Les affections religieuses
IV. Les affections de grâce naissent de ce que l’esprit est éclairé pour comprendre ou saisir les choses divines d’une manière riche et spirituelle

Chapitre 18 · 1 h de lecture · 1 h 18 min d’écoute

IV. Les affections de grâce naissent de ce que l’esprit est éclairé pour comprendre ou saisir les choses divines d’une manière riche et spirituelle

IV. Les affections de grâce naissent de ce que l’esprit est éclairé pour comprendre ou saisir les choses divines d’une manière riche et spirituelle.

Les affections saintes ne sont pas une chaleur sans lumière ; elles naissent toujours de quelque information de l’entendement, de quelque instruction spirituelle que l’esprit reçoit, de quelque lumière ou connaissance effective. L’enfant de Dieu est touché par la grâce parce qu’il voit et comprend des choses divines quelque chose de plus qu’auparavant, quelque chose de plus de Dieu ou de Christ, et des choses glorieuses présentées dans l’Évangile ; il en a une vue plus claire et meilleure que celle qu’il avait auparavant, lorsqu’il n’était pas touché : ou bien il reçoit des choses divines une intelligence qui est nouvelle pour lui, ou bien sa connaissance antérieure est renouvelée, après que cette vue s’était affaiblie ; 1 Jean 4:7 : « Quiconque aime connaît Dieu. » Philippiens 1:9 : « ce que je demande dans mes prières, c’est que votre amour augmente de plus en plus en connaissance et en pleine intelligence. » Romains 10:2 : « ils ont du zèle pour Dieu, mais sans intelligence. » Colossiens 3:10 : « l’homme nouveau, qui se renouvelle, dans la connaissance. » Psaume 43:3, 4 : « Envoie ta lumière et ta fidélité! Qu’elles me guident, Qu’elles me conduisent à ta montagne sainte. » Jean 6:45 : « Il est écrit dans les prophètes: Ils seront tous enseignés de Dieu. Ainsi quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement vient à moi. » La connaissance est la clef qui ouvre d’abord le cœur endurci, qui élargit les affections, et qui ouvre ainsi aux hommes le chemin du royaume des cieux ; Luc 11:52 : « vous avez enlevé la clef de la science. »

Or il y a beaucoup d’affections qui ne naissent d’aucune lumière dans l’entendement. Et quand il en est ainsi, c’est une preuve certaine que ces affections ne sont pas spirituelles, quelque élevées qu’elles soient.5252 « Beaucoup, qui ont eu des affections extrêmement fortes lors de leur première conversion, se dessèchent ensuite et se flétrissent, se consument, languissent et s’éteignent ; et maintenant leur hypocrisie est manifeste, sinon au monde entier par une profanation ouverte, du moins à l’œil exercé des chrétiens vivants, par un cœur et une conduite formalistes, stériles, sans saveur et sans fruit ; parce qu’ils n’ont jamais eu jusqu’ici assez de lumière pour être convaincus. » Ils ont, il est vrai, quelques appréhensions nouvelles qu’ils n’avaient pas auparavant. Telle est la nature de l’homme qu’il est impossible que son esprit soit touché, si ce n’est par quelque chose qu’il saisit ou que son esprit conçoit. Mais chez beaucoup de personnes, ces appréhensions ou conceptions dont elles sont touchées n’ont rien en elles de la nature de la connaissance ou de l’instruction. Par exemple, lorsqu’une personne est touchée par l’idée vive, soudainement suscitée dans son esprit, de quelque forme, ou de quelque visage d’une beauté très agréable, ou de quelque lumière éclatante, ou de quelque autre apparence extérieure glorieuse : il y a là quelque chose que l’esprit saisit ou conçoit ; mais il n’y a là rien de la nature de l’instruction ; on n’en devient en rien plus sage, ni plus instruit au sujet de Dieu, ou d’un Médiateur entre Dieu et les hommes, ou de la voie du salut par Christ, ou de quoi que ce soit que contienne l’une ou l’autre des doctrines de l’Évangile. Par ces idées extérieures, on n’acquiert aucune connaissance plus intime de Dieu quant à l’un quelconque des attributs ou des perfections de sa nature ; on n’acquiert pas non plus une intelligence plus grande de sa parole, ni d’aucune de ses voies ou de ses œuvres. Les affections véritablement spirituelles et produites par la grâce ne naissent pas de cette manière ; elles naissent de ce que l’entendement est éclairé pour comprendre d’une manière nouvelle les choses qu’enseignent Dieu et Christ : on parvient à une intelligence nouvelle de la nature excellente de Dieu et de ses perfections merveilleuses, à quelque vue nouvelle de Christ dans ses excellences spirituelles et dans sa plénitude ; ou bien des choses qui appartiennent à la voie du salut par Christ lui sont ouvertes d’une manière nouvelle, en sorte qu’il voit maintenant ce qu’il en est et comprend ces doctrines divines et spirituelles qui étaient autrefois une folie pour lui. De telles illuminations de l’entendement sont des choses entièrement différentes par leur nature des idées fortes de formes et de couleurs, d’éclat et de gloire extérieurs, ou de sons et de voix. Que toutes les affections de grâce naissent de quelque instruction ou illumination de l’entendement, c’est donc une preuve de plus que les affections qui naissent de telles impressions sur l’imagination ne sont pas des affections de grâce, outre les considérations déjà présentées qui le rendent évident.

Il apparaît aussi par là que les affections qui naissent de ce que des textes de l’Écriture viennent à l’esprit sont vaines, lorsque le fondement de l’affection n’est pas quelque instruction que l’entendement reçoit de ces textes, ni quoi que ce soit qu’ils enseignent, mais la manière dont ils viennent à l’esprit. Lorsque Christ fait de l’Écriture un moyen d’embraser le cœur d’affection de grâce, c’est en ouvrant les Écritures à l’intelligence des hommes ; Luc 24:32 : « Notre cœur ne brûlait-il pas au-dedans de nous, lorsqu’il nous parlait en chemin et nous expliquait les Écritures? » Il apparaît aussi que l’affection occasionnée par la venue d’un texte de l’Écriture doit être vaine lorsqu’elle se fonde sur quelque chose qu’on suppose enseigné par ce texte, mais qui en réalité n’est contenu ni en lui ni dans aucune autre Écriture ; car une telle instruction supposée n’est pas une instruction réelle, mais une erreur et une méprise de l’esprit. Par exemple, lorsque des personnes supposent qu’elles sont expressément enseignées, par quelque passage de l’Écriture qui leur vient à l’esprit, qu’elles en particulier sont aimées de Dieu, ou que leurs péchés sont pardonnés, que Dieu est leur Père, et choses semblables, c’est là une erreur ou une méprise ; car l’Écriture ne révèle nulle part expressément quelles sont les personnes individuelles qui sont aimées, mais seulement par voie de conséquence, en révélant les qualités des personnes qui sont aimées de Dieu ; c’est pourquoi cela ne doit pas s’apprendre de l’Écriture autrement que par voie de conséquence, et à partir de ces qualités ; car on ne doit pas apprendre les choses de l’Écriture autrement qu’elles n’y sont enseignées.

Dans les cas qui viennent d’être mentionnés, les affections naissent réellement de l’ignorance plutôt que de l’instruction ; et il en est de même dans quelques autres qu’on pourrait mentionner. Ainsi certains, lorsqu’ils se trouvent la parole libre dans la prière, appellent cela la présence de Dieu avec eux ; et cela les touche davantage ; et ainsi leurs affections sont mises en branle et vont croissant, alors qu’ils n’examinent pas la cause de cette liberté de parole, qui peut naître de bien d’autres manières que de la présence spirituelle de Dieu. De même, certains sont très touchés par quelques pensées heureuses qui leur viennent à l’esprit au sujet de l’Écriture, et ils appellent cela l’Esprit de Dieu qui les enseigne. Ainsi ils attribuent aux influences spéciales et immédiates de l’Esprit de Dieu bien des opérations de leur propre esprit, dont ils ont une haute opinion, qui leur plaisent et les charment ; et ainsi ils sont puissamment touchés de leur privilège. Et il y a des exemples de personnes chez qui il semble manifeste que le premier fondement de leur affection est quelque sensation corporelle. Les esprits animaux, par quelque cause (et probablement quelquefois par le diable), sont soudain et inexplicablement mis dans un mouvement très agréable, qui fait éprouver aux personnes un bien-être dans leur corps ; les esprits animaux sont mis dans un mouvement tel que celui qui accompagne d’ordinaire l’allégresse de l’esprit ; et l’âme, en vertu des lois de l’union de l’âme et du corps, en ressent du plaisir. Le mouvement des esprits animaux ne naît pas d’abord d’une affection ou d’une appréhension quelconque de l’esprit ; mais la toute première chose que l’on ressent, c’est une allégresse des esprits animaux, et une sensation extérieure agréable, peut-être dans la poitrine. Là-dessus, la personne, surprise, commence par ignorance à penser : sûrement, c’est le Saint-Esprit qui vient en lui. Et alors l’esprit commence à être touché et exalté. Il y a d’abord une grande joie ; puis bien d’autres affections, qui, d’une manière très tumultueuse, mettent toute la nature, corps et esprit, dans une violente agitation. Car bien que, comme je l’ai fait observer auparavant, ce soit l’âme seule qui est le siège des affections, cela n’empêche pas que des sensations corporelles puissent, de cette manière, être l’occasion d’affections dans l’esprit.

