Prier avec un dessein
Atteindre l’oreille de Dieu

Chapitre 9 · 13 min de lecture · 16 min d’écoute

Atteindre l’oreille de Dieu

Soutenez par la foi et la prière les mains qui tombent ; affermissez les genoux qui chancellent. Avez-vous des jours de jeûne et de prière ? Prenez d’assaut le trône de la grâce et persévérez-y, et la miséricorde descendra.—John Wesley

Nous devons nous souvenir que le but de la prière, c’est l’oreille de Dieu. Si elle ne l’atteint pas, la prière a entièrement échoué. Ses paroles ont pu éveiller en nous des sentiments de dévotion ; en l’entendant, ceux avec qui nous avons prié ont pu être consolés et fortifiés dans leur cœur ; mais si la prière n’a pas gagné le cœur de Dieu, elle a manqué son dessein essentiel.

Un simple formaliste peut toujours prier de manière à se satisfaire lui-même. Que lui faut-il, sinon ouvrir son livre et lire les mots prescrits, ou fléchir le genou et répéter les phrases que lui suggèrent sa mémoire ou son imagination ? Comme pour le moulin à prières des Tartares, donnez seulement le vent et la roue, et l’affaire est entièrement réglée. Tant de génuflexions, tant de paroles, et la prière est faite. Les prières du formaliste sont toujours également bonnes, ou plutôt toujours également mauvaises. Mais le véritable enfant de Dieu n’offre jamais une prière qui le satisfasse ; son idéal est au-dessus de ce qu’il atteint ; il s’étonne que Dieu l’écoute, et bien qu’il sache qu’il sera exaucé à cause de Christ, il tient pourtant pour un merveilleux exemple de miséricorde condescendante que des prières aussi pauvres que les siennes parviennent jamais aux oreilles du Seigneur Dieu Sabaoth.—C. H. Spurgeon

On peut l’affirmer avec force : aucun saint paresseux ne prie. Peut-il exister un saint paresseux ? Peut-il exister un saint sans prière ? Une prière relâchée ne retranche-t-elle pas à la sainteté sa couronne et son royaume ? Peut-il exister un soldat lâche ? Peut-il exister un saint hypocrite ? Peut-il exister un vice vertueux ? C’est seulement quand ces choses deviendront possibles que nous pourrons trouver un saint sans prière.

Accomplir les gestes de la prière est une besogne ennuyeuse, mais non pas difficile. Réciter des prières d’une façon convenable et délicate n’est pas un lourd travail. Mais prier réellement, prier jusqu’à ce que l’enfer ressente le coup pesant, prier jusqu’à ce que s’ouvrent les portes de fer de la difficulté, jusqu’à ce que les montagnes d’obstacles soient ôtées, que les brumes se dissipent, que les nuages se lèvent et que brille le soleil d’un jour sans nuage — voilà le dur travail, mais c’est l’œuvre de Dieu et le meilleur labeur de l’homme. Jamais le travail de la main, de la tête et du cœur n’est moins dépensé en vain que dans la prière. Il est dur d’attendre, de presser, de prier sans entendre aucune voix, et de tenir bon jusqu’à ce que Dieu réponde. La joie de la prière exaucée est la joie de la mère en travail lorsqu’un enfant mâle est venu au monde, la joie de l’esclave dont les chaînes ont volé en éclats et à qui viennent d’être rendues la vie et la liberté.

Un regard d’ensemble sur ce que la prière a accompli montre ce que nous avons perdu lorsque le régime de la vraie prière a fait place à la prétention et au simulacre pharisaïques ; il montre aussi combien est impérieux le besoin d’hommes et de femmes saints qui se donnent à une prière ardente, semblable à celle du Christ.

Ce n’est pas chose facile que de prier. Derrière la prière doivent se trouver toutes les conditions de la prière. Ces conditions sont accessibles, mais celui qui ne prie pas ne peut s’en saisir en un instant. Elles peuvent être toujours présentes chez le fidèle et le saint, mais elles ne peuvent ni exister dans un esprit frivole, négligent et traînard, ni être remplies par lui. La prière ne se tient pas seule. Elle n’est pas un acte isolé. La prière est en relation très étroite avec tous les devoirs d’une piété ardente. Elle est le fruit d’un caractère formé des éléments d’une foi vigoureuse et souveraine. La prière honore Dieu, reconnaît son existence, exalte sa puissance, adore sa providence, obtient son secours. Un demi-rationalisme ricaneur s’élève contre la dévotion, sous prétexte qu’elle ne fait que prier. Mais bien prier, c’est bien faire toutes choses. S’il est vrai que la dévotion ne fait que prier, alors elle ne fait rien du tout. Ne rien faire d’autre que prier, c’est manquer la prière elle-même, car les conditions qui précèdent, accompagnent et suivent la prière ne sont rien d’autre que la somme de toutes les forces vives d’une piété pratique et agissante.

