Chapitre 13 · 36 min de lecture · 46 min d’écoute
XI. Ce n’est un signe ni que des affections soient bonnes, ni qu’elles soient mauvaises, qu’elles rendent ceux qui les éprouvent extrêmement assurés que ce qu’ils ressentent est divin, et qu’ils sont dans un bon état
XI. Ce n’est un signe ni que des affections soient bonnes, ni qu’elles soient mauvaises, qu’elles rendent ceux qui les éprouvent extrêmement assurés que ce qu’ils ressentent est divin, et qu’ils sont dans un bon état.
Certains font valoir contre des personnes, comme preuve qu’elles sont dans l’illusion, qu’elles prétendent être assurées de leur bon état et être élevées au-dessus de tout doute quant à la faveur de Dieu ; ils supposent qu’il ne faut point s’attendre à trouver dans l’Église de Dieu une chose telle qu’une pleine et absolue assurance de l’espérance, si ce n’est en quelques circonstances tout à fait extraordinaires, comme dans le cas du martyre ; ce qui est contraire à la doctrine des protestants, que leurs plus célèbres écrivains ont soutenue contre les papistes, et contraire aux témoignages les plus clairs de l’Écriture. Il est manifeste que c’était chose commune, pour les saints dont l’Écriture nous donne l’histoire ou un récit particulier, d’avoir l’assurance. Dieu révéla et attesta de la manière la plus claire et la plus positive sa faveur particulière à Noé, à Abraham, à Isaac, à Jacob, à Moïse, à Daniel et à d’autres. Job parle souvent de sa sincérité et de sa droiture avec la plus grande confiance et la plus grande assurance qu’on puisse imaginer, prenant souvent Dieu à témoin ; et il dit clairement : « je sais que mon rédempteur est vivant, et que je le verrai moi-même, et non un autre », Job 19:25, etc. David, dans tout le livre des Psaumes, parle presque partout sans la moindre hésitation, et de la manière la plus positive, de Dieu comme de son Dieu, se glorifiant en lui comme en sa portion et son héritage, son rocher et sa confiance, son bouclier, son salut et sa haute retraite, et ainsi de suite. Ézéchias en appelle à Dieu comme quelqu’un qui savait qu’il avait marché devant lui avec fidélité et intégrité de cœur, 2 Rois 20:3. Jésus-Christ, dans son discours d’adieu à ses onze disciples, aux chapitres 14, 15 et 16 de Jean (qui fut pour ainsi dire le testament et les dernières volontés de Christ envers ses disciples et envers toute son Église), leur déclare souvent son amour particulier et éternel dans les termes les plus clairs et les plus positifs, et leur promet de la manière la plus absolue qu’ils auront part un jour avec lui à sa gloire ; et il leur dit en même temps qu’il le fait afin que leur joie soit parfaite : Jean 15:11, « Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. » Voyez aussi, à la conclusion de tout son discours, chap. 16:33 : « Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi. Vous aurez des tribulations dans le monde; mais prenez courage, j’ai vaincu le monde. » Christ ne craignait pas de leur parler trop clairement ni trop positivement ; il ne voulait pas les tenir le moins du monde en suspens. Et il conclut ce dernier discours par une prière faite en leur présence, où il parle positivement à son Père de ces onze disciples, comme l’ayant tous connu d’une connaissance salutaire, ayant cru en lui, reçu et gardé sa parole ; il dit qu’ils n’étaient pas du monde, qu’il se sanctifiait lui-même pour eux, et que sa volonté était qu’ils fussent avec lui dans sa gloire ; et il dit à son Père qu’il prononçait ces paroles dans sa prière afin que sa joie fût accomplie en eux, verset 13. Il est évident par là qu’il est conforme aux desseins de Christ, et à l’ordre et à la disposition qu’il a établis dans son Église, qu’une provision suffisante et abondante soit faite pour que ses saints puissent avoir la pleine assurance de leur gloire future.
