Chapitre 6 · 12 min de lecture · 16 min d’écoute
Prier sans se relâcher
« Rien n’est impossible au travail », a dit l’un des sept sages de la Grèce. Remplaçons le mot travail par prière persévérante, et la devise sera plus chrétienne et plus digne d’être adoptée par tous. Je suis persuadé que l’esprit de prière nous fait plus défaut, à tous, qu’aucune autre grâce. Dieu aime tant la prière insistante qu’il ne nous accordera guère de bénédiction sans elle. Et s’il aime une telle prière, c’est qu’il nous aime et qu’il sait qu’elle est une préparation nécessaire pour que nous recevions les plus riches bénédictions qu’il attend et désire ardemment nous accorder.
Je n’ai jamais prié sincèrement et ardemment pour quoi que ce soit sans que cela finisse par arriver — peu importe à quel jour lointain, d’une manière ou d’une autre, sous une forme ou sous une autre, probablement la dernière que j’aurais imaginée, cela est arrivé.—Adoniram Judson
Il est bon, je le constate, de persévérer dans les efforts pour prier. Même quand je ne puis prier avec persévérance ni prolonger longtemps mon entretien avec l’Être divin, j’ai remarqué que plus je m’adonne à la prière secrète, plus j’ai de joie à m’y adonner, et plus j’ai goûté l’esprit de prière ; et j’ai souvent constaté le contraire lorsque, en voyage ou autrement, j’étais privé de retraite.—David Brainerd
Le Christ fait de l’insistance un trait distinctif de la vraie prière. Nous ne devons pas seulement prier, mais prier avec une grande urgence, avec application et avec répétition. Nous ne devons pas seulement prier, mais prier encore et encore. Nous ne devons pas nous lasser de prier. Nous devons être pleinement sérieux, profondément soucieux des choses que nous demandons, car Jésus-Christ a montré très clairement que le secret de la prière et de son succès réside dans son urgence. Nous devons presser Dieu de nos prières.
Dans une parabole d’une émotion et d’une simplicité exquises, notre Seigneur a enseigné non seulement qu’il faut prier, mais qu’il faut prier de tout son cœur, et insister avec une énergie vigoureuse et un cœur vaillant.
« Jésus leur adressa une parabole, pour montrer qu’il faut toujours prier, et ne point se relâcher. Il dit : Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait point Dieu et qui n’avait d’égard pour personne. Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait lui dire : Fais-moi justice de ma partie adverse. Pendant longtemps il refusa. Mais ensuite il dit en lui-même : Quoique je ne craigne point Dieu et que je n’aie d’égard pour personne, néanmoins, parce que cette veuve m’importune, je lui ferai justice, afin qu’elle ne vienne pas sans cesse me rompre la tête. Le Seigneur ajouta : Entendez ce que dit le juge inique. Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tardera-t-il à leur égard ? Je vous le dis, il leur fera promptement justice. Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »
Le cas de cette pauvre femme était des plus désespérés, mais l’insistance fait surgir l’espérance du royaume même du désespoir et crée le succès là où n’existaient ni le succès ni ses conditions. Il ne pouvait y avoir de cas plus probant pour montrer comment l’insistance infatigable et intrépide atteint son but là où tout le reste échoue. Le préambule de cette parabole dit : « Jésus leur adressa une parabole, pour montrer qu’il faut toujours prier, et ne point se relâcher. » Il savait que les hommes perdraient vite courage dans la prière ; aussi, pour nous encourager, nous donne-t-il ce tableau de la merveilleuse puissance de l’insistance.
La veuve, faible et sans secours, est l’impuissance personnifiée ; privée de tout espoir et de toute influence qui auraient pu émouvoir un juge injuste, elle gagne pourtant sa cause par sa seule insistance, infatigable et importune. La nécessité de l’insistance, sa puissance et son immense importance dans la prière pourraient-elles être peintes de couleurs plus profondes ou plus saisissantes ? Elle surmonte ou écarte tous les obstacles, vient à bout de toute force contraire et atteint son but en dépit d’empêchements invincibles. Nous ne pouvons rien faire sans la prière. Tout peut être accompli par la prière insistante.
Tel est l’enseignement de Jésus-Christ.
Une autre parabole prononcée par Jésus inculque la même grande vérité. Un homme va, à minuit, chez son ami pour lui emprunter du pain. Ses arguments sont forts, fondés sur l’amitié et sur les exigences embarrassantes et pressantes de la nécessité, mais tous échouent. Il n’obtient pas de pain, mais il reste et insiste, il attend et il obtient. La seule insistance réussit là où tous les autres arguments et toutes les autres influences avaient échoué.