Et lors même que les affections religieuses des hommes naissent véritablement de quelque instruction ou lumière dans l’entendement, l’affection n’est pourtant pas de grâce, à moins que la lumière qui en est le fondement ne soit spirituelle. Des affections peuvent être excitées par cette intelligence des choses que les hommes acquièrent par un enseignement purement humain, avec le développement commun des facultés de l’esprit. Les hommes peuvent être très touchés par la connaissance des choses de la religion qu’ils acquièrent de cette manière ; comme certains philosophes ont été puissamment touchés, et presque transportés hors d’eux-mêmes, par les découvertes qu’ils ont faites en mathématiques et en philosophie naturelle. De même, les hommes peuvent être très touchés par des illuminations communes de l’Esprit de Dieu, dans lesquelles Dieu aide les facultés des hommes à atteindre un plus haut degré de cette sorte d’intelligence des choses religieuses qu’ils possèdent à quelque degré par le seul exercice ordinaire et le seul développement de leurs propres facultés. De telles illuminations peuvent beaucoup toucher l’esprit, comme chez beaucoup de ceux dont nous lisons dans l’Écriture qu’ils ont été une fois éclairés ; mais ces affections ne sont pas spirituelles.

Il y a, si les Écritures peuvent servir à nous enseigner quoi que ce soit, une intelligence spirituelle et surnaturelle des choses divines qui est propre aux saints, et dont ceux qui ne sont pas des saints n’ont rien. C’est certainement une sorte d’intelligence, d’appréhension ou de discernement des choses divines, dont les hommes naturels n’ont rien, que l’apôtre a en vue en 1 Corinthiens 2:14 : « Mais l’homme animal ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge. » C’est certainement une sorte de vue ou de discernement des choses spirituelles propre aux saints dont il est parlé en 1 Jean 3:6 : « quiconque pèche ne l’a pas vu, et ne l’a pas connu. » 3 Jean 11 : « celui qui fait le mal n’a point vu Dieu. » Et Jean 6:40 : « La volonté de celui qui m’a envoyé, c’est que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle. » Chap. 14:19 : « le monde ne me verra plus; mais vous, vous me verrez. » Chap. 17:3 : « la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » Matthieu 11:27 : « personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père; personne non plus ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. » Jean 12:45 : « celui qui me voit voit celui qui m’a envoyé. » Psaume 9:11 : « Ceux qui connaissent ton nom se confient en toi. » Philippiens 3:8 : « je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l’excellence de la connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur » — v. 10 : « Afin de connaître Christ. » Et il y a d’innombrables autres passages, dans toute la Bible, qui montrent la même chose. Et qu’il existe une intelligence des choses divines qui, dans sa nature et son espèce, est entièrement différente de toute connaissance que possèdent les hommes naturels, cela ressort de ce qu’il y a une intelligence des choses divines que l’Écriture appelle intelligence spirituelle, Colossiens 1:9 : « nous ne cessons de prier Dieu pour vous, et de demander que vous soyez remplis de la connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle. » On a déjà montré que ce qui est spirituel, dans l’usage ordinaire du mot dans le Nouveau Testament, est entièrement différent, par sa nature et son espèce, de tout ce dont les hommes naturels sont ou peuvent être le sujet.

De là on peut conclure avec certitude en quoi consiste l’intelligence spirituelle. Car s’il y a chez les saints une sorte d’appréhension ou de perception qui est, par sa nature, parfaitement différente de tout ce qu’ont les hommes naturels, ou de tout ce qu’il leur est possible d’avoir tant qu’ils n’ont pas une nature nouvelle, elle doit consister en ce qu’ils ont une certaine sorte d’idées ou de sensations de l’esprit absolument différentes de tout ce qui est ou peut être dans l’esprit des hommes naturels. Et cela revient à dire qu’elle consiste dans les sensations d’un sens spirituel nouveau que l’âme des hommes naturels ne possède pas, comme il ressort de ce qui a été observé plus haut, à plusieurs reprises. Or j’ai déjà montré quel est ce sens spirituel nouveau qui est donné aux saints dans la régénération, et quel en est l’objet. J’ai montré que son objet immédiat est la suprême beauté et l’excellence de la nature des choses divines, telles qu’elles sont en elles-mêmes. Et cela s’accorde avec l’Écriture ; l’apôtre enseigne très clairement que la grande chose découverte par la lumière spirituelle et comprise par la connaissance spirituelle, c’est la gloire des choses divines, 2 Corinthiens 4:3, 4 : « Si notre Évangile est encore voilé, il est voilé pour ceux qui périssent; pour les incrédules dont le dieu de ce siècle a aveuglé l’intelligence, afin qu’ils ne vissent pas briller la splendeur de l’Évangile de la gloire de Christ, qui est l’image de Dieu » ; et avec cela le v. 6 : « Car Dieu, qui a dit: La lumière brillera du sein des ténèbres! a fait briller la lumière dans nos cœurs pour faire resplendir la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Christ. » Et le chap. 3:18, qui précède : « Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l’Esprit. » Et il faut nécessairement qu’il en soit ainsi, car, comme on l’a déjà fait observer, l’Écriture enseigne souvent que toute la vraie religion consiste, en somme, dans l’amour des choses divines. C’est pourquoi cette sorte d’intelligence ou de connaissance qui est le fondement propre de la vraie religion doit être la connaissance de l’amabilité des choses divines. Car sans aucun doute, la connaissance qui est le fondement propre de l’amour, c’est la connaissance de ce qui est aimable. Quelle est cette beauté des choses divines qui est l’objet propre et immédiat d’un sens spirituel de l’esprit, on l’a montré sous le précédent article, à savoir que c’est la beauté de leur perfection morale. C’est donc dans la vue ou le sentiment de cette beauté que l’intelligence spirituelle consiste le plus immédiatement et premièrement. Et à la vérité, il est clair qu’elle ne peut être autre chose ; car (comme on l’a montré) il n’y a rien qui appartienne aux choses divines, hormis la beauté de leur excellence morale et les propriétés et qualités des choses divines dont cette beauté est le fondement, que les hommes naturels et les démons ne puissent voir et connaître, et qu’ils ne connaîtront pleinement et clairement durant toute l’éternité.

De ce qui a été dit, nous arrivons donc nécessairement à cette conclusion touchant ce en quoi consiste l’intelligence spirituelle, à savoir qu’elle consiste dans « un sentiment du cœur de la suprême beauté et douceur de la sainteté ou perfection morale des choses divines, joint à tout ce discernement et à toute cette connaissance des choses de la religion qui dépendent d’un tel sentiment et en découlent ».

L’intelligence spirituelle consiste premièrement dans un sentiment du cœur de cette beauté spirituelle. Je dis un sentiment du cœur ; car ce n’est pas la simple spéculation qui est en jeu dans cette sorte d’intelligence ; et l’on ne peut pas non plus, en cette matière, faire une distinction nette entre les deux facultés de l’entendement et de la volonté, comme agissant distinctement et séparément. Lorsque l’esprit est sensible à la douce beauté et à l’amabilité d’une chose, cela implique une sensibilité à la douceur et au délice en présence de l’idée de cette chose ; et cette sensibilité à l’amabilité ou au caractère délicieux de la beauté porte dans sa nature même le sentiment du cœur, c’est-à-dire un effet et une impression dont l’âme est le sujet, en tant que substance douée de goût, d’inclination et de volonté.

Il faut distinguer entre une intelligence purement notionnelle, dans laquelle l’esprit ne fait que contempler les choses par l’exercice d’une faculté spéculative, et le sentiment du cœur, dans lequel l’esprit ne se borne pas à spéculer et à contempler, mais savoure et ressent. Cette sorte de connaissance par laquelle un homme a une perception sensible de ce qui est aimable et de ce qui est répugnant, ou de la douceur et de ce qui écœure, n’est pas tout à fait la même sorte de connaissance que celle par laquelle il sait ce qu’est un triangle et ce qu’est un carré. L’une est une connaissance purement spéculative, l’autre une connaissance sensible, dans laquelle est engagé quelque chose de plus que le simple intellect ; le cœur en est le sujet propre, ou l’âme, en tant qu’être qui non seulement contemple, mais a de l’inclination, et éprouve du plaisir ou du déplaisir. Et pourtant il y a en elle la nature d’une instruction ; de même que celui qui a perçu le goût doux du miel en sait beaucoup plus à son sujet que celui qui l’a seulement regardé et touché.