L’apôtre Paul, dans toutes ses épîtres, parle sur un ton d’assurance ; il parle toujours positivement de sa relation particulière avec Christ, son Seigneur, son Maître et son Rédempteur, et de la part qu’il a à la récompense future comme de l’attente qu’il en a. Il serait sans fin de relever tous les passages qu’on pourrait énumérer ; je n’en mentionnerai que trois ou quatre : Galates 2:20, « c’est Christ qui vit en moi; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi » ; Philippiens 1:21, « Christ est ma vie, et la mort m’est un gain » ; 2 Timothée 1:12, « je sais en qui j’ai cru, et je suis persuadé qu’il a la puissance de garder mon dépôt jusqu’à ce jour-là » ; 2 Timothée 4:7, 8, « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi. Désormais la couronne de justice m’est réservée; le Seigneur, le juste juge, me la donnera dans ce jour-là. »
Et la nature de l’alliance de grâce, ainsi que les fins que Dieu a déclarées dans l’institution et l’ordonnance des choses de cette alliance, montrent clairement que le dessein de Dieu est de pourvoir amplement à ce que les saints aient une espérance assurée de la vie éternelle tandis qu’ils vivent ici-bas sur la terre. Car tout, dans cette alliance, est ordonné et disposé de telle sorte que chaque chose soit rendue sûre de la part de Dieu. L’alliance est « En tous points bien réglée et offrant pleine sécurité » : les promesses sont des plus complètes, très souvent répétées et présentées de diverses manières ; il y a beaucoup de témoins et beaucoup de sceaux ; et Dieu a confirmé ses promesses par un serment. Et le dessein déclaré de Dieu en tout cela, c’est que les héritiers des promesses aient une espérance exempte de doute et une joie pleine dans l’assurance de leur gloire future. Hébreux 6:17, 18, « C’est pourquoi Dieu, voulant montrer avec plus d’évidence aux héritiers de la promesse l’immuabilité de sa résolution, intervint par un serment, afin que, par deux choses immuables, dans lesquelles il est impossible que Dieu mente, nous trouvions un puissant encouragement, nous dont le seul refuge a été de saisir l’espérance qui nous était proposée. » Mais tout cela serait vain, pour une fin telle que le puissant encouragement des saints et leur espérance d’obtenir la gloire future, si, dans les cas ordinaires, ils ne pouvaient s’assurer de la part qu’ils ont à ces promesses certaines. Car les promesses et les serments de Dieu, si sûrs qu’ils soient, ne peuvent donner une ferme espérance et une consolation à une personne en particulier qu’autant qu’elle peut savoir que ces promesses lui sont faites. Et c’est en vain qu’il a été pourvu en Jésus-Christ à ce que les croyants soient rendus parfaits sous le rapport de la conscience, comme il est indiqué en Hébreux 9:9, si l’on ne peut parvenir à l’assurance d’être délivré de la culpabilité du péché.
Il apparaît en outre que l’assurance n’est pas seulement accessible dans quelques cas tout à fait extraordinaires, mais que tous les chrétiens reçoivent l’ordre de s’appliquer avec tout le zèle possible à affermir leur vocation et leur élection, et qu’on leur dit comment ils peuvent le faire, 2 Pierre 1:5-8. Et l’on parle comme d’une chose tout à fait indigne des chrétiens, et comme de l’indice de quelque chose de très blâmable en eux, de ne pas savoir si Christ est en eux ou non : 2 Corinthiens 13:5, « Ne reconnaissez-vous pas que Jésus-Christ est en vous? À moins peut-être que vous ne soyez réprouvés. » Et il est sous-entendu que c’est la marque d’une négligence très blâmable chez les chrétiens, s’ils pratiquent le christianisme de manière à demeurer incertains de la récompense, en 1 Corinthiens 9:26 : « Moi donc, je cours, non pas comme à l’aventure ». Et, pour n’en pas dire davantage, il est manifeste que la connaissance qu’ont les chrétiens de leur part aux bienfaits salutaires du christianisme est une chose ordinairement accessible, puisque l’apôtre nous dit par quel moyen les chrétiens (et non pas seulement les apôtres et les martyrs) avaient coutume de la connaître : 1 Corinthiens 2:12, « Or nous, nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce. » Et 1 Jean 2:3, « Si nous gardons ses commandements, par là nous savons que nous l’avons connu. » Et verset 5, « par là nous savons que nous sommes en lui ». Chap. 3:14, « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères » ; v. 19, « Par là nous connaîtrons que nous sommes de la vérité, et nous rassurerons nos cœurs devant lui » ; v. 24, « nous connaissons qu’il demeure en nous par l’Esprit qu’il nous a donné ». De même chap. 4:13, et chap. 5:2, et verset 19.
Il serait donc tout à fait déraisonnable de décider que des personnes sont des hypocrites et que leurs affections sont mauvaises parce qu’elles semblent hors de doute quant à leur propre salut, et que les affections qu’elles éprouvent semblent bannir toute crainte de l’enfer.
D’autre part, ce n’est pas une raison suffisante pour décider que des hommes sont des saints, et que leurs affections sont de grâce, que les affections qu’ils ont soient accompagnées d’une extrême assurance que leur état est bon et que leurs affections sont divines.2727 « Ô professant, regardez avec soin à votre fondement : “Ne t’abandonne pas à l’orgueil, mais crains.” Vous avez peut-être fait et souffert bien des choses dans la religion et pour elle ; vous avez d’excellents dons et de douces consolations, un zèle ardent pour Dieu et une haute confiance en votre intégrité : tout cela peut être vrai, pour autant que je le sache, ou (peut-être) que vous le sachiez ; mais il est possible néanmoins que ce soit faux. Vous vous êtes parfois jugés vous-mêmes, et vous vous êtes déclarés droits ; mais souvenez-vous que votre sentence finale n’a pas encore été prononcée par votre Juge. Et si Dieu vous pesait de nouveau dans sa balance plus équitable, et disait : Mene Tekel, “Tu as été pesé dans la balance, et tu as été trouvé léger” ? Quel homme confondu seras-tu sous une telle sentence ! Quae splendent in conspectu hominis, sordent in conspectu judicis ; ce qui brille aux yeux des hommes est souillé aux yeux du juge ; ce qui est élevé parmi les hommes est une abomination devant Dieu : il ne considère pas ce que l’homme considère. Ton cœur peut être faux sans que tu le saches ; oui, il peut être faux alors que tu es fermement assuré de son intégrité. »—Flavel, La Pierre de touche de la sincérité, chap. 2, sect. 5.
