Prier avec un dessein
Les réveils naissent de la prière

Chapitre 12 · 15 min de lecture · 19 min d’écoute

Les réveils naissent de la prière

Que vos cœurs soient fortement attachés aux réveils de la religion. N’oubliez jamais que les Églises ont jusqu’ici existé et prospéré par les réveils ; et que, si elles doivent exister et prospérer dans l’avenir, ce sera par la même cause qui, dès le commencement, a fait leur gloire et leur défense.—Joel Hawes

Si un pasteur peut se contenter de ne voir aucune conversion, il ne verra aucune conversion.—Charles Spurgeon

Je ne crois pas que mes désirs d’un réveil aient jamais été moitié aussi forts qu’ils auraient dû l’être ; et je ne vois pas comment un pasteur pourrait s’empêcher d’être dans une « fièvre constante » quand son Maître est déshonoré et que des âmes se perdent de tant de manières.—Edward Payson

Un vieux saint vint un soir trouver le pasteur et lui dit : « Nous allons avoir un réveil. » On lui demanda comment il le savait. Il répondit : « Il y a deux heures, je suis allé à l’étable pour soigner mes bêtes, et là le Seigneur m’a gardé en prière jusqu’à maintenant. Et je sens que nous allons être ranimés. » Ce fut le commencement d’un réveil.—H. C. Fish

On a dit que l’histoire des réveils est l’histoire de la religion, et nul ne peut étudier cette histoire sans être frappé de leur puissante influence sur la destinée du genre humain. Regarder en arrière le progrès du Royaume divin sur la terre, c’est passer en revue des périodes de réveil venues comme des pluies rafraîchissantes sur une terre sèche et altérée, faisant fleurir le désert comme la rose, et ouvrant des ères nouvelles de vie et d’activité spirituelles juste au moment où l’Église était tombée sous l’influence de l’apathie de l’époque et avait besoin d’être réveillée à un sens nouveau de son devoir et de sa responsabilité. « D’un certain point de vue, et non le moins important, écrit le principal Lindsay dans “The Church and the Ministry in the Early Centuries”, l’histoire de l’Église coule d’un temps de réveil à un autre ; et que l’on considère les réveils de l’ancienne Église catholique, de l’Église médiévale ou de l’Église moderne, ils ont toujours été l’œuvre d’hommes particulièrement doués du pouvoir de voir et de proclamer les secrets de la vie chrétienne la plus profonde, et l’effet de leur œuvre a toujours été proportionné à la réceptivité spirituelle de la génération à laquelle ils s’adressaient. »

Puisque Dieu, dès le commencement, a agi de manière éminente par des réveils, on ne peut nier que les réveils fassent partie du plan divin. Le Royaume de notre Seigneur a progressé dans une large mesure par des saisons particulières où l’œuvre de la conversion s’est accomplie avec grâce et rapidité ; on peut donc en conclure que les moyens par lesquels Dieu a agi en d’autres temps seront employés en notre temps pour produire des résultats semblables. « La conversion paisible d’un pécheur après un autre, sous le ministère ordinaire de l’Évangile, dit un auteur qui a traité le sujet, doit toujours être accueillie avec satisfaction et reconnaissance par les ministres et les disciples du Christ ; mais une manifestation périodique de la conversion simultanée de milliers de personnes est aussi à désirer, parce qu’elle est propre à fournir une démonstration visible et saisissante que Dieu a fait Seigneur et Christ ce même Jésus qui fut rejeté et crucifié ; et qu’en vertu de sa médiation divine, il a pris le sceptre royal de la suprématie universelle, et “il faut qu’il règne jusqu’à ce que tous ses ennemis soient devenus son marchepied”. Il est donc raisonnable de s’attendre à ce que, de temps à autre, il renouvelle ce qui, le jour de la Pentecôte, constitua la preuve décisive et suprême de sa messianité et de sa souveraineté ; et qu’ainsi il fasse sursauter les âmes endormies des mondains insouciants, gagne l’oreille attentive des inconvertis et vienne, de façon remarquable, interrompre ces rêves brillants de gloire, de grandeur, de richesse, de puissance et de bonheur terrestres que la multitude rebelle et oublieuse de Dieu chérit si tendrement. Une telle effusion du Saint-Esprit est à la fois une preuve démonstrative de la perfection et de l’acceptation de l’unique offrande qu’il a faite de lui-même en sacrifice pour le péché, et les “arrhes” prophétiques de la certitude qu’il “apparaîtra sans péché une seconde fois pour le salut”, pour juger le monde avec justice. »