L’apôtre semble faire une distinction entre la connaissance purement spéculative des choses de la religion et la connaissance spirituelle, lorsqu’il appelle la première la forme de la connaissance et de la vérité dans la loi, Romains 2:20 : « tu as dans la loi la règle de la science et de la vérité. » La seconde est souvent représentée par l’action de savourer, de sentir ou de goûter : 2 Corinthiens 2:14 : « Grâces soient rendues à Dieu, qui nous fait toujours triompher en Christ, et qui répand par nous en tout lieu l’odeur de sa connaissance! » Matthieu 16:23 : « Tu ne goûtes pas les choses qui sont de Dieu, mais celles qui sont des hommes. » 1 Pierre 2:2, 3 : « désirez, comme des enfants nouveau-nés, le lait spirituel et pur, afin que par lui vous croissiez, si vous avez goûté que le Seigneur est bon. » Cantique 1:3 : « Tes parfums ont une odeur suave; Ton nom est un parfum qui se répand; C’est pourquoi les jeunes filles t’aiment » ; à comparer avec 1 Jean 2:20 : « Pour vous, vous avez reçu l’onction de la part de celui qui est saint, et vous avez tous de la connaissance. »

L’intelligence spirituelle consiste premièrement dans ce sentiment, dans ce goût de la beauté morale des choses divines ; de sorte qu’aucune connaissance ne peut être appelée spirituelle, sinon dans la mesure où elle naît de ce goût et le renferme en elle. Mais secondairement, elle comprend tout ce discernement et toute cette connaissance des choses de la religion qui dépendent d’un tel sentiment et en découlent.

Lorsque la vraie beauté et l’amabilité de la sainteté, ou du vrai bien moral qui est dans les choses divines, sont découvertes à l’âme, c’est comme si un monde nouveau s’ouvrait à ses regards. Cela montre la gloire de toutes les perfections de Dieu et de tout ce qui appartient à l’Être divin. Car, comme on l’a observé auparavant, la beauté de toutes choses naît de la perfection morale de Dieu. Cela montre la gloire de toutes les œuvres de Dieu, tant de la création que de la providence. Car leur gloire particulière, c’est que la sainteté, la justice, la fidélité et la bonté de Dieu y soient ainsi manifestées ; et sans ces perfections morales, il n’y aurait aucune gloire dans la puissance et l’habileté avec lesquelles elles sont accomplies. La glorification des perfections morales de Dieu est la fin particulière de toutes les œuvres de ses mains. Par ce sentiment de la beauté morale des choses divines, on comprend la suffisance de Christ comme médiateur ; car c’est seulement par la découverte de la beauté de la perfection morale de Christ que le croyant est introduit dans la connaissance de l’excellence de sa personne, de manière à en connaître quelque chose de plus que les démons ; et c’est seulement par la connaissance de l’excellence de la personne de Christ que l’on connaît sa suffisance comme médiateur ; car celle-ci dépend de celle-là et en découle. C’est en voyant l’excellence de la personne de Christ que les saints deviennent sensibles au prix de son sang et à sa suffisance pour expier le péché ; car c’est en cela que consiste le prix du sang de Christ, qu’il est le sang d’une personne si excellente et si aimable. Et de là dépendent le mérite de son obéissance, ainsi que la suffisance et l’efficacité de son intercession. Par cette vue de la beauté morale des choses divines, on voit la beauté de la voie du salut par Christ ; car elle consiste dans la beauté des perfections morales de Dieu, qui resplendit merveilleusement à chaque pas de ce plan de salut, du commencement à la fin. Par là on voit la convenance et l’à-propos de cette voie ; car cela consiste entièrement dans sa tendance à nous délivrer du péché et de l’enfer, et à nous amener au bonheur qui consiste dans la possession et la jouissance du bien moral, d’une manière qui s’accorde délicieusement avec les perfections morales de Dieu. Et c’est dans le fait que cette voie a été conçue de manière à atteindre ces fins que consiste l’excellente sagesse de cette voie. Par là on voit l’excellence de la parole de Dieu. Ôtez de la parole toute sa beauté et toute sa douceur morales, et la Bible n’est plus qu’une lettre morte, une chose sèche, sans vie et sans saveur. Par là on voit le vrai fondement de notre devoir, à savoir que Dieu est digne d’être estimé, honoré, aimé, obéi et servi comme il l’exige de nous ; et l’on voit l’amabilité des devoirs mêmes qui nous sont demandés. Et par là on voit le vrai mal du péché ; car celui qui voit la beauté de la sainteté doit nécessairement voir le caractère odieux du péché, son contraire. Par là les hommes comprennent la vraie gloire du ciel, qui consiste dans la beauté et le bonheur qui sont dans la sainteté. Par là on voit l’amabilité et le bonheur des saints et des anges. Celui qui voit la beauté de la sainteté, ou du vrai bien moral, voit la chose la plus grande et la plus importante du monde, qui est la plénitude de toutes choses, sans laquelle le monde entier est vide, ne vaut pas mieux que le néant, et même vaut moins que le néant. À moins qu’on ne voie cela, on ne voit rien qui vaille la peine d’être vu ; car il n’y a pas d’autre véritable excellence ni d’autre beauté. À moins qu’on ne comprenne cela, on ne comprend rien qui soit digne de l’exercice de la noble faculté de l’entendement. C’est là la beauté de la Divinité, et la divinité de la divinité (si je puis m’exprimer ainsi), le bien de la source infinie du bien ; sans quoi Dieu lui-même (si cela était possible) serait un mal infini ; sans quoi il eût mieux valu pour nous-mêmes n’avoir jamais existé ; et sans quoi il eût mieux valu qu’il n’y eût aucun être. Celui donc qui ne connaît pas cela ne connaît en effet rien ; sa connaissance n’est que l’ombre de la connaissance, ou la forme de la connaissance, comme l’appelle l’apôtre. C’est donc à bon droit que les Écritures représentent ceux qui sont dépourvus de ce sens spirituel par lequel on perçoit la beauté de la sainteté comme entièrement aveugles, sourds et insensibles, et même morts. Et c’est à bon droit que la régénération, dans laquelle ce sens divin est donné à l’âme par son Créateur, est représentée comme l’ouverture des yeux des aveugles, la résurrection des morts, et l’introduction d’une personne dans un monde nouveau. Car si l’on considère ce qui a été dit, il sera manifeste que, lorsqu’une personne a reçu ce sentiment et cette connaissance, elle ne verra plus rien comme elle le voyait auparavant ; bien qu’auparavant elle connût toutes choses « selon la chair, désormais elle ne les connaîtra plus de cette manière ; elle est devenue une nouvelle créature ; les choses anciennes sont passées ; voici, toutes choses sont devenues nouvelles », conformément à 2 Corinthiens 5:16, 17.

Et outre les choses déjà mentionnées, de ce sentiment de la beauté spirituelle naît toute vraie connaissance expérimentale de la religion, qui est à elle seule comme un monde nouveau de connaissance. Celui qui ne voit pas la beauté de la sainteté ne sait pas ce qu’est une seule des grâces de l’Esprit de Dieu ; il est dépourvu de toute idée ou conception de tous les exercices de grâce de l’âme, de toutes les consolations et de tous les délices saints, et de tous les effets des influences salutaires de l’Esprit de Dieu sur le cœur ; et ainsi il ignore les plus grandes œuvres de Dieu, les effets les plus importants et les plus glorieux de sa puissance sur la créature ; il ignore aussi entièrement les saints en tant que saints, il ne sait pas ce qu’ils sont ; et en effet il ignore tout le monde spirituel.

Les choses étant ainsi, il apparaît clairement que l’implantation par Dieu de ce sens spirituel et surnaturel dont on a parlé produit en un homme un grand changement. Et n’était le degré très imparfait auquel ce sens est d’ordinaire donné au début, ou le faible degré de cette glorieuse lumière qui point d’abord sur l’âme, le changement produit par cette ouverture spirituelle des yeux dans la conversion serait à tous égards beaucoup plus grand et plus remarquable que si un homme né aveugle, et ne possédant que les quatre autres sens, restait tel pendant longtemps, puis recevait tout à coup le sens de la vue, au milieu de la claire lumière du soleil, qui lui découvrirait un monde d’objets visibles. Car bien que la vue soit plus noble qu’aucun des autres sens extérieurs, ce sens spirituel dont on a parlé est pourtant infiniment plus noble qu’elle, ou que tout autre principe de discernement que l’homme possède naturellement, et l’objet de ce sens est infiniment plus grand et plus important.

