Prier avec un dessein
Il faut toujours prier

Chapitre 7 · 15 min de lecture · 20 min d’écoute

Il faut toujours prier

Je soupçonne que j’ai habituellement accordé trop peu de temps aux exercices religieux, tels que la dévotion personnelle, la méditation religieuse, la lecture de l’Écriture, etc. C’est pourquoi je suis maigre, froid et dur. Dieu me ferait peut-être prospérer davantage dans les choses spirituelles si je mettais plus de zèle à user des moyens de grâce. Je ferais mieux de consacrer chaque jour plus de temps, disons deux heures ou une heure et demie, aux exercices religieux, et d’essayer si, en agissant ainsi, je ne pourrais pas conserver une disposition d’esprit plus habituellement tournée vers la piété, un sens plus vif des choses invisibles, un amour plus ardent pour Dieu, un plus grand degré de faim et soif de la justice, un cœur moins enclin à se laisser souiller par les soucis, les projets, les passions et les inquiétudes du monde, et un désir réel et sans feinte du ciel, de ses joies et de sa pureté.—William Wilberforce

« Il faut toujours prier, et ne point se relâcher. » Ces paroles sont celles de notre Seigneur, qui non seulement s’est toujours efforcé de faire sentir à ses disciples l’urgence et l’importance de la prière, mais leur a aussi donné un exemple que, hélas, ils ont été bien trop lents à imiter.

Le mot toujours parle de lui-même. La prière n’est pas une fonction vide de sens ni un devoir à caser dans les fins de journée chargées ou lasses, et nous n’obéissons pas au commandement de notre Seigneur lorsque nous nous contentons de quelques minutes à genoux dans la bousculade du matin, ou tard le soir, quand nos facultés, fatiguées par les tâches du jour, réclament le repos. Dieu est toujours à portée de voix, c’est vrai ; son oreille est sans cesse attentive au cri de son enfant ; mais nous ne pourrons jamais apprendre à le connaître si nous nous servons de la prière comme du téléphone — pour échanger quelques mots à la hâte. L’intimité demande à se développer. Nous ne pourrons jamais connaître Dieu comme nous avons le privilège de le connaître par de brèves répétitions, décousues et irréfléchies, d’intercessions qui ne sont que des demandes de faveurs personnelles et rien de plus. Ce n’est pas ainsi que nous pouvons entrer en communication avec le Roi du ciel. « Le but de la prière, c’est l’oreille de Dieu », un but qu’on ne peut atteindre qu’en s’attendant à lui avec patience, avec persévérance et sans relâche, en épanchant notre cœur devant lui et en lui permettant de nous parler. C’est seulement ainsi que nous pouvons espérer le connaître ; et à mesure que nous apprendrons à mieux le connaître, nous passerons plus de temps en sa présence et nous trouverons en cette présence une joie constante et toujours croissante.

Toujours ne veut pas dire que nous devions négliger les devoirs ordinaires de la vie ; cela signifie que l’âme qui est entrée en contact intime avec Dieu dans le silence du lieu secret de la prière ne perd jamais le contact conscient avec le Père, que le cœur se porte sans cesse vers lui dans une communion d’amour, et que, dès que l’esprit est libéré de la tâche qui l’occupe, il revient à Dieu aussi naturellement que l’oiseau revient à son nid. Quelle belle conception de la prière nous obtenons si nous la considérons sous ce jour, si nous la voyons comme une communion constante, une audience ininterrompue auprès du Roi ! La prière perd alors toute trace de la crainte qu’elle a pu nous inspirer autrefois ; nous ne la regardons plus comme un devoir qu’il faut accomplir, mais plutôt comme un privilège dont il faut jouir, une joie rare qui nous révèle toujours quelque beauté nouvelle.

Ainsi, lorsque nous ouvrons les yeux le matin, notre pensée s’élève aussitôt vers le ciel. Pour beaucoup de chrétiens, les heures du matin sont la portion la plus précieuse de la journée, parce qu’elles offrent l’occasion de cette sainte communion qui donne le ton à tout le programme du jour. Et quelle meilleure entrée peut-il y avoir dans la gloire et l’émerveillement sans cesse renouvelés d’un jour nouveau que de le passer seul avec Dieu ? On raconte que M. Moody, à une époque où il ne disposait d’aucun autre endroit, faisait sa veille du matin dans la remise à charbon, épanchant son cœur devant Dieu et trouvant dans sa précieuse Bible un véritable « festin de mets succulents ».

