Prier avec un dessein
Mettez les hommes à prier

Chapitre 8 · 24 min de lecture · 31 min d’écoute

Mettez les hommes à prier

Au nom de Dieu, je vous en conjure, que la prière nourrisse votre âme comme vos repas nourrissent votre corps. Que vos moments fixes de prière vous gardent dans la présence de Dieu tout au long du jour, et que sa présence, souvent rappelée au fil des heures, soit pour vous une source de prière toujours fraîche. Un tel souvenir de Dieu, bref et plein d’amour, renouvelle l’homme tout entier, apaise ses passions, lui fournit lumière et conseil dans la difficulté, dompte peu à peu son humeur, et lui fait posséder son âme dans la patience, ou plutôt la remet à Dieu pour qu’il la possède.—Fénelon

J’ai consacré trop de temps et d’attention aux devoirs extérieurs et publics du ministère. Mais ce fut là une conduite erronée, car j’ai appris que négliger une communion abondante et fervente avec Dieu dans la méditation et la prière n’est pas le moyen de racheter le temps, ni de me rendre apte au ministère public.

J’attribue à juste titre ma torpeur présente au manque de temps et de tranquillité pour la dévotion personnelle. Faute de lire davantage, de me retirer davantage et de prier davantage en secret, je n’ai guère d’empire sur mes propres humeurs. Journée malheureuse pour moi, faute de plus de solitude et de prière. Quoi que je fasse, quoi que je laisse inachevé, que je sois parfait dans la prière.

Après tout, quoi que Dieu ordonne, la prière est la grande affaire. Oh ! que je sois un homme de prière.—Henry Martyn

Que les hommes aient cessé de prier au temps de Paul, nous ne pouvons l’affirmer avec certitude. Aujourd’hui, pour l’essentiel, ils ont cessé de prier. Ils sont trop occupés pour prier. Le temps, les forces et toutes les facultés sont mis à contribution pour l’argent, pour les affaires, pour les choses du monde. Peu d’hommes se dépensent dans une prière d’envergure. La grande affaire de la prière est, chez la plupart des hommes, une affaire bâclée, mesquine, affamée, misérable.

Saint Paul crie halte, et lève sur les hommes un impôt de prière. Mettez les hommes à prier : tel est le remède infaillible de Paul aux grands maux de l’Église, de l’État, de la politique, des affaires, du foyer. Mettez les hommes à prier, et la politique sera assainie, les affaires seront plus prospères, l’Église sera plus sainte, le foyer plus doux.

« J’exhorte donc, avant toutes choses, à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces, pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté. Cela est bon et agréable devant Dieu notre Sauveur… Je veux donc que les hommes prient en tout lieu, en élevant des mains pures, sans colère ni mauvaises pensées » (1 Timothée 2:1-3, 8).

Les femmes et les enfants qui prient ont un prix inestimable aux yeux de Dieu ; mais si leur prière n’est pas complétée par celle d’hommes qui prient, il y aura une grande perte dans la puissance de la prière — une grande brèche et une grande dépréciation dans la valeur de la prière, une grande paralysie dans l’énergie de l’Évangile. Jésus-Christ adressa une parabole au peuple, pour montrer qu’il faut toujours prier, et ne point se relâcher. Des hommes qui sont forts en tout le reste devraient être forts dans la prière, et ne jamais céder au découragement, à la faiblesse ou à l’abattement. Des hommes qui sont braves, persévérants, redoutables dans d’autres entreprises devraient être pleins de courage, infatigables, vaillants de cœur dans la prière.

Les hommes doivent prier ; tous les hommes doivent prier. Les hommes, par distinction d’avec les femmes ; les hommes dans leur force, dans leur sagesse. Il y a un commandement absolu et précis : que les hommes prient ; il y a une nécessité absolue et impérieuse : que les hommes prient. Le premier des êtres, l’homme, doit aussi être le premier dans la prière.

