Chapitre 13 · 18 min de lecture · 23 min d’écoute
Paul, le maître de la prière
Fletcher de Madeley, grand maître d’il y a un siècle et demi, donnait des cours aux jeunes étudiants en théologie. C’était l’un des compagnons d’œuvre de Wesley, un homme d’un caractère des plus saints. Quand il avait traité l’un des grands sujets de la Parole de Dieu, comme la plénitude du Saint-Esprit de Dieu, ou la puissance et la bénédiction qu’il voulait donner à son peuple, il terminait la leçon en disant : « Voilà la théorie ; maintenant, que ceux qui veulent la pratique montent avec moi dans ma chambre ! » Et maintes et maintes fois, ils fermaient leurs livres et se rendaient dans sa chambre, où l’heure de théorie était suivie d’une ou deux heures de prière.—Le pasteur Hubert Brooke.
Avec quelle instance, quelle vigueur, quelle persévérance et quelle émotion Paul pressait-il de prier ceux à qui il écrivait et parlait ! « J’exhorte », dit-il en écrivant à Timothée, « avant toutes choses, à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces, pour tous les hommes. » C’était, dans sa pensée, le dépôt et la vérité de premier rang confiés à l’Église. Avant toutes choses, avant tout le reste, au premier rang de toutes choses, l’Église de Christ devait être une Église qui prie, qui prie pour les hommes, qui prie pour tous les hommes. Il donnait aux Philippiens cette consigne : « Ne vous inquiétez de rien; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. » L’Église ne doit s’inquiéter de rien. En toute chose, il faut prier. Rien n’était trop petit pour qu’on en fasse un sujet de prière. Rien n’était trop grand pour que Dieu en triomphe.
Paul en fait une injonction vitale, absolument essentielle, lorsqu’il écrit à l’Église de Thessalonique : « Soyez toujours joyeux. Priez sans cesse. Rendez grâces en toutes choses, car c’est à votre égard la volonté de Dieu. » L’Église doit se livrer à une prière incessante. Jamais la prière ne devait cesser dans l’Église. Telle était la volonté de Dieu à l’égard de son Église sur la terre.
Paul ne se contentait pas d’être lui-même adonné à la prière : il la recommandait sans relâche et avec ardeur, d’une manière qui en montrait l’importance vitale. Non seulement il pressait avec insistance l’Église de son temps de prier, mais il réclamait une prière persévérante. « Persévérez dans la prière, veillez-y », telle était la note dominante de toutes ses exhortations sur la prière. « Priant en tout temps par toutes sortes de prières et de supplications », c’est ainsi qu’il insistait auprès du peuple sur cette importante question. « Je veux donc » — j’exhorte, tel est mon désir, telle est ma pensée sur cette question — « que les hommes prient en tout lieu, sans colère ni mauvaises pensées. » Comme il priait lui-même de cette manière, il pouvait se permettre de l’imposer à ceux qu’il servait.
Paul était un chef, par désignation divine et de l’aveu, de l’assentiment de tous. Il disposait de bien des forces puissantes dans ce ministère. Sa conversion, si éclatante et si radicale, était une grande force, un véritable arsenal pour la guerre offensive et défensive. Son appel à l’apostolat était clair, lumineux, convaincant. Mais ces forces n’étaient pas les énergies les plus divines, celles qui ont produit les plus grands fruits dans son ministère. La prière, plus que toute autre force, a façonné nettement la course de Paul et rendu sa carrière puissamment féconde.
Rien d’étonnant, donc, à ce qu’il ait donné une telle place à la prière dans sa prédication et dans ses écrits. On ne pouvait s’attendre à autre chose. De même que la prière était l’exercice le plus élevé de sa vie personnelle, de même elle occupait ce même rang élevé dans son enseignement. Son exemple de prière donnait de la force à son enseignement sur la prière. Sa pratique et son enseignement suivaient des lignes parallèles. Il n’y avait entre les deux aucune contradiction.