George Müller, lui aussi, unissait l’étude de la Bible à la prière pendant les heures tranquilles du matin. Pendant un temps, il avait l’habitude de se livrer à la prière le matin, après s’être habillé. Puis sa méthode changea. Comme il le dit lui-même : « Je vis que la chose la plus importante que j’avais à faire était de m’appliquer à la lecture de la Parole de Dieu et à la méditation de cette Parole, afin que mon cœur fût ainsi consolé, encouragé, averti, repris, instruit ; et qu’ainsi, au moyen de la Parole de Dieu, tandis que je la méditais, mon cœur fût amené à une communion vécue avec le Seigneur. Je commençai donc à méditer le Nouveau Testament de bonne heure le matin. La première chose que je faisais, après avoir demandé en quelques mots la bénédiction du Seigneur sur sa précieuse Parole, était de me mettre à méditer la Parole de Dieu, scrutant pour ainsi dire chaque verset pour en tirer une bénédiction ; non pas en vue du ministère public de la Parole, non pas pour prêcher sur ce que j’avais médité, mais pour obtenir de la nourriture pour ma propre âme. Le résultat que j’ai constaté a presque invariablement été celui-ci : au bout de très peu de minutes, mon âme était conduite à la confession, ou à l’action de grâces, ou à l’intercession, ou à la supplication ; de sorte que, bien que je ne me sois pas, pour ainsi dire, livré à la prière, mais à la méditation, celle-ci se changeait presque aussitôt, plus ou moins, en prière. »

L’étude de la Parole et la prière vont ensemble, et là où l’on trouve l’une vraiment pratiquée, on est sûr de voir l’autre qui lui est étroitement associée.

Mais nous ne prions pas toujours. C’est là le mal chez un si grand nombre d’entre nous. Nous avons besoin de prier beaucoup plus que nous ne le faisons, et beaucoup plus longtemps.

Robert Murray McCheyne, homme doué et saint, dont on a dit : « Qu’on le considère comme fils, comme frère, comme ami ou comme pasteur, il était l’image la plus irréprochable et la plus attirante du vrai chrétien qu’ils aient jamais vue incarnée dans une forme vivante », savait ce que c’est que de passer beaucoup de temps à genoux, et il ne se lassa jamais de presser les autres de découvrir la joie et la valeur de la sainte intercession. « Les enfants de Dieu doivent prier, disait-il. Ils doivent crier à lui jour et nuit. Dieu entend chacun de vos cris, à l’heure affairée du jour comme dans les veilles solitaires de la nuit. » De toutes les manières, par la prédication, par l’exhortation quand il était présent et par des lettres quand il était absent, McCheyne soulignait le devoir vital de la prière, de la prière insistante et incessante.

Dans son journal, nous trouvons ceci : « Le matin, je me suis occupé à préparer la tête, puis le cœur. Cela a souvent été mon erreur, et j’en ai toujours ressenti le mal, surtout dans la prière. Corrige-la donc, ô Seigneur. » Pendant son voyage en Terre sainte, il écrivit : « Je sens que je dois une grande part de notre sécurité aux prières de mon peuple. Si le voile qui couvre la machinerie du monde était levé, que de choses nous trouverions accomplies en réponse aux prières des enfants de Dieu ! » Dans un sermon d’ordination, il dit au prédicateur : « Appliquez-vous à la prière et au ministère de la parole. Si vous ne priez pas, Dieu vous mettra probablement à l’écart de votre ministère, comme il l’a fait pour moi, afin de vous apprendre à prier. Souvenez-vous de la maxime de Luther : “Avoir bien prié, c’est avoir bien étudié.” Recevez de Dieu vos textes, vos pensées, vos paroles. Portez sur votre poitrine les noms du petit troupeau, comme le souverain sacrificateur. Luttez pour les inconvertis. Luther passait ses trois dernières heures en prière ; John Welch priait sept ou huit heures par jour. Il gardait sur son lit un plaid pour s’en envelopper lorsqu’il se levait pendant la nuit. Parfois sa femme le trouvait étendu à terre, en larmes. Quand elle s’en plaignait, il répondait : “Ô femme, j’ai à répondre de trois mille âmes, et je ne sais pas où en sont beaucoup d’entre elles.” » Quant à son peuple, il l’exhortait et l’adjurait ainsi : « Priez pour votre pasteur. Priez pour son corps, afin qu’il soit gardé fort et épargné de nombreuses années. Priez pour son âme, afin qu’il soit gardé humble et saint, une lampe qui brûle et qui luit. Priez pour son ministère, afin qu’il soit abondamment béni, afin qu’il soit oint pour porter de bonnes nouvelles. Qu’il n’y ait pas de prière secrète où vous ne le nommiez devant votre Dieu, pas de culte de famille où vous ne portiez votre pasteur à Dieu dans vos cœurs. »