« Certains hypocrites sont beaucoup plus assurés que bien des saints. »—Stoddard, Discours sur le moyen de connaître la sincérité et l’hypocrisie, p. 128. On ne peut rien conclure avec certitude de leur assurance, quelque grande et forte qu’elle paraisse. Si nous voyons un homme qui appelle hardiment Dieu son Père, et qui use ordinairement dans la prière du langage le plus hardi, le plus familier et le plus possessif : « Mon Père, mon cher Rédempteur, mon doux Sauveur, mon Bien-Aimé », et autres semblables ; s’il lui est ordinaire d’employer devant les hommes les expressions les plus assurées sur la bonté de son état, telles que : « Je sais certainement que Dieu est mon Père ; je sais aussi sûrement qu’il y a un Dieu au ciel qu’il est mon Dieu ; je sais que j’irai au ciel aussi bien que si j’y étais déjà ; je sais que Dieu se manifeste maintenant à mon âme et qu’il me sourit maintenant » ; s’il semble en avoir fini pour toujours avec toute recherche ou tout examen de son état, comme d’une chose suffisamment connue et hors de doute, et s’il méprise tous ceux qui insinuent ou suggèrent seulement qu’il y a quelque raison de douter ou de craindre que tout ne soit pas en ordre : de telles choses ne sont nullement des signes qu’il en soit réellement comme il en est assuré.2828 « L’œuvre de la foi porte-t-elle, chez certains croyants, sur ses plus hautes branches les fruits pleinement mûrs d’une bienheureuse assurance ? Voyez quelle forte confiance, quelles persuasions hautement édifiées d’avoir part à Dieu se sont parfois trouvées chez des hommes non sanctifiés ! Oui, cette fausse assurance peut être si forte qu’ils osent hardiment s’aventurer jusqu’au tribunal de Dieu et l’y défendre. L’Esprit de Dieu remplit-il le cœur du croyant assuré d’une joie ineffable et glorieuse, lui donnant, par la foi, une prélibation ou un avant-goût du ciel lui-même dans ces prémices ? Combien en approche ce que l’apôtre suppose pouvoir se trouver chez des apostats ! »—Flavel, L’Agriculture spiritualisée, chap. 12. Une assurance aussi impérieuse, aussi arrogante et aussi violente que celle-là, si empressée à se déclarer avec un éclat très voyant aux yeux des hommes, telle qu’on la voit chez beaucoup, n’a pas la physionomie d’une véritable assurance chrétienne : elle sent davantage l’esprit des pharisiens, qui ne doutaient jamais d’être des saints, et les plus éminents des saints, qui avaient la hardiesse d’aller à Dieu, de s’approcher tout près de lui, de lever les yeux et de lui rendre grâces de la grande distinction qu’il avait mise entre eux et les autres hommes ; et qui, lorsque Christ insinua qu’ils étaient aveugles et sans grâce, méprisèrent cette insinuation : Jean 9:40, « Quelques pharisiens qui étaient avec lui, ayant entendu ces paroles, lui dirent: Nous aussi, sommes-nous aveugles? » Si, avec leur assurance, ils avaient eu davantage l’esprit du publicain, qui, dans le sentiment de son extrême indignité, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux au ciel, mais se frappait la poitrine et s’écriait sur lui-même comme sur un pécheur, leur assurance aurait eu davantage l’aspect de celle d’un homme qui se confie et espère humblement en Christ, et qui n’a aucune confiance en lui-même.
Si seulement nous considérons ce que sont les cœurs des hommes naturels, sous la domination de quels principes ils se trouvent, quel aveuglement et quelle tromperie, quelle flatterie de soi, quelle exaltation de soi et quelle confiance en soi y règnent, nous ne devons nullement nous étonner que leur haute opinion d’eux-mêmes et leur assurance d’être dans une heureuse condition soient hautes et fortes comme des montagnes, et violentes comme une tempête, dès que la conscience est aveuglée et les convictions étouffées par de fausses affections élevées, et que les principes dont nous venons de parler sont lâchés, nourris et excités par de fausses joies et de fausses consolations, suscitées par quelques imaginations agréables qu’imprime Satan, qui se déguise en ange de lumière.