Paul était le plus grand des apôtres, comme il était le premier dans la prière. S’il fut le premier des apôtres, la prière y contribua. Il n’en était donc que mieux qualifié pour enseigner la prière. Sa vie de prière le rendait apte à enseigner aux autres ce qu’est la prière et ce qu’elle peut accomplir. Et c’est pour cette raison qu’il avait autorité pour presser le peuple de ne pas négliger la prière. Trop de choses en dépendaient.
C’est pour cette cause qu’il fut le premier dans la prière. Parce que plus de prières saintes se concentraient sur lui que sur quiconque, il devint le premier dans l’apostolat. La couronne du martyre était la plus haute couronne de la royauté du ciel, mais c’est la prière qui posa cette couronne du martyre sur sa tête.
Celui qui veut enseigner au peuple à prier doit d’abord être lui-même adonné à la prière. Celui qui presse les autres de prier doit d’abord marcher lui-même dans le sentier de la prière. Et c’est dans la mesure exacte où les prédicateurs prient qu’ils seront disposés à presser de prier ceux à qui ils prêchent. De plus, c’est dans la mesure exacte où les prédicateurs prient qu’ils seront aptes à prêcher sur la prière. Si ce raisonnement est juste, ne serait-il pas légitime d’en conclure que, si l’on prêche si peu sur la prière en ces temps modernes, c’est que les prédicateurs ne sont pas des hommes de prière ?
Nous pourrions faire reposer toute la question de l’absolue nécessité de la prière, et de ce qu’elle peut accomplir dans cette dispensation, sur l’attitude de Paul envers la prière. Si la force personnelle, si l’énergie d’une volonté puissante, si des convictions profondes, si la culture et les talents personnels, et si l’appel divin et la puissance divine — si l’une de ces choses, ou toutes ensemble, pouvaient diriger l’Église de Dieu sans la prière, alors, en bonne logique, la prière serait inutile. Si une piété profonde et une consécration inébranlable à un dessein élevé, si une loyauté passionnée envers Jésus-Christ, si l’une ou l’ensemble de ces choses pouvaient exister sans une prière fervente, ou élever un conducteur de l’Église au-dessus de la nécessité de prier, alors Paul n’avait pas besoin de la prière. Mais si Paul, ce grand homme si doué, si favorisé et si dévoué, a senti la nécessité d’une prière incessante, s’il a compris qu’elle était urgente et pressante dans ses exigences et dans sa nécessité, et s’il a senti qu’il était impérieux et pressant que l’Église prie sans cesse, alors lui et ses frères dans l’apostolat devaient être soutenus par une prière universelle et puissante.
La prière de Paul, ses commandements et l’insistance avec laquelle il pressait l’Église de prier sont la preuve la plus convaincante de l’absolue nécessité de la prière, comme grande force morale dans le monde, comme facteur indispensable et inaliénable du progrès et de l’expansion de l’Évangile, et du développement de la piété personnelle. Aux yeux de Paul, il n’y avait pas de succès pour l’Église sans la prière, ni de piété sans la prière, et même sans beaucoup de prière. Une Église dont la vie laisse jaillir la prière comme les flammes de l’encens s’élevaient de l’encensoir, et des conducteurs dont le caractère, la vie et les habitudes laissent jaillir une prière aussi imposante, aussi visible et aussi spontanée que s’élevait l’encens parfumé : voilà les conducteurs selon Dieu.
Prier en tout lieu, prier en toute chose, persévérer avec instance dans la prière et prier sans cesse : c’est ainsi que Paul parlait, en commentateur des usages divins et de la nature de la prière.
Timothée était très cher à Paul, et leur attachement était réciproque, renforcé par toutes leurs affinités. Paul trouvait en Timothée les qualités qui le rendaient apte à être son successeur spirituel, du moins le dépositaire et le porte-étendard des grands principes et des grandes forces spirituelles essentiels à l’établissement et à la prospérité de l’Église. Ces vérités premières et vitales, il voulait les inculquer à Timothée et les enraciner en lui. Paul voyait en Timothée un homme à qui l’on pouvait confier les vérités fondamentales et vitales, qui les garderait fidèlement et qui les transmettrait intactes à l’avenir. Aussi confie-t-il à Timothée, pour tous les siècles, ce dépôt de la prière que l’on trouve en 1 Timothée 2:1.
