La prière et les hommes de prière
Paul et sa prière (suite)

Chapitre 15 · 14 min de lecture · 18 min d’écoute

Paul et sa prière (suite)

William Law a, dans sa « Vie dévote », cette parole très juste : « Quand vous commencez vos requêtes, employez des expressions variées des attributs de Dieu, propres à vous rendre le plus sensibles à la grandeur et à la puissance de la nature divine. » Puis William Law donne divers exemples qui, je dois le dire, ne me seraient d’aucun secours, car ils emprisonneraient mon esprit dans une cotte de mailles. Mais je veux souligner et recommander le principe qui les inspire, à savoir que notre communion avec Dieu doit commencer par les éléments premiers de l’adoration et de la louange.—Le révérend J. H. Jowett

Il est deux occasions, aux résultats merveilleux, où il n’est pas dit expressément que Paul était en prière ; mais les circonstances et les résultats, joints à l’habitude de prière universelle et intense de Paul, rendent tout à fait évident que la clef des résultats, dans l’un et l’autre cas, c’est la prière. La première occasion se présente lorsque Paul, ayant quitté Philippes par mer, arriva à Troas, où il demeura sept jours. Le premier jour de la semaine, quand les disciples se réunirent pour rompre le pain, Paul leur prêcha ; comme il devait partir le lendemain, il prolongea sa prédication jusque tard dans la nuit.

Dans l’embrasure de la fenêtre était assis un jeune homme nommé Eutychus, qui, bien naturellement, s’endormit ; et comme Paul parlait un peu longuement, le jeune homme tomba de cette haute fenêtre et fut relevé pour mort. Paul descendit à l’endroit où le jeune homme était tombé et, le prenant dans ses bras, dit aux gens qui l’entouraient de ne pas se troubler, car la vie était encore dans ce corps. Paul remonta dans la chambre haute où il avait prêché, et s’entretint avec les disciples jusqu’au point du jour. Et le jeune homme fut ramené vivant, si bien que tous en furent grandement consolés.

La conclusion toute naturelle, sans que le fait soit expressément rapporté, c’est que Paul dut prier pour le jeune homme en le prenant dans ses bras, et que sa prière fut exaucée par le prompt rétablissement du jeune homme.

La seconde occasion fut la tempête, périlleuse et prolongée, qui assaillit le navire sur lequel Paul était conduit prisonnier à Rome. Ils étaient violemment ballottés par la grande tempête, et ni soleil ni étoiles ne paraissaient, tandis qu’ils étaient assaillis et luttaient contre le vent et l’orage. Tout espoir d’être sauvés semblait perdu. Mais après une longue abstinence, Paul se tint au milieu de ceux qui étaient à bord et, s’adressant plus particulièrement aux officiers du navire, leur dit : « O hommes, il fallait m’écouter et ne pas partir de Crète, afin d’éviter ce péril et ce dommage. Maintenant je vous exhorte à prendre courage; car aucun de vous ne périra, et il n’y aura de perte que celle du navire. Un ange du Dieu à qui j’appartiens et que je sers m’est apparu cette nuit, et m’a dit: Paul, ne crains point; il faut que tu comparaisses devant César, et voici, Dieu t’a donné tous ceux qui naviguent avec toi. C’est pourquoi, ô hommes, rassurez-vous, car j’ai cette confiance en Dieu qu’il en sera comme il m’a été dit. »

Il ne faut aucune interprétation forcée pour lire, dans ce simple récit, que Paul devait être en prière lorsque l’ange lui apparut avec ce message d’encouragement et cette assurance de salut. L’habitude de prière de Paul et sa ferme confiance en la prière ont dû le jeter à genoux. Une telle crise devait nécessairement, chez un homme comme lui, le pousser à prier dans des circonstances si décisives.

Après le naufrage, dans l’île de Malte, nous avons une autre image de Paul en prière. Il est à son œuvre : il prie pour un homme gravement malade. Tandis qu’on allumait un feu, une vipère au venin mortel s’attacha à sa main, et les barbares conclurent aussitôt qu’il s’agissait du châtiment de quelque crime commis par Paul ; mais ils découvrirent bientôt que Paul ne mourait pas, changèrent d’avis et conclurent qu’il était une sorte de dieu.