Cette sorte d’intelligence ou de connaissance est cette connaissance des choses divines d’où procèdent toutes les affections véritablement produites par la grâce ; c’est donc par elle que toutes les affections doivent être éprouvées. Les affections qui naissent entièrement de quelque autre sorte de connaissance, ou qui résultent de quelque autre sorte d’appréhensions de l’esprit, sont vaines.

De ce qui a été dit, on peut apprendre où réside la différence la plus essentielle entre la lumière ou l’intelligence que donnent les influences communes de l’Esprit de Dieu sur le cœur des hommes naturels, et l’instruction salutaire qui est donnée aux saints. Celle-ci réside premièrement et le plus essentiellement dans la contemplation de la beauté sainte qui est dans les choses divines, laquelle est le seul vrai bien moral, et à laquelle l’âme de l’homme déchu est par nature totalement aveugle. Celle-là consiste seulement en une intelligence plus grande, par le secours des principes naturels, des choses que les hommes peuvent connaître dans une certaine mesure par le seul exercice ordinaire de leurs facultés. Et cette connaissance consiste seulement dans la connaissance des choses de la religion qui sont naturelles. Ainsi, par exemple, dans ces réveils de la conscience auxquels les hommes naturels sont souvent sujets, l’Esprit de Dieu ne donne aucune connaissance de la vraie beauté morale qui est dans les choses divines ; il aide seulement l’esprit à se faire une idée plus claire de la culpabilité du péché, ou de son rapport avec le châtiment et de sa liaison avec le mal de la souffrance (sans aucune vue de son mal moral, ou de ce qu’il a d’odieux en tant que péché), et une idée plus claire des perfections naturelles de Dieu, en quoi consiste non pas sa sainte beauté et sa gloire, mais sa grandeur redoutable et terrible. C’est une vue claire de cela qui réveillera pleinement la conscience des méchants au jour du jugement, sans aucune lumière spirituelle. Et c’est un moindre degré de la même vue qui réveille la conscience des hommes naturels, sans lumière spirituelle, en ce monde. Les mêmes découvertes qui seront données plus pleinement à la conscience des pécheurs au jour du jugement sont données dans une certaine mesure, en ce monde, à la conscience d’un pécheur réveillé. La même sorte de vue ou d’appréhension de Dieu qui convaincra pleinement tous les méchants de la nature infiniment redoutable et de la culpabilité du péché, et les frappera de stupeur par l’appréhension de la colère, quand Christ viendra dans la gloire de sa puissance et de sa majesté, que tout œil le verra, et que toutes les tribus de la terre se lamenteront à cause de lui, cette même sorte de vue, à un moindre degré, rend les pécheurs réveillés de ce monde sensibles à la culpabilité terrible du péché commis contre un Dieu si grand et si terrible, et sensibles à son châtiment effrayant, et les remplit de craintives appréhensions de la colère divine. Et dans ces illuminations communes qui sont quelquefois données aux hommes naturels, excitant en eux une certaine sorte de désir, d’amour et de joie religieux, l’esprit est seulement aidé à saisir plus clairement le bien naturel qui est dans les choses divines. Ainsi quelquefois, sous l’effet d’illuminations communes, les hommes sont exaltés par les idées du bien naturel qui est dans le ciel : sa gloire extérieure, son repos, son honneur et son élévation, le fait d’y être l’objet de la haute faveur de Dieu et du grand respect des hommes et des anges, etc. De même, il y a bien des choses présentées dans l’Évangile au sujet de Dieu et de Christ, et de la voie du salut, qui contiennent un bien naturel, lequel convient au principe naturel de l’amour de soi. Ainsi, dans cette grande bonté de Dieu envers les pécheurs, et dans le merveilleux amour de Christ mourant, il y a un bien naturel que tous les hommes aiment, comme ils s’aiment eux-mêmes, aussi bien qu’une beauté spirituelle et sainte que seuls les régénérés voient. C’est pourquoi il y a bien des choses, appartenant à la parole de la grâce de Dieu annoncée dans l’Évangile, qui peuvent amener les hommes naturels, lorsqu’ils l’entendent, à la recevoir aussitôt avec joie. Tout l’amour que les hommes naturels ont pour Dieu et pour Christ, pour les vertus chrétiennes et pour les hommes de bien, ne vient d’aucune vue de l’amabilité de la sainteté ou de la vraie excellence morale de ces choses, mais seulement du bien naturel qui s’y trouve. Toute la haine que les hommes naturels ont pour le péché vient tout autant de principes de nature que la haine des hommes pour le tigre à cause de sa rapacité, ou leur aversion pour le serpent à cause de son venin et de sa malfaisance ; et tout leur amour de la vertu chrétienne ne vient pas d’un principe plus élevé que leur amour du bon naturel d’un homme, lequel paraît aimable aux hommes naturels, mais pas autrement que l’argent et l’or paraissent aimables aux yeux d’un marchand, ou que la noirceur du sol est belle aux yeux du laboureur.

De ce qui a été dit de la nature de l’intelligence spirituelle, il apparaît qu’elle ne consiste en aucune connaissance doctrinale nouvelle, ni en ce que quelque proposition nouvelle, qu’on n’avait jamais lue ni entendue auparavant, soit suggérée à l’esprit ; car il est clair que cette suggestion de propositions nouvelles est une chose entièrement différente du don fait à l’esprit d’un goût nouveau ou d’une saveur nouvelle de la beauté et de la douceur.5353 Calvin, dans son Institution, livre I, chap. 9, § 1, dit : « Ce n’est pas l’office de l’Esprit qui nous est promis de faire des révélations nouvelles et inouïes, ou de forger quelque nouvelle sorte de doctrine qui tende à nous détourner de la doctrine reçue de l’Évangile, mais de sceller et de confirmer en nous cette doctrine même que nous donne l’Évangile. » Et au même endroit, il parle de certaines gens qui, en ce temps-là, soutenaient l’opinion contraire, « prétendant être conduits immédiatement par l’Esprit, comme des personnes gouvernées par une présomption des plus orgueilleuses, et qu’il faut regarder non pas tant comme se trouvant seulement dans l’erreur que comme poussées par une sorte de folie furieuse ». Il est évident aussi que la connaissance spirituelle ne consiste en aucune explication doctrinale nouvelle d’une partie quelconque de l’Écriture ; car, là encore, ce n’est qu’une connaissance doctrinale, ou la connaissance de propositions ; l’explication doctrinale d’une partie quelconque de l’Écriture ne fait que nous faire comprendre quelles sont les propositions contenues ou enseignées dans cette partie de l’Écriture.

Il apparaît par là que l’intelligence spirituelle de l’Écriture ne consiste pas à ouvrir à l’esprit le sens mystique de l’Écriture dans ses paraboles, ses types et ses allégories ; car ce n’est là qu’une explication doctrinale de l’Écriture. Celui qui explique ce que signifient le sol pierreux, et la semence qui lève soudainement puis se flétrit promptement, ne fait qu’expliquer quelles propositions ou doctrines y sont enseignées. De même, celui qui explique ce que figurait l’échelle de Jacob, où les anges de Dieu montaient et descendaient, ou ce que figurait Josué conduisant Israël à travers le Jourdain, ne fait que montrer quelles propositions sont cachées dans ces passages. Et beaucoup d’hommes qui n’ont aucune connaissance spirituelle peuvent expliquer ces types. Il est possible qu’un homme sache interpréter tous les types, paraboles, énigmes et allégories de la Bible, et n’ait pas un seul rayon de lumière spirituelle dans l’esprit ; parce qu’il peut ne pas avoir le moindre degré de ce sens spirituel de la sainte beauté des choses divines dont on a parlé, et ne voir rien de cette sorte de gloire dans quoi que ce soit que contiennent ces mystères ou toute autre partie de l’Écriture. Il est clair, d’après ce que dit l’apôtre, qu’un homme pourrait comprendre tous ces mystères et n’avoir point la grâce qui sauve, 1 Corinthiens 13:2 : « Et quand j’aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien. » Ceux-là donc sont fort insensés qui s’enorgueillissent dans l’opinion de leurs propres progrès spirituels, à cause des notions qui leur viennent à l’esprit sur le sens mystique de tel ou tel passage de l’Écriture, comme si c’était une intelligence spirituelle de ces passages qui leur serait donnée immédiatement par l’Esprit de Dieu, et qui ont, par là, leurs affections fort exaltées ; et ce qui a été dit montre la vanité de telles affections.

