples, tous les héritiers du ciel, comme de petits enfants. Matthieu 19:14 : « Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. » Matthieu 10:42 : « quiconque donnera seulement un verre d’eau froide à l’un de ces petits parce qu’il est mon disciple, je vous le dis en vérité, il ne perdra point sa récompense. » Matthieu 18:6 : « si quelqu’un scandalisait un de ces petits, etc. » Verset 10 : « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits. » Verset 14 : « ce n’est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux qu’il se perde un seul de ces petits. » Jean 13:33 : « Mes petits enfants, je suis pour peu de temps encore avec vous. » Les petits enfants sont innocents et inoffensifs ; ils ne font pas grand mal dans le monde ; on n’a pas besoin de les craindre ; ce ne sont pas des personnes dangereuses ; leur colère ne dure pas longtemps ; ils ne gardent pas les offenses dans un vif ressentiment et ne nourrissent pas une malice profonde et enracinée. Ainsi les chrétiens, pour la malice, sont des enfants (1 Corinthiens 14:20). Les petits enfants ne sont ni rusés ni trompeurs, mais francs et simples ; ils ne sont pas versés dans l’art de feindre et de tromper, et ignorent les déguisements artificieux. Ils sont dociles et souples, et non volontaires et obstinés ; ils ne se fient pas à leur propre intelligence, mais s’en remettent aux instructions de leurs parents et d’autres personnes d’une intelligence supérieure. Voilà donc un emblème juste et vivant des disciples de l’Agneau. Être ainsi semblables aux petits enfants n’est pas seulement une chose hautement louable, que les chrétiens approuvent et à laquelle ils tendent, et que quelques-uns, d’un avancement extraordinaire, parviennent à atteindre ; c’est leur caractère universel, et une chose absolument nécessaire pour entrer dans le royaume des cieux. Matthieu 18:3 : « Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. » Marc 10:15 : « Je vous le dis en vérité, quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu comme un petit enfant n’y entrera point. »

Mais ici quelqu’un sera peut-être prêt à dire : N’y a-t-il donc point de force chrétienne, point de hardiesse pour Christ, point de bons soldats dans la guerre chrétienne, qui s’avancent hardiment contre les ennemis de Christ et de son peuple ?

À quoi je réponds : cela existe sans aucun doute. Toute la vie chrétienne est comparée à une guerre, et avec raison. Les chrétiens les plus éminents sont les meilleurs soldats, doués des plus hauts degrés de force chrétienne. Et c’est le devoir du peuple de Dieu d’être ferme et vigoureux dans son opposition aux desseins et aux voies de ceux qui s’efforcent de renverser le royaume de Christ et la cause de la religion. Et pourtant beaucoup de gens semblent se méprendre tout à fait sur la nature de la force chrétienne. Elle est extrêmement différente d’une férocité brutale ou de l’audace des bêtes de proie. La vraie force chrétienne consiste dans une vigueur d’âme, donnée par la grâce, qui s’exerce en deux choses : à gouverner et à réprimer les passions et les affections mauvaises et déréglées de l’âme, et à exercer et suivre fermement et librement les bonnes affections et dispositions, sans se laisser arrêter par une crainte coupable ni par l’opposition des ennemis. Or les passions que l’on restreint et que l’on tient en bride dans l’exercice de cette vigueur et de cette force chrétiennes sont précisément celles qui s’exercent vigoureusement et violemment dans une fausse hardiesse pour Christ. Et les affections qui s’exercent vigoureusement dans la vraie force sont ces affections chrétiennes et saintes qui leur sont directement contraires. Bien que la force chrétienne paraisse quand on résiste aux ennemis qui sont hors de nous et qu’on les combat, elle paraît bien davantage quand on résiste aux ennemis qui sont au-dedans de nous et qu’on les réprime, parce qu’ils sont nos pires et nos plus puissants ennemis, et qu’ils ont sur nous le plus d’avantage. La force du bon soldat de Jésus-Christ ne paraît en rien davantage que dans le maintien ferme du saint calme, de la douceur, de la suavité et de la bienveillance de son âme, au milieu de toutes les tempêtes, de toutes les injures, de toutes les conduites étranges, de tous les actes et événements surprenants de ce monde mauvais et déraisonnable. L’Écriture semble indiquer que la vraie force consiste principalement en cela. Proverbes 16:32 : « Celui qui est lent à la colère vaut mieux qu’un héros, Et celui qui est maître de lui-même, que celui qui prend des villes. »