« Il y a deux choses, dit son biographe, qu’il ne semble jamais avoir cessé de faire : cultiver sa sainteté personnelle et déployer les efforts les plus ardents pour gagner des âmes. » Ces deux choses sont les compagnes inséparables du ministère de la prière. La prière défaille quand défaillent le désir et l’effort de sainteté personnelle. Nul ne gagne des âmes s’il n’est passé maître dans le ministère de la prière. « C’est le devoir des ministres, dit ce saint homme, de commencer la réforme de la religion et des mœurs par eux-mêmes, par leurs familles, etc., avec la confession des péchés passés, la prière ardente pour être dirigés, la grâce et la ferme résolution du cœur. » Il commence par lui-même, sous le titre « Réforme dans la prière secrète », et il prend cette résolution :

« Je ne dois omettre aucune des parties de la prière : confession, adoration, action de grâces, requête et intercession. Il y a une redoutable tendance à omettre la confession, qui procède d’une idée basse de Dieu et de sa loi, d’une idée légère de mon cœur et du péché de ma vie passée. Il faut y résister. Il y a une tendance constante à omettre l’adoration, quand j’oublie à qui je parle, quand je me précipite à la légère en la présence de Jéhovah sans penser à son nom redoutable et à son caractère. Quand j’ai peu de regard pour sa gloire et peu d’admiration pour ses merveilles, j’ai la pente naturelle du cœur à omettre de rendre grâces, et pourtant cela est spécialement commandé. Souvent, quand le cœur est mort au salut des autres, j’omets l’intercession, et pourtant c’est surtout elle qui est l’esprit du grand Avocat, qui porte le nom d’Israël sur son cœur. Je dois prier avant de voir qui que ce soit. Souvent, quand je dors longtemps, ou que je rencontre d’autres personnes de bonne heure, puis que viennent le culte de famille, le petit déjeuner et les visiteurs de la matinée, il est onze heures ou midi avant que je commence la prière secrète. C’est un misérable système ; il est contraire à l’Écriture. Le Christ se leva avant le jour, et sortit pour aller dans un lieu désert. David dit : “Dès l’aurore je te cherche ; dès le matin tu entendras ma voix.” Marie de Magdala se rendit au sépulcre comme il faisait encore obscur. Le culte de famille perd beaucoup de sa puissance et de sa douceur ; et je ne puis faire aucun bien à ceux qui viennent chercher quelque chose auprès de moi. La conscience se sent coupable, l’âme n’est pas nourrie, la lampe n’est pas apprêtée. Je sens qu’il est de loin préférable de commencer par Dieu, de voir sa face en premier, d’approcher mon âme de lui avant qu’elle ne s’approche d’un autre. “Je m’éveille, et je suis encore avec toi.” Si j’ai dormi trop longtemps, ou si je pars en voyage de bonne heure, ou si mon temps est abrégé de quelque manière, il vaut mieux m’habiller en hâte et passer quelques minutes seul avec Dieu que de tout abandonner comme perdu. Mais en général, le mieux est d’avoir au moins une heure seul avec Dieu avant de m’engager dans quoi que ce soit d’autre. Je dois passer les meilleures heures du jour dans la communion avec Dieu. Quand je m’éveille la nuit, je dois me lever et prier, comme David et John Welch. »

McCheyne croyait qu’il faut être toujours en prière, et sa vie féconde, si courte qu’elle ait été, illustre la puissance qui découle des visites longues et fréquentes au lieu secret où nous avons rendez-vous avec notre Seigneur.

On a besoin aujourd’hui d’hommes de la trempe de McCheyne — des hommes de prière, qui sachent se donner à la plus grande tâche qui réclame leur temps et leur attention ; des hommes capables de donner tout leur cœur à la sainte tâche de l’intercession, des hommes qui sachent persévérer dans la prière jusqu’à l’exaucement. La cause de Dieu est confiée à des hommes ; Dieu se confie lui-même à des hommes. Les hommes de prière sont les lieutenants de Dieu ; ils font son œuvre et exécutent ses plans.

Nous sommes tenus de prier si nous sommes citoyens du royaume de Dieu. L’absence de prière est un exil hors du royaume de Dieu, ou pire encore. C’est une mise hors la loi, un crime grave, une violation de la constitution. Le chrétien qui relègue la prière à une place secondaire dans sa vie perd bientôt tout le zèle spirituel qu’il a pu posséder autrefois, et l’Église qui fait peu de cas de la prière ne peut maintenir une piété vivante et est impuissante à faire avancer l’Évangile. L’Évangile ne peut vivre, combattre, vaincre sans la prière — une prière incessante, persévérante et ardente.

