Chapitre 3 · 3 min de lecture · 4 min d’écoute
La vraie doctrine
§3. La vraie doctrine. La création à partir de rien, par la libéralité généreuse de Dieu, qui donne l’être. L’homme créé au-dessus du reste, mais incapable de persévérer par lui-même. D’où le don exceptionnel et surnaturel d’être à l’image de Dieu, avec la promesse de la béatitude à condition qu’il persévère dans la grâce.
Ainsi spéculent-ils en vain. Mais l’enseignement pieux et la foi selon le Christ flétrissent leur langage insensé comme une impiété. Car la foi sait que ce n’est pas de façon spontanée, puisque la prévoyance n’en est pas absente ; ni à partir d’une matière existante, puisque Dieu n’est pas faible ; mais que c’est à partir de rien, et sans que l’univers eût aucune existence préalable, que Dieu l’a fait exister par son Verbe, comme il le dit, premièrement par Moïse : « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. » ; secondement, dans le très édifiant livre du Pasteur : « Avant tout, crois que Dieu est un, qu’il a créé et formé toutes choses, et qu’il les a fait exister à partir de rien. » 2. C’est à quoi Paul se réfère aussi quand il dit : « C’est par la foi que nous reconnaissons que le monde a été formé par la parole de Dieu, en sorte que ce qu’on voit n’a pas été fait de choses visibles. » 3. Car Dieu est bon, ou plutôt il est par essence la source de la bonté ; et celui qui est bon ne saurait être avare de rien ; c’est pourquoi, ne refusant l’existence à personne, il a fait toutes choses à partir de rien par son propre Verbe, Jésus-Christ notre Seigneur. Et parmi elles, ayant pris particulièrement pitié, plus que de toutes les choses sur la terre, de la race des hommes, et ayant vu que, en vertu de la condition de son origine, elle était incapable de demeurer dans un même état, il lui fit un don de plus : il ne créa pas simplement l’homme, comme il avait créé toutes les créatures sans raison sur la terre, mais il fit les hommes à sa propre image, leur donnant une part même de la puissance de son propre Verbe ; afin que, ayant pour ainsi dire une sorte de reflet du Verbe, et étant faits raisonnables, ils pussent demeurer à jamais dans la félicité, vivant la vraie vie qui appartient aux saints dans le paradis. 4. Mais sachant en outre que la volonté de l’homme pouvait pencher d’un côté ou de l’autre, il assura d’avance la grâce qui leur était donnée par une loi et par le lieu où il les plaça. Car il les introduisit dans son propre jardin et leur donna une loi : afin que, s’ils gardaient la grâce et demeuraient bons, ils pussent conserver la vie du paradis, sans tristesse, ni douleur, ni souci, outre la promesse de l’incorruptibilité dans le ciel ; mais que, s’ils transgressaient et se détournaient, et devenaient mauvais, ils sussent qu’ils encouraient la corruption dans la mort, qui était la leur par nature : ne plus vivre dans le paradis, mais en être chassés, et dès lors mourir et demeurer dans la mort et dans la corruption. 5. Or c’est de cela que la sainte Écriture aussi avertit, lorsqu’elle dit, au nom de Dieu : « Tu mangeras, tu mangeras de tout arbre qui est dans le jardin ; mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, vous n’en mangerez pas ; car le jour où vous en mangerez, vous mourrez de mort. » Mais par « vous mourrez de mort », que pouvait-on entendre d’autre que, non pas simplement mourir, mais aussi demeurer à jamais dans la corruption de la mort ?
Chapitre 3 terminé
La vraie doctrine