Chapitre 14 · 13 min de lecture · 17 min d’écoute
Paul et sa prière
On raconte, dans la vie de Frank Crossley, qu’un jour de 1888 il avait dit au revoir à la gare à ses amis, le général Booth et son épouse ; mais avant que le train ne s’ébranle, il leur remit une lettre exposant en détail un sacrifice qu’il avait résolu de faire pour l’Armée. Il rentra chez lui et se mit à prier seul. « Pendant que je priais, dit-il, je fus envahi par le sentiment de joie le plus extraordinaire. Ce n’était pas exactement dans ma tête, ni dans mon cœur ; c’était presque comme si une main étrange m’étreignait la poitrine et me remplissait d’une extase que je n’avais jamais connue. Il me fut donné de comprendre que c’était la joie du Seigneur. » Ainsi ce serviteur de Dieu fit, dans son pèlerinage vers Dieu, un pas en avant dont il ne recula jamais. Il pensa sur le moment que les Booth avaient probablement lu cette lettre dans le train et que c’était là l’exaucement d’une de leurs prières ; il apprit plus tard qu’ils avaient en effet prié pour lui dans le train, juste après avoir quitté Manchester vers l’ouest.— Le pasteur Edward Shillito.
Celui qui étudie la prière de Paul, à la fois ses prières et ses commandements touchant la prière, découvrira combien le domaine qu’elle couvre est vaste, général, minutieux et varié. Il apparaîtra que des hommes comme Wesley, Brainerd, Luther et tous leurs saints successeurs dans le royaume spirituel n’étaient coupables ni de fanatisme ni de superstition lorsqu’ils réglaient toutes choses, grandes et petites, par la prière, et remettaient toutes choses, profanes et religieuses, naturelles et spirituelles, à Dieu dans la prière. En cela, ils ne faisaient que suivre le grand modèle et l’autorité de l’apôtre Paul.
Chercher Dieu par la prière comme Paul l’a fait, communier avec Dieu comme Paul l’a fait, supplier Jésus-Christ comme Paul l’a fait, rechercher le Saint-Esprit par la prière comme Paul l’a fait, le faire sans cesse, être toujours un coureur dans la course, et gagner Christ par la prière comme Paul l’a fait — voilà ce qui fait un saint, un apôtre et un conducteur pour Dieu. Une telle vie engage, absorbe, enrichit et rend puissant auprès de Dieu et pour Dieu. La prière, pour être efficace, doit toujours nous engager et nous absorber. Cette sorte de prière amène des jours comme ceux de Paul et procure des dons comme ceux de Paul. Les jours de Paul sont bons, les dons de Paul sont meilleurs, mais la prière de Paul est la meilleure de toutes, car elle amène les jours de Paul et procure les dons de Paul. La prière de Paul vaut tout ce qu’elle coûte. La prière qui ne coûte rien n’obtient rien. C’est, au mieux, une affaire de mendiant.
L’estime que Paul faisait de la prière se voit et s’impose par le fait que Paul était un homme de prière. Sa haute position dans l’Église n’était pas une position de dignité et de rang dont il pouvait jouir et se délecter. Ce n’était pas une position de fonctionnaire, ni une position de labeur ardu et inépuisable, car Paul était avant tout un homme de prière.
Il commença sa grande carrière pour Christ dans le grand combat et à la grande école de la prière. L’argument convaincant et merveilleux par lequel Dieu rassura Ananias fut : « Voici, il prie. » Il resta trois jours sans voir, sans manger ni boire, mais la leçon fut bien apprise.
Il partit pour son premier grand voyage missionnaire sous la puissance du jeûne et de la prière, et eux, Paul et Barnabas, établirent chaque Église par ces mêmes moyens, par le jeûne et la prière. Il commença son œuvre à Philippes « là où l’on avait coutume de prier ». Comme « ils allaient au lieu de prière », l’esprit de divination fut chassé de la jeune femme. Et quand Paul et Silas furent jetés en prison, au milieu de la nuit ils prièrent et chantèrent les louanges de Dieu.
