De l’amour de Dieu
Qui trouve sa consolation en Dieu

Chapitre 4 · 6 min de lecture · 8 min d’écoute

Qui trouve sa consolation en Dieu

IL est bon de considérer quels sont ceux qui se sentent consolés par la pensée de Dieu. Ce ne sont pas ces hommes dégradés qui irritent Dieu sans cesse, et à qui il est dit : “malheur à vous, riches, car vous avez votre consolation ” ; mais ceux qui peuvent dire en vérité : “Mon âme refuse toute consolation. ” Ceux qui ne goûtent pas encore la joie de la présence du Bien-Aimé font bien de fixer leur regard sur l’avenir ; et ceux qui dédaignent de rien accepter du courant des plaisirs qui passent jouissent abondamment, en espérance, des joies qui dureront toujours. Tels sont ceux qui cherchent la face du Seigneur, le Dieu de Jacob, et non eux-mêmes. La pensée de Dieu est douce à ceux qui soupirent après lui, et qui, à chaque souffle, rappellent sa présence ; mais, loin d’apaiser leur faim de lui, elle l’accroît. Il l’a annoncé par ces paroles : “Ceux qui me mangent auront encore faim ” ; et, comme parle celui qui a faim : “Je serai rassasié quand ta gloire apparaîtra. ” Heureux toutefois, dès à présent, ceux qui ont faim et soif de la justice, car eux seuls seront rassasiés. Malheur à vous, race perverse et méchante ; malheur à vous, peuple insensé et abruti, qui n’aimez pas la pensée de lui, mais redoutez son apparition. Vous avez bien raison de craindre, car vous n’échapperez pas maintenant au filet de l’oiseleur ; car ceux qui veulent “s’enrichir tombent dans les pièges du diable ”. En ce jour-là, vous ne manquerez pas de tomber sous la sentence terrible, oui, et sans espoir : “Retirez-vous de moi, maudits; allez dans le feu éternel. ” Mais qu’elle est douce, qu’elle est tendre, cette promesse que nous entendons l’Église faire chaque jour en mémoire de la Passion : “Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle ” ; ce qui signifie : celui qui honore ma mort et, à mon exemple, mortifie sa chair sur la terre, aura la vie éternelle ; ou encore : si vous souffrez avec moi, vous régnerez aussi avec moi. Néanmoins, aujourd’hui encore, beaucoup, en entendant ces paroles, se détournent et s’en vont tout tristes, disant par leurs actes, sinon de leurs lèvres : “Cette parole est dure; qui peut l’écouter? ” Ceux qui, au lieu de garder leur cœur pur et d’être fidèles à Dieu, aiment mieux attacher leurs affections à des trésors incertains, ne peuvent souffrir qu’on leur parle de la Croix ; la seule pensée de la Passion leur semble intolérable. Comment de tels hommes supporteront-ils la sentence du Juge : “Maudits, allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges ” ? Ces paroles écraseront, comme un immense rocher, ceux sur qui elles tomberont. Mais les saints seront bénis. Comme l’Apôtre, ils n’ont d’autre ambition que de “plaire à Dieu tant qu’ils sont loin de lui, et de lui plaire encore quand ils seront en sa présence ”. Ils entendront, eux aussi, leur sentence : “Venez, vous qui êtes bénis de mon Père; prenez possession du royaume qui vous a été préparé. ” En ce jour-là, ceux qui n’auront pas gardé leur cœur droit sentiront, trop tard, combien sont doux et légers le joug et le fardeau du Christ, qu’ils ont orgueilleusement refusé de porter, par la dureté de leur cœur, comme si c’était un poids vil et écrasant. Il est impossible, pauvres esclaves, de peiner pour les richesses de ce monde et de se glorifier en même temps dans la Croix de notre Sauveur Jésus-Christ ; de désirer en même temps les choses de la terre et de travailler pour elles, et de goûter la douceur de notre Seigneur. Vous le trouverez certainement bien redoutable un jour, celui dont la pensée n’a jamais fait votre joie.

Mais l’âme croyante soupire de tout son cœur après Dieu et s’arrête à la pensée de lui ; elle se glorifie dans l’opprobre de la Croix, tant qu’elle ne peut voir son Sauveur face à face. Elle est comme la colombe du Christ, et elle goûte le sommeil et le repos au milieu des biens qu’il lui a accordés. Ses ailes sont blanches comme l’argent, par la pureté et l’innocence qui appartiennent, ô Seigneur Jésus, au désir de ton ineffable douceur ; et de plus elle espère que, dans la gloire qui rayonne de ta face, “ses plumes brilleront comme l’or ”, et qu’elle débordera de joie et sera inondée de la lumière de ta face dans le ravissement des saints. Elle a donc bien raison de dire dès maintenant avec délices : “Sa main gauche est sous ma tête, et sa droite m’embrassera. ” Sa main gauche, c’est le souvenir de cet amour dont nul ne pourra jamais égaler la grandeur, par lequel il a donné sa vie pour ceux qu’il aimait. Sa main droite, c’est la vision béatifique qu’il a promise aux siens, et le contentement dont il les remplira et les couronnera lorsqu’ils jouiront de sa présence divine. Il est écrit dans les Psaumes : “À ta droite sont des délices jusqu’à la fin. ” Sa main droite est donc à juste titre la figure de cette félicité divine et déifiante, inconcevable, qui appartient à la vision de Dieu. De même, la main gauche est comme le siège de cette étonnante charité dont j’ai parlé, à laquelle nous ne pourrons jamais trop penser, car c’est sur cette main que l’Épouse pose la tête et se repose jusqu’à ce que cette iniquité soit passée. Nous pouvons entendre par sa tête l’intention de son âme, qu’elle appuie sur le bras de son Époux, de peur que, par faiblesse, elle ne retombe dans les attraits purement terrestres ; car le fardeau terrestre et corruptible du corps pèse lourdement sur l’âme et l’entraîne loin des pensées auxquelles elle ne peut manquer de s’élever, si elle se repose dans la contemplation d’une miséricorde à laquelle elle avait si peu de droits, d’un amour si prodigue et si amplement prouvé, d’une bonté et d’une douceur si persévérantes et si exquises, d’un honneur si inimaginable. Est-il possible que ces pensées n’élèvent pas l’esprit qui les médite, le détachant de toute affection indigne, pénétrant en lui de plus en plus profondément, et lui faisant mépriser tout ce qui ne peut se goûter sans renoncer à ces jouissances plus hautes ? Leur douceur, comme de rares parfums, l’attire ; elle presse joyeusement le pas, et son cœur est tout embrasé d’amour. Le sentiment d’être aimée si tendrement lui fait se croire froide, bien que l’amour soit sa vie même. Quel retour est-ce, pour un amour qui descend de si haut et qui est si merveilleux, qu’un pauvre grain de poussière se consume tout entier de reconnaissance et d’amour ? La Majesté du ciel n’a-t-elle pas aimé la première ? Ne s’est-elle pas montrée tout entière vouée à l’œuvre de son salut ? Car “Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ”. Cela est écrit clairement de Dieu le Père. Et encore : “Il a livré son âme à la mort ” ; ceci est dit du Fils. Et du Saint-Esprit nous lisons : “Le Paraclet que mon Père vous donnera en mon nom, lui, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. ” Par là nous voyons que Dieu nous aime, et qu’il nous aime de tout son être ; car la bienheureuse Trinité tout entière nous aime, si nous osons parler ainsi de l’Être infini et incompréhensible qui est un et indivisible.

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