Dans les mêmes parages se trouvait alors le père de Publius, gravement malade de la fièvre et de la dysenterie, et, semble-t-il, près de sa fin. Paul alla vers lui, lui imposa les mains et, avec une simple confiance en Dieu, il pria ; aussitôt la maladie fut repoussée, et l’homme fut guéri. Quand les habitants de l’île virent ce fait remarquable, ils amenèrent d’autres malades à Paul, et ceux-ci furent guéris de la même manière, par la prière de Paul.

Revenons, dans la vie de Paul, au temps où il était à Éphèse, en route pour Jérusalem : nous le trouvons faisant halte à Tyr après avoir quitté Éphèse. Avant de quitter Éphèse, il avait prié avec eux tous. Mais il ne se fiait pas à ses paroles, si fortes, si appropriées et si solennelles qu’elles aient pu être. Dieu doit être reconnu, invoqué et recherché. Paul ne tenait pas pour acquis, après avoir fait de son mieux, que Dieu bénirait tout naturellement ses efforts pour faire le bien ; il cherchait Dieu. Dieu n’agit pas d’une manière machinale, comme si tout allait de soi. Dieu doit être invoqué, recherché, et introduit dans les choses par la prière.

Après sa visite à Éphèse, il arriva à Tyr, où il s’arrêta quelques jours. Il y trouva des disciples qui supplièrent Paul de ne pas aller à Jérusalem, lui disant, par l’Esprit, de ne pas monter dans cette ville. Mais Paul s’en tint à son premier dessein d’aller à Jérusalem. Le récit dit :

« Et, lorsque nous fûmes au terme des sept jours, nous nous acheminâmes pour partir, et tous nous accompagnèrent avec leurs femmes et leurs enfants jusque hors de la ville. Nous nous mîmes à genoux sur le rivage, et nous priâmes. »

Quel spectacle sur ce rivage ! Voici un tableau de famille, plein d’amour et de dévouement, où maris, femmes et jusqu’aux enfants sont présents, et où la prière se fait en plein air. Quelle impression cela dut produire sur ces enfants ! Le navire était prêt à partir, mais il fallait que la prière cimente leurs affections, sanctifie femmes et enfants et bénisse leur séparation — une séparation qui devait être définitive pour ce qui est de ce monde. La scène est belle ; elle fait honneur à l’intelligence et au cœur de Paul, à sa personne et à sa piété, et elle montre la tendre affection qu’on lui portait. Son habitude fervente de sanctifier toutes choses par la prière apparaît ici en pleine lumière. « Nous nous mîmes à genoux sur le rivage, et nous priâmes. » Jamais grève ne vit plus grand tableau ni ne fut témoin d’un spectacle plus aimable — Paul à genoux sur le sable de ce rivage, invoquant la bénédiction de Dieu sur ces hommes, ces femmes et ces enfants.

Lorsque Paul fut mis en accusation à Jérusalem, il évoque, en présentant publiquement sa défense, deux occasions où il pria. La première, ce fut lorsqu’il se trouvait dans la maison de Judas, à Damas, après avoir été terrassé et amené à la conviction de son péché. Il y resta trois jours, et c’est à lui qu’Ananias fut envoyé pour lui imposer la main, au temps de sa cécité et de ses ténèbres. Ce fut pendant ces trois jours de prière. Voici le récit de l’Écriture, et les paroles sont celles qu’Ananias lui adressa :

« Et maintenant, que tardes-tu? Lève-toi, sois baptisé, et lavé de tes péchés, en invoquant le nom du Seigneur. »

Le Seigneur avait enhardi le timide Ananias à aller servir Paul, en lui disant : « Voici, il prie. » Ainsi, dans cette mention, l’esprit de prière de Paul se trouve intensifié par l’exhortation d’Ananias. La prière précède le pardon des péchés. La prière sied à ceux qui cherchent Dieu. La prière appartient à celui qui s’enquiert de Dieu avec ardeur et sincérité. Le pardon du péché et l’acceptation auprès de Dieu viennent toujours au terme d’une prière ardente. La preuve de la sincérité d’un vrai chercheur de la religion, c’est qu’on puisse dire de lui : « Voici, il prie. »