Notons, avant d’aller plus loin, que Paul écrivait directement sous la conduite du Saint-Esprit, qui le gardait de l’erreur et lui inspirait les vérités qu’il enseignait. Nous tenons fermement, sans la moindre concession, à l’inspiration plénière des Écritures ; et comme les écrits de Paul font partie intégrante de ces Saintes Écritures, les Épîtres de Paul sont des portions des Écritures, c’est-à-dire de la Parole de Dieu. Cela étant, la doctrine de la prière que Paul a affirmée est la doctrine du Saint-Esprit. Ses Épîtres appartiennent à la Parole de Dieu : elles sont inspirées, authentiques et revêtues de l’autorité divine. De sorte que la prière telle que Paul l’enseigne est la doctrine que le Dieu tout-puissant veut voir son Église accepter, croire et pratiquer.
Ces paroles adressées à Timothée étaient donc des paroles divinement inspirées. Ce passage des Saintes Écritures est bien plus qu’une simple suggestion, et bien plus qu’une esquisse large et sommaire de la prière. Il est si instructif sur la prière, sur la manière dont les hommes doivent prier, sur la façon dont les hommes d’affaires devraient prier, et si percutant quant aux raisons pour lesquelles les hommes doivent prier, qu’il faut le faire valoir avec force et insistance.
Voici les paroles de Paul à Timothée sur la prière :
« J’exhorte donc, avant toutes choses, à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces, pour tous les hommes ;
« Pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté.
« Car cela est bon et agréable devant Dieu notre Sauveur,
« Qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité.
« Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme ;
« Qui s’est donné lui-même en rançon pour tous. C’est là le témoignage rendu en son propre temps. Je veux donc que les hommes prient en tout lieu, en élevant des mains pures, sans colère ni mauvaises pensées. »
Dans ce passage sur la prière, Paul nous présente l’héritage et la pratique de tout chrétien, à toutes les époques. C’est un vade-mecum pour la grande œuvre de la prière. Il nous fait voir l’énergie de la prière et la diversité de ses aspects. La prière est la première de tous les devoirs, la première dans le temps et en toute excellence. Elle doit être la première de toutes nos occupations. La prière est si exigeante et si impérieuse par sa portée et sa puissance qu’elle tient le premier rang parmi les valeurs spirituelles. Celui qui ne prie pas n’est rien du tout. Il est néant, moins que néant. Il est au-dessous de zéro, en ce qui concerne Christ, Dieu et le ciel. Ce n’est pas simplement parmi les premières choses que la prière se tient, au même niveau que d’autres : c’est la première des premières, au premier plan même, que Paul place la prière, de tout son cœur. « J’exhorte, avant toutes choses. »
Son enseignement, c’est que la prière est la chose la plus importante qui soit sur la terre. Tout le reste doit être restreint, mis en retrait, pour lui donner la primauté. Mettez-la en premier, et gardez-lui sa primauté. Le combat porte sur la primauté de la prière. La défaite et la victoire tiennent à cette seule chose. Reléguer la prière au second rang, c’est la découronner. C’est l’enchaîner et la détruire. Si la prière est mise en premier, alors Dieu est mis en premier, et la victoire est assurée. Ou bien la prière règne dans la vie, ou bien elle doit abdiquer. Que choisirons-nous ?
Selon Paul, « des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces », tous ces éléments et toutes ces formes de la prière doivent être offerts pour les hommes. On prie pour des choses, pour toutes choses, pour tout bien temporel, pour tout bien et toute grâce spirituels ; mais ici Paul s’élève jusqu’aux résultats et aux desseins les plus hauts de la prière. Ce sont les hommes que la prière doit atteindre. Leur bien, leur caractère, leur conduite et leur destinée, tout cela est engagé dans la prière. À cet égard, la prière suit la voie la plus élevée et poursuit son but le plus noble. Nous connaissons bien les choses, les bénédictions et les dons, et nous nous accordons avec eux, avec les affaires et les choses qui touchent les hommes ; mais ici, ce sont les hommes eux-mêmes qui sont présentés comme les objets de la prière. Cela élargit et ennoblit la prière. Les hommes, dans toute l’étendue et toute la diversité de leurs conditions, doivent être tenus dans la puissante étreinte de la prière.