Une fois que l’hypocrite est ainsi établi dans une fausse espérance, il n’a pas ces choses qui l’amèneraient à mettre son espérance en question, et qui sont souvent l’occasion des doutes des vrais saints ; ainsi, premièrement, il n’a pas cet esprit de précaution, ce vif sentiment de l’extrême importance d’un fondement sûr, ni cette crainte d’être trompé. Les consolations des vrais saints accroissent la vigilance et la précaution, ainsi qu’un vif sentiment de la gravité qu’il y a à comparaître devant un Juge infiniment saint, juste et omniscient. Mais les fausses consolations mettent fin à ces choses et engourdissent terriblement l’esprit. Deuxièmement, l’hypocrite n’a pas la connaissance de son propre aveuglement et de la tromperie de son propre cœur, ni cette humble opinion de son propre entendement qu’a le vrai saint. Ceux qui sont abusés par de fausses découvertes et de fausses affections ont toujours une haute idée de leur lumière et de leur entendement. Troisièmement, le diable n’attaque pas l’espérance de l’hypocrite comme il attaque celle du vrai saint. Le diable est un grand ennemi de la véritable espérance chrétienne, non seulement parce qu’elle contribue grandement à la consolation de celui qui la possède, mais aussi parce qu’elle est d’une nature sainte et céleste, qu’elle tend grandement à développer et à entretenir la grâce dans le cœur, et qu’elle est un puissant aiguillon à l’exactitude et à la diligence dans la vie chrétienne. Mais il n’est point ennemi de l’espérance de l’hypocrite, qui, plus que toute autre chose, affermit l’empire qu’il a sur celui qui la possède. L’hypocrite peut garder son espérance sans opposition aussi longtemps qu’il vit, sans que le diable la trouble jamais ni tente de la troubler. Mais il n’y a peut-être pas un seul vrai chrétien dont l’espérance ne soit attaquée par lui. Satan attaqua Christ lui-même sur ce point, savoir s’il était ou non le Fils de Dieu ; et le serviteur n’est pas plus que son Maître, ni le disciple plus que son Seigneur ; il suffit au disciple, fût-il le plus privilégié en ce monde, d’être comme son Maître. Quatrièmement, celui qui a une fausse espérance n’a pas cette vue de ses propres corruptions qu’a le saint. Un vrai chrétien a dix fois plus affaire avec son cœur et ses corruptions que l’hypocrite ; et les péchés de son cœur et de sa conduite lui apparaissent dans toute leur noirceur ; ils lui semblent affreux ; et il lui paraît souvent fort mystérieux qu’une grâce quelconque puisse être compatible avec une telle corruption, ou se trouver dans un tel cœur. Mais une fausse espérance cache la corruption, la recouvre entièrement, et l’hypocrite se voit pur et éclatant à ses propres yeux.
Il y a deux sortes d’hypocrites : les uns sont trompés par leur moralité extérieure et leur religion du dehors ; beaucoup d’entre eux sont arminiens déclarés quant à la doctrine de la justification ; les autres sont trompés par de fausses découvertes et de faux transports ; ils décrient souvent les œuvres et la propre justice des hommes, et parlent beaucoup de la grâce gratuite, mais en même temps ils se font une justice de leurs découvertes et de leur humiliation, et s’élèvent par elles jusqu’au ciel. Ces deux espèces d’hypocrites, M. Shepard, dans son exposition de la parabole des dix vierges, les distingue sous le nom d’hypocrites légaux et d’hypocrites évangéliques ; et il parle souvent des seconds comme des pires. Et il est évident que ces derniers sont ordinairement de beaucoup les plus assurés dans leur espérance, et ceux qu’on en détache le plus difficilement : de toute ma vie, je n’ai guère connu l’exemple d’un seul d’entre eux qui ait été détrompé. Les principaux fondements de l’assurance de beaucoup d’entre eux sont exactement le même genre d’impulsions et de prétendues révélations (parfois accompagnées de textes de l’Écriture, parfois sans) que tant de gens ont eues ces derniers temps au sujet d’événements futurs ; ils appellent ces impulsions touchant leur bon état le témoignage de l’Esprit, se méprenant entièrement sur la nature du témoignage de l’Esprit, comme je le montrerai plus loin. Ceux qui ont eu des visions et des impulsions sur d’autres choses, c’était en général pour leur révéler des choses qu’ils désiraient et qu’ils chérissaient ; et il n’est pas étonnant que des personnes qui prêtent attention à de telles choses aient le même genre de visions ou d’impressions touchant leur propre salut éternel, pour leur révéler que leurs péchés leur sont pardonnés, que leurs noms sont écrits dans le livre de vie, qu’elles sont en haute faveur auprès de Dieu, etc. ; et surtout lorsqu’elles recherchent, attendent et espèrent ardemment, par cette voie, la preuve de leur élection et de leur salut, comme la preuve la plus sûre et la plus glorieuse qui soit. Il n’est pas étonnant non plus que, lorsqu’elles ont une telle prétendue révélation de leur bon état, cela fasse naître en elles le plus haut degré d’assurance. Une abondante expérience montre que ceux qui se laissent entraîner par des impulsions et des révélations imaginaires sont extrêmement assurés : ils supposent que le grand Jéhovah leur a déclaré telles et telles choses ; et, puisqu’ils ont son témoignage immédiat, une forte assurance est à leurs yeux la plus haute vertu. De là vient qu’ils osent dire : Je sais ceci ou cela — je le sais certainement — j’en suis aussi sûr que de ma propre existence, et ainsi de suite ; et ils méprisent en ce cas tout raisonnement et tout examen. Et, plus que tout le reste, il est aisé de comprendre que des impressions et des impulsions touchant une chose si agréable, si conforme à leur amour-propre et à leur orgueil, que d’être les chers enfants de Dieu, distingués par sa faveur de la plupart des hommes, les rendent fortement assurés ; surtout lorsqu’avec leurs impulsions et leurs révélations ils ont des affections élevées, qu’ils prennent pour les exercices les plus éminents de la grâce. J’ai connu plusieurs personnes qui avaient conçu un désir passionné de quelque chose de nature temporelle, sous l’effet d’une violente passion qui s’était emparée d’elles ; elles poursuivaient ardemment ce qu’elles désiraient voir arriver, rencontraient de grandes difficultés et beaucoup de découragements, mais finirent par avoir une impression, ou une prétendue révélation, qu’elles obtiendraient ce qu’elles cherchaient ; et elles la regardèrent comme une promesse certaine du Très-Haut, ce qui les rendit assurées de la manière la plus ridicule, contre toute espèce de raison propre à les convaincre du contraire, et contre tous les événements qui tournaient contre elles. Et rien n’empêche que des personnes qui recherchent leur salut ne soient trompées par de semblables impressions illusoires, et n’en deviennent assurées de la même manière.