L’autre mention, dans sa défense, nous fait entrer dans l’intensité de prière selon laquelle toute sa vie religieuse avait été façonnée ; elle nous montre comment, dans l’extase absorbante de la prière, la vision vint et les directions furent reçues qui devaient guider sa vie laborieuse. Nous voyons aussi sur quel pied de familiarité il se tenait et s’entretenait avec son Seigneur :

« De retour à Jérusalem, comme je priais dans le temple, je fus ravi en extase ;

« Et je vis le Seigneur qui me disait: Hâte-toi, et sors promptement de Jérusalem, parce qu’ils ne recevront pas ton témoignage sur moi.

« Et je dis: Seigneur, ils savent eux-mêmes que je faisais mettre en prison et battre de verges dans les synagogues ceux qui croyaient en toi.

« Et lorsqu’on répandit le sang d’Étienne, ton témoin, j’étais moi-même présent, joignant mon approbation à celle des autres, et gardant les vêtements de ceux qui le faisaient mourir.

« Alors il me dit: Va, je t’enverrai au loin vers les nations. »

La prière apporte toujours du ciel des directions sur ce que Dieu voudrait que nous fassions. Si nous priions davantage et plus directement, nous commettrions moins d’erreurs dans la vie quant à notre devoir. La volonté de Dieu à notre égard se révèle en réponse à la prière. Si nous priions davantage, si nous priions mieux et plus doucement, des visions plus claires et plus ravissantes nous seraient données, et notre commerce avec Dieu serait des plus intimes, des plus libres et des plus hardis.

Il est difficile de détailler ou de classer la prière de Paul. Elle est si vaste, si étendue et si minutieuse que la tâche n’est pas aisée. Paul enseigne beaucoup sur la prière dans ses écrits didactiques. Il impose expressément à l’Église le devoir et la nécessité de la prière ; mais ce qui valait mieux pour Paul, et vaut mieux pour nous, c’est qu’il pria beaucoup lui-même et illustra son propre enseignement. Il pratiquait ce qu’il prêchait. Il mit lui-même à l’épreuve l’exercice de la prière qu’il recommandait avec insistance aux gens de son temps.

À l’Église de Rome, il affirma avec solennité, clairement et expressément, son habitude de prier. Voici ce qu’il écrivit à ces croyants de Rome :

« Car Dieu, que je sers en mon esprit dans l’Évangile de son Fils, m’est témoin que je fais sans cesse mention de vous toujours dans mes prières. »

Paul ne priait pas seulement pour lui-même. Il avait pour pratique de prier pour les autres. Il était par excellence un intercesseur. De même qu’il pressait les autres de pratiquer la prière d’intercession, il intercédait lui-même pour d’autres que lui.

Il commence cette remarquable Épître aux Romains dans un esprit de prière ; il la termine par cette solennelle recommandation : « Je vous exhorte, frères, par notre Seigneur Jésus-Christ et par l’amour de l’Esprit, à combattre avec moi, en adressant à Dieu des prières en ma faveur. »

Mais ce n’est pas tout. Au cœur même de cette Épître, il ordonne : « Persévérez dans la prière. » C’est-à-dire : accordez à la prière une attention constante. Faites-en l’affaire de votre vie. Consacrez-vous-y. C’est exactement ce qu’il faisait lui-même, car Paul était un exemple vivant de la doctrine de la prière qu’il prônait et dont il pressait les gens.

