Chapitre 5 · 9 min de lecture · 12 min d’écoute
La prière est un métier qui s’apprend
La prière de la foi est la seule puissance de l’univers devant laquelle le grand Jéhovah s’incline. La prière est le remède souverain.—Robert Hall
L’Église, tout occupée à acquérir le pouvoir temporel, avait presque abandonné ses devoirs spirituels, et son empire, qui reposait sur des fondements spirituels, s’effritait à mesure que ceux-ci tombaient en ruine, et menaçait de s’évanouir comme une vision sans consistance.—Lea, Histoire de l’Inquisition
Prions-nous comme le Christ a prié ? Demeurons-nous en lui ? Nos requêtes et notre esprit sont-ils le débordement de son esprit et de ses requêtes ? L’amour règne-t-il sur notre esprit — l’amour parfait ?
Ces questions doivent être jugées justes et pertinentes en un temps comme le nôtre. Nous craignons fort de faire bien davantage toute autre chose que prier. Notre époque n’est pas une époque de prière ; c’est une époque de grande activité, de grands mouvements, mais où la tendance est très forte à mettre l’accent sur le visible et le matériel, et à négliger et déprécier l’invisible et le spirituel. La prière est la plus grande de toutes les forces, parce qu’elle honore Dieu et l’amène à intervenir activement en notre faveur.
Rien ne peut remplacer la prière, rien ne peut lui faire concurrence ; elle se tient seule comme la grande force spirituelle, et cette force doit être présente et agissante. On ne peut s’en passer pendant une seule génération, ni la tenir en suspens le temps de faire avancer quelque grand mouvement — elle doit être continuelle et précise, toujours, partout et en toutes choses. Nous ne pouvons pas faire marcher nos entreprises spirituelles avec les prières de la génération passée. Beaucoup croient à l’efficacité de la prière, mais peu prient. La prière est la plus facile et la plus difficile de toutes les choses ; la plus simple et la plus sublime ; la plus faible et la plus puissante ; ses résultats dépassent le champ des possibilités humaines — ils n’ont pour limite que la toute-puissance de Dieu.
Peu de chrétiens ont de la puissance de la prière autre chose qu’une idée vague ; moins nombreux encore sont ceux qui ont l’expérience de cette puissance. L’Église semble presque entièrement ignorer la puissance que Dieu remet entre ses mains ; cette carte blanche spirituelle sur les ressources infinies de la sagesse et de la puissance de Dieu n’est que rarement utilisée, si elle l’est jamais — jamais, en tout cas, dans la pleine mesure qui honorerait Dieu. Il est stupéfiant de voir combien l’usage en est pauvre, et combien maigres les bienfaits. La prière est notre arme la plus redoutable, mais celle que nous maîtrisons le moins et que nous répugnons le plus à employer. Nous faisons tout pour les païens, sauf la chose que Dieu veut que nous fassions : la seule qui fasse vraiment du bien, celle qui rend efficace tout ce que nous faisons par ailleurs.
Obtenir son diplôme à l’école de la prière, c’est maîtriser tout le cursus de la vie religieuse. Les premières et les dernières étapes d’une vie sainte sont couronnées par la prière. C’est un métier de toute une vie. Les obstacles à la prière sont les obstacles à une vie sainte. Les conditions de la prière sont les conditions de la justice, de la sainteté et du salut. Qui n’est qu’un savetier dans le métier de la prière n’est qu’un gâcheur dans le métier du salut.
La prière est un métier qui s’apprend. Nous devons en être les apprentis et y faire notre temps d’apprentissage. Il faut un soin minutieux, beaucoup de réflexion, de la pratique et du labeur pour devenir un artisan habile dans la prière. En ce métier comme en tout autre, c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Seuls des mains et des cœurs qui peinent forment des maîtres dans ce métier céleste.
Malgré les bienfaits et les bénédictions qui découlent de la communion avec Dieu, il faut faire ce triste aveu : nous ne prions pas beaucoup. Un nombre relativement très restreint de personnes conduisent la prière dans les réunions. Moins nombreux encore sont ceux qui prient en famille. Moins nombreux encore ceux qui ont l’habitude de prier régulièrement dans leur cabinet. Les réunions spécialement consacrées à la prière sont aussi rares que le gel en juin. Dans bien des églises, il n’existe ni le nom ni l’apparence d’une réunion de prière. Dans les églises des villes et des bourgs, la réunion de prière n’en est une que de nom. Un sermon ou une conférence en est l’élément principal. La prière n’y est qu’un appendice nominal.
Notre peuple n’est pas foncièrement un peuple qui prie. Sa vie le montre bien.
La prière et la vie sainte ne font qu’un. Elles agissent l’une sur l’autre et réagissent l’une à l’autre. Aucune ne peut survivre seule. L’absence de l’une est l’absence de l’autre. Le moine a perverti la prière : il a remplacé la prière par la superstition, et la vie sainte par des momeries et la routine. Nous courons le danger de remplacer la prière et la vie sainte par les œuvres d’Église et par une ronde incessante d’activités tapageuses. La vie sainte ne vit pas dans le cabinet, mais elle ne peut vivre sans le cabinet. Si, par quelque hasard, on établissait une chambre de prière sans vie sainte, ce serait une chambre où Dieu ne serait pas présent.