Et que les réveils soient à attendre, puisqu’ils procèdent, comme c’est le cas, du bon usage des moyens appropriés, voilà une vérité qui mérite d’être fortement soulignée en ces jours où le matériel est exalté aux dépens du spirituel et où l’on suppose que les normes morales sont souveraines. Charles G. Finney a enseigné avec force qu’un réveil n’est pas un miracle. Il pouvait, disait-il, y avoir un miracle parmi ses causes antécédentes, ou il pouvait n’y en avoir aucun. Les apôtres employaient les miracles simplement comme un moyen d’attirer l’attention sur leur message et d’en établir l’autorité divine. « Mais le miracle n’était pas le réveil. Le miracle était une chose ; le réveil qui le suivait en était une tout autre. Les réveils du temps des apôtres étaient liés à des miracles, mais ils n’étaient pas des miracles. » Tous les réveils dépendent de Dieu, mais dans les réveils, comme en d’autres choses, il sollicite et exige le concours de l’homme, et le plein résultat s’obtient quand il y a coopération entre le divin et l’humain. Autrement dit, pour employer une formule familière, Dieu seul peut sauver le monde, mais Dieu ne peut pas sauver le monde seul. Dieu et l’homme s’unissent pour la tâche, la réponse du divin étant invariablement proportionnée au désir et à l’effort de l’humain.

Cette coopération étant donc nécessaire, quel est le devoir que nous devons assumer, nous qui sommes ouvriers avec Dieu ? D’abord, et par-dessus tout — c’est le point sur lequel nous tenons particulièrement à insister —, nous devons nous donner à la prière. « Les réveils, comme nous le rappelle le Dr J. Wilbur Chapman, naissent de la prière. Quand Wesley pria, l’Angleterre fut réveillée ; quand Knox pria, l’Écosse fut rafraîchie ; quand les moniteurs de l’école du dimanche de Tannybrook prièrent, 11 000 jeunes gens furent ajoutés à l’Église en une année. Des nuits entières de prière ont toujours été suivies de journées entières passées à gagner des âmes. »

Lorsque l’église de D. L. Moody à Chicago fut réduite en cendres, il se rendit en Angleterre, en 1872, non pour prêcher, mais pour écouter prêcher les autres pendant qu’on construisait sa nouvelle église. Un dimanche matin, on le persuada de prêcher dans une chaire de Londres. Mais, pour une raison ou une autre, l’atmosphère spirituelle faisait défaut. Il avoua plus tard qu’il n’avait jamais eu tant de peine à prêcher de toute sa vie. Tout était parfaitement mort et, tandis qu’il s’efforçait en vain de prêcher, il se disait : « Quel fou j’ai été d’accepter de prêcher ! Je suis venu ici pour écouter, et me voilà en train de prêcher. » Puis lui vint la pensée terrible qu’il devait prêcher de nouveau le soir, et seule la promesse qu’il en avait faite le tint fidèle à son engagement. Mais quand M. Moody monta en chaire le soir et fit face à l’assemblée qui remplissait l’église, il eut conscience d’une atmosphère nouvelle. « Les puissances d’un monde invisible semblaient être tombées sur l’auditoire. » Comme il approchait de la fin de son sermon, il s’enhardit à lancer un appel, et en concluant il dit : « S’il y a ici un homme ou une femme qui veut ce soir accepter Jésus-Christ, qu’il se lève, je vous prie. » Aussitôt, environ 500 personnes se levèrent. Pensant qu’il devait y avoir quelque erreur, il pria les gens de se rasseoir, puis, afin qu’il ne puisse y avoir aucun malentendu, il renouvela l’appel en des termes encore plus précis et plus exigeants. De nouveau, le même nombre se leva. Pensant toujours que quelque chose n’allait pas, M. Moody pria une seconde fois les hommes et les femmes debout de se rasseoir, puis il invita tous ceux qui voulaient réellement accepter le Christ à passer dans la sacristie. Pas moins de 500 personnes firent ce qui leur était demandé, et ce fut le commencement d’un réveil dans cette église et dans tout le quartier, réveil qui fit revenir M. Moody de Dublin quelques jours plus tard pour qu’il prête son concours à cette merveilleuse œuvre de Dieu.