Paul fit de la prière une habitude, une affaire et une vie. Il se donna littéralement à la prière. Ainsi, chez lui, la prière n’était pas un vêtement extérieur, une simple coloration, une peinture, un vernis. La prière constituait la substance, l’os, la moelle et l’être même de sa vie religieuse. Sa conversion fut une merveille de grâce et de puissance. Sa mission apostolique fut pleine et royale. Mais il ne s’attendit pas vainement à remplir pleinement son ministère par des conditions merveilleuses et par des résultats prodigieux dans la conversion, ni par la mission apostolique signée et scellée par l’autorité divine et portant avec elle tous les dons les plus élevés et toutes les richesses apostoliques ; il l’attendit de la prière, d’une prière incessante, qui lutte, qui agonise, une prière dans le Saint-Esprit. C’est ainsi que Paul accomplit son œuvre et couronna son œuvre, sa vie et sa mort, de principes de martyr et d’une gloire de martyr.
Paul possédait un trait spirituel très marqué et tout particulièrement promis : c’était la prière. Il avait la conviction profonde que la prière était un devoir à la fois grand et solennel ; que la prière était un privilège royal ; que la prière était une force puissante ; que la prière donne la mesure de la piété, rend la foi puissante et toujours plus puissante ; que beaucoup de prière était nécessaire au succès chrétien ; que la prière était un facteur capital dans la marche du royaume de Dieu sur la terre ; et que Dieu et le ciel s’attendaient à prier.
D’une manière ou d’une autre, nous dépendons de la prière pour les grands triomphes de la sainteté sur le péché, du ciel sur l’enfer, et de Christ sur Satan. Paul tenait pour acquis que les hommes qui connaissent Dieu prieraient ; que les hommes qui vivaient pour Dieu prieraient beaucoup ; et que des hommes qui ne priaient pas ne pouvaient pas vivre pour Dieu. Aussi Paul priait-il beaucoup. Il avait l’habitude de prier. Il était accoutumé à prier, et cela forma en lui l’habitude de la prière. Il estimait si hautement la prière qu’il en connaissait pleinement la valeur, et cela enracina en lui cette habitude. Paul avait l’habitude de prier parce qu’il aimait Dieu, et un tel amour dans le cœur trouve toujours son expression dans des habitudes régulières de prière. Il sentait le besoin de beaucoup de grâce, et de toujours plus de grâce ; or la grâce ne vient que par les canaux de la prière, et elle n’abonde toujours plus qu’à mesure que la prière abonde toujours plus.
Paul avait l’habitude de prier, mais il ne priait pas par la simple force de l’habitude. L’homme est tellement une créature d’habitude qu’il court toujours le danger de faire les choses machinalement, par routine, pour s’en acquitter. L’habitude de Paul était régulière et sincère. Aux Romains, il écrit : « Car Dieu m’est témoin que je fais sans cesse mention de vous, toujours dans mes prières. » Les portes des prisons s’ouvrent et les tremblements de terre se produisent par une prière comme celle de Paul, oui, par une prière aussi mélodieuse que celle de Paul. Toutes choses s’ouvrent devant la sorte de prière que pratiquaient Paul et Silas. Toutes choses s’ouvrent par la prière. On pouvait empêcher Paul de prêcher, mais on ne pouvait pas l’empêcher de prier. Et l’Évangile pouvait se frayer un chemin par la prière de Paul aussi bien que par la prédication de Paul. L’apôtre pouvait être en prison, mais la Parole de Dieu était libre et circulait comme l’air des montagnes, tandis que l’apôtre est lié dans sa prison et abonde en prière.