De ce qui a été dit, il est évident aussi que ce n’est pas une connaissance spirituelle, pour des personnes, d’être informées de leur devoir par le fait qu’il leur est immédiatement suggéré à l’esprit que telles et telles actions ou œuvres extérieures sont la volonté de Dieu. Si nous supposons que c’est véritablement la manière de Dieu de signifier ainsi sa volonté à son peuple par des suggestions intérieures immédiates, de telles suggestions n’ont rien de la nature de la lumière spirituelle. Une connaissance de ce genre ne serait qu’une sorte de connaissance doctrinale ; une proposition concernant la volonté de Dieu est tout aussi proprement une doctrine de la religion qu’une proposition concernant la nature de Dieu ou une œuvre de Dieu ; et le fait de recevoir l’une ou l’autre de ces sortes de propositions, ou toute autre proposition, déclarée à un homme soit par la parole, soit par une suggestion intérieure, diffère immensément du fait que la sainte beauté des choses divines soit manifestée à l’âme, ce en quoi consiste le plus essentiellement la connaissance spirituelle. Ainsi il n’y avait aucune lumière spirituelle en Balaam, bien que la volonté de Dieu lui fût de temps à autre immédiatement suggérée par l’Esprit de Dieu, touchant le chemin qu’il devait prendre, et ce qu’il devait faire et dire.

Il est donc manifeste qu’être conduit et dirigé de cette manière n’est pas cette conduite sainte et spirituelle de l’Esprit de Dieu qui est propre aux saints, et qui est une marque distinctive des fils de Dieu, dont il est parlé en Romains 8:14 : « car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. » Galates 5:18 : « Si vous êtes conduits par l’Esprit, vous n’êtes point sous la loi. »

Et si des personnes reçoivent la suggestion de la volonté de Dieu touchant leurs actions par quelque texte de l’Écriture soudainement et extraordinairement amené à leur esprit — texte qui, tel qu’il se trouvait dans la Bible avant de leur venir à l’esprit, se rapportait à l’action et à la conduite de quelque autre personne, mais dont elles supposent que, Dieu le leur ayant envoyé, il entendait par là quelque chose de plus et visait telle action particulière qui est la leur —, je dis que, si des personnes recevaient ainsi la suggestion de la volonté de Dieu au moyen de textes de l’Écriture, cela ne change rien à l’affaire. Que la suggestion soit accompagnée d’un texte approprié de l’Écriture ne lui donne pas pour autant la nature d’une instruction spirituelle. Par exemple, si une personne de la Nouvelle-Angleterre, en quelque occasion, ne savait si c’est son devoir de se rendre dans quelque pays papiste ou païen où elle serait vraisemblablement exposée à beaucoup de difficultés et de dangers, et qu’elle priât Dieu de lui montrer le chemin de son devoir ; et qu’après une prière fervente, ces paroles que Dieu adressa à Jacob, en Genèse 46, lui fussent soudainement et extraordinairement amenées à l’esprit, comme si elles lui étaient adressées à elle-même : « Ne crains point de descendre en Égypte, car je descendrai avec toi, et moi-même je t’en ferai remonter. » Bien que ces paroles, telles qu’elles se trouvaient dans la Bible avant de lui venir à l’esprit, ne se rapportassent qu’à Jacob et à sa conduite, elle suppose pourtant que Dieu y attache un sens ultérieur, maintenant qu’elles lui ont été amenées et appliquées ; qu’il faut ainsi les entendre dans un sens nouveau : que par l’Égypte il faut entendre le pays particulier qu’elle a en vue, que l’action visée est son départ pour ce pays, et que le sens de la promesse est que Dieu la ramènerait en Nouvelle-Angleterre. Il n’y a là rien de la nature d’une conduite spirituelle ou de grâce de l’Esprit ; car il n’y a là rien de la nature de l’intelligence spirituelle. Entendre ainsi des textes de l’Écriture, ce n’est pas en avoir une intelligence spirituelle. Entendre spirituellement les Écritures, c’est entendre exactement ce qui est dans l’Écriture, et ce qui y était avant qu’on l’entende : c’est entendre exactement ce qui était déjà contenu dans son sens, et non pas fabriquer un sens nouveau. Lorsque l’esprit est éclairé spirituellement pour entendre correctement l’Écriture, il est rendu capable de voir dans l’Écriture ce qu’il ne voyait pas auparavant à cause de son aveuglement. Mais si c’était à cause de l’aveuglement, c’est la preuve que le même sens y était auparavant ; sinon, il n’y aurait eu aucun aveuglement à ne pas le voir : ce n’est pas être aveugle que de ne pas voir un sens qui n’y est pas. Éclairer spirituellement les yeux pour entendre l’Écriture, c’est ouvrir les yeux ; Psaume 119:18 : « Ouvre mes yeux, pour que je contemple Les merveilles de ta loi! » — ce qui montre que la raison pour laquelle on ne voyait pas auparavant la même chose dans l’Écriture, c’est que les yeux étaient fermés ; ce qui ne serait pas le cas si le sens maintenant compris n’y était pas auparavant, mais se trouvait nouvellement ajouté à l’Écriture par la manière dont l’Écriture m’est venue à l’esprit. Donner ainsi un sens nouveau à l’Écriture revient à faire une Écriture nouvelle ; c’est proprement ajouter à la parole, ce qui est menacé d’une si terrible malédiction. Entendre spirituellement l’Écriture, c’est avoir les yeux de l’esprit ouverts pour contempler l’admirable excellence spirituelle des choses glorieuses que renferme son vrai sens, et qu’elle a toujours renfermées depuis qu’elle a été écrite ; c’est contempler les aimables et éclatantes manifestations des perfections divines, l’excellence et la suffisance de Christ, l’excellence et la convenance de la voie du salut par Christ, la gloire spirituelle des préceptes et des promesses de l’Écriture, etc. — choses qui sont, et ont toujours été, dans la Bible, et qu’on aurait vues auparavant, n’eût été l’aveuglement, sans qu’aucun sens nouveau y soit ajouté du fait que les paroles seraient envoyées par Dieu à une personne particulière et lui seraient adressées à nouveau avec un sens nouveau.

Quant à la conduite de grâce de l’Esprit, elle consiste en deux choses : en partie à instruire une personne de son devoir par l’Esprit, et en partie à la porter puissamment à se conformer à cette instruction. Mais, pour autant que la conduite de grâce de l’Esprit réside dans l’instruction, elle consiste en ce qu’une personne est guidée par un goût spirituel et discernant de ce qui renferme une vraie beauté morale. J’ai montré que la connaissance spirituelle consiste premièrement dans le goût ou la saveur de l’amabilité et de la beauté de ce qui est véritablement bon et saint : ce goût saint est une chose qui discerne et distingue entre le bien et le mal, entre le saint et le profane, sans avoir à se donner la peine d’un enchaînement de raisonnements. Ainsi celui qui a un vrai goût de la beauté extérieure connaît ce qui est beau en le regardant ; il n’a nul besoin d’un enchaînement de raisonnements sur la proportion des traits pour décider si ce qu’il voit est un beau visage ou non ; il ne lui faut rien d’autre que le coup d’œil. Celui qui a l’oreille musicale juste sait si le son qu’il entend est une véritable harmonie ; il n’a pas besoin de se donner d’abord la peine des raisonnements d’un mathématicien sur la proportion des notes. Celui qui a le palais juste sait ce qu’est une bonne nourriture dès qu’il y goûte, sans les raisonnements d’un médecin à ce sujet. Il y a une beauté et une douceur saintes dans les paroles et dans les actions, aussi bien qu’une beauté naturelle dans les visages et dans les sons, et une douceur dans les aliments ; Job 12:11 : « L’oreille ne discerne-t-elle pas les paroles, Comme le palais savoure les aliments? » Lorsqu’une action sainte et aimable est suggérée aux pensées d’une âme sainte, cette âme, si son goût spirituel est vivement en exercice, y voit aussitôt une beauté, et ainsi elle y incline et l’embrasse. Au contraire, si une action indigne et profane lui est suggérée, son œil sanctifié n’y voit aucune beauté et n’y prend point plaisir ; son goût sanctifié n’y savoure aucune douceur, mais au contraire elle lui répugne. Bien plus, son goût et son appétit saints la portent à penser à ce qui est véritablement aimable, et le lui suggèrent naturellement, comme un goût et un appétit sains suggèrent naturellement l’idée de leur objet propre. C’est ainsi qu’une personne sainte est conduite par l’Esprit : elle est instruite et conduite par son goût saint et par la disposition de son cœur ; par là, dans l’exercice vivant de la grâce, elle distingue aisément le bien et le mal, connaît aussitôt quelle est la conduite convenable et aimable envers Dieu et envers les hommes, dans tel cas et dans tel autre, et juge de ce qui est droit pour ainsi dire spontanément et d’elle-même, sans déduction particulière, sans autres arguments que la beauté qui est vue et la bonté qui est goûtée. C’est ainsi que Christ reproche aux pharisiens de « ne pas discerner d’eux-mêmes ce qui est juste », sans avoir besoin de miracles pour le prouver, Luc 12:57. L’apôtre semble clairement avoir en vue cette manière de juger de la beauté spirituelle en Romains 12:2 : « soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait. »