Il faut cependant donner la suite, sinon le but que nous poursuivons en rapportant cet épisode serait manqué. Lorsque M. Moody prêcha au culte du matin, il y avait dans l’assemblée une femme qui avait une sœur infirme. De retour chez elle, elle raconta à l’infirme que le prédicateur avait été un certain M. Moody, de Chicago ; en l’entendant, celle-ci pâlit. « Quoi ! dit-elle, M. Moody, de Chicago ! J’ai lu quelque chose à son sujet il y a quelque temps dans un journal américain, et je prie Dieu de l’envoyer à Londres, et dans notre église. Si j’avais su qu’il devait prêcher ce matin, je n’aurais pas pris de petit déjeuner. J’aurais passé tout ce temps en prière. Maintenant, ma sœur, sors de la chambre, ferme la porte à clé, ne m’apporte pas à déjeuner ; peu importe qui vient, ne laisse personne me voir. Je vais passer tout l’après-midi en prière. » Et ainsi, tandis que M. Moody se tenait dans cette chaire qui, le matin, avait été comme une chambre de glace, la sainte alitée le soutenait devant Dieu, et Dieu, qui prend toujours plaisir à exaucer la prière, répandit son Esprit avec une grande puissance.

Le Dieu des réveils, qui exauça la prière de son enfant pour M. Moody, est disposé à entendre et à exaucer aujourd’hui les prières fidèles et pleines de foi de son peuple. Partout où les conditions de Dieu sont remplies, le réveil ne peut manquer de descendre. Le professeur Thos. Nicholson, du Cornell College, aux États-Unis, rapporte une expérience vécue dans son premier circuit, qui grave à nouveau la vieille leçon de la place de la prière dans l’œuvre de Dieu.

Il n’y avait pas eu de réveil dans ce circuit depuis des années, et la situation spirituelle n’avait rien d’encourageant. Pendant plus de quatre semaines, le pasteur avait prêché fidèlement, visité de maison en maison, dans les magasins, les ateliers et les endroits écartés, et avait fait tout ce qu’il pouvait. Le cinquième lundi soir, beaucoup des membres responsables étaient à leurs loges, et il n’y avait à l’église qu’une maigre escouade.

De cette réunion, le pasteur rentra chez lui abattu, mais non désespéré. Il résolut de passer cette nuit-là en prière. « Fermant la porte à clé, il prit sa Bible et son recueil de cantiques et se mit à consulter le Seigneur avec plus d’ardeur encore, bien que les réunions eussent déjà fait l’objet d’heures de prière fervente. Dieu seul connaît l’angoisse et l’étude fidèle et priante de cette nuit-là. Vers l’aube, une grande paix lui vint, et la pleine assurance que Dieu bénirait sûrement le plan qui avait été arrêté ; et un texte fut choisi dont il était certain qu’il venait du Seigneur. Se laissant tomber sur le lit, le pasteur dormit environ deux heures, puis se leva, déjeuna en hâte et parcourut neuf milles jusqu’à l’autre extrémité du circuit pour visiter des malades. Tout le jour, l’assurance grandit.

« Vers le soir, une pluie battante se mit à tomber, les routes étaient détrempées, et nous arrivâmes à la maison mouillés, sans souper et un peu en retard, pour trouver l’église sans feu, les lampes éteintes et aucun signe de culte. Le bedeau avait conclu que la pluie empêcherait la réunion. Nous changeâmes le programme, sonnâmes la cloche et nous préparâmes au combat. Trois jeunes gens formaient l’assemblée ; mais, dans cette “pleine assurance”, le pasteur délivra le message qui avait été conquis dans la prière la nuit précédente, avec autant de ferveur et d’ampleur que si l’église avait été comble, puis il adressa un appel personnel à chacun des jeunes gens tour à tour. Deux se rendirent, et rendirent témoignage avant la fin de la réunion.

« Le pasteur fatigué alla goûter un doux repos et, le lendemain matin, se levant un peu plus tard que d’habitude, il apprit que l’un des jeunes gens allait de magasin en magasin dans toute la ville, racontant sa merveilleuse délivrance et exhortant les gens au salut. Soir après soir, il y eut des conversions, si bien qu’en deux semaines nous entendîmes 144 personnes rendre témoignage en quarante-cinq minutes. Les trois lieux de culte de ce circuit virent cet hiver-là flamber le réveil, et famille après famille entra dans l’Église, jusqu’à ce que le nombre des membres eût plus que triplé.