Les hommes doivent prier pour les hommes. La consigne est précise et ordonnée. Juste en dessous, nous trouvons une consigne précise au sujet des femmes. Sur la prière, son importance, son étendue et sa pratique, la Bible s’adresse ici aux hommes par contraste avec les femmes, et distinctement d’elles. Les hommes reçoivent l’ordre formel de prier, en sont gravement chargés et y sont chaleureusement exhortés. Peut-être les hommes étaient-ils rebutés par la prière, ou indifférents à son égard ; peut-être la tenaient-ils pour peu de chose, et ne lui accordaient-ils ni temps, ni valeur, ni importance. Mais Dieu veut que tous les hommes prient, et c’est pourquoi le grand apôtre met le sujet en relief et en souligne l’importance.

Car la prière est d’une importance qui dépasse tout. La prière est l’agent le plus puissant pour faire avancer l’œuvre de Dieu. Seuls des cœurs et des mains qui prient peuvent accomplir l’œuvre de Dieu. La prière réussit quand tout le reste échoue. La prière a remporté de grandes victoires et a délivré, par un triomphe éclatant, les saints de Dieu quand tout autre espoir avait disparu. Les hommes qui savent prier sont le plus grand bienfait que Dieu puisse accorder à la terre — ils sont le don le plus riche que la terre puisse offrir au ciel. Les hommes qui savent manier cette arme de la prière sont les meilleurs soldats de Dieu. Ses chefs les plus puissants.

Les hommes de prière sont les chefs que Dieu a choisis. Voici ce qui distingue les chefs que Dieu met en avant pour conduire et bénir son peuple de ceux qui doivent leur position de chef à une sélection mondaine, égoïste, non sanctifiée : les chefs de Dieu sont, par excellence, des hommes de prière. C’est là ce qui les distingue, comme la simple attestation divine de leur appel, le sceau de leur mise à part par Dieu. Quelles que soient les autres grâces ou les autres dons qu’ils possèdent, le don et la grâce de la prière les dominent tous. Quoi qu’ils aient d’autre en commun ou de différent, dans le don de la prière ils ne font qu’un.

Que seraient les chefs de Dieu sans la prière ? Ôtez à Moïse sa puissance dans la prière, ce don qui le rendait éminent jusque dans l’estime des païens, et la couronne tombe de sa tête, l’aliment et le feu de sa foi ont disparu. Élie, sans sa prière, n’aurait ni histoire ni place dans l’ambassade divine ; sa vie serait fade, lâche, privée de son énergie, de son audace et de son feu. Sans la prière d’Élie, le Jourdain ne se serait jamais ouvert sous le coup de son manteau, et le sévère ange de la mort ne l’aurait pas honoré du char et des chevaux de feu. L’argument dont Dieu se servit pour apaiser les craintes d’Ananias et le convaincre de l’état et de la sincérité de Paul est l’abrégé de son histoire, la clef de sa vie et de son œuvre : « Voici, il prie. »

Paul, Luther, Wesley — que seraient ces élus de Dieu sans l’élément distinctif et souverain de la prière ? Ils furent des chefs pour Dieu parce qu’ils étaient puissants dans la prière. Ils ne furent pas des chefs à cause de l’éclat de leur pensée, de l’inépuisable richesse de leurs ressources, de leur magnifique culture ou de leurs dons naturels, mais des chefs parce que, par la puissance de la prière, ils pouvaient disposer de la puissance de Dieu. Des hommes de prière, cela signifie bien plus que des hommes qui récitent des prières ; bien plus que des hommes qui prient par habitude. Cela signifie des hommes pour qui la prière est une force puissante, une énergie qui ébranle le ciel et répand sur la terre des trésors de bien incalculables.