Dans ses Épîtres aux Thessaloniciens, combien sa prière est vaste et merveilleuse ! Voici ce qu’il dit en écrivant sa première Épître à cette Église :

« Nous rendons continuellement grâces à Dieu pour vous tous, faisant mention de vous dans nos prières, nous rappelant sans cesse l’œuvre de votre foi, le travail de votre charité, et la fermeté de votre espérance. »

Sans citer tout ce qu’il dit, il vaut la peine de lire les paroles qu’il adresse un peu plus loin à cette même Église de vrais croyants :

« Nuit et jour, nous le prions avec une extrême ardeur de nous permettre de vous voir, et de compléter ce qui manque à votre foi. Que Dieu lui-même aplanisse notre route pour que nous allions à vous. Que le Seigneur augmente de plus en plus parmi vous cette charité que nous avons nous-mêmes pour vous, afin d’affermir vos cœurs pour qu’ils soient irréprochables dans la sainteté devant Dieu notre Père. »

Et cette manière de prier pour ces chrétiens de Thessalonique s’inscrit dans la droite ligne de la prière finale qu’il fait pour ces mêmes croyants dans cette Épître, où il consigne cette prière saisissante pour leur entière sanctification :

« Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même tout entiers, et que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps, soit conservé irrépréhensible, lors de l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ. »

Comme Paul priait pour ces premiers chrétiens ! Ils étaient dans sa pensée et sur son cœur, et il ne cessait d’y revenir : « nuit et jour, nous le prions avec une extrême ardeur ». Oh ! si nous avions, en ces jours de piété superficielle et en ces temps où l’on ne prie plus, une légion de prédicateurs adonnés à la prière pour leurs Églises, comme Paul l’était pour ceux auprès de qui il exerçait son ministère en son temps ! On a besoin d’hommes de prière. De même, notre époque réclame des prédicateurs qui prient.

Au terme de cette remarquable prière du troisième chapitre des Éphésiens, il avait déclaré que « Dieu pouvait faire infiniment au-delà de tout ce que nous pouvions demander ou penser » ; maintenant il déclare qu’il prie lui-même au-delà de toute mesure, s’efforçant à la ferveur la plus haute, afin que ses prières aillent de pair avec la puissance de Dieu, qu’elles ne limitent ni n’épuisent cette puissance, mais en obtiennent tout ce qu’elle contient pour bénir son Église et l’enrichir grandement.

Paul et ses compagnons priaient pour les saints en tous lieux. On peut y revenir encore. Avec quelle solennité Paul attire l’attention des chrétiens de Rome sur ce fait important qu’il prie pour eux, des croyants qu’il n’avait jamais vus ! « Dieu m’est témoin que je fais sans cesse mention de vous dans mes prières. » Aux Églises, il dit : « Nous ne cessons de prier pour vous. »

Dans la même ligne encore, nous l’entendons déclarer clairement : « Toujours, dans toutes mes prières pour vous tous, je prie avec joie. » Il écrit encore ceci : « Nous ne cessons de prier Dieu pour vous. » Ailleurs encore nous lisons : « C’est pourquoi aussi nous prions continuellement pour vous. » Il est encore écrit : « Je ne cesse de rendre grâces pour vous, faisant mention de vous dans mes prières. » Puis il dit : « Nuit et jour je me souviens continuellement de toi dans mes prières. »

Sa déclaration, « Nuit et jour, nous le prions avec une extrême ardeur », est le résumé condensé du caractère absorbant de la prière de cet apôtre qui priait. Elle montre de façon concluante quelle importance la prière avait à ses yeux et dans son ministère ; elle montre en outre que la prière était pour lui l’agonie d’une lutte ardente pour obtenir de Dieu des bénédictions qui ne pouvaient s’obtenir d’aucune autre manière.

Le désintéressement de sa prière se voit lorsqu’il écrit aux Romains : « Demandant continuellement dans mes prières d’avoir enfin, par sa volonté, le bonheur d’aller vers vous. Car je désire vous voir, pour vous communiquer quelque don spirituel, afin que vous soyez affermis. » Le but de son désir de visiter Rome n’était pas une satisfaction égoïste, le plaisir d’un voyage ou d’autres raisons, mais de pouvoir être, sous la main de Dieu, le moyen de leur « communiquer quelque don spirituel », afin qu’ils fussent « affermis » dans leur cœur, d’une manière irréprochable dans l’amour. Il voulait que sa visite leur apporte quelque don spirituel qu’ils n’avaient pas encore reçu, et qu’ils soient affermis sur les points où ils avaient besoin d’être enracinés et fondés dans la foi, dans l’amour et dans tout ce qui constitue la vie et le caractère chrétiens.

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