L’assurance de beaucoup de ces hypocrites, que M. Shepard appelle hypocrites évangéliques, ressemble à l’assurance de certains fous qui se croient rois ; ils la maintiendront contre toute espèce de raison et d’évidence. Et, en un sens, elle est beaucoup plus inébranlable qu’une assurance vraiment de grâce ; une véritable assurance ne se soutient que si l’âme est gardée dans une disposition sainte et que la grâce est maintenue dans un exercice vivant. Si les actes de la grâce déclinent beaucoup chez le chrétien, et qu’il tombe dans une disposition sans vie, il perd son assurance ; mais cette sorte d’assurance des hypocrites ne sera pas ébranlée par le péché ; ils (du moins certains d’entre eux) garderont leur hardiesse dans leur espérance au milieu des dispositions les plus corrompues et des voies les plus méchantes ; ce qui est une preuve certaine de leur illusion.2929 M. Shepard en parle comme d’une « paix présomptueuse, que les mauvaises œuvres n’interrompent ni ne rompent ». Et il dit que « l’esprit soupirera, et ne chantera pas, dans ce sein d’où s’échappent des dispositions et des passions corrompues ». Et que, « bien que les hommes, en de telles dispositions, puissent sembler garder la consolation de l’Esprit et ne pas soupçonner leur hypocrisie, sous prétexte de se confier en la miséricorde du Seigneur, ils ne peuvent cependant échapper à la condamnation du monde » ; La Parabole des dix vierges, 1re partie, p. 139.
Le Dr Ames en parle comme d’une chose par laquelle la paix d’un méchant peut être distinguée de la paix d’un homme pieux : « la paix d’un méchant continue, qu’il accomplisse ou non les devoirs de la piété et de la justice, pourvu qu’il évite les crimes qui paraissent horribles à la nature elle-même. » Cas de conscience, livre III, chap. VII.
Et ici je ne puis m’empêcher de faire observer qu’il y a certaines doctrines souvent prêchées au peuple qui demandent à être présentées avec plus de précaution et d’explication qu’on ne le fait souvent ; car, telles que beaucoup les comprennent, elles tendent grandement à affermir cette illusion et cette fausse assurance des hypocrites. Les doctrines dont je parle sont celles-ci : « que les chrétiens vivent par la foi, et non par la vue ; qu’ils donnent gloire à Dieu en se confiant en lui dans les ténèbres ; qu’ils vivent de Christ, et non de leurs expériences ; qu’ils ne font pas de leurs bonnes dispositions le fondement de leur foi » ; doctrines excellentes et importantes, à vrai dire, quand on les entend bien, mais corrompues et pernicieuses telles que beaucoup les entendent. L’Écriture ne parle de vivre ou de marcher par la foi, et non par la vue, en aucun autre sens que ceux-ci, savoir : être gouverné par le regard porté sur les choses éternelles, qui sont les objets de la foi et ne se voient pas, et non par le regard porté sur les choses temporelles, qui se voient ; croire les choses révélées que nous n’avons jamais vues de nos yeux corporels ; et aussi vivre par la foi en la promesse des choses futures, sans voir encore ni posséder les choses promises, ni savoir de quelle manière elles peuvent s’accomplir. Cela sera aisément évident pour quiconque parcourt les passages de l’Écriture qui opposent la foi à la vue, comme 2 Corinthiens 4:18 et 5:7 ; Hébreux 11:1, 8, 13, 17, 27, 29 ; Romains 8:24 ; Jean 20:29. Mais cette doctrine, telle que beaucoup l’entendent, consiste à dire que les chrétiens doivent croire fermement en Christ et se confier en lui sans vue ni lumière spirituelle, bien qu’ils soient dans une disposition sombre et morte, et qu’ils n’aient pour le moment aucune expérience ni découverte spirituelle. Et c’est assurément le devoir de ceux qui sont ainsi dans les ténèbres de sortir des ténèbres pour venir à la lumière, et de croire. Mais qu’ils doivent croire et se confier avec assurance tandis qu’ils demeurent encore sans lumière ni vue spirituelle, c’est là une doctrine antiscripturaire et absurde. L’Écriture ne connaît aucune foi en Christ, de l’opération de Dieu, qui ne soit fondée sur une vue spirituelle de Christ. Cette foi en Christ qui accompagne un titre à la vie éternelle est celle de quiconque « voit le Fils et croit en lui », Jean 6:40. La vraie foi en Christ ne s’exerce jamais au-delà de la mesure où l’on « contemple comme dans un miroir la gloire du Seigneur, et où l’on a la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Christ », 2 Corinthiens 3:18 et 4:6. Ceux dans l’esprit desquels « la splendeur de l’Évangile de la gloire de Christ, qui est l’image de Dieu, ne brille pas, ne croient pas », 2 Corinthiens 4:4. Cette foi qui est sans lumière spirituelle n’est pas la foi des enfants de la lumière et du jour, mais la présomption des enfants des ténèbres. C’est pourquoi presser et exhorter les gens à croire sans aucune lumière ni vue spirituelle tend grandement à favoriser les illusions du prince des ténèbres. Non seulement les hommes ne peuvent exercer la foi sans quelque lumière spirituelle, mais ils ne peuvent l’exercer que dans la mesure exacte de la lumière spirituelle qu’ils ont. Les hommes ne se confieront en Dieu qu’autant qu’ils le connaissent ; et ils ne peuvent être dans l’exercice de la foi en lui d’un iota au-delà de la vue qu’ils ont de sa plénitude et de sa fidélité en exercice. Ils ne peuvent non plus exercer la confiance en Dieu qu’autant qu’ils sont dans une disposition de grâce. Ceux qui sont dans une disposition morte et charnelle doivent sans doute se confier en Dieu, car ce serait la même chose que sortir de leur mauvaise disposition et se tourner vers Dieu ; mais exhorter les hommes à se confier avec assurance en Dieu, et à maintenir ainsi leur espérance et leur paix, bien qu’ils ne soient pas dans une disposition de grâce et qu’ils continuent de ne pas l’être, c’est en effet la même chose que les exhorter à se confier avec assurance en Dieu, mais non d’une confiance de grâce : et qu’est-ce là, sinon une présomption criminelle ? Il est tout aussi impossible aux hommes d’avoir une confiance forte ou vivante en Dieu quand ils n’ont pas d’exercices vivants de la grâce ni d’expériences chrétiennes sensibles, qu’il leur est impossible d’être dans les exercices vivants de la grâce sans les exercices de la grâce.