Les possibilités de la prière vont de pair avec les promesses de Dieu. La prière ouvre une issue aux promesses, ôte les obstacles qui s’opposent à leur accomplissement, les met en œuvre et assure leurs fins pleines de grâce. Bien plus, la prière, comme la foi, obtient des promesses, élargit leur action et accroît la mesure de leurs résultats. Les promesses de Dieu étaient faites à Abraham et à sa postérité, mais plus d’un sein stérile et plus d’un obstacle secondaire se dressaient sur le chemin de leur accomplissement ; la prière les écarta tous, fraya une route aux promesses, en rendit la réalisation plus aisée et plus prompte, et par la prière la promesse brilla, éclatante et parfaite, dans son accomplissement.

Les possibilités de la prière se trouvent dans son alliance avec les desseins de Dieu, car les desseins de Dieu et la prière de l’homme forment la combinaison de toutes les forces puissantes et toutes-puissantes. Bien plus, les possibilités de la prière se voient en ceci qu’elle change les desseins de Dieu. Il est dans la nature même de la prière de plaider et de donner des directives. La prière n’est pas une négation. C’est une force positive. Elle ne se révolte jamais contre la volonté de Dieu, n’entre jamais en conflit avec cette volonté ; mais il est évident qu’elle cherche à changer le dessein de Dieu. Le Christ a dit : « Ne boirai-je pas la coupe que le Père m’a donnée à boire ? » et pourtant, cette nuit même, il avait prié : « S’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi ! » Paul chercha à changer les desseins de Dieu au sujet de l’écharde dans sa chair. Dieu avait fermement résolu de détruire Israël, et la prière de Moïse changea les desseins de Dieu et sauva Israël. Au temps des Juges, Israël était apostat et durement opprimé. Ils se repentirent et crièrent à Dieu, et il dit : « Vous m’avez abandonné, et vous avez servi d’autres dieux. C’est pourquoi je ne vous délivrerai plus » ; mais ils s’humilièrent, ôtèrent leurs dieux étrangers, et Dieu « fut touché des maux d’Israël », et il leur envoya la délivrance par Jephthé.

Dieu envoya Ésaïe dire à Ézéchias : « Donne tes ordres à ta maison, car tu vas mourir, et tu ne vivras plus. » Et Ézéchias pria, et Dieu renvoya Ésaïe lui dire : « J’ai entendu ta prière, j’ai vu tes larmes. Voici, j’ajouterai à tes jours quinze années. » « Encore quarante jours, et Ninive est détruite ! » tel fut le message de Dieu par Jonas. Mais Ninive cria à Dieu avec force, et « Dieu se repentit du mal qu’il avait résolu de leur faire, et il ne le fit pas. »

Les possibilités de la prière se voient à la diversité des situations qu’elle atteint et des fins qu’elle obtient. Élie pria sur un enfant mort, et l’enfant revint à la vie ; Élisée fit de même ; le Christ pria devant le tombeau de Lazare, et Lazare sortit. Pierre se mit à genoux et pria auprès de Dorcas morte, et elle ouvrit les yeux et s’assit, et Pierre la présenta vivante à l’assemblée affligée. Paul pria pour Publius et le guérit. La prière de Jacob changea la haine meurtrière d’Ésaü en baisers et en la plus tendre étreinte fraternelle. Dieu donna à Rebecca Jacob et Ésaü parce qu’Isaac avait prié pour elle. Joseph fut l’enfant des prières de Rachel. La prière d’Anne donna Samuel à Israël. Jean-Baptiste fut donné à Élisabeth, stérile et avancée en âge comme elle l’était, en réponse à la prière de Zacharie. La prière d’Élisée apporta à Israël la famine ou la moisson ; selon qu’il priait, ainsi en était-il. La prière d’Esdras porta l’Esprit de Dieu, avec une conviction déchirante, dans toute la ville de Jérusalem, et ramena le peuple à Dieu dans les larmes de la repentance. La prière d’Ésaïe fit reculer de dix degrés l’ombre du soleil sur le cadran d’Achaz.

En réponse à la prière d’Ézéchias, un ange frappa en une seule nuit cent quatre-vingt-cinq mille hommes de l’armée de Sennachérib. La prière de Daniel lui ouvrit la vision prophétique, l’aida à administrer les affaires d’un puissant royaume et fit envoyer un ange pour fermer la gueule des lions. L’ange fut envoyé à Corneille, et par lui l’Évangile s’ouvrit au monde des païens, parce que « ses prières et ses aumônes étaient montées devant Dieu comme un mémorial ». « Et que dirai-je encore ? Car le temps me manquerait pour parler de Gédéon, de Barak, de Samson, de Jephthé, de David, de Samuel, et des prophètes », de Paul et de Pierre, de Jean et des apôtres, et de la sainte cohorte des saints, des réformateurs et des martyrs qui, par la prière, « vainquirent des royaumes, exercèrent la justice, obtinrent des promesses, fermèrent la gueule des lions, éteignirent la puissance du feu, échappèrent au tranchant de l’épée, guérirent de leurs maladies, furent vaillants à la guerre, mirent en fuite des armées étrangères. »