Le moyen le plus direct et le plus sûr qui soit au monde de bien juger de ce qu’est une sainte force dans le combat contre les ennemis de Dieu, c’est de regarder au Chef de toutes les armées de Dieu, notre grand conducteur et notre modèle, et de voir en quoi parurent sa force et sa vaillance dans son principal combat, au temps de la plus grande bataille qui fut jamais ou qui sera jamais livrée contre ces ennemis, lorsqu’il combattit seul contre eux, que nul d’entre les peuples n’était avec lui, qu’il exerça sa force au plus haut degré où il l’ait jamais exercée, et qu’il remporta cette glorieuse victoire qui sera célébrée dans les louanges et les triomphes de toutes les armées du ciel durant toute l’éternité : c’est-à-dire de regarder à Jésus-Christ au temps de ses dernières souffrances, lorsque ses ennemis de la terre et de l’enfer lui livrèrent leur assaut le plus violent, l’environnant de toutes parts comme des lions qui déchirent et rugissent. C’est là sans doute que nous verrons la force d’un saint guerrier, d’un champion de la cause de Dieu, dans sa plus haute perfection et son plus grand éclat, et un exemple digne d’être suivi par les soldats qui combattent sous ce Chef. Mais comment montra-t-il alors sa sainte hardiesse et sa vaillance ? Non par l’exercice de passions ardentes ; non par des discours violents et emportés, en déclamant avec véhémence contre l’intolérable méchanceté de ses adversaires et en se récriant contre elle, en leur disant leur fait en termes clairs ; mais en n’ouvrant point la bouche lorsqu’il était maltraité et opprimé, en allant comme un agneau à la boucherie, et comme une brebis muette devant ceux qui la tondent, sans ouvrir la bouche ; en priant le Père de pardonner à ses cruels ennemis, parce qu’ils ne savaient ce qu’ils faisaient ; en ne versant pas le sang des autres, mais en versant le sien avec une patience et un amour qui triomphent de tout. Il est vrai que l’un de ses disciples, qui affichait avec empressement sa hardiesse pour Christ et qui avait déclaré avec assurance qu’il mourrait avec Christ plutôt que de le renier, se mit à frapper de l’épée autour de lui ; mais Christ le reprend avec douceur et guérit la blessure qu’il a faite. Jamais la patience, la douceur, l’amour et le pardon de Christ ne se manifestèrent d’une manière aussi glorieuse qu’en ce moment-là. Jamais il ne parut autant un agneau, jamais il ne montra autant l’esprit de la colombe qu’en ce moment-là. Si donc nous voyons quelqu’un des disciples de Christ, au milieu de l’opposition la plus violente, la plus déraisonnable et la plus méchante des ennemis de Dieu et des siens, garder, sous toute cette tentation, l’humilité, la paix et la douceur d’un agneau, l’innocence, l’amour et la suavité d’une colombe, nous pouvons bien juger que c’est là un bon soldat de Jésus-Christ.

Quand des gens sont farouches et violents, et donnent cours à leurs passions âpres et amères, ils montrent de la faiblesse au lieu de vigueur et de force. 1 Corinthiens 3, au commencement : « Pour moi, frères, ce n’est pas comme à des hommes spirituels que j’ai pu vous parler, mais comme à des hommes charnels, comme à des enfants en Christ. Car vous êtes encore charnels. En effet, puisqu’il y a parmi vous de la jalousie et des disputes, n’êtes-vous pas charnels, et ne marchez-vous pas selon l’homme? »

