Chapitre 12 · 5 min de lecture · 6 min d’écoute
X. On ne peut rien connaître avec certitude de la nature des affections religieuses par le fait qu’elles disposent beaucoup les personnes à louer et à glorifier Dieu de leur bouche
X. On ne peut rien connaître avec certitude de la nature des affections religieuses par le fait qu’elles disposent beaucoup les personnes à louer et à glorifier Dieu de leur bouche. Cela est, à vrai dire, impliqué dans ce que l’on vient d’observer touchant la tendance à multiplier les exercices extérieurs de la religion et à y consacrer beaucoup de temps, et cela a aussi été indiqué plus haut ; mais parce que beaucoup semblent regarder comme une preuve éclatante d’affection de grâce le fait que des personnes paraissent fort disposées à louer et à magnifier Dieu, à avoir la bouche pleine de ses louanges et à inviter les autres avec affection à le louer et à l’exalter, j’ai pensé que cela méritait un examen plus particulier.
Aucun chrétien ne fera un argument contre une personne de ce qu’elle semble avoir une telle disposition. Mais on ne peut pas non plus, raisonnablement, y voir une preuve en sa faveur, si l’on considère comme il convient les choses déjà observées et prouvées, à savoir que des personnes dépourvues de grâce peuvent avoir de vives affections envers Dieu et envers Christ ; que leurs affections, étant fortes, peuvent leur remplir la bouche et les porter à parler beaucoup, et avec beaucoup d’ardeur, des choses dont elles sont touchées ; et qu’il peut y avoir des contrefaçons de toutes les sortes d’affections de grâce. Mais il apparaîtra de façon plus évidente et plus directe que ce n’est pas un signe certain de la grâce, si nous considérons quels exemples l’Écriture nous en donne chez ceux qui étaient dépourvus de grâce. Il en est souvent fait mention à propos de la multitude qui était présente quand Christ prêchait et faisait des miracles (Marc 2:12) : « Et, à l’instant, il se leva, prit son lit, et sortit en présence de tout le monde, de sorte qu’ils étaient tous dans l’étonnement et glorifiaient Dieu, disant: Nous n’avons jamais rien vu de pareil. » De même en Matthieu 9:8 et en Luc 5:26. De même aussi en Matthieu 15:31 : « en sorte que la foule était dans l’admiration de voir que les muets parlaient, que les estropiés étaient guéris, que les boiteux marchaient, que les aveugles voyaient; et elle glorifiait le Dieu d’Israël. » Ainsi il nous est dit qu’à l’occasion de la résurrection du fils de la veuve de Naïn par Christ (Luc 7:16) : « Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu, disant: Un grand prophète a paru parmi nous, et Dieu a visité son peuple. » Ainsi nous lisons qu’on glorifiait Christ, ou qu’on parlait de lui en termes extrêmement élevés (Luc 4:15) : « Il enseignait dans les synagogues, et il était glorifié par tous. » Et comme ils le louèrent à grands cris, en s’écriant : « Hosanna au Fils de David! Hosanna dans les lieux très hauts! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! », peu de temps avant qu’il fût crucifié ! Et après l’ascension de Christ, lorsque les apôtres eurent guéri l’impotent, il nous est dit que tous glorifiaient Dieu de ce qui était arrivé (Actes 4:21). Lorsque les païens d’Antioche de Pisidie apprirent de Paul et de Barnabas que Dieu allait rejeter les Juifs et prendre les païens pour être son peuple à leur place, ils furent touchés de la bonté de Dieu envers les païens, et « ils glorifiaient la parole du Seigneur » ; mais tous ceux qui le firent n’étaient pas de vrais croyants, mais seulement un certain nombre d’élus parmi eux, comme le laisse entendre le récit que nous en avons (Actes 13:48) : « Les païens se réjouissaient en entendant cela, ils glorifiaient la parole du Seigneur, et tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent. » Ainsi, autrefois, les enfants d’Israël, au bord de la mer Rouge, « chantèrent ses louanges », mais « ils oublièrent bientôt ses œuvres ». Et les Juifs du temps d’Ézéchiel « de leur bouche montraient beaucoup d’amour, tandis que leur cœur se livrait à la cupidité ». Et il est prédit de faux professants et de véritables ennemis de la religion qu’ils montreraient de l’empressement à glorifier Dieu (Ésaïe 66:5) : « Écoutez la parole de l’Éternel, Vous qui craignez sa parole. Voici ce que disent vos frères, Qui vous haïssent et vous repoussent A cause de mon nom: Que l’Éternel montre sa gloire. »
Ce n’est pas un signe certain qu’une personne soit touchée par la grâce, si, au milieu de ses espérances et de ses consolations, elle est vivement touchée de la miséricorde imméritée de Dieu envers elle, si indigne, et semble exalter et magnifier grandement la grâce gratuite. Ceux qui demeurent encore dans un orgueil non mortifié et dans l’inimitié contre Dieu peuvent, lorsqu’ils s’imaginent avoir reçu de Dieu une bonté extraordinaire, se récrier sur leur indignité et magnifier la bonté imméritée de Dieu envers eux, sans aucune autre conviction de leur démérite et sans aucun principe plus élevé que celui qu’avait Saül. Celui-ci, alors qu’il demeurait encore dans un orgueil indompté et dans l’inimitié contre David, fut amené, tout roi qu’il était, à reconnaître son indignité et à s’écrier : « J’ai agi comme un insensé, et j’ai fait une grande faute », et à magnifier et exalter avec beaucoup d’affection et d’admiration la bonté imméritée et sans exemple de David envers lui (1 Samuel 24:17-20 et 26:21) ; et sans aucun principe plus élevé que celui par lequel Nebucadnetsar fut touché des dispensations de Dieu qu’il vit et dont il fut l’objet, et loue, exalte et glorifie le roi des cieux ; et lui comme Darius, dans leurs vives affections, invitent toutes les nations à louer Dieu (Daniel 3:28-30 ; 4:1-3, 34-35, 37 ; 6:25-27).
Chapitre 12 terminé
X. On ne peut rien connaître avec certitude de la nature des affections religieuses par le fait qu’elles disposent beaucoup les personnes à louer et à glorifier Dieu de leur bouche