La prière fait intervenir Dieu dans l’affaire avec une force souveraine : « Interrogez-moi sur l’avenir au sujet de mes fils », dit Dieu, « et donnez-moi des ordres sur l’œuvre de mes mains. » La Parole de Dieu nous ordonne de « toujours prier », « en toute chose par la prière », de « persévérer dans la prière », de « prier en tout lieu », « priant en tout temps ». La promesse est aussi illimitée que le commandement est vaste. « Tout ce que vous demanderez avec foi par la prière, vous le recevrez », « tout ce que vous demanderez », « si vous demandez quelque chose ». « Demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé. » « Ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera. » S’il existe une chose qui ne soit pas comprise dans « Tout ce que », ou qui ne se trouve pas dans l’expression « si vous demandez quelque chose », alors cette chose peut être laissée hors de la prière. Le langage ne saurait couvrir un champ plus vaste, ni embrasser plus pleinement jusqu’aux moindres détails. Ces déclarations ne sont que des échantillons des possibilités de la prière, qui embrassent tout, selon les promesses de Dieu à ceux qui remplissent les conditions d’une prière juste.

Ces passages ne donnent pourtant qu’une esquisse générale des immenses régions sur lesquelles la prière étend son empire. Au-delà, les effets de la prière atteignent des régions que ni le langage ni la pensée ne peuvent parcourir, et en obtiennent du bien. Paul épuisa le langage et la pensée dans la prière ; mais, conscient de besoins non couverts et de domaines de bien non atteints, il couvre ces régions impénétrables et inexplorées par cette supplication générale : « à celui qui peut faire, par la puissance qui agit en nous, infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons ». La promesse est : « Invoque-moi, et je te répondrai ; je t’annoncerai de grandes choses, des choses cachées, que tu ne connais pas. »

Jacques déclare que « la prière fervente du juste a une grande efficace ». Combien grande, il ne pouvait le dire ; mais il l’illustre par la puissance de la prière de l’Ancien Testament, afin d’inciter les saints du Nouveau Testament à imiter les saints hommes d’autrefois par la ferveur et l’influence de leur prière, et à égaler, voire surpasser, la puissance de leurs prières. Élie, dit-il, était un homme de la même nature que nous : il pria avec instance pour qu’il ne plût point, et il ne tomba point de pluie sur la terre pendant trois ans et six mois. Puis il pria de nouveau, et le ciel donna de la pluie, et la terre produisit son fruit.

Dans l’Apocalypse de Jean, tout l’ordre inférieur de la création de Dieu et de son gouvernement providentiel, l’Église et le monde angélique, se tiennent dans l’attente de l’efficacité des prières des saints sur la terre pour faire avancer les divers intérêts de la terre et du ciel. L’ange prend le feu allumé par la prière et le jette sur la terre, « et il y eut des voix, des tonnerres, des éclairs, et un tremblement de terre ». La prière est la force qui produit toutes ces alarmes, ces agitations et ces convulsions. « Demande-moi », dit Dieu à son Fils, et à l’Église de son Fils, « et je te donnerai les nations pour héritage, les extrémités de la terre pour possession. »

Les hommes qui ont fait de grandes choses pour Dieu ont toujours été puissants dans la prière ; ils ont bien compris les possibilités de la prière et en ont tiré le meilleur parti. Le Fils de Dieu, le premier de tous et le plus puissant de tous, nous a montré les possibilités toutes-puissantes et d’une immense portée de la prière. Paul fut puissant pour Dieu parce qu’il savait se servir, et amener les autres à se servir, des puissantes forces spirituelles de la prière.

Le séraphin, brûlant, sans sommeil, adorant, est l’image de la prière. Elle est irrésistible dans son ardeur, dévouée et infatigable. Il y a des obstacles à la prière que seule une flamme pure et intense peut surmonter. Il y a des labeurs, des dépenses et une endurance que seule la flamme la plus forte et la plus ardente peut soutenir. La prière peut parler à voix basse, mais elle ne peut parler avec froideur. Ses paroles peuvent être peu nombreuses, mais elles doivent être de feu. Ses sentiments peuvent n’être pas impétueux, mais ils doivent être chauffés à blanc. C’est la prière efficace et fervente qui agit sur Dieu.

La maison de Dieu est la maison de prière ; l’œuvre de Dieu est l’œuvre de la prière. C’est le zèle pour la maison de Dieu et le zèle pour l’œuvre de Dieu qui rendent la maison de Dieu glorieuse et font que son œuvre demeure.

Quand les chambres de prière des saints sont fermées, ou qu’on n’y entre que distraitement ou froidement, alors les conducteurs de l’Église deviennent séculiers, charnels, matérialistes ; le caractère spirituel tombe à un bas niveau, et le ministère se trouve entravé et affaibli.

Quand la prière décline, le monde l’emporte. Quand la prière fait défaut, l’Église perd ses caractères divins, sa puissance divine ; l’Église est engloutie par un orgueilleux ecclésiasticisme, et le monde se moque de son impuissance manifeste.

Page 1 / 1 · 13 min restantes dans le chapitre
Précédent Suivant