Il existe un bon goût de la beauté naturelle (dont les savants parlent souvent) qui s’exerce sur les choses temporelles, pour en juger, comme sur la justesse d’un discours, la qualité du style, la beauté d’un poème, la grâce du maintien, etc. Un grand philosophe de notre nation, mort récemment, écrit ceci à ce sujet :5454 Dictionnaire de Chambers, à l’article Taste (goût). « Avoir du goût, c’est donner aux choses leur juste valeur, être touché du bien, être choqué du mal ; ne pas se laisser éblouir par de faux éclats, mais, en dépit de toutes les couleurs et de tout ce qui pourrait tromper ou amuser, juger sainement. Le goût et le jugement devraient donc être une même chose ; et pourtant il est aisé d’y discerner une différence. Le jugement forme ses opinions par la réflexion : la raison, en cette occasion, fait une sorte de détour pour arriver à sa fin ; elle suppose des principes, elle tire des conséquences, et elle juge, mais non sans une connaissance approfondie de la cause ; de sorte qu’après avoir prononcé, elle est prête à rendre raison de ses arrêts. Le bon goût n’observe aucune de ces formalités ; avant d’avoir eu le temps de consulter, il a déjà pris son parti ; dès que l’objet se présente, l’impression est faite, le sentiment formé : ne lui demandez rien de plus. De même que l’oreille est blessée d’un son rude, que l’odorat est flatté d’une odeur agréable, avant que la raison se soit mêlée de ces objets pour en juger, ainsi le goût s’ouvre tout d’un coup et prévient toute réflexion. Les réflexions peuvent venir ensuite le confirmer et découvrir les raisons secrètes de sa conduite ; mais il n’était pas en son pouvoir de les attendre. Souvent il arrive qu’il ne les connaisse pas du tout, et, quelque peine qu’il se donne, il ne peut découvrir ce qui l’a déterminé à penser comme il l’a fait. Cette conduite est fort différente de celle que le jugement observe dans ses décisions ; à moins que nous ne préférions dire que le bon goût est pour ainsi dire un premier mouvement, ou une sorte d’instinct de la droite raison, qui l’emporte avec rapidité et conduit plus sûrement que tous les raisonnements qu’elle pourrait faire ; c’est un premier coup d’œil qui nous découvre en un instant la nature et les rapports des choses.

Or, de même qu’il existe une sorte de goût de l’esprit comme celui dont parlent les philosophes, par lequel les hommes sont guidés dans leur jugement sur la beauté naturelle, la grâce, la convenance, la noblesse et le sublime des discours et des actions, et par lequel ils jugent pour ainsi dire d’un coup d’œil, ou par un sentiment intérieur et la première impression de l’objet ; de même il existe aussi un goût divin, donné et entretenu par l’Esprit de Dieu dans le cœur des saints, par lequel ils sont pareillement conduits et guidés pour discerner et distinguer la vraie beauté spirituelle et sainte des actions ; et cela d’autant plus aisément, promptement et exactement qu’ils ont plus ou moins de l’Esprit de Dieu demeurant en eux. Et c’est ainsi que « les fils de Dieu sont conduits par l’Esprit de Dieu dans leur manière de vivre dans le monde ».

Une disposition sainte et un goût spirituel, là où la grâce est forte et vivante, rendront l’âme capable de déterminer quelles actions sont droites et convenables à des chrétiens, non seulement plus promptement, mais bien plus exactement que les plus grandes capacités qui en sont dépourvues. On peut l’illustrer par la manière dont certaines habitudes d’esprit et dispositions du cœur, d’une nature inférieure à la vraie grâce, enseignent et guident un homme dans ses actions. Par exemple, si un homme est d’un très bon naturel, son bon naturel lui enseignera mieux à agir avec bienveillance parmi les hommes, et le dirigera mieux en toute occasion vers les paroles et les actions conformes aux règles de la bonté, que la raison la plus forte ne le fera chez un homme d’humeur morose. De même, si le cœur d’un homme est sous l’influence d’une amitié entière et d’une affection très tendre pour un autre, bien qu’il soit d’une capacité médiocre, cette habitude de son esprit le dirigera, bien plus promptement et exactement que la plus grande capacité qui en serait dépourvue, vers des paroles et un maintien, ou une manière de se conduire, qui seront à tous égards doux et bienveillants, et conformes à une disposition bienveillante du cœur. Il a pour ainsi dire en lui un esprit qui le guide ; l’habitude de son esprit est accompagnée d’un goût par lequel il savoure immédiatement l’air et la contenance qui sont bienveillants et a du dégoût pour le contraire, et qui lui fait distinguer l’un de l’autre en un instant, plus précisément que les raisonnements les plus exacts ne le peuvent découvrir en plusieurs heures. Ainsi la nature et la tendance intérieure d’une pierre, ou de quelque autre corps pesant qu’on laisse tomber d’en haut, montrent le chemin du centre de la terre plus exactement, en un instant, que le plus habile mathématicien ne pourrait, sans elles, le déterminer par ses observations les plus exactes en une journée entière. C’est ainsi qu’une disposition et un goût spirituels enseignent et guident un homme dans sa conduite dans le monde. De même, une disposition éminemment humble, ou douce, ou charitable, dirigera une personne de faible capacité vers une conduite conforme aux règles chrétiennes de l’humilité, de la douceur et de la charité, bien plus promptement et précisément que l’étude la plus diligente et les raisonnements les plus élaborés d’un homme doué des plus fortes facultés, mais qui n’a pas en lui un esprit chrétien. De même encore, un esprit d’amour pour Dieu, de sainte crainte et de révérence envers Dieu, de confiance filiale en Dieu, et une disposition céleste, enseigneront et guideront un homme dans sa conduite.

Il est extrêmement difficile pour un méchant, dépourvu de principes chrétiens dans le cœur pour le guider, de savoir se comporter en chrétien, avec la vie, la beauté et la douceur céleste d’une conduite véritablement sainte, humble et semblable à celle de Christ. Il ne sait pas revêtir ces vêtements, et ils ne lui vont pas ; Ecclésiaste 10:2, 3 : « Le cœur du sage est à sa droite, et le cœur de l’insensé à sa gauche. Quand l’insensé marche dans un chemin, le sens lui manque, et il dit de chacun: Voilà un fou! » avec le verset 15 : « Le travail de l’insensé le fatigue, parce qu’il ne sait pas aller à la ville. » Proverbes 10:32 : « Les lèvres du juste connaissent la grâce ». Chapitre 15:2 : « La langue des sages rend la science aimable, Et la bouche des insensés répand la folie. » Et chapitre 16:23 : « Celui qui est sage de cœur manifeste la sagesse par sa bouche, Et l’accroissement de son savoir paraît sur ses lèvres. » Les saints, en jugeant ainsi des actions par un goût spirituel, n’ont pas recours en particulier aux règles expresses de la parole de Dieu pour chaque parole et chaque action qui se présente à eux et dont ils jugent ainsi le bien ou le mal ; mais leur goût lui-même, en général, est soumis à la règle de la parole de Dieu, et doit être éprouvé par elle et par un raisonnement juste fondé sur elle. Ainsi un homme au palais juste juge des morceaux particuliers par son goût ; mais son palais lui-même doit être jugé, pour savoir s’il est juste ou non, d’après certaines règles et certaines raisons. Mais un goût spirituel de l’âme aide puissamment l’âme dans ses raisonnements sur la parole de Dieu et pour juger du vrai sens de ses règles : car il écarte les préjugés d’un appétit dépravé, conduit naturellement les pensées dans le bon chemin, jette une lumière sur la parole de Dieu, et fait venir le plus naturellement à l’esprit le vrai sens, grâce à l’harmonie qu’il y a entre la disposition et le goût d’une âme sanctifiée et le vrai sens des règles de la parole de Dieu. Bien plus, cette harmonie tend à faire venir à l’esprit les textes eux-mêmes dans les occasions convenables, comme l’état particulier de l’estomac et du palais tend à faire venir à l’esprit les mets et les boissons qui conviennent à cet état. « C’est ainsi que les enfants de Dieu sont conduits par l’Esprit de Dieu », pour juger des actions elles-mêmes, et dans leurs méditations sur les règles de la sainte parole de Dieu, dans la manière d’en juger et de les appliquer ; et c’est ainsi que Dieu « leur enseigne ses statuts et leur fait comprendre la voie de ses ordonnances », ce que le psalmiste demande si souvent dans ses prières.