L’enseignement de Paul revient à dire que la prière est essentiellement une affaire de la nature intérieure. C’est l’esprit en nous qui prie. Remarquez donc les directives de Paul : « Je veux donc que les hommes prient en tout lieu, sans colère. » « Colère » est un terme qui désigne le mouvement naturel et interne des plantes et des fruits qui se gonflent de sève. Les sucs naturels, réchauffés, s’éveillent à la vie et montent sous la chaleur du printemps. L’homme porte en lui des sucs naturels qui montent comme la sève. L’ardeur, la chaleur, tous les degrés des passions et des désirs, toutes les nuances du sentiment, tout cela monte spontanément sous la provocation. Gardez-vous-en et réprimez-les. L’homme ne peut pas prier quand ces sentiments naturels montent en lui, qu’il les cultive, les chérit et les entretient. La prière doit en être exempte. « Sans colère. » Une inspiration plus haute, meilleure et plus noble doit élever la prière. La « colère » abaisse la prière, l’entrave, l’étouffe.
Le mot « sans » signifie : ne faire aucun usage de, n’avoir aucun lien avec, en dehors de, à l’écart de. Le cœur naturel, non renouvelé, n’a aucune part à la prière. Sa chaleur et tous ses sucs naturels empoisonnent et détruisent la prière. La nature de la prière est plus profonde que la nature. Nous ne pouvons pas prier par nature, fût-ce la nature la plus bienveillante et la meilleure.
La prière est la véritable pierre de touche du caractère. Notre fidélité à notre condition et notre loyauté dans nos relations se révèlent souvent par notre esprit de prière. Certaines situations font naître la prière. Elles sont le sol où la prière germe et mûrit. Prier en certaines circonstances semble tout à fait de mise. Ne pas prier en certaines situations paraît sans cœur et discordant. Les grandes tempêtes de la vie, quand nous sommes impuissants et sans secours, ou privés de tout soulagement, sont les conditions naturelles et providentielles de la prière.
Le veuvage est une grande douleur. Il frappe les femmes saintes comme les autres. Il y a de vraies veuves qui sont saintes. Elles doivent être honorées, et leur douleur est divine. Leur piété est parfumée et illuminée par leur cœur brisé. Voici comment Paul décrit ces veuves :
« Celle qui est véritablement veuve, et qui est demeurée dans l’isolement, met son espérance en Dieu et persévère nuit et jour dans les supplications et les prières. Mais celle qui vit dans les plaisirs est morte, quoique vivante. »
Voilà un contraste saisissant entre deux sortes de femmes. L’une se livre aux supplications nuit et jour. L’autre vit dans les plaisirs et elle est spirituellement morte. Ainsi Paul dépeint la vraie veuve comme une femme grande dans la prière. Ses prières, nées de sa foi et de sa désolation, sont une force puissante. Jour et nuit, ses prières montent sans cesse vers Dieu. Le cœur d’une veuve est un appel puissant adressé à Dieu, quand ce cœur se trouve sur le chemin de la prière, d’une prière intense et infatigable.
L’une des injonctions frappantes de Paul qui méritent d’être étudiées est celle-ci : « persévérant avec instance dans la prière », ou, comme le porte la version révisée, « persévérant fermement dans la prière » ; c’est ainsi qu’il décrit la prière. Le terme signifie s’attarder, demeurer, être constant et fidèle dans la prière, s’y tenir fermement, y rester avec force jusqu’au bout, s’y appliquer avec vigueur, dévouement et constance, lui consacrer un soin de tous les instants.
Prier est une œuvre, l’œuvre de toute une vie, à poursuivre avec diligence, ferveur et labeur. L’œuvre du chrétien par excellence, c’est la prière. C’est son œuvre la plus prenante, la plus céleste, la plus profitable. La prière est une œuvre d’une dignité et d’une importance si hautes, et si méritées, qu’il faut s’y adonner « sans cesse ». C’est-à-dire sans relâche ni défaillance, avec assiduité et sans interruption. À la prière, nous devons donner toute notre force. Elle doit tout embrasser, être en tout lieu, se trouver en toute saison, et englober toutes choses, toujours et partout.