Le cas de la femme syro-phénicienne est une parabole en action. Elle est arrêtée dans ses démarches vers le Christ par l’information qu’il ne veut voir personne. On lui refuse sa présence, puis, en sa présence, elle est traitée avec une apparente indifférence, avec la froideur du silence et du détachement ; elle insiste et s’approche, et cette insistance, cette approche sont repoussées par la déclaration sévère et écrasante qu’il n’est pas envoyé aux siens ni à ceux de sa race, qu’elle est exclue de sa mission et de sa puissance. Elle est humiliée en étant traitée de chien. Pourtant elle accepte tout, surmonte tout, gagne tout par son insistance humble, intrépide, invincible. Le Fils de Dieu, satisfait, surpris, vaincu par son insistance indomptable, lui dit : « Femme, ta foi est grande ; qu’il te soit fait comme tu veux. » Jésus-Christ se rend à l’insistance d’une grande foi. « Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tardera-t-il à leur égard ? »
Jésus-Christ fait de la capacité d’insister l’un des éléments de la prière, l’une des conditions principales de la prière. La prière de la femme syro-phénicienne est une démonstration de la puissance incomparable de l’insistance, d’un combat plus réel, engageant davantage d’énergie vitale, d’endurance et de toutes les plus hautes qualités que tout ce qu’ont jamais montré les luttes de l’Isthme ou d’Olympie.
Les premières leçons d’insistance sont données dans le Sermon sur la montagne — « Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira. » Ce sont des degrés de progression — « Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l’on ouvre à celui qui frappe. »
Sans persévérance, la prière risque de rester sans réponse. L’insistance est faite de la capacité de tenir bon, d’aller de l’avant, d’attendre d’une étreinte qui ne se relâche pas et ne peut se relâcher, avec un désir sans repos et une patience reposée. La prière insistante n’est pas un incident mais l’essentiel ; non une prestation mais une passion ; non un besoin mais une nécessité.
La prière, dans sa forme la plus haute et son succès le plus éclatant, prend l’attitude d’un lutteur aux prises avec Dieu. C’est le combat, l’épreuve et la victoire de la foi ; une victoire remportée non sur un ennemi, mais sur celui qui éprouve notre foi pour l’agrandir, qui met notre force à l’épreuve pour nous rendre plus forts. Peu de choses donnent à l’âme une vigueur aussi vive et aussi durable qu’une longue et épuisante saison de prière insistante. Elle fait une expérience, une époque, un nouveau calendrier pour l’esprit, une vie nouvelle pour la religion, une formation de soldat. La Bible ne se lasse jamais d’affirmer et d’illustrer ce fait : le plus grand bien spirituel s’obtient en retour de la plus haute forme d’effort spirituel. Il n’y a, dans la religion de la Bible, ni encouragement ni place pour les désirs faibles, les efforts nonchalants, les attitudes paresseuses ; tout doit être vigoureux, pressant, ardent. Les désirs enflammés, l’insistance passionnée et infatigable font les délices du ciel. Dieu veut que ses enfants soient d’un sérieux incorrigible et d’une hardiesse persévérante dans leurs efforts. Le ciel est trop occupé pour écouter des prières tièdes ou pour répondre à des visites en coup de vent.
Tout notre être doit être dans notre prière ; comme John Knox, nous devons dire et sentir : « Donne-moi l’Écosse, ou je meurs. » Nos expériences et nos révélations de Dieu naissent de nos sacrifices coûteux, de nos combats coûteux, de nos prières coûteuses. La lutte de Jacob, sa prière de toute une nuit, marqua une ère à jamais inoubliable dans la vie de Jacob, amena Dieu à son secours, changea l’attitude et la conduite d’Ésaü, changea le caractère de Jacob, sauva et transforma sa vie, et entra dans les habitudes de toute une nation.
Nos saisons de prière insistante se gravent, comme l’empreinte d’un diamant, dans nos endroits les plus durs, et marquent nos caractères de traces ineffaçables. Ce sont les temps forts de notre vie ! Les pierres commémoratives qui demeurent et vers lesquelles nous nous tournons.
L’insistance, répétons-le, est une condition de la prière. Nous devons insister, non par de vaines redites, mais par des redites pressantes. Nous répétons, non pour compter les fois, mais pour obtenir ce que nous demandons. Nous ne pouvons cesser de prier, parce que notre cœur et notre âme y sont engagés. Nous prions « avec une entière persévérance ». Nous nous accrochons à nos prières parce que nous en vivons. Nous insistons dans nos requêtes parce qu’il nous faut être exaucés ou mourir. Le Christ nous donne deux paraboles des plus expressives pour souligner la nécessité de l’insistance dans la prière. Peut-être Abraham a-t-il perdu Sodome pour n’avoir pas usé jusqu’au bout de son privilège de prier. Joas, nous le savons, a perdu parce qu’il s’est arrêté de frapper.
La persévérance compte beaucoup auprès de Dieu comme auprès des hommes. Si Élie s’était arrêté à sa première requête, les cieux n’auraient guère cédé leur pluie à sa faible prière. Si Jacob avait cessé de prier à une heure convenable pour aller se coucher, il aurait difficilement survécu à la rencontre du lendemain avec Ésaü. Si la femme syro-phénicienne avait laissé sa foi défaillir devant le silence, l’humiliation, le refus, ou arrêté ses efforts à mi-chemin, son foyer accablé de chagrin n’aurait jamais été illuminé par la guérison de sa fille.
