Chapitre 7 · 11 min de lecture · 15 min d’écoute
La prière et l’insistance
« Avec quelle aisance nous parlons de prier sans cesse ! Pourtant nous sommes tout prêts à abandonner si notre prière reste sans réponse une seule semaine ou un seul mois ! Nous supposons que, d’un coup de son bras ou d’un acte de sa volonté, Dieu nous donnera ce que nous demandons. Il ne semble jamais nous venir à l’esprit qu’il est le Maître de la nature comme de la grâce, et que, pour accomplir son œuvre, il choisit tantôt une voie, tantôt une autre. Il faut parfois des années pour exaucer une prière, et quand elle est exaucée et que nous regardons en arrière, nous pouvons voir qu’il en a bien été ainsi. Mais Dieu sait tout depuis le début, et sa volonté est que nous priions, que nous priions encore et toujours, et que nous apprenions ainsi, en fait et en vérité, ce que c’est que prier sans cesse. » — ANONYME.
NOTRE Seigneur Jésus a déclaré « qu’il faut toujours prier, et ne point se relâcher », et la parabole où se trouvent ces paroles fut enseignée dans le but de préserver les hommes du découragement et de la faiblesse dans la prière. Notre Seigneur voulait enseigner qu’il faut se garder du relâchement, et favoriser et encourager la persévérance. Il ne peut y avoir deux opinions sur l’importance de l’exercice de cette qualité indispensable dans nos prières.
La prière insistante est un puissant mouvement de l’âme vers Dieu. C’est une mise en branle des forces les plus profondes de l’âme