Les hommes de prière sont la sauvegarde de l’Église contre le matérialisme qui gagne tous ses projets et toute son organisation, et qui durcit le sang même de sa vie. L’insinuation circule comme un poison secret et mortel : l’Église ne dépendrait plus autant qu’autrefois des forces purement spirituelles ; les temps et les conditions ayant changé, elle serait sortie de ses détresses et de ses dépendances spirituelles, et se trouverait placée là où d’autres forces peuvent la porter à son apogée. Un piège fatal de ce genre a attiré l’Église dans les étreintes du monde, ébloui ses chefs, affaibli ses fondements, et l’a dépouillée d’une grande part de sa beauté et de sa force. Les hommes de prière sont les sauveurs de l’Église face à cette tendance matérialiste. Ils y font couler les forces spirituelles des origines, la dégagent des bancs de sable du matérialisme et la poussent au large, vers les profondeurs océanes de la puissance spirituelle. Les hommes de prière maintiennent Dieu dans l’Église en pleine force ; ils gardent sa main sur le gouvernail et forment l’Église à ses leçons de force et de confiance.

Le nombre et l’efficacité des ouvriers dans la vigne de Dieu, en tous pays, dépendent des hommes de prière. La puissance de ces hommes de prière accroît, selon le processus divinement établi, le nombre et le succès des travaux consacrés. La prière leur ouvre toutes grandes les portes, leur donne une sainte aptitude à y entrer, ainsi qu’une sainte hardiesse, de la fermeté et du fruit. Il faut des hommes de prière dans tous les champs du travail spirituel. Il n’est aucune position dans l’Église de Dieu, élevée ou humble, qui puisse être bien remplie sans une prière persévérante. Aucune position où se trouvent des chrétiens qui n’exige le plein exercice d’une foi qui prie toujours et ne se relâche jamais. Il faut des hommes de prière dans la maison de commerce aussi bien que dans la maison de Dieu, afin qu’ils règlent et dirigent le négoce, non selon les maximes de ce monde, mais selon les préceptes de la Bible et les maximes du monde céleste.

Il faut des hommes de prière surtout aux postes d’influence, d’honneur et de pouvoir dans l’Église. Ces conducteurs de la pensée de l’Église, de l’œuvre de l’Église et de la vie de l’Église devraient être des hommes d’une puissance remarquable dans la prière. C’est le cœur qui prie qui sanctifie le labeur et l’habileté des mains, le labeur et la sagesse de la tête. La prière maintient l’œuvre dans la ligne de la volonté de Dieu, et la pensée dans la ligne de la Parole de Dieu. Les solennelles responsabilités de la conduite, dans une sphère vaste ou restreinte, au sein de l’Église de Dieu, devraient être si bien entourées de prière qu’entre elles et le monde il y ait un abîme infranchissable ; si élevées et si purifiées par la prière que ni nuage ni nuit ne viennent ternir l’éclat ni voiler la clarté d’une vision constante de Dieu, comme en plein midi. Beaucoup de responsables d’Église semblent penser qu’il leur suffit de se distinguer comme hommes d’affaires, d’argent, d’influence, de pensée, de projets, de savoir, de dons d’éloquence, d’activités séduisantes et en vue, et que cela compensera l’absence de la puissance spirituelle supérieure que seule une prière abondante peut donner. Mais combien tout cela est vain et dérisoire dans l’œuvre sérieuse qui consiste à glorifier Dieu, à gouverner l’Église pour lui et à l’amener à un plein accord avec sa mission divine.

Les hommes de prière sont ceux qui ont tant fait pour Dieu dans le passé. Ce sont eux qui ont remporté les victoires pour Dieu et dépouillé ses ennemis. Ce sont eux qui ont établi son royaume jusque dans les camps de ses adversaires. Il n’existe pas, de nos jours, d’autres conditions de succès. Le vingtième siècle n’a aucune loi d’exception pour suspendre la nécessité ou la force de la prière — aucun substitut par lequel on puisse atteindre ses fins bienfaisantes. Nous sommes enfermés dans cette vérité : seules des mains qui prient peuvent bâtir pour Dieu. Ces hommes sont les puissants de Dieu sur la terre, ses maîtres d’œuvre. Ils peuvent être dépourvus de tout le reste, mais par les luttes et les victoires d’une foi au cœur simple, ils sont puissants, les plus puissants pour Dieu. Les responsables d’Église peuvent être doués en tout le reste ; sans ce don, le plus grand de tous, ils sont comme Samson privé de sa chevelure, ou comme le temple sans la présence divine ni la gloire divine, un temple sur les autels duquel la flamme céleste s’est éteinte.