Prier sans jamais se relâcher, telle est la devise que le Christ nous donne pour la prière. C’est l’épreuve de notre foi, et plus l’épreuve est rude et l’attente longue, plus les résultats sont glorieux.
Les saints de l’Ancien Testament enseignent les bienfaits et la nécessité de l’insistance. Les hommes de prière doivent être forts dans l’espérance, dans la foi et dans la prière. Ils doivent savoir attendre et insister, attendre Dieu et être pleinement sérieux quand ils s’approchent de lui.
Abraham nous a laissé un exemple d’intercession insistante dans sa supplication passionnée auprès de Dieu en faveur de Sodome et de Gomorrhe ; et si, comme nous l’avons déjà indiqué, il n’avait pas cessé de demander, peut-être Dieu n’aurait-il pas cessé de donner.
« Abraham cessa de demander avant que Dieu ne cesse d’accorder. » Moïse a enseigné la puissance de l’insistance lorsqu’il intercéda pour Israël quarante jours et quarante nuits, dans le jeûne et la prière. Et son insistance fut couronnée de succès.
Jésus, par son enseignement et son exemple, a illustré et porté à sa perfection ce principe de supplication et d’attente de l’Ancien Testament. Comme il est étrange que le Fils unique de Dieu, venu en mission directement de la part de son Père, lui dont le seul ciel sur la terre, dont la seule vie et la seule loi étaient de faire la volonté de son Père dans cette mission — quel mystère qu’il ait été soumis à la loi de la prière, que les bénédictions qui lui vinrent aient été fécondées et acquises par la prière ; plus étrange encore, que l’insistance dans la prière ait été le moyen par lequel il obtint de Dieu ses plus riches ressources. S’il n’avait pas prié avec insistance, il n’y aurait eu aucune transfiguration dans son histoire, aucune œuvre puissante n’aurait rendu sa carrière divine. Ses nuits entières de prière, voilà ce qui remplissait de compassion et de puissance ses journées entières de travail. La prière insistante de sa vie couronna sa mort de son triomphe. Il apprit la haute leçon de la soumission à la volonté de Dieu dans les luttes de la prière insistante avant d’illustrer si sublimement cette soumission sur la croix.
« Que cela nous plaise ou non, disait M. Spurgeon, demander est la règle du royaume. “Demandez, et vous recevrez.” C’est une règle qui ne sera jamais modifiée pour qui que ce soit. Notre Seigneur Jésus-Christ est le frère aîné de la famille, mais Dieu n’a pas assoupli la règle pour lui. Souvenez-vous de ce texte : Jéhovah dit à son propre Fils : “Demande-moi et je te donnerai les nations pour héritage, les extrémités de la terre pour possession.” Si le Fils royal et divin de Dieu ne peut être dispensé de la règle qui veut qu’il demande pour avoir, vous et moi ne pouvons espérer que la règle soit assouplie en notre faveur. Pourquoi le serait-elle ? Quelle raison peut-on invoquer pour que nous soyons dispensés de la prière ? Quel argument peut-il y avoir pour que nous soyons privés du privilège et libérés de la nécessité de la supplication ? Je n’en vois aucun ; en voyez-vous un ? Dieu bénira Élie et enverra la pluie sur Israël, mais Élie doit la demander par la prière. Si la nation élue doit prospérer, Samuel doit plaider pour elle. Si les Juifs doivent être délivrés, Daniel doit intercéder. Dieu bénira Paul, et les nations seront converties par lui, mais Paul doit prier. Et il pria sans cesse ; ses épîtres montrent qu’il n’attendait rien qu’en le demandant. Si vous pouvez tout avoir en demandant, et rien sans demander, je vous prie de voir combien la prière est absolument vitale, et je vous supplie d’y abonder. »
Il ne fait pas le moindre doute qu’une grande partie de nos prières échoue faute de persistance. Elles manquent du feu et de la force de la persévérance. La persistance est de l’essence même de la vraie prière. Elle n’a peut-être pas toujours à s’exercer, mais elle doit être là comme force de réserve. Jésus a enseigné que la persévérance est l’élément essentiel de la prière. Les hommes doivent être pleinement sérieux quand ils s’agenouillent au marchepied de Dieu.
Trop souvent, nous perdons courage et cessons de prier au point même où nous devrions commencer. Nous lâchons prise à l’endroit précis où nous devrions tenir le plus fermement. Nos prières sont faibles parce qu’elles ne sont pas animées par une volonté infaillible et irrésistible.
Dieu aime celui qui plaide avec insistance, et il lui envoie des réponses qui n’auraient jamais été accordées sans la persistance qui refuse de lâcher prise jusqu’à ce que la requête implorée soit accordée.
Chapitre 6 terminé
Prier sans se relâcher