Le peu de prière est la marque d’une époque qui a reculé et d’une Église qui a reculé. Partout où l’on prie peu, en chaire ou sur les bancs, la faillite spirituelle est imminente et inévitable.

La cause de Dieu n’a pas d’âge du commerce, pas d’âge de la culture, pas d’âge de l’instruction, pas d’âge de l’argent. Mais elle a un âge d’or, et c’est l’âge de la prière. Quand ses chefs sont des hommes de prière, quand la prière est l’élément dominant du culte, comme l’encens qui donne à son service un parfum continuel, alors la cause de Dieu triomphera.

Mieux prier, et prier davantage : voilà ce dont nous avons besoin. Il nous faut des hommes plus saints, et en plus grand nombre, des femmes plus saintes, et en plus grand nombre, pour prier — des femmes comme Anne, qui, de leurs plus grands chagrins et de leurs plus grandes épreuves, ont tiré leurs plus grandes prières. C’est par la prière qu’Anne trouva son soulagement. Partout l’Église avait reculé et était devenue apostate ; ses ennemis étaient victorieux. Anne se donna à la prière, et dans sa douleur elle multiplia ses prières. Elle vit un grand réveil naître de ses prières. Alors que toute la nation était opprimée, prophète et sacrificateur, Samuel naquit pour établir une nouvelle lignée de sacrificateurs, et ses prières à elle firent éclore une vie nouvelle pour Dieu. Partout la religion se ranima et fleurit. Dieu, fidèle à sa promesse : « Demande-moi », bien que la prière vînt du cœur brisé d’une femme, entendit et répondit, envoyant un jour nouveau de sainte allégresse pour ranimer son peuple.

Ainsi donc, insistons encore une fois et répétons que le grand besoin de l’Église, en ce siècle comme en tous les siècles, ce sont des hommes d’une foi si souveraine, d’une sainteté si pure, d’une vigueur spirituelle si marquée et d’un zèle si dévorant qu’ils opéreront des révolutions spirituelles par la puissance de leurs prières. « Les dons naturels et les avantages de l’instruction ne comptent pas comme facteurs en cette matière ; ce qui compte, c’est une capacité de foi, l’aptitude à prier, la puissance d’une consécration totale, l’aptitude à se faire petit, une perte absolue de soi-même dans la gloire de Dieu, et une aspiration toujours présente et insatiable, une recherche incessante de toute la plénitude de Dieu. Des hommes qui peuvent embraser l’Église pour Dieu, non pas de manière bruyante et tapageuse, mais par une chaleur intense et tranquille qui fait fondre et met en mouvement toute chose pour Dieu. »

Et, pour revenir au point vital, la prière secrète est la pierre de touche, la jauge et la sauvegarde de la relation de l’homme avec Dieu. Le lieu secret de la prière, tout en étant la pierre de touche de la sincérité de notre dévotion à Dieu, en devient aussi la mesure. Le renoncement à nous-mêmes, les sacrifices que nous faisons pour notre lieu secret de prière, la fréquence de nos visites à ce lieu sacré de rencontre avec le Seigneur, notre façon de nous y attarder, notre répugnance à le quitter, voilà la valeur que nous attachons à la communion seul à seul avec Dieu, le prix que nous payons pour les heures de rendez-vous où l’Esprit nous accorde l’amour céleste.

Le lieu secret de la prière sauvegarde notre relation avec Dieu. Il ourle tout bord effiloché ; il retrousse tout vêtement flottant qui entrave nos pas ; il ceint tous les reins défaillants. L’ancre de miséricorde ne retient pas le navire plus sûrement ni plus solidement que le lieu secret de la prière ne nous tient attachés à Dieu. Satan doit rompre notre attache au lieu secret de la prière et nous en fermer le chemin avant de pouvoir rompre notre attache à Dieu ou nous fermer le chemin du ciel.

« N’aie pas peur de prier ; prier est juste ;

Prie avec espoir, si tu le peux, mais prie toujours,

Même si l’espoir est faible ou las d’un long retard ;

Prie dans les ténèbres, s’il n’y a point de lumière ;

Et si pour quelque vœu tu n’oses pas prier,

Alors prie Dieu de chasser ce vœu loin de toi. »

Page 1 / 1 · 15 min restantes dans le chapitre
Précédent Suivant