Il y a une prétendue hardiesse pour Christ qui ne procède d’aucun meilleur principe que l’orgueil. Un homme peut s’empresser de s’exposer à la défaveur du monde, et même de provoquer son déplaisir, par orgueil. Car il est dans la nature de l’orgueil spirituel de pousser les hommes à rechercher la distinction et la singularité, et ainsi à se mettre souvent en guerre avec ceux qu’ils appellent charnels, afin d’être plus hautement élevés dans leur parti. La vraie hardiesse pour Christ est universelle ; elle surmonte tout et élève l’homme au-dessus du déplaisir des amis comme des ennemis, de sorte qu’il abandonnera tout plutôt que Christ, et qu’il aimera mieux offenser tous les partis et être méprisé de tous que d’offenser Christ. Et le devoir qui éprouve si un homme consent à être méprisé par ceux de son propre parti, et à être jugé par eux le moins digne de considération, est une épreuve bien plus propre de sa hardiesse pour Christ que son empressement à s’exposer aux outrages des adversaires. L’apôtre ne cherchait pas la gloire, non seulement auprès des païens et des Juifs, mais auprès des chrétiens, comme il le déclare en 1 Thessaloniciens 2:6.6666 M. Shepard, parlant des hypocrites qui recherchent les applaudissements, dit : « De là vient que des hommes abandonnent leurs amis et foulent aux pieds les mépris du monde : ils ont du crédit ailleurs. Pour garder leur place dans l’affection des hommes pieux, ils souffriront beaucoup. » La Parabole des dix vierges, première partie, p. 180. Celui-là est hardi pour Christ qui a assez de force chrétienne pour confesser ouvertement sa faute, lorsqu’il en a commis une qui l’exige, et pour descendre pour ainsi dire à genoux devant ses adversaires. De telles choses sont des preuves infiniment plus fortes d’une sainte hardiesse que le fait d’affronter résolument et farouchement les adversaires.

Comme quelques-uns se méprennent beaucoup sur la nature de la vraie hardiesse pour Christ, ils se méprennent aussi sur le zèle chrétien. C’est bien une flamme, mais une flamme douce ; ou plutôt c’est la chaleur et la ferveur d’une douce flamme. Car la flamme dont il est la chaleur n’est autre que celle de l’amour divin, ou de la charité chrétienne, qui est la chose la plus douce et la plus bienveillante qui soit ou qui puisse être dans le cœur de l’homme ou de l’ange. Le zèle est la ferveur de cette flamme, en tant qu’elle se porte avec ardeur et vigueur vers le bien qui est son objet, par le désir qu’elle en a et la poursuite qu’elle en fait, et par conséquent en opposition au mal qui lui est contraire et qui y fait obstacle. Il y a bien de l’opposition, et une opposition vigoureuse, qui en fait partie, ou plutôt qui l’accompagne ; mais elle s’exerce contre des choses, et non contre des personnes. L’amertume contre la personne des hommes n’en fait nullement partie, mais lui est tout à fait contraire ; à tel point que plus le vrai zèle est ardent et plus il s’élève, plus on est éloigné d’une telle amertume, et plus on est rempli d’amour, envers les méchants comme envers les bons. C’est ce qui ressort de ce que nous venons de remarquer, à savoir qu’il n’est rien d’autre, dans sa nature et son essence mêmes, que la ferveur d’un esprit d’amour chrétien. Et quant à l’opposition qu’il comporte contre les choses, elle se dirige d’abord et principalement contre les choses mauvaises qui sont dans la personne même qui a ce zèle, contre les ennemis de Dieu et de la sainteté qui sont dans son propre cœur (car ce sont eux qu’il a le plus en vue et avec lesquels il a le plus affaire), et seulement en second lieu contre les péchés des autres. Il n’y a donc rien dans un vrai zèle chrétien qui soit contraire à cet esprit de douceur, de bonté et d’amour, à cet esprit d’un petit enfant, d’un agneau et d’une colombe, dont il a été parlé ; au contraire, il s’accorde entièrement avec lui et tend à le développer.