Mettre partout les saints à prier, tel est le fardeau de l’effort apostolique et la note dominante du succès apostolique. Jésus-Christ s’y était efforcé aux jours de son ministère terrestre. Ému d’une compassion infinie devant les champs mûrs de la terre qui périssaient faute d’ouvriers, il interrompt sa propre prière et tente d’éveiller la sensibilité endormie de ses disciples au devoir de la prière, en leur donnant cet ordre : « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson. » Et il leur adressa une parabole pour montrer qu’il faut toujours prier.
Les apôtres ne purent qu’entrevoir cette grande importance de la prière avant la Pentecôte. Mais l’Esprit, venant à la Pentecôte et remplissant les disciples, éleva la prière à la place vitale et souveraine qu’elle occupe dans l’Évangile du Christ. L’appel à la prière adressé aujourd’hui à chaque saint est l’appel le plus fort et le plus pressant de l’Esprit. La piété des saints est façonnée, affinée, perfectionnée par la prière. L’Évangile avance d’un pas lent et timide quand les saints ne sont pas à leurs prières tôt et tard, et longuement.
Où sont les conducteurs semblables au Christ qui sauront enseigner aux saints d’aujourd’hui à prier et les y mettre ? Nos conducteurs savent-ils que nous formons une génération de saints sans prière ? Où sont les conducteurs apostoliques capables de mettre le peuple de Dieu à prier ? Qu’ils s’avancent au premier rang et fassent ce travail, et ce sera la plus grande œuvre qui puisse s’accomplir. L’accroissement des moyens d’instruction et une forte augmentation de la puissance financière seront la pire des malédictions pour la religion s’ils ne sont pas sanctifiés par des prières plus nombreuses et meilleures que celles que nous offrons.
Un surcroît de prière ne viendra pas tout seul. La campagne pour le vingtième ou le trentième siècle n’aidera pas notre prière ; elle l’entravera plutôt, si nous n’y prenons garde. Rien ne servira, sinon un effort délibéré venant de conducteurs qui prient. Seuls des conducteurs qui prient peuvent avoir des disciples qui prient. Des apôtres qui prient engendreront des saints qui prient. Une chaire qui prie engendrera des bancs qui prient. Nous avons grand besoin de quelqu’un qui sache mettre les saints à cette affaire de la prière. Nous sommes une génération de saints qui ne prient pas. Des saints qui ne prient pas forment une misérable bande de saints, qui n’ont ni l’ardeur, ni la beauté, ni la puissance des saints. Qui restaurera cette branche ? Le plus grand des réformateurs et des apôtres sera celui qui saura mettre l’Église à prier.
Des hommes saints ont, par le passé, changé tout le cours des choses, révolutionné caractères et pays par la prière. Et de tels exploits nous sont encore possibles. La puissance ne demande qu’à être employée. La prière n’est que l’expression de la foi.
Le temps me manquerait pour parler des choses puissantes accomplies par la prière, car c’est par elle que des saints « vainquirent des royaumes, exercèrent la justice, obtinrent des promesses, fermèrent la gueule des lions, éteignirent la puissance du feu, échappèrent au tranchant de l’épée, guérirent de leurs maladies, furent vaillants à la guerre, mirent en fuite des armées étrangères. Des femmes recouvrèrent leurs morts par la résurrection »
La prière honore Dieu ; elle déshonore le moi. C’est le plaidoyer de l’homme qui avoue sa faiblesse, son ignorance, son dénuement. Un plaidoyer que le ciel ne peut ignorer. Dieu prend plaisir à nous voir prier.
La prière n’est pas l’ennemie du travail ; elle ne paralyse pas l’activité. Elle agit puissamment ; la prière elle-même est la plus grande des œuvres. Elle fait jaillir l’activité, stimule le désir et l’effort. La prière n’est pas un opiacé mais un tonique ; elle n’endort pas, elle réveille à nouveau pour l’action. Le paresseux ne prie pas, ne veut pas prier, ne peut pas prier, car la prière exige de l’énergie. Paul l’appelle un combat, une agonie. Pour Jacob, ce fut une lutte corps à corps ; pour la femme syro-phénicienne, ce fut un combat qui mit en jeu toutes les plus hautes qualités de l’âme et qui exigea une grande force pour y faire face.
Le cabinet n’est pas un asile pour le chrétien indolent et sans valeur. Ce n’est pas une pouponnière réservée aux seuls nourrissons. C’est le champ de bataille de l’Église ; sa citadelle ; le théâtre de combats héroïques et surnaturels. Le cabinet est la base de ravitaillement du chrétien et de l’Église. Qu’on en soit coupé, et il ne reste que la retraite et le désastre. L’énergie pour le travail, la maîtrise de soi, la délivrance de la peur, tous les fruits et toutes les grâces spirituelles progressent beaucoup par la prière. La différence de force, d’expérience, de sainteté entre les chrétiens se trouve dans le contraste de leur prière.
Des prières rares, courtes et faibles dénotent toujours un état spirituel médiocre. Les hommes doivent beaucoup prier et s’y appliquer avec énergie et persévérance. Les chrétiens éminents ont été éminents dans la prière. Les choses profondes de Dieu ne s’apprennent nulle part ailleurs. Les grandes choses pour Dieu s’accomplissent par de grandes prières. Celui qui prie beaucoup étudie beaucoup, aime beaucoup, travaille beaucoup, fait beaucoup pour Dieu et pour l’humanité. La mise en œuvre de l’Évangile, la vigueur de la foi, la maturité et l’excellence des grâces spirituelles dépendent de la prière.
Chapitre 5 terminé
La prière est un métier qui s’apprend