La seule protection contre l’esprit du monde, le seul moyen d’y échapper, se trouve dans une spiritualité intense et radicale ; et notre seul espoir, avec l’aide de Dieu, de voir naître et se maintenir cette haute spiritualité salvatrice réside dans une direction des plus pures et des plus conquérantes — une direction qui connaisse la puissance secrète de la prière, le signe par lequel l’Église a vaincu, et qui ait la conscience, la conviction et le courage de rester fidèle à ses symboles, fidèle à ses traditions et fidèle aux sources cachées de sa puissance. Nous avons besoin de cette direction animée par la prière ; il nous la faut, afin que par la perfection et la beauté de sa sainteté, par la force et l’élévation de sa foi, par la puissance et l’instance de ses prières, par l’autorité et la pureté sans tache de son exemple, par le feu et la contagion de son zèle, par la singularité, la sublimité et le détachement du monde de sa piété, elle puisse agir sur Dieu, tenir l’Église et la façonner selon son modèle céleste.

De tels chefs, avec quelle puissance on les ressent ! Comme leur flamme réveille l’Église ! Comme ils la remuent par la force de leur présence de Pentecôte ! Comme ils la rangent en bataille et lui donnent la victoire par les combats et les triomphes de leur propre foi ! Comme ils la façonnent par l’empreinte et l’insistance de leurs prières ! Comme ils lui inoculent la contagion et le feu de leur sainteté ! Comme ils mènent la marche dans les grandes révolutions spirituelles ! Comme l’Église se relève d’entre les morts à l’appel de résurrection de leurs prédications ! La sainteté jaillit dans leur sillage comme les fleurs à la voix du printemps, et là où ils passent, le désert fleurit comme un jardin de l’Éternel. La cause de Dieu réclame de tels chefs sur toute la ligne des fonctions officielles, du subalterne au supérieur. Combien nos efforts sont faibles, sans but ou mondains, combien démoralisés et vains pour l’œuvre de Dieu, sans eux !

Le don de ces chefs n’est pas du ressort du pouvoir ecclésiastique. Ils sont des dons de Dieu. Leur existence, leur présence, leur nombre et leur capacité sont les signes de sa faveur ; leur absence, le signe certain de sa défaveur, le présage de son retrait. Que l’Église de Dieu se tienne à genoux devant le Seigneur des armées, afin qu’il revête d’une puissance plus grande les chefs que nous avons déjà, qu’il en mette d’autres en rang, et qu’il conduise tout le long de notre front de bataille.

Le monde entre dans l’Église par bien des points et de bien des manières. Il s’y infiltre ; il s’y déverse ; il y entre le front effronté ou sous un déguisement doux et insinuant ; il entre par le haut et il entre par le bas ; et il filtre par bien des chemins cachés.

Ce sont des hommes de prière et des hommes saints que nous cherchons — des hommes dont la présence dans l’Église en fera comme un encensoir d’où monte vers Dieu, en flammes, l’encens le plus saint. Pour Dieu, l’homme compte pour tout. Les rites, les formes, les organisations sont de peu d’importance ; s’ils ne sont pas soutenus par la sainteté de l’homme, ils sont une offense à ses yeux. « J’ai en horreur l’encens, Les nouvelles lunes, les sabbats et les assemblées ; Je ne puis voir le crime s’associer aux solennités. »

Pourquoi Dieu parle-t-il si fortement contre ses propres ordonnances ? La pureté personnelle avait fait défaut. L’homme impur souillait toutes les saintes institutions de Dieu et les profanait. Dieu accorde à l’homme une importance telle qu’il déprécie en quelque sorte tout le reste. Les hommes lui ont bâti des temples glorieux, se sont efforcés et épuisés à plaire à Dieu par toutes sortes de dons ; mais en des accents sublimes il a réprimandé ces adorateurs orgueilleux et rejeté leurs dons princiers.