Mais pour dire quelque chose en particulier de cet esprit chrétien dont j’ai parlé, en tant qu’il s’exerce en ces trois choses, le pardon, l’amour et la miséricorde, je ferai remarquer que l’Écriture est très claire et très expresse quant à la nécessité absolue de chacune d’elles comme faisant partie du tempérament et du caractère de tout chrétien.

Il en est ainsi de l’esprit de pardon, ou disposition à passer par-dessus les injures et à les pardonner. Christ nous le donne comme une preuve à la fois négative et positive ; il nous enseigne expressément que si nous avons cet esprit, c’est le signe que nous sommes nous-mêmes dans un état de pardon et de faveur, et que si nous ne l’avons pas, nous ne sommes pas pardonnés de Dieu ; et il semble prendre un soin particulier pour que nous le remarquions bien et l’ayons toujours présent à l’esprit. Matthieu 6:12, 14, 15 : « pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. » Christ exprime la même chose en une autre occasion, Marc 11:25, 26, et encore en Matthieu 18:22 jusqu’à la fin, dans la parabole du serviteur qui devait à son maître dix mille talents, qui ne voulut pas remettre cent deniers à son compagnon de service, et qui pour cette raison fut livré aux bourreaux. Dans l’application de la parabole, Christ dit, verset 35 : « C’est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son cœur. »

Que tous les vrais saints soient d’un tempérament aimant, bienveillant et bienfaisant, l’Écriture le dit très clairement et très abondamment. Sans cela, nous dit l’apôtre, quand nous parlerions les langues des hommes et des anges, nous serions comme un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit ; et quand nous aurions le don de prophétie et que nous connaîtrions tous les mystères et toute la science, sans cet esprit nous ne serions rien. Et il n’est aucune vertu, aucune disposition de l’âme, sur laquelle les marques données dans le Nouveau Testament pour reconnaître les vrais chrétiens insistent aussi souvent et aussi expressément. Elle est souvent donnée comme un signe particulièrement distinctif, par lequel tous peuvent reconnaître les disciples de Christ, et par lequel ils peuvent se reconnaître eux-mêmes ; et elle est souvent présentée à la fois comme une preuve négative et positive. Christ appelle la loi de l’amour, par excellence, son commandement. Jean 13:34 : « Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. » Et chapitre 15:12 : « C’est ici mon commandement: Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. » Et verset 17 : « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. » Et il dit, chapitre 13:35 : « A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » Et chapitre 14:21 (toujours avec une référence particulière à ce qu’il appelle son commandement) : « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui qui m’aime. » Le disciple bien-aimé, qui avait lui-même tant de ce doux tempérament, y insiste abondamment dans ses épîtres. Aucun des apôtres ne s’attache autant que lui à poser des signes exprès de la grâce, par lesquels ceux qui font profession de piété puissent s’éprouver eux-mêmes ; et dans ses signes, il n’insiste presque sur rien d’autre que sur un esprit d’amour chrétien et une pratique qui y réponde. 1 Jean 2:9, 10 : « Celui qui dit qu’il est dans la lumière, et qui hait son frère, est encore dans les ténèbres. Celui qui aime son frère demeure dans la lumière, et aucune occasion de chute n’est en lui. » Chapitre 3:14 : « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. » Versets 18, 19 : « Petits enfants, n’aimons pas en paroles et avec la langue, mais en actions et avec vérité. Par là nous connaîtrons que nous sommes de la vérité, et nous rassurerons nos cœurs devant lui. » Versets 23, 24 : « Et c’est ici son commandement: que nous nous aimions les uns les autres. Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui; et nous connaissons qu’il demeure en nous par l’Esprit qu’il nous a donné. » Chapitre 4:7, 8 : « Bien-aimés, aimons nous les uns les autres; car l’amour est de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. » Versets 12, 13 : « Personne n’a jamais vu Dieu; si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est parfait en nous. Nous connaissons que nous demeurons en lui, et qu’il demeure en nous, en ce qu’il nous a donné de son Esprit. » Verset 16 : « Dieu est amour; et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. » Verset 20 : « Si quelqu’un dit: J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur; car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas? »