Mais cette conduite de l’Esprit est une chose extrêmement différente de ce que certains appellent de ce nom ; laquelle ne consiste pas à leur enseigner les statuts et les préceptes que Dieu a déjà donnés, mais à leur donner de nouveaux préceptes par une parole ou une suggestion intérieure immédiate, et ne comporte aucun goût de l’excellence véritable des choses, ni aucun jugement ou discernement de la nature des choses. Ils ne déterminent pas quelle est la volonté de Dieu par quelque goût ou quelque saveur, ni par quelque manière de juger de la nature des choses, mais par un ordre immédiat concernant la chose à faire ; il n’y a en cela ni jugement ni sagesse. Au lieu que, dans cette conduite de l’Esprit qui est propre aux enfants de Dieu, est communiquée cette vraie sagesse et cette sainte discrétion dont la parole de Dieu parle si souvent ; laquelle est aussi élevée au-dessus de l’autre voie que les étoiles le sont au-dessus d’un ver luisant ; et que Balaam et Saül (qui furent quelquefois conduits par l’Esprit de cette autre manière) n’eurent jamais, et qu’aucun homme naturel ne peut avoir sans un changement de nature.

Ce qui a été dit de la nature de l’intelligence spirituelle, en tant qu’elle consiste essentiellement dans un sentiment et un goût divins et surnaturels du cœur, ne montre pas seulement qu’il n’y en a rien dans cette prétendue conduite de l’Esprit dont nous venons de parler ; cela montre aussi la différence entre l’intelligence spirituelle et toutes les sortes et formes d’enthousiasme : toutes les visions imaginaires de Dieu, de Christ et du ciel, tous les prétendus témoignages de l’Esprit et de l’amour de Dieu par une suggestion intérieure immédiate ; toutes les impressions concernant des événements futurs, et toutes les révélations immédiates de quelque fait secret que ce soit ; toutes les impressions et applications enthousiastes de paroles de l’Écriture, comme si c’étaient des paroles maintenant adressées immédiatement par Dieu à une personne particulière, dans un sens nouveau, et portant en elles quelque chose de plus que ce que les paroles contiennent telles qu’elles se trouvent dans la Bible ; et toutes les interprétations du sens mystique de l’Écriture par une prétendue révélation immédiate. Aucune de ces choses ne consiste dans un sentiment et un goût divins du cœur pour la sainte beauté et l’excellence des choses divines ; elles n’ont même rien à voir avec un tel sentiment ; mais tout consiste en impressions dans la tête ; tout doit être rangé sous le chef des impressions sur l’imagination, et consiste à exciter dans l’esprit des idées extérieures : soit des idées de formes et de couleurs extérieures, soit de paroles prononcées ou de lettres écrites, soit des idées de choses extérieures et sensibles se rapportant à des actions faites ou à des événements accomplis ou à accomplir. Une prétendue manifestation enthousiaste de l’amour de Dieu se fait en excitant l’idée d’un visage souriant, ou de quelque autre apparence extérieure agréable, ou par l’idée de paroles agréables, prononcées ou écrites, excitée dans l’imagination, ou par quelque sensation corporelle agréable. De même, lorsque des personnes ont une révélation imaginaire de quelque fait secret, c’est en excitant des idées extérieures : soit de certaines paroles impliquant une déclaration de ce fait, soit de quelques circonstances visibles ou sensibles d’un tel fait. De même, la prétendue conduite de l’Esprit pour faire la volonté de Dieu dans la conduite extérieure se fait, soit en excitant dans leur esprit l’idée de paroles (qui sont des choses extérieures), qu’il s’agisse des paroles de l’Écriture ou d’autres paroles, qu’ils regardent comme un commandement immédiat de Dieu ; soit en excitant et en imprimant fortement les idées des actions extérieures elles-mêmes. De même, lorsqu’une interprétation d’un type ou d’une allégorie de l’Écriture est immédiatement et fortement suggérée d’une manière extraordinaire, c’est en suggérant des paroles, comme si quelqu’un chuchotait en secret et en disait le sens, ou en excitant d’autres idées dans l’imagination.

Des expériences et des découvertes de cette sorte élèvent communément à un très haut degré les affections de ceux qui en sont abusés, et font un grand tumulte dans l’âme et dans le corps. Et une très grande partie de la fausse religion qui a existé dans le monde, d’âge en âge, consiste en de telles découvertes et dans les affections qui en découlent. C’est en de telles choses que consistaient les expériences des anciens pythagoriciens chez les païens, et de beaucoup d’autres parmi eux, qui avaient d’étranges extases et ravissements, et prétendaient à un souffle divin et à des révélations immédiates du ciel. C’est en de telles choses que semblent avoir consisté les expériences des esséniens, ancienne secte parmi les Juifs, au temps des apôtres et après. C’est en de telles choses que consistaient les expériences de beaucoup d’anciens gnostiques, des montanistes et de beaucoup d’autres sectes d’anciens hérétiques, aux premiers siècles de l’Église chrétienne. Et c’est en de telles choses que consistait le prétendu commerce immédiat avec Dieu et Christ, avec les saints et les anges du ciel, des moines, anachorètes et reclus qui abondaient autrefois dans l’Église de Rome. C’est en de telles choses que consistaient les prétendues hautes expériences et la grande spiritualité de nombreuses sectes d’enthousiastes qui pullulèrent dans le monde après la Réforme, tels que les anabaptistes, les antinomiens et les familistes, les disciples de N. Stork, Th. Muncer, Jo. Becold, Henry Pfeiser, David George, Casper Swenckfield, Henry Nicolas, Johannes Agricola Eislebius ; ainsi que les nombreux enthousiastes extravagants qui se trouvaient en Angleterre au temps d’Oliver Cromwell, et les disciples de Mme Hutchison en Nouvelle-Angleterre ; comme il ressort des récits détaillés et étendus que donne de toutes ces sectes cet homme éminemment saint, M. Samuel Rutherford, dans son « Display of the Spiritual Antichrist ». Et c’est en de telles choses que consistaient les expériences des récents prophètes français et de leurs disciples. Et c’est en de telles choses que semble résider la religion des nombreuses sortes d’enthousiastes de nos jours. C’est principalement par une religion de cette sorte que Satan se déguise en ange de lumière ; et c’est ce dont il s’est toujours servi avec le plus de succès pour confondre les réveils religieux pleins d’espérance et de bonheur, depuis le commencement de l’Église chrétienne jusqu’à ce jour. Quand l’Esprit de Dieu est répandu pour commencer une œuvre glorieuse, alors le vieux serpent, aussi vite que possible et par tous les moyens, introduit cette religion bâtarde et la mêle à la vraie ; ce qui, de temps à autre, a bientôt jeté toutes choses dans la confusion. On ne se figure ni ne conçoit aisément ses conséquences pernicieuses, jusqu’à ce qu’on voie, avec stupeur, ses effets redoutables et la lamentable désolation qu’elle a causée. Si le réveil de la vraie religion est très grand à son commencement, et que pourtant ce bâtard s’y introduise, il y a danger qu’il fasse comme Abimélec, le bâtard de Gédéon, qui n’eut point de cesse qu’il n’eût tué les soixante-dix fils légitimes de celui-ci, à l’exception d’un seul qui fut contraint de s’enfuir. Grande et stricte doit donc être la vigilance et la garde que les ministres exercent contre de telles choses, surtout en un temps de grand réveil ; car les hommes, surtout le commun peuple, sont aisément ensorcelés par de telles choses, parce qu’elles ont une apparence si éclatante et si brillante de haute religion, et que le diable cache sa propre forme et apparaît comme un ange de lumière, afin que les hommes ne le craignent pas, mais l’adorent.

