Les affections religieuses
VII. Une autre chose par laquelle les affections de grâce se distinguent des autres, c’est qu’elles s’accompagnent d’un changement de nature.

Chapitre 21 · 12 min de lecture · 16 min d’écoute

VII. Une autre chose par laquelle les affections de grâce se distinguent des autres, c’est qu’elles s’accompagnent d’un changement de nature.

VII. Une autre chose par laquelle les affections de grâce se distinguent des autres, c’est qu’elles s’accompagnent d’un changement de nature.

Toutes les affections de grâce naissent d’une intelligence spirituelle, dans laquelle l’excellence et la gloire des choses divines sont découvertes à l’âme, comme on l’a montré plus haut. Or toutes les découvertes spirituelles sont transformantes ; non seulement elles modifient l’exercice, la sensation et la disposition présents de l’âme, mais elles ont une telle puissance et une telle efficacité qu’elles changent la nature même de l’âme : 2 Corinthiens 3:18 : « Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l’Esprit. » Une telle puissance est proprement une puissance divine, et elle est propre à l’Esprit du Seigneur : une autre puissance peut changer les dispositions et les sentiments présents des hommes ; mais seule la puissance d’un Créateur peut changer la nature, ou donner une nature nouvelle. Et nulle découverte, nulle illumination, hormis celles qui sont divines et surnaturelles, n’aura cet effet surnaturel. Mais cet effet, toutes les découvertes qui sont vraiment divines le produisent. L’âme est profondément touchée par ces découvertes, et touchée de manière à être transformée.

Il en est ainsi des affections que l’âme éprouve dans sa conversion. Les représentations que l’Écriture donne de la conversion impliquent et signifient fortement un changement de nature : ainsi « naître de nouveau ; devenir de nouvelles créatures ; ressusciter des morts ; être renouvelé dans l’esprit de son intelligence ; mourir au péché et vivre pour la justice ; se dépouiller du vieil homme et revêtir l’homme nouveau ; être enté sur une souche nouvelle ; avoir une semence divine implantée dans le cœur ; être rendu participant de la nature divine », etc.

C’est pourquoi, s’il ne se produit pas de changement grand, remarquable et durable chez des personnes qui pensent avoir fait l’expérience d’une œuvre de conversion, vaines sont toutes leurs imaginations et toutes leurs prétentions, quelles qu’aient été leurs émotions.6363 « Je ne jugerais pas de la venue de l’âme tout entière à Christ tant par des élans soudains que par une pente intérieure. Car l’âme tout entière peut être portée vers Christ en expressions et en actions pleines d’affection ; mais si elle est privée de cette pente et de ce changement des affections, elle n’est pas saine. » Shepard, Parabole, 1re partie, p. 203. La conversion est un grand et universel changement de l’homme, qui le détourne du péché pour le tourner vers Dieu. Un homme peut être retenu de pécher avant d’être converti ; mais lorsqu’il est converti, non seulement il est retenu de pécher, mais son cœur même et sa nature s’en détournent pour se tourner vers la sainteté ; de sorte que dès lors il devient une personne sainte, et un ennemi du péché. Si donc, après les hautes affections qu’une personne a éprouvées lors de sa prétendue première conversion, il arrive en peu de temps qu’il n’y ait en elle aucun changement bien sensible ou remarquable quant aux mauvaises qualités et aux habitudes vicieuses qui se voyaient auparavant en elle, qu’elle soit ordinairement sous l’empire du même genre de dispositions qu’autrefois, et que les mêmes traits semblent appartenir à son caractère ; si elle paraît aussi égoïste, aussi charnelle, aussi stupide et aussi perverse, aussi peu chrétienne et aussi dépourvue de saveur que jamais, c’est là contre elle une preuve plus forte que n’est en sa faveur le plus brillant récit d’expériences qu’on ait jamais fait. Car en Jésus-Christ ni la circoncision ni l’incirconcision, ni une haute profession ni une humble profession, ni un beau récit ni un récit entrecoupé n’ont aucune valeur, mais une nouvelle créature.

S’il se voit chez une personne, pendant un temps, un très grand changement, mais que ce changement ne soit pas durable, et qu’elle revienne ensuite, de façon habituelle, à être à peu près ce qu’elle était, il apparaît que ce n’est pas un changement de nature ; car la nature est une chose durable. Un pourceau, qui est d’une nature immonde, peut être lavé, mais sa nature de pourceau demeure ; et une colombe, qui est d’une nature propre, peut être souillée, mais sa nature propre demeure.6464 « Il en est de l’âme comme de l’eau : tout le froid peut en être parti, mais le principe naturel du froid demeure toujours. Vous pouvez ôter l’ardeur des convoitises, non la noirceur de la nature. Là où réside la puissance du péché, un changement de conscience, de la sécurité à la terreur, un changement de vie, de la profanation à la civilité et aux usages du monde, pour échapper à ses souillures, un changement de convoitises, peuvent les éteindre pour un temps ; mais la nature n’est jamais changée chez le meilleur hypocrite qui fut jamais. » Shepard, Parabole, 1re partie, p. 194.