Et l’Écriture est aussi claire qu’il est possible de l’être : nul n’est vrai saint, hormis ceux dont le caractère véritable est d’être disposés à prendre en pitié et à secourir leurs semblables pauvres, indigents et affligés. Psaume 37:21 : « Le juste est compatissant, et il donne. » Verset 26 : « Toujours il est compatissant, et il prête. » Psaume 112:5 : « l’homme qui exerce la miséricorde et qui prête. » Verset 9 : « Il fait des largesses, il donne aux indigents. » Proverbes 14:31 : « avoir pitié de l’indigent, c’est l’honorer. » Proverbes 21:26 : « le juste donne sans parcimonie. » Jérémie 22:16 : « Il jugeait la cause du pauvre et de l’indigent, Et il fut heureux. N’est-ce pas là me connaître? Dit l’Éternel. » Jacques 1:27 : « La religion pure et sans tache, devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, etc. » Osée 6:6 : « Car j’aime la miséricorde et non les sacrifices, Et la connaissance de Dieu plus que les holocaustes. » Matthieu 5:7 : « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde! » 2 Corinthiens 8:8 : « Je ne dis pas cela pour donner un ordre, mais pour éprouver, par le zèle des autres, la sincérité de votre charité. » Jacques 2:13-16 : « car le jugement est sans miséricorde pour qui n’a pas fait miséricorde. Mes frères, que sert-il à quelqu’un de dire qu’il a la foi, s’il n’a pas les œuvres? La foi peut-elle le sauver? Si un frère ou une sœur sont nus et manquent de la nourriture de chaque jour, et que l’un d’entre vous leur dise: Allez en paix, chauffez-vous et vous rassasiez! Et que vous ne leur donniez pas ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela sert-il? » 1 Jean 3:17 : « Si quelqu’un possède les biens du monde, et que, voyant son frère dans le besoin, il lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeure-t-il en lui? » Christ, dans la description qu’il nous donne du jour du jugement, Matthieu 25 (la plus détaillée que nous ayons dans la Bible), représente que le jugement sera prononcé en ce jour-là selon que les hommes auront été trouvés d’un esprit et d’une pratique miséricordieux, ou non. Le dessein de Christ, en donnant une telle description de la procédure de ce jour, est manifestement de pénétrer tous ses disciples de cette pensée qu’à moins que tels ne fussent leur esprit et leur pratique, il n’y aurait pour eux aucune espérance d’être acceptés et reconnus par lui en ce jour-là. C’est donc une pensée dont nous devons être pénétrés. Nous voyons dans l’Écriture qu’un homme juste et un homme miséricordieux sont des expressions synonymes. Ésaïe 57:1 : « Le juste périt, et nul n’y prend garde; Les gens de bien sont enlevés, et nul ne fait attention Que c’est par suite de la malice que le juste est enlevé. »

Nous voyons ainsi combien sont pleines, claires et abondantes les preuves que l’Écriture fournit que ceux qui sont véritablement en état de grâce sont sous l’empire de cet Esprit d’agneau et de colombe qui est l’Esprit de Jésus-Christ, et que telle est essentiellement et éminemment la nature de la grâce de l’Évangile qui sauve, et l’esprit propre du vrai christianisme. Nous pouvons donc conclure sans aucun doute que toutes les affections vraiment chrétiennes sont accompagnées d’un tel esprit, et que telle est la tendance naturelle de la crainte et de l’espérance, de la tristesse et de la joie, de la confiance et du zèle des vrais chrétiens.