L’imagination ou fantaisie semble être ce en quoi se forment toutes ces illusions de Satan qui emportent ceux qui sont sous l’influence d’une fausse religion et de grâces et d’affections contrefaites. C’est ici le grand repaire du diable, le nid même des esprits impurs et trompeurs. Il est fort douteux que le diable puisse atteindre l’âme de l’homme pour l’affecter, ou y exciter quelque pensée ou mouvement, ou y produire quelque effet que ce soit, autrement que par la fantaisie, qui est cette puissance de l’âme par laquelle elle reçoit les espèces ou idées des choses extérieures et sensibles, et en est le sujet. Quant aux lois et aux moyens que le Créateur a établis pour le commerce et la communication des esprits sans corps, nous n’en savons rien ; nous ne savons pas par quel intermédiaire ils se manifestent leurs pensées les uns aux autres, ou excitent des pensées les uns chez les autres. Mais quant aux esprits qui sont unis à des corps, les corps auxquels Dieu les a unis sont leur moyen de communication. Ils n’ont pas d’autre moyen d’agir sur les autres créatures, ou de subir leur action, que le corps. On ne doit donc pas supposer que Satan puisse exciter quelque pensée ou produire quelque effet dans l’âme de l’homme autrement que par quelque mouvement des esprits animaux, ou en causant quelque mouvement ou altération en quelque chose qui appartient au corps. Il y a cette raison de penser que le diable ne peut produire des pensées dans l’âme immédiatement, ou autrement que par l’intermédiaire du corps, à savoir qu’il ne peut voir ni connaître immédiatement les pensées de l’âme : l’Écriture déclare abondamment que cela n’appartient qu’au Dieu omniscient. Or il n’est pas vraisemblable que le diable puisse produire immédiatement un effet qui échappe à sa vue immédiate. Il semble déraisonnable de supposer que son action immédiate échappe à sa propre vue, ou qu’il lui soit impossible de voir ce qu’il fait lui-même immédiatement. N’est-il pas déraisonnable de supposer qu’un esprit ou agent intelligent produise, par l’acte de sa volonté, des effets selon son entendement ou conformes à ses propres pensées, et cela immédiatement, et que pourtant les effets produits soient hors de la portée de son entendement, ou là où il ne peut avoir aucune perception ni aucun discernement immédiat ? Mais s’il en est ainsi, si le diable ne peut produire des pensées dans l’âme immédiatement, ou autrement que par les esprits animaux ou par le corps, il s’ensuit qu’il ne produit jamais rien dans l’âme que par l’imagination ou fantaisie, ou en excitant des idées extérieures. Car nous savons que les altérations du corps n’excitent immédiatement dans l’esprit aucune autre sorte d’idées que des idées extérieures, ou des idées des sens extérieurs, ou des idées qui sont de la même nature extérieure. Quant à la réflexion, à l’abstraction, au raisonnement, etc., et aux pensées et mouvements intérieurs qui sont les fruits de ces actes de l’esprit, ils ne sont pas les effets prochains des impressions faites sur le corps. De sorte que ce ne peut être que par l’imagination que Satan a accès à l’âme pour la tenter et la séduire, ou pour lui suggérer quoi que ce soit.5555 « L’imagination est cette chambre de l’âme où le diable apparaît souvent. À la vérité (pour parler exactement), le diable n’a aucun pouvoir efficient sur la partie raisonnable de l’homme : il ne peut changer la volonté, il ne peut altérer le cœur de l’homme. De sorte que tout ce qu’il peut faire, en tentant un homme au péché, se réduit à la persuasion et à la suggestion. Mais comment le diable le fait-il ? En agissant sur l’imagination. Il observe le tempérament et la constitution corporelle d’un homme ; et là-dessus il suggère des choses à sa fantaisie et y lance ses traits enflammés, par lesquels l’esprit finira par être travaillé. Ainsi le diable, bien qu’il n’ait aucune efficace impérieuse sur ta volonté, peut cependant agiter et mouvoir ton imagination ; et toi, étant naturellement dépourvu de grâce, tu ne peux résister à ces suggestions : de là vient que tout péché dans ton imagination, bien qu’il ne soit encore que dans les dehors de l’âme, s’empare bientôt de tout. Et c’est en vérité par ce moyen que naissent ces horribles illusions qui se trouvent dans beaucoup de voies erronées de religion ; tout vient de ce que leurs imaginations sont corrompues. Bien plus, combien souvent ces illusions diaboliques de l’imagination sont-elles prises pour l’opération de grâce de l’Esprit de Dieu ! C’est de là que beaucoup ont prétendu à des enthousiasmes : ils laissent les Écritures et s’attachent entièrement à ce qu’ils perçoivent et sentent au-dedans d’eux. » Burgess on Original Sin, p. 369.
Le grand Turretin, traitant cette question : Quel est le pouvoir des anges ? dit : « Quant aux corps, il n’y a pas de doute qu’ils ne puissent beaucoup sur toutes sortes de corps élémentaires et sublunaires, pour les mouvoir localement et les agiter diversement. Il est certain aussi qu’ils peuvent agir sur les sens externes et internes, pour les exciter ou pour les lier. Mais quant à l’âme raisonnable elle-même, ils ne peuvent rien sur elle immédiatement ; car c’est à Dieu seul, qui connaît et sonde les cœurs et qui les tient en sa main, qu’il appartient aussi de les incliner et de les mouvoir où il veut. Mais les anges ne peuvent agir sur l’âme raisonnable que médiatement, par les imaginations. » Theolog. Elench. Loc. VII. Quest. 7. Et cela semble être la raison pour laquelle les personnes atteintes de la maladie de la mélancolie sont communément si visiblement et si remarquablement sujettes aux suggestions et aux tentations de Satan : c’est une maladie qui affecte particulièrement les esprits animaux et qui s’accompagne d’une faiblesse de cette partie du corps qui est la source des esprits animaux, à savoir le cerveau, lequel est pour ainsi dire le siège de la fantaisie. C’est par les impressions faites sur le cerveau que des idées quelconques sont excitées dans l’esprit, par le mouvement des esprits animaux ou par quelque changement survenu dans le corps. Le cerveau étant ainsi affaibli et malade, il est moins soumis au commandement des facultés supérieures de l’âme, cède plus aisément aux impressions extérieures, et est subjugué par les mouvements désordonnés des esprits animaux ; et ainsi le diable a plus d’avantage pour affecter l’esprit en agissant sur l’imagination. Et c’est ainsi que Satan, lorsqu’il jette ces suggestions horribles dans l’esprit de beaucoup de mélancoliques, sans qu’ils y soient pour rien eux-mêmes, le fait en excitant des idées imaginaires, soit de quelques paroles ou phrases effroyables, soit d’autres idées extérieures horribles. Et lorsqu’il tente d’autres personnes qui ne sont pas mélancoliques, il le fait en présentant à l’imagination, d’une manière vive et séduisante, les objets de leurs convoitises, ou en excitant des idées de paroles, et par elles des pensées ; ou en suscitant l’imagination d’actions, d’événements, de circonstances extérieurs, etc. Innombrables sont les voies par lesquelles l’esprit pourrait être mené à toutes sortes de mauvaises pensées en excitant des idées extérieures dans l’imagination.

Si l’on ne fait pas bonne garde à ces avenues de Satan, par lesquelles il a accès à l’âme pour la tenter et la séduire, on aura vraisemblablement assez affaire à lui. Et surtout si, au lieu de se garder de lui, on s’ouvre à lui, on le cherche et on l’invite, parce qu’il apparaît comme un ange de lumière et contrefait les illuminations et les grâces de l’Esprit de Dieu par des chuchotements intérieurs, des suggestions immédiates de faits et d’événements, des voix agréables, de belles images et d’autres impressions sur l’imagination. Il y en a beaucoup qui sont abusés par de telles choses, qui en sont enflés d’orgueil et les recherchent, qui en ont une suite continuelle et peuvent les avoir presque quand ils veulent ; et surtout quand leur orgueil et leur vaine gloire en ont le plus besoin, pour en faire étalage devant la compagnie. Il en est d’eux à peu près comme de ceux qui font profession de l’art de dire où se trouvent les choses perdues, par des impressions faites sur leur imagination : comme ils s’ouvrent au diable, il est toujours là pour leur donner l’impression désirée.

Avant d’achever ce que je voulais dire sur ce chapitre des imaginations qui contrefont la lumière spirituelle, et des affections qui en naissent, je voudrais de nouveau (pour prévenir tout malentendu sur ce qui a été dit) demander qu’on remarque que je suis loin de décider qu’aucune affection n’est spirituelle dès lors qu’elle est accompagnée d’idées imaginaires. Telle est la nature de l’homme qu’il ne peut guère penser intensément à quoi que ce soit sans quelque sorte d’idées extérieures. Elles naissent et s’interposent inévitablement dans le cours des pensées d’un homme, bien que souvent elles soient très confuses et ne soient pas ce à quoi l’esprit prête attention. Lorsque l’esprit est fortement engagé et les pensées intenses, souvent l’imagination est plus forte et l’idée extérieure plus vive, surtout chez des personnes d’une certaine constitution corporelle. Mais il y a une grande différence entre ces deux choses, à savoir des imaginations vives naissant d’affections fortes, et des affections fortes naissant d’imaginations vives. Le premier cas peut se présenter, et se présente sans doute souvent, dans les affections véritablement saintes et produites par la grâce. Les affections ne naissent pas de l’imagination et n’en dépendent nullement ; mais au contraire, l’imagination n’est que l’effet accidentel, ou la conséquence, de l’affection, à cause de l’infirmité de la nature humaine. Mais lorsque c’est le second cas, comme il arrive souvent, que l’affection naît de l’imagination et est bâtie sur elle comme sur son fondement, au lieu d’une illumination ou d’une découverte spirituelle, alors l’affection, si élevée qu’elle soit, est sans valeur et vaine. Et c’est là le but de ce qui vient d’être dit des impressions sur l’imagination. Cela remarqué, je passe à une autre marque des affections de grâce.

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