Il est vrai que c’est le devoir du peuple de Dieu de se confier en lui lorsqu’il est dans les ténèbres, et bien qu’il y demeure encore, en ce sens qu’il doit se confier en Dieu lorsque les aspects de sa providence sont sombres et semblent indiquer que Dieu l’a abandonné et n’entend pas ses prières ; que beaucoup de nuages s’amoncellent et que de nombreux ennemis l’environnent avec un aspect redoutable, menaçant de l’engloutir ; que tous les événements de la providence semblent lui être contraires et que toutes les circonstances semblent rendre difficile l’accomplissement des promesses de Dieu ; et qu’il faut se confier en Dieu hors de la vue, c’est-à-dire lorsque nous ne pouvons voir de quelle manière il lui est possible d’accomplir sa parole ; tout, hormis la simple parole de Dieu, fait paraître la chose improbable, de sorte que, si l’on croit, il faut espérer contre toute espérance. C’est ainsi que les anciens patriarches, et Job, et le psalmiste, et Jérémie, Daniel, Schadrac, Méschac et Abed-Nego, et l’apôtre Paul, donnèrent gloire à Dieu en se confiant en lui dans les ténèbres. Et nous avons de nombreux exemples d’une telle foi glorieuse et victorieuse au onzième chapitre des Hébreux. Mais combien cela est différent de se confier en Dieu sans vue spirituelle, tout en étant dans une disposition morte et charnelle !
Il arrive aussi que la lumière spirituelle soit introduite dans l’âme d’une manière, alors qu’elle ne l’est pas d’une autre ; et ainsi il arrive que les saints se confient en Dieu, et connaissent aussi leur bon état, alors qu’ils sont privés de certaines sortes d’expérience. Par exemple, ils peuvent avoir des vues claires de la suffisance et de la fidélité de Dieu, et ainsi se confier en lui avec assurance et savoir qu’ils sont ses enfants, sans avoir en même temps ces idées claires et douces de son amour qu’ils ont à d’autres moments : car il en fut ainsi de Christ lui-même dans sa dernière passion. Et ils peuvent avoir des vues étendues de la souveraineté, de la sainteté et de la toute-suffisance de Dieu, qui les rendent capables de se soumettre paisiblement à lui et d’exercer une espérance douce et très encourageante en la plénitude de Dieu, alors qu’ils ne sont pas convaincus de leur propre bon état. Mais combien ces choses sont différentes de se confier en Dieu avec assurance sans lumière ni expérience spirituelle !
Ceux qui insistent ainsi pour que l’on vive par la foi alors qu’on n’a aucune expérience et qu’on est dans de très mauvaises dispositions ont aussi des notions très absurdes de la foi. Ce qu’ils entendent par la foi, c’est croire qu’on est dans un bon état. De là vient qu’ils regardent comme un péché affreux de douter de son état, quelles que soient les dispositions où l’on se trouve et quelque mauvaises choses que l’on fasse, parce que ce serait le grand et odieux péché d’incrédulité ; et que l’homme le meilleur, celui qui fait le plus d’honneur à Dieu, est celui qui maintient l’espérance de son bon état avec le plus d’assurance et de fermeté quand il a le moins de lumière ou d’expérience, c’est-à-dire quand il est dans la disposition et la voie les pires et les plus méchantes ; parce que, à les en croire, c’est le signe qu’il est fortifié par la foi, donnant gloire à Dieu, et qu’espérant contre toute espérance, il croit. Mais dans quelle Bible apprennent-ils cette notion de la foi, selon laquelle elle consisterait pour un homme à croire avec assurance qu’il est dans un bon état ?3030 « Les hommes ne savent pas qu’ils sont pieux en croyant qu’ils sont pieux. Nous savons beaucoup de choses par la foi, Hébreux 11:3 : “C’est par la foi que nous reconnaissons que le monde a été formé par la parole de Dieu.” La foi est la démonstration des choses qu’on ne voit pas, Hébreux 11:1. C’est ainsi que les hommes connaissent la Trinité des personnes de la Divinité ; que Jésus-Christ est le Fils de Dieu ; que celui qui croit en lui aura la vie éternelle ; la résurrection des morts. Et si Dieu disait à un saint qu’il a la grâce, celui-ci pourrait le savoir en croyant à la parole de Dieu. Mais ce n’est pas de cette manière que les hommes pieux savent qu’ils ont la grâce. Cela n’est pas révélé dans la Parole, et l’Esprit de Dieu ne l’atteste pas à des personnes en particulier. » Stoddard, De la nature de la conversion salutaire, p. 83, 84. Si c’est là la foi, les pharisiens avaient la foi à un degré éminent ; et certains d’entre eux, Christ l’enseigne, commirent le péché impardonnable contre le Saint-Esprit. L’Écriture représente la foi comme ce par quoi les hommes sont amenés dans un bon état ; elle ne peut donc être la même chose que croire qu’on est déjà dans un bon état. Supposer que la foi consiste pour des personnes à croire qu’elles sont dans un bon état, c’est en effet la même chose que supposer que la foi consiste pour quelqu’un à croire qu’il a la foi, ou à croire qu’il croit.