« Le ciel est mon trône, Et la terre mon marchepied. Quelle maison pourriez-vous me bâtir, Et quel lieu me donneriez-vous pour demeure ? Toutes ces choses, ma main les a faites, Et toutes ont reçu l’existence, dit l’Éternel. Celui qui immole un bœuf est comme celui qui tuerait un homme, Celui qui sacrifie un agneau est comme celui qui romprait la nuque à un chien, Celui qui présente une offrande est comme celui qui répandrait du sang de porc, Celui qui brûle de l’encens est comme celui qui adorerait des idoles. » Se détournant avec dégoût de ces offrandes coûteuses et profanes, il déclare : « Voici sur qui je porterai mes regards : Sur celui qui souffre et qui a l’esprit abattu, Sur celui qui craint ma parole. »

Cette vérité, que Dieu considère la pureté personnelle de l’homme, est fondamentale. Cette vérité souffre quand on fait grand cas des ordonnances et que les formes de culte se multiplient. L’homme et son caractère spirituel se déprécient à mesure que croissent les cérémonies de l’Église. La simplicité du culte se perd dans l’esthétique religieuse ou dans le clinquant des formes religieuses.

Cette vérité, que la pureté personnelle de l’individu est la seule chose dont Dieu se soucie, est perdue de vue quand l’Église commence à estimer les hommes pour ce qu’ils possèdent. Quand l’Église lorgne l’argent d’un homme, sa position sociale, ses biens de quelque nature qu’ils soient, alors les valeurs spirituelles subissent une effroyable dépréciation, et les larmes de la pénitence, le poids de la culpabilité ne se voient plus jamais à ses portes. Les pots-de-vin du monde ont ouvert ses portes de perle et les ont souillées en y laissant entrer les impurs.

Cette vérité, que Dieu recherche la pureté personnelle, est engloutie quand l’Église a soif de nombre. « Non le nombre, mais la pureté personnelle, voilà notre but », disaient les pères du méthodisme. L’étalage des statistiques de l’Église va puissamment à rebours de la religion spirituelle. Avoir les yeux fixés sur les chiffres empêche grandement de veiller à la pureté personnelle. L’accroissement de la quantité se fait généralement aux dépens de la qualité. La masse diminue la valeur.

L’âge de l’organisation de l’Église et de la machinerie ecclésiastique n’est pas un âge réputé pour une piété personnelle élevée et forte. La machinerie cherche des mécaniciens, et les organisations des généraux, et non des saints, pour les faire marcher. L’organisation la plus simple peut favoriser la pureté aussi bien que la force ; mais au-delà de cette étroite limite, l’organisation engloutit l’individu et se soucie peu de la pureté personnelle ; l’entrain, l’activité, l’enthousiasme, le zèle pour une organisation s’introduisent comme de pernicieux substituts du caractère spirituel. La sainteté et toutes les grâces spirituelles, qui demandent une culture rude et une lente croissance, sont écartées comme trop lentes et trop coûteuses pour le progrès et la précipitation de l’époque. À force de machinerie, d’organisations nouvelles et de faiblesse spirituelle, on espère en vain obtenir des résultats qui ne peuvent s’obtenir que par la foi, la prière et l’attente de Dieu.

L’homme et son caractère spirituel, voilà ce que Dieu recherche. Si des hommes, des hommes saints, pouvaient être produits par le procédé facile de la machinerie ecclésiastique plus vite et mieux que par les procédés d’autrefois, nous investirions volontiers dans chaque brevet nouveau et perfectionné ; mais nous ne le croyons pas. Nous nous en tenons à l’ancienne voie — la voie qu’ont suivie les saints prophètes, la route royale de la sainteté.

Le cas de William Wilberforce en offre un exemple. Haut placé dans la société, membre du Parlement, ami de Pitt, le célèbre homme d’État, il ne fut pas appelé par Dieu à abandonner sa haute position sociale ni à quitter le Parlement ; mais il fut appelé à régler sa vie sur le modèle laissé par Jésus-Christ et à se donner à la prière. Lire l’histoire de sa vie, c’est être frappé par sa sainteté et par sa fidélité aux exigences des heures paisibles passées seul avec Dieu. Sa conversion fut annoncée à ses amis — à Pitt et à d’autres — par lettre.