Quelle profonde joie en Jésus que la leur, qui s’exprimait si heureusement et si doucement en louange et en prière, dans des conditions si douloureuses et si accablantes ! La prière les amenait dans une pleine communion avec Dieu, qui rendait toutes choses rayonnantes de la présence divine et qui leur permettait de « se réjouir d’avoir été jugés dignes de subir des outrages pour son nom, et de regarder comme un sujet de joie complète les diverses épreuves auxquelles ils étaient exposés ». La prière adoucit toutes choses et sanctifie toutes choses. Le saint qui prie sera un saint qui souffre. Souffrant dans la prière, il sera un saint plein de douceur. Un saint qui prie sera un saint qui loue. La louange n’est autre que la prière mise en musique et en chant.
Après ce mémorable discours aux anciens d’Éphèse, alors qu’il s’attardait là en route pour Jérusalem, ce récit caractéristique est rapporté dans les Actes :
« Après avoir ainsi parlé, il se mit à genoux, et il pria avec eux tous. Et tous fondirent en larmes, et, se jetant au cou de Paul, ils l’embrassaient. »
« Il se mit à genoux, et il pria. » Remarquez ces mots. S’agenouiller dans la prière était l’attitude préférée de Paul, la posture qui convient à un suppliant ardent et humble. L’humilité et l’intensité se trouvent dans une telle position de prière devant le Dieu tout-puissant. C’est l’attitude qui convient à l’homme devant Dieu, au pécheur devant un Sauveur, et au mendiant devant son bienfaiteur. Sceller par la prière sa charge sacrée et vivante à ces anciens d’Éphèse, voilà ce qui rendit cette charge efficace, bienfaisante et durable.
La religion de Paul naquit dans les douleurs de ce combat de prière de trois jours, tandis qu’il était dans la maison d’Ananias, et c’est là qu’il reçut une impulsion divine qui ne se ralentit jamais jusqu’à ce qu’elle l’eût amené aux portes de la cité éternelle. Cette histoire spirituelle et cette expérience religieuse, prolongées sur la ligne d’une prière incessante, l’amenèrent aux plus hauts sommets spirituels et produisent les plus grands résultats spirituels. Paul vivait dans l’atmosphère même de la prière. Son premier voyage missionnaire fut conçu dans la prière. C’est par la prière et le jeûne qu’il fut appelé dans le champ de la mission lointaine, et c’est par les mêmes moyens que l’Église d’Antioche fut poussée à envoyer Paul et Barnabas pour leur premier voyage missionnaire. Voici ce qu’en rapporte l’Écriture :
« Il y avait dans l’Église d’Antioche des prophètes et des docteurs: Barnabas, Siméon appelé Niger, Lucius de Cyrène, Manahen, qui avait été élevé avec Hérode le tétrarque, et Saul.
« Pendant qu’ils servaient le Seigneur dans leur ministère et qu’ils jeûnaient, le Saint-Esprit dit: Mettez-moi à part Barnabas et Saul pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés.
« Alors, après avoir jeûné et prié, ils leur imposèrent les mains, et les laissèrent partir. »
Voilà un modèle pour tous les départs missionnaires, un présage de succès. On voyait là le Saint-Esprit diriger une Église qui priait et qui obéissait à la conduite divine, et cet état de choses produisit les plus grands résultats possibles dans la mission de ces deux hommes de Dieu. Nous pouvons affirmer avec assurance qu’aucune Église dans laquelle Paul tenait une place en vue n’aurait été une Église sans prière. Paul vivait, peinait et souffrait dans une atmosphère de prière. Pour lui, la prière était le cœur même et la vie de la religion, son os et sa moelle, le moteur de l’Évangile et le signe par lequel il triomphait. Nous ne sommes pas laissés dans l’ignorance, car c’est cet esprit qui fonda des Églises, en y plaçant l’exigence éternelle du renoncement à soi-même, sous la forme du jeûne, et dans la pratique de la prière. Voici le récit divin de l’œuvre de Paul dans ce domaine :
« Fortifiant l’esprit des disciples, les exhortant à persévérer dans la foi, et disant que c’est par beaucoup de tribulations qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu.