Dans la remarquable prière d’Éphésiens 3, il prie pour que l’expérience spirituelle s’étende au loin. Il fléchit là les genoux devant Dieu, au nom de Jésus-Christ, et demande que Dieu accorde à ces croyants d’Éphèse d’aller, dans leur expérience, bien au-delà des limites extrêmes de la sainteté passée. « Remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu » : une expérience si grande et si glorieuse que la tête du saint moderne en est prise de vertige, au point qu’il a peur de lever les yeux vers ces hauteurs célestes ou de plonger le regard dans ces profondeurs insondables. Paul se contente de nous renvoyer à celui « qui peut faire […] infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons ». Voilà un échantillon de son enseignement sur la prière.
Écrivant à l’Église de Philippes, Paul expose la situation et montre ainsi le pouvoir qu’a la prière de tout transformer :
« Quelques-uns, il est vrai, prêchent Christ par envie et par esprit de dispute; mais d’autres le prêchent avec des dispositions bienveillantes.
« Ceux-là, animés d’un esprit de dispute, annoncent Christ par des motifs qui ne sont pas purs et avec la pensée de me susciter quelque tribulation dans mes liens ;
« Mais les autres agissent par amour, sachant que je suis établi pour la défense de l’Évangile.
« Qu’importe? De toute manière, que ce soit pour l’apparence, que ce soit sincèrement, Christ n’est pas moins annoncé: je m’en réjouis, et je m’en réjouirai encore.
« Car je sais que cela tournera à mon salut, grâce à vos prières et à l’assistance de l’Esprit de Jésus-Christ.
« Selon ma ferme attente et mon espérance que je n’aurai honte de rien, mais que, maintenant comme toujours, Christ sera glorifié dans mon corps avec une pleine assurance, soit par ma vie, soit par ma mort. »
C’est par leurs prières qu’il devait obtenir l’assurance, que la déconfiture et la honte devaient lui être épargnées, et que Christ devait être hautement glorifié par Paul et à travers lui, qu’il vive ou qu’il meure.
Il faut remarquer que, dans toutes ces citations tirées des Corinthiens, des Éphésiens ou des Philippiens, la version révisée nous donne la forme la plus intense de la prière : « supplications ». C’est la prière intense, personnelle, vigoureuse et persévérante des saints que Paul demande ; et ils doivent consacrer à leur prière une force, un intérêt, un temps et un cœur tout particuliers pour qu’elle porte son plus beau fruit d’or.
La directive générale sur la prière adressée aux chrétiens de Colosses se précise et s’aiguise jusqu’à devenir un appel personnel : « Persévérez dans la prière, veillez-y avec actions de grâces. Priez en même temps pour nous, afin que Dieu nous ouvre une porte pour la parole, en sorte que je puisse annoncer le mystère de Christ, pour lequel je suis dans les chaînes, et le faire connaître comme je dois en parler. »
On attribue à Paul la paternité de l’Épître aux Hébreux. Nous y trouvons une allusion au caractère de la prière de Christ, qui illustre, dirige et fait autorité quant aux éléments de la vraie prière. Quelle profondeur dans le ton de ses paroles ! Combien elle touche le cœur, et combien elle fut sublime, la prière de celui qui pria comme jamais homme n’avait prié, et qui pourtant pria pour enseigner à l’homme comment prier, lui « qui, dans les jours de sa chair, ayant présenté avec de grands cris et avec larmes des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant été exaucé à cause de sa piété ». La prière de Jésus-Christ puisait dans les forces les plus puissantes de son être. Ses prières étaient ses sacrifices, qu’il offrit avant de s’offrir lui-même sur la croix pour les péchés du genre humain. Le sacrifice de la prière est le précurseur et le gage du sacrifice de soi. Il nous faut mourir dans le lieu secret de la prière avant de pouvoir mourir sur la croix.
Chapitre 13 terminé
Paul, le maître de la prière