Au début de sa vie chrétienne, il note : « Mes principales raisons de consacrer une journée à la prière secrète sont les suivantes. (1) L’état des affaires publiques est très critique et appelle une ardente supplication pour détourner le déplaisir divin. (2) Ma situation dans la vie est très difficile, et je ne sais comment y agir. Il faut donc chercher tout particulièrement, de temps à autre, une direction. (3) J’ai été soutenu avec bonté dans des situations difficiles d’ordre public. Je suis sorti et revenu chez moi en sécurité, et partout un accueil bienveillant m’a été réservé. J’ose aussi espérer humblement que ce que je fais en ce moment prouve que Dieu ne m’a pas retiré son Saint-Esprit. Je suis couvert de grâces. »

Le retour de son anniversaire l’amena de nouveau à examiner sa situation et ses occupations. « Je trouve, écrivait-il, que les livres éloignent mon cœur de Dieu autant que n’importe quoi. Je me suis tracé un plan d’études, mais souvenons-nous qu’une seule chose est nécessaire, et que si mon cœur ne peut être gardé dans un état spirituel sans une somme de prière, de méditation, de lecture de l’Écriture, etc., incompatible avec l’étude, je dois chercher premièrement la justice de Dieu. » Tout devait être sacrifié au progrès spirituel. « Je crains, l’entendons-nous dire, de n’avoir pas assez étudié les Écritures. Assurément, pendant les vacances d’été, je devrais lire les Écritures une heure ou deux chaque jour, outre la prière, la lecture de dévotion et la méditation. Dieu me fera mieux prospérer si je m’attends à lui. L’expérience de tous les hommes de bien montre que, sans une prière et une vigilance constantes, la vie de Dieu dans l’âme croupit. Les dévotions du matin et du soir de Doddridge étaient pour lui une affaire sérieuse. Le colonel Gardiner passait toujours des heures en prière le matin avant de sortir. Bonnell pratiquait abondamment la dévotion personnelle matin et soir, et récitait des psaumes en s’habillant et en se déshabillant pour élever son esprit vers les choses célestes. Je voudrais regarder à Dieu pour qu’il rende les moyens efficaces. Je crains que mes dévotions ne soient trop précipitées, que je ne lise pas assez l’Écriture. Je dois croître dans la grâce ; je dois aimer Dieu davantage ; je dois sentir davantage la puissance des choses divines. Que je sois plus ou moins savant, cela n’importe pas. Que j’accomplisse même l’œuvre que j’estime utile est relativement sans importance. Mais garde-toi, mon âme, de la tiédeur. »

La nouvelle année commença par la sainte cène et de nouveaux vœux. « Je veux aller de l’avant, écrivit-il, et travailler à mieux connaître Dieu et à l’aimer davantage. Assurément je le puis, car Dieu donnera le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent, et le Saint-Esprit répandra l’amour de Dieu dans le cœur. Oh ! alors, prie, prie ; sois ardent, va de l’avant et persévère à chercher à connaître le Seigneur. Sans vigilance, sans humiliation et sans prière, le sentiment des choses divines ne peut que languir. » Pour se préparer à l’avenir, il disait ne rien trouver de plus efficace que la prière secrète et la lecture sérieuse du Nouveau Testament.