« Ils firent nommer des anciens dans chaque Église, et, après avoir prié et jeûné, ils les recommandèrent au Seigneur, en qui ils avaient cru. »
Obéissant à une vision céleste, Paul aborde en Europe et se trouve à Philippes. Il n’y a là aucune synagogue, et peu de Juifs, s’il y en a. Quelques femmes pieuses, cependant, ont un lieu de réunion pour la prière, et Paul est attiré, par une attraction spirituelle et des affinités spirituelles, vers l’endroit « où l’on a coutume de prier ». Et la première implantation de l’Évangile en Europe par Paul se fait dans cette petite réunion de prière. Il y est le principal homme de prière et le principal orateur. Lydie fut la première convertie de cette réunion de prière. On prolongea la réunion. On l’appelait une réunion de prière.
C’est en se rendant à cette réunion de prière prolongée que Paul accomplit le miracle de chasser le démon de divination d’une pauvre jeune fille possédée, dont quelques hommes cupides avaient fait une source de profit ; ce miracle eut pour suite, sur l’ordre des magistrats, sa flagellation et son emprisonnement. Le résultat, sur l’ordre de Dieu, fut la conversion du geôlier et de toute sa maison. Pour l’apôtre qui prie, aucun découragement n’est permis. Quelques femmes qui prient suffisent à un champ de travail apostolique.
Dans ce dernier épisode, nous avons un tableau de Paul à minuit. Il est dans la prison intérieure, obscure et mortelle. Il a été battu de verges avec sévérité et cruauté, ses vêtements sont couverts de sang, tandis que des caillots de sang se forment sur son corps entaillé et déchiré. Ses pieds sont dans les ceps, chaque nerf est fiévreux et enflé, sensible et douloureux. Mais nous le trouvons, dans ces conditions de souffrance si défavorables, à son occupation favorite. Paul prie avec Silas, son compagnon, sur un ton joyeux et triomphant. « Vers le milieu de la nuit, Paul et Silas priaient et chantaient les louanges de Dieu, et les prisonniers les entendaient. Tout à coup il se fit un grand tremblement de terre, en sorte que les fondements de la prison furent ébranlés; au même instant, toutes les portes s’ouvrirent, et les liens de tous les prisonniers furent rompus. Le geôlier se réveilla, et, lorsqu’il vit les portes de la prison ouvertes, il tira son épée et allait se tuer, pensant que les prisonniers s’étaient enfuis.
« Mais Paul cria d’une voix forte: Ne te fais point de mal, nous sommes tous ici. »
Jamais prière ne fut si belle, jamais elle ne porta plus de fruit. Paul était un maître de la prière, un amoureux de la prière, un merveilleux fervent de la prière, capable de s’y livrer avec des accents si joyeux dans de telles conditions d’abattement et de désespoir. Quelle arme puissante de défense était la prière pour Paul ! Quel chant ! Les anges retinrent sans doute leurs notes les plus hautes et les plus douces pour écouter la musique qui portait ces prières jusqu’au ciel. Le tremblement de terre s’avança sur le sentier tracé par les forces puissantes de la prière de Paul. Il ne sortit pas quand ses chaînes furent détachées et que les ceps tombèrent. Sa prière lui avait appris que Dieu avait cette nuit-là des desseins plus nobles que sa propre liberté personnelle. Sa prière et l’alarme du tremblement de terre devaient apporter le salut dans cette prison, la libération de l’esclavage et de la prison du péché, que préfigurait pour lui la délivrance de son corps. La puissante providence de Dieu avait ouvert la porte de sa prison et brisé ses liens de prisonnier, non pour donner la liberté, mais pour donner la liberté au geôlier. Les portes que la providence de Dieu nous ouvre servent souvent à éprouver notre capacité de rester plutôt que de partir. Elles éprouvèrent la capacité de Paul de rester.
Chapitre 14 terminé
Paul et sa prière