Qu’on ne me fasse pas dire que les vrais chrétiens n’ont aucun reste d’un esprit contraire, et qu’ils ne peuvent jamais, en aucun cas, se rendre coupables d’une conduite qui ne s’accorde pas avec cet esprit. Mais voici ce que j’affirme, et ce que j’affirmerai jusqu’à ce que je tienne la Bible pour une chose sans valeur : tout ce qui, dans les chrétiens, appartient au vrai christianisme a cette tendance et agit dans ce sens ; il n’y a pas sur la terre un seul vrai chrétien qui ne soit à ce point sous la puissance dominante d’un tel esprit qu’il en tire proprement son nom, et que ce soit véritablement et justement là son caractère ; et par conséquent les ministres, et d’autres, n’ont aucune autorisation de Christ pour encourager des personnes d’un caractère et d’une conduite contraires à se croire converties, parce qu’elles font un beau récit d’illuminations et de découvertes. En agissant ainsi, ils opposeraient leur propre sagesse à celle de Christ, et jugeraient en dehors de la règle, et contre la règle, par laquelle Christ a déclaré que tous les hommes reconnaîtraient ses disciples. Certaines personnes font tellement consister la religion dans certaines illuminations et impressions passagères (surtout si elles se produisent selon une méthode et un ordre particuliers), et si peu dans l’esprit et le tempérament dont on est animé, qu’elles défigurent gravement la religion et se forment du christianisme des notions tout à fait différentes de ce qu’il est, tel que les Écritures le dépeignent. L’Écriture ne connaît point de vrais chrétiens qui soient d’un esprit sordide, égoïste, revêche et querelleur. On ne saurait rien imaginer de plus absurde qu’un vrai chrétien morose, dur, fermé, hautain et malveillant. Nous devons apprendre à ramener les hommes aux règles, et non les règles aux hommes, au lieu de forcer et d’étirer ainsi les règles de la parole de Dieu pour nous y faire entrer, nous et quelques-uns de nos voisins, jusqu’à les rendre entièrement sans effet.

Il est vrai qu’il faut tenir compte du tempérament naturel des hommes à l’égard de ces choses, comme à l’égard des autres ; mais non pas au point d’admettre que des hommes qui étaient autrefois des loups et des serpents soient maintenant convertis, sans aucun changement remarquable dans l’esprit de leur âme. Le changement opéré par la vraie conversion est d’ordinaire le plus remarquable et le plus sensible à l’égard de ce qui était auparavant la méchanceté dont la personne s’était rendue le plus notoirement coupable. La grâce tend autant à réprimer et à mortifier les péchés contraires à l’esprit dont il a été parlé qu’à mortifier l’ivrognerie ou l’impudicité. Bien plus, l’Écriture représente le changement opéré par la grâce de l’Évangile comme paraissant spécialement dans une transformation de la première sorte. Ésaïe 11:6-9 : « Le loup habitera avec l’agneau, Et la panthère se couchera avec le chevreau; Le veau, le lionceau, et le bétail qu’on engraisse, seront ensemble, Et un petit enfant les conduira. La vache et l’ourse auront un même pâturage, Leurs petits un même gîte; Et le lion, comme le bœuf, mangera de la paille. Le nourrisson s’ébattra sur l’antre de la vipère, Et l’enfant sevré mettra sa main dans la caverne du basilic. Il ne se fera ni tort ni dommage Sur toute ma montagne sainte; Car la terre sera remplie de la connaissance de l’Éternel, Comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent. » Ésaïe 65:25 va dans le même sens. Aussi voyons-nous qu’aux premiers temps de l’Église chrétienne, les convertis furent remarquablement changés à cet égard. Tite 3:3, etc. : « Car nous aussi, nous étions autrefois insensés, désobéissants, égarés, asservis à toute espèce de convoitises et de voluptés, vivant dans la méchanceté et dans l’envie, dignes d’être haïs, et nous haïssant les uns les autres. Mais, lorsque la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes ont été manifestés — il nous a sauvés par le baptême de la régénération et le renouvellement du Saint-Esprit. » Et Colossiens 3:7, 8 : « parmi lesquels vous marchiez autrefois, lorsque vous viviez dans ces péchés. Mais maintenant, renoncez à toutes ces choses, à la colère, à l’animosité, à la méchanceté, à la calomnie, aux paroles déshonnêtes qui pourraient sortir de votre bouche. »

Chapitre 22 terminé

VIII. Les affections véritablement saintes et produites par la grâce diffèrent des affections fausses et trompeuses en ce qu’elles tendent à l’esprit d’agneau et de colombe, au tempérament même de Jésus-Christ, et en sont accompagnées

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