Il faut certes faire la part du tempérament naturel ; la conversion ne déracine pas entièrement le tempérament naturel : les péchés auxquels un homme était le plus enclin avant sa conversion par sa constitution naturelle, il peut être encore le plus porté à y tomber. Mais la conversion opérera néanmoins un grand changement, même à l’égard de ces péchés. Bien que la grâce, tant qu’elle est imparfaite, ne déracine pas un mauvais tempérament naturel, elle a pourtant à son égard une grande puissance et une grande efficacité pour le corriger. Le changement opéré dans la conversion est un changement universel ; la grâce change l’homme à l’égard de tout ce qui est péché en lui ; le vieil homme est dépouillé et l’homme nouveau revêtu ; il est sanctifié tout entier ; l’homme devient une nouvelle créature, les choses anciennes sont passées, et toutes choses sont devenues nouvelles ; tout péché est mortifié, les péchés de tempérament comme les autres. Si un homme, avant sa conversion, était par sa constitution naturelle particulièrement enclin à la lubricité, ou à l’ivrognerie, ou à la malveillance, la grâce qui convertit opérera en lui un grand changement à l’égard de ces mauvaises dispositions ; de sorte que, bien qu’il soit peut-être encore le plus exposé à ces péchés, ils ne domineront plus sur lui, et ne formeront plus proprement son caractère. Bien plus, la vraie repentance, à certains égards, tourne particulièrement un homme contre sa propre iniquité, celle dont il a été le plus coupable et par laquelle il a le plus déshonoré Dieu. Celui qui abandonne d’autres péchés, mais épargne son péché dominant, l’iniquité à laquelle il est principalement enclin, est semblable à Saül, lorsqu’il fut envoyé contre les ennemis de Dieu, les Amalécites, avec l’ordre exprès de n’en laisser vivre aucun, mais de les détruire entièrement, petits et grands : il détruisit entièrement le menu peuple, mais il épargna et laissa vivre le roi, le principal d’entre eux tous.

Certains font sottement valoir, en faveur de leurs découvertes et de leurs affections, que lorsque celles-ci sont passées, ils restent entièrement privés de toute vie et de tout sentiment, sans rien de plus que ce qu’ils avaient auparavant. Ils y voient une preuve que ce qu’ils ont éprouvé venait entièrement de Dieu, et non d’eux-mêmes, parce que (disent-ils) quand Dieu s’est retiré, tout est parti ; ils ne peuvent plus rien voir ni rien sentir, et ne valent pas mieux qu’autrefois.

Il est très vrai que toute grâce et toute bonté dans le cœur des saints viennent entièrement de Dieu, et qu’ils dépendent de lui universellement et immédiatement pour les avoir. Mais ces personnes se trompent quant à la manière dont Dieu se communique, lui et son Saint-Esprit, lorsqu’il accorde à l’âme la grâce qui sauve. Il donne son Esprit pour qu’il s’unisse aux facultés de l’âme et y demeure à la manière d’un principe de nature ; de sorte que l’âme, en étant douée de la grâce, est douée d’une nature nouvelle : or la nature est une chose durable. Tous les exercices de la grâce viennent entièrement de Christ ; mais ces exercices ne viennent pas de Christ comme de quelque chose de vivant qui meut et agite quelque chose qui est sans vie, et qui demeure sans vie ; ils viennent de lui comme d’un être qui communique la vie à l’âme, de sorte que, par la puissance de Christ, elle a en elle-même une nature vivante. Dans l’âme où Christ est pour le salut, là il vit. Il ne vit pas seulement hors d’elle, de manière à la mouvoir par force, mais il vit en elle, de sorte qu’elle aussi est vivante. La grâce dans l’âme vient autant de Christ que la lumière dans un verre exposé aux rayons du soleil vient du soleil. Mais cette image ne représente qu’en partie la manière dont la grâce est communiquée à l’âme ; car le verre demeure tel qu’il était, sa nature n’étant nullement changée ; il est, par nature, aussi dépourvu de toute lumière propre que jamais. Mais l’âme d’un saint reçoit la lumière du Soleil de justice de telle manière que sa nature est changée, et qu’elle devient proprement une chose lumineuse ; non seulement le soleil brille dans les saints, mais ils deviennent eux-mêmes de petits soleils, participant de la nature de la source de leur lumière. À cet égard, la manière dont ils reçoivent la lumière ressemble à celle des lampes du tabernacle plutôt qu’à celle d’un miroir qui réfléchit ; ces lampes, bien qu’allumées par un feu venu du ciel, devenaient par là elles-mêmes des choses ardentes et brillantes. Les saints ne boivent pas seulement de l’eau de la vie qui coule de la source originelle ; mais cette eau devient en eux une source d’eau qui y jaillit et qui découle d’eux, Jean 4:14, et chap. 7:38, 39. La grâce est comparée à une semence implantée, qui non seulement est dans la terre, mais y a prise, y a racine, y croît, et y est un principe permanent de vie et de nature.