Et encore : « Je dois noter que, ces derniers temps, j’ai eu trop peu de temps pour mes dévotions personnelles. Je ne puis, hélas, que confirmer la remarque de Doddridge : quand les choses vont mal dans le cabinet, elles vont d’ordinaire mal partout ailleurs. Je dois m’amender sur ce point. Je crains de tomber dans ce qu’Owen appelle le métier de pécher et de se repentir… Seigneur, aide-moi ; raccourcir les dévotions personnelles affame l’âme ; elle devient maigre et languissante. Cela ne doit pas être. Je dois racheter plus de temps. Je vois combien je deviens maigre en esprit sans une pleine mesure de temps pour les dévotions personnelles ; je dois prendre garde à veiller dans la prière. »

Une autre fois, il consigne : « Je dois essayer ce que j’ai appris il y a longtemps être la règle d’E—, le grand tapissier, qui, lorsqu’il revenait de Bond Street à sa petite villa, se retirait toujours d’abord dans son cabinet. J’ai veillé trop tard, et de ce fait je n’ai eu qu’une demi-heure précipitée pour moi-même. Assurément l’expérience de tous les hommes de bien confirme cette proposition : sans une juste mesure de dévotions personnelles, l’âme devient maigre. »

À son fils, il écrivit : « Laissez-moi vous conjurer de ne pas vous laisser entraîner à négliger, à écourter ou à expédier vos prières du matin. Par-dessus tout, gardez-vous de négliger Dieu dans le cabinet. Rien n’est plus fatal à la vie et à la puissance de la religion. Plus de solitude et des heures plus matinales — la prière au moins trois fois par jour. Combien je pourrais mieux servir si je cultivais une communion plus intime avec Dieu. »

Wilberforce connaissait le secret d’une vie sainte. N’est-ce pas là que la plupart d’entre nous échouent ? Nous sommes si occupés d’autres choses, si absorbés même à faire le bien et à poursuivre l’œuvre du Seigneur, que nous négligeons les moments paisibles de prière avec Dieu ; et avant même de nous en rendre compte, notre âme est maigre et appauvrie.

« Une seule nuit seuls dans la prière, dit Spurgeon, pourrait faire de nous des hommes nouveaux, passés de la pauvreté d’âme à la richesse spirituelle, du tremblement au triomphe. Nous en avons un exemple dans la vie de Jacob. Jadis rusé et fourbe, toujours à marchander et à calculer, sans attrait à presque tous égards, une seule nuit de prière fit pourtant du supplanteur un prince victorieux et le revêtit d’une grandeur céleste. Depuis cette nuit, il vit dans la page sacrée comme l’un des nobles du ciel. Ne pourrions-nous pas, au moins de temps à autre, en ces années lasses et attachées à la terre, mettre à part une seule nuit pour un si riche commerce avec le ciel ? Quoi ! n’avons-nous aucune sainte ambition ? Sommes-nous sourds aux aspirations de l’amour divin ? Pourtant, mes frères, pour la richesse et pour la science, les hommes quittent de bon cœur leur couche chaude ; et nous, ne pourrions-nous pas le faire de temps à autre pour l’amour de Dieu et le bien des âmes ? Où sont notre zèle, notre reconnaissance, notre sincérité ? J’ai honte en adressant ainsi ces reproches à moi-même comme à vous. Puissions-nous souvent nous attarder au Jabbok, et crier avec Jacob, tandis qu’il saisissait l’ange :

“Avec toi toute la nuit je veux rester,

Et lutter jusqu’au point du jour.”

Assurément, mes frères, si nous avons donné des journées entières à la folie, nous pouvons bien accorder un moment à la sagesse céleste. Il fut un temps où nous donnions des nuits entières à la luxure et à l’impudicité, à la danse et aux réjouissances du monde ; nous ne nous lassions pas alors ; nous reprochions au soleil de se lever si tôt, et nous souhaitions que les heures traînent un peu, afin de nous livrer à des plaisirs plus fous et peut-être à des péchés plus profonds. Oh ! pourquoi donc nous lasserions-nous des occupations célestes ? Pourquoi nous lassons-nous quand on nous demande de veiller avec notre Seigneur ? Debout, cœur paresseux, Jésus t’appelle ! Lève-toi et va à la rencontre de l’Ami céleste, au lieu où il se manifeste. »

Nous ne pouvons jamais espérer croître à la ressemblance de notre Seigneur si nous ne suivons pas son exemple et ne donnons pas plus de temps à la communion avec le Père. Un réveil de la vraie prière produirait une révolution spirituelle.

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