Il est vrai que le doute des personnes au sujet de leur bon état peut, à plusieurs égards, provenir de l’incrédulité. Il peut venir de l’incrédulité, ou de ce qu’elles ont si peu de foi, qu’elles aient si peu de preuves de leur bon état : si elles avaient davantage l’expérience des actes de la foi, et par là davantage l’expérience de l’exercice de la grâce, elles auraient des preuves plus claires que leur état est bon, et ainsi leurs doutes seraient dissipés. Et puis leur doute au sujet de leur état peut venir de l’incrédulité de la manière suivante : lorsque, bien qu’il y ait en elles beaucoup de choses qui sont de bonnes preuves d’une œuvre de grâce, elles doutent fort cependant d’être réellement dans un état de faveur auprès de Dieu, parce que ce sont elles, si indignes, et qui ont tant fait pour provoquer la colère de Dieu contre elles. Leurs doutes, en pareil cas, proviennent de l’incrédulité, en ce qu’ils proviennent du manque d’un sentiment suffisant des richesses infinies de la grâce de Dieu et de la suffisance de Christ pour le premier des pécheurs, et d’une confiance suffisante en elles. Ils peuvent aussi venir de l’incrédulité lorsque ces personnes doutent de leur état à cause du mystère des voies de Dieu envers elles, ne pouvant concilier de telles dispensations avec la faveur de Dieu à leur égard ; ou lorsqu’elles doutent d’avoir aucune part aux promesses parce que, d’après l’aspect de la providence, ces promesses paraissent si peu susceptibles de s’accomplir, les difficultés qui se trouvent sur le chemin étant si nombreuses et si grandes. Un tel doute vient d’un manque de dépendance à l’égard de la toute-puissance de Dieu, de sa connaissance et de sa sagesse, infiniment au-dessus des leurs. Mais cependant, chez de telles personnes, leur incrédulité et leur doute au sujet de leur état ne sont pas la même chose, bien que l’un découle de l’autre.
Des personnes peuvent être fort blâmables de douter de leur état pour des raisons comme ces dernières ; et elles peuvent être blâmables de n’avoir pas plus de grâce, ni davantage d’exercices et d’expériences présentes de la grâce, qui leur soient une preuve de la bonté de leur état : les hommes sont sans doute blâmables d’être dans une disposition morte et charnelle ; mais lorsqu’ils sont dans une telle disposition, qu’ils n’ont aucune expérience sensible des exercices de la grâce, mais qu’au contraire ils sont fortement sous l’empire des convoitises et d’un esprit non chrétien, ils ne sont pas à blâmer de douter de leur état. Il est aussi impossible, dans la nature des choses, qu’une espérance sainte et chrétienne soit maintenue vivante dans sa clarté et dans sa force en de telles circonstances, qu’il est impossible de garder la lumière dans la chambre quand la chandelle est éteinte, ou de maintenir l’éclat du soleil dans l’air quand le soleil est couché. Des expériences lointaines, lorsqu’elles sont obscurcies par la convoitise et la corruption qui prévalent présentement, ne maintiennent jamais vivantes une confiance et une assurance de grâce ; mais celles-ci languissent et dépérissent, aussi nécessairement qu’un petit enfant sous des coups de marteau répétés sur la tête. Et il n’y a nullement lieu de déplorer que des personnes doutent de leur état en de telles circonstances ; au contraire, il est souhaitable, et à tous égards préférable, qu’elles en doutent. Il est conforme à cette sage et miséricordieuse ordonnance des choses que Dieu a établie qu’il en soit ainsi. Car Dieu a disposé et ordonné les choses, dans ses dispensations envers son propre peuple, de telle sorte que, lorsque leur amour décline et que ses exercices font défaut ou deviennent faibles, la crainte s’élève ; car alors ils en ont besoin pour les retenir loin du péché, pour les exciter à prendre soin du bien de leur âme, et pour les pousser ainsi à la vigilance et à la diligence dans la religion ; mais Dieu a ordonné que, lorsque l’amour s’élève et qu’il est dans un exercice vigoureux, la crainte s’évanouisse et soit chassée ; car alors ils n’en ont pas besoin, ayant en exercice un principe plus élevé et plus excellent pour les retenir loin du péché et les pousser à leur devoir. Parmi les principes sous l’influence desquels se trouve la nature humaine, il n’y en a pas d’autres qui rendent jamais les hommes consciencieux que l’un de ces deux-là : la crainte ou l’amour ; c’est pourquoi, si l’un des deux ne prévalait pas à mesure que l’autre décline, le peuple de Dieu, une fois tombé dans des dispositions mortes et charnelles, lorsque l’amour est endormi, serait vraiment exposé d’une manière lamentable ; aussi Dieu a-t-il sagement ordonné que ces deux principes opposés, l’amour et la crainte, s’élèvent et s’abaissent comme les deux plateaux opposés d’une balance : quand l’un monte, l’autre descend. Comme la lumière et les ténèbres se succèdent nécessairement et inévitablement — si la lumière prévaut, les ténèbres cessent d’autant, et pas davantage ; et si la lumière décline, les ténèbres prévalent d’autant —, ainsi en est-il dans le cœur d’un enfant de Dieu : si l’amour divin décline et s’endort, et que la convoitise prévale, la lumière et la joie de l’espérance s’éteignent, et la sombre crainte et le doute s’élèvent ; et si, au contraire, l’amour divin prévaut et entre dans un exercice vivant, il fait naître l’éclat de l’espérance et chasse la noire convoitise, et la crainte avec elle. L’amour est l’esprit d’adoption, ou le principe filial ; s’il sommeille, les hommes tombent sous la crainte, qui est l’esprit de servitude, ou le principe servile ; et ainsi inversement. Et s’il arrive que l’amour, ou l’esprit d’adoption, soit porté à un haut degré, il chasse entièrement toute crainte et donne la pleine assurance, conformément à cette parole de l’apôtre, 1 Jean 4:18 : « La crainte n’est pas dans l’amour, mais l’amour parfait bannit la crainte ». Ces deux principes opposés, la convoitise et le saint amour, font entrer l’espérance et la crainte dans le cœur des enfants de Dieu à proportion de leur prévalence, c’est-à-dire lorsqu’ils sont laissés à leur influence naturelle, sans l’intervention de quelque chose d’adventice ou d’accidentel, comme la maladie de la mélancolie, l’ignorance doctrinale, les préjugés de l’éducation, un enseignement erroné, de faux principes, des tentations particulières, etc.
La crainte n’est chassée par l’Esprit de Dieu d’aucune autre manière que par la prévalence de l’amour ; et elle n’est jamais entretenue par son Esprit qu’au moment où l’amour est endormi. En un tel temps, c’est en vain que le saint s’examine lui-même et scrute ses expériences passées pour affermir sa paix et obtenir l’assurance. Car il est contraire à la nature des choses, telle que Dieu l’a constituée, qu’il ait l’assurance en un tel temps.
Ceux-là donc contrarient directement la sage et miséricordieuse ordonnance des choses établie par Dieu, qui exhortent les autres à être assurés dans leur espérance alors qu’ils sont dans des dispositions mortes, sous prétexte de « vivre par la foi, et non par la vue, de se confier en Dieu dans les ténèbres, de vivre de Christ, et non des expériences », et qui les avertissent de ne pas douter de leur bon état, de peur de se rendre coupables de l’affreux péché d’incrédulité. Et cela tend directement à affermir les hypocrites les plus présomptueux et à les empêcher de jamais mettre leur état en question, quelle que soit la violence et l’empire de la méchanceté dans leur cœur, et quelque prévalence qu’elle ait dans leur vie, sous prétexte d’honorer Dieu en espérant contre toute espérance et en se confiant en lui avec assurance lorsque les choses paraissent très sombres. Et sans doute le mal qui a été fait de cette manière a été immense.
On ne peut dire que des personnes abandonnent Christ et vivent de leurs expériences des exercices de la grâce, simplement parce qu’elles les prennent et s’en servent comme de preuves de la grâce ; car il n’y a pas d’autres preuves qu’elles puissent ou doivent prendre. Mais on peut dire que des personnes vivent de leurs expériences lorsqu’elles s’en font une justice, et qu’au lieu de garder les yeux fixés sur la gloire de Dieu et l’excellence de Christ, elles détournent les yeux de ces objets qui sont hors d’elles pour les porter sur elles-mêmes, afin d’occuper leur esprit à contempler leurs propres acquisitions, leurs hautes expériences et les grandes choses qui leur sont arrivées ; lorsqu’elles sont brillantes et belles à leurs propres yeux, qu’elles se croient riches et enrichies de biens, et qu’elles pensent que Dieu a pour elles, à ce même titre, une estime aussi admirative que celle qu’elles ont pour elles-mêmes : c’est là vivre des expériences, et non de Christ ; et c’est plus abominable aux yeux de Dieu que les grossières immoralités de ceux qui ne prétendent nullement à la religion. Mais c’est tout autre chose que de faire simplement valoir ses expériences comme preuves d’une part à un glorieux Rédempteur.
Mais, pour revenir de cette digression, je voudrais mentionner encore une chose sous le chef général qui m’occupe.
Chapitre 13 terminé
XI. Ce n’est un signe ni que des affections soient bonnes, ni qu’elles soient mauvaises, qu’elles rendent ceux qui les éprouvent extrêmement assurés que ce qu’ils ressentent est divin, et qu’ils sont dans un bon état