Il en est des découvertes et des affections spirituelles accordées lors de la première conversion comme de toutes les illuminations et affections de cette nature que les personnes éprouvent par la suite : elles sont toutes transformantes. Il y a en elles une puissance et une énergie divines semblables à celles des premières découvertes ; elles atteignent toujours le fond du cœur, et touchent et changent la nature même de l’âme, à proportion du degré auquel elles sont données. Et par elles une transformation de nature se poursuit et avance jusqu’à la fin de la vie, jusqu’à ce qu’elle soit portée à sa perfection dans la gloire. C’est pourquoi le progrès de l’œuvre de la grâce dans le cœur des saints est représenté dans l’Écriture comme une conversion et un renouvellement continuels de la nature. Ainsi l’apôtre exhorte ceux qui étaient à Rome, « bien-aimés de Dieu, appelés à être saints », et qui étaient l’objet des miséricordes rédemptrices de Dieu, à « être transformés par le renouvellement de l’intelligence » : Romains 12:1, 2 : « Je vous exhorte donc, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant … Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence » ; à comparer avec le chap. 1:7. Ainsi l’apôtre, écrivant « aux saints qui sont à Éphèse et aux fidèles en Jésus-Christ » (Éphésiens 1:1), à ceux qui étaient autrefois morts par leurs offenses et par leurs péchés, mais qui avaient été maintenant rendus à la vie et ressuscités, et qu’il avait fait asseoir ensemble dans les lieux célestes en Christ ; qui avaient été créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres ; qui étaient autrefois éloignés, mais avaient été maintenant rapprochés par le sang de Christ ; qui n’étaient plus des étrangers ni des gens du dehors, mais concitoyens des saints et gens de la maison de Dieu, et qui étaient édifiés ensemble pour être une habitation de Dieu en Esprit ; l’apôtre, dis-je, écrivant à ceux-là, leur dit « qu’il ne cessait de prier pour eux, afin que Dieu leur donnât l’esprit de sagesse et de révélation dans la connaissance de Christ, et qu’il illuminât les yeux de leur entendement, pour qu’ils sachent, ou éprouvent, quelle était envers eux qui croient l’infinie grandeur de la puissance de Dieu, se manifestant avec efficacité par la vertu de sa force, qu’il a déployée en Christ, en le ressuscitant des morts, et en le faisant asseoir à sa droite dans les lieux célestes », Éphésiens 1:16 jusqu’à la fin. En cela l’apôtre a égard à la glorieuse puissance et à l’œuvre de Dieu dans la conversion et le renouvellement de l’âme, comme le montre très clairement la suite. Ainsi l’apôtre exhorte les mêmes personnes « à se dépouiller du vieil homme qui se corrompt par les convoitises trompeuses, à être renouvelés dans l’esprit de leur intelligence, et à revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité », Éphésiens 4:22, 23, 24.

Il y a une sorte de hautes affections que certains éprouvent de temps à autre, et qui les laissent sans la moindre apparence d’un effet durable. Elles disparaissent soudain ; de sorte que, du plus haut de leur émotion et de leur apparent ravissement, ils passent tout d’un coup à être entièrement morts, vides de tout sentiment et de toute activité. Il n’en est assurément pas ainsi, d’ordinaire, des hautes affections de grâce ;6565 « Pensez-vous que le Saint-Esprit vienne sur un homme comme sur Balaam, par une action immédiate, puis le quitte, et qu’alors il n’ait plus rien ? » Shepard, Parabole, 1re partie, p. 126. elles laissent sur le cœur une douce saveur et un goût des choses divines, et une pente plus forte de l’âme vers Dieu et vers la sainteté. Ainsi le visage de Moïse ne rayonna pas seulement tandis qu’il était sur la montagne, s’entretenant extraordinairement avec Dieu, mais il continua de rayonner après qu’il fut descendu de la montagne. Lorsque des hommes se sont entretenus avec Christ d’une manière extraordinaire, il en demeure sur eux un effet sensible ; il y a quelque chose de remarquable dans leur disposition et dans leur état d’âme, et si nous y prenons garde et en recherchons la cause, nous trouverons que c’est parce qu’ils ont été avec Jésus, Actes 4:13.

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