« Parmi les fruits de cette réunion, un converti est aujourd’hui un pasteur fécond dans la Conférence du Michigan, une autre est l’épouse de l’un de nos meilleurs pasteurs, et un troisième fut dans le ministère pendant plusieurs années, puis passa à une autre dénomination, où il est fidèle jusqu’à ce jour. Probablement aucun des membres n’a jamais rien su de la nuit de prière du pasteur, mais celui-ci croit fermement que Dieu, d’une manière ou d’une autre, fait pour l’homme qui prie ainsi ce qu’il ne fait pas pour l’homme qui ne prie pas, et il est certain que “la prière accomplit plus de choses que ce monde n’en rêve”. »

Tous les vrais réveils sont nés de la prière. Quand le peuple de Dieu se préoccupe tant de l’état de la religion qu’il se prosterne face contre terre jour et nuit dans une supplication fervente, la bénédiction ne manquera pas de descendre.

Il en est de même à travers tous les âges. Chaque réveil dont nous gardons quelque trace a baigné dans la prière. Prenons, par exemple, le merveilleux réveil de Shotts (Écosse), en 1630. Comme on avait appris un peu partout que plusieurs des pasteurs alors persécutés prendraient part à une assemblée solennelle, une foule immense de personnes pieuses s’y rassembla de tous les coins du pays, et plusieurs jours furent consacrés à la prière en commun pour préparer le service. Le soir, au lieu d’aller se reposer, la multitude se partagea en petits groupes et passa toute la nuit en supplications et en louanges. Le lundi fut consacré à l’action de grâces, pratique alors peu courante, et se révéla le grand jour de la fête. Après bien des instances, John Livingston, chapelain de la comtesse de Wigtown, jeune homme qui n’était pas encore consacré, accepta de prêcher. Il avait passé la nuit en prière et en entretiens spirituels — mais, à l’approche de l’heure de l’assemblée, son cœur défaillit à la pensée de s’adresser à tant de saints âgés et expérimentés, et il s’enfuit bel et bien devant la tâche qu’il avait acceptée. Mais au moment même où l’église de Shotts disparaissait à ses yeux, ces paroles : « Ai-je jamais été un désert stérile, ou un pays de ténèbres ? » s’imposèrent à son esprit avec une telle force qu’elles le contraignirent à retourner à l’œuvre.

Il prit pour texte Ézéchiel 36:25, 26 et prêcha avec une grande puissance pendant environ deux heures. On estima que cinq cents conversions s’étaient produites sous ce seul sermon, ainsi préparé par la prière. « Ce fut comme une semence répandue à travers le Clydesdale, si bien que beaucoup des chrétiens les plus éminents de cette contrée pouvaient dater de ce jour leur conversion, ou quelque affermissement remarquable de leur état. »

On a dit de Richard Baxter qu’« il tachait les murs de son cabinet de travail du souffle de ses prières ; et qu’après avoir été ainsi oint de l’onction du Saint-Esprit, il répandit sur Kidderminster un fleuve d’eau vive ». Whitefield pria un jour ainsi : « Ô Seigneur, donne-moi des âmes, ou prends mon âme. » Après avoir longuement plaidé dans le lieu secret de la prière, « il se rendit un jour à la foire du diable et arracha en une seule journée plus de mille âmes à la patte du lion ».

M. Finney dit : « J’ai connu un pasteur qui eut un réveil quatorze hivers de suite. Je ne savais comment l’expliquer, jusqu’au jour où je vis l’un de ses membres se lever dans une réunion de prière et faire une confession. “Frères, dit-il, j’ai longtemps eu l’habitude de prier chaque samedi soir jusqu’après minuit pour que le Saint-Esprit descende parmi nous. Et maintenant, frères (et il se mit à pleurer), je confesse que je l’ai négligé depuis deux ou trois semaines.” Le secret était dévoilé. Ce pasteur avait une Église qui priait. »

Nous pourrions ainsi continuer à multiplier les exemples pour montrer la place de la prière dans le réveil et démontrer que tout puissant mouvement de l’Esprit de Dieu a pris sa source dans la chambre de prière. La leçon de tout cela, c’est que, ouvriers avec Dieu, nous devons nous considérer comme responsables, dans une mesure non négligeable, des conditions qui règnent autour de nous aujourd’hui. Sommes-nous préoccupés par la froideur de l’Église ? Nous affligeons-nous du manque de conversions ? Notre âme s’élance-t-elle vers Dieu en cris de minuit pour l’effusion de son Esprit ?

Sinon, une part du blâme retombe sur nous. Si nous faisons notre part, Dieu fera la sienne. Autour de nous, il y a un monde perdu dans le péché ; au-dessus de nous, un Dieu qui veut et qui peut sauver ; c’est à nous de bâtir le pont qui relie le ciel et la terre, et la prière est le puissant instrument qui accomplit cette œuvre.

Et ainsi le vieil appel nous parvient d’une voix pressante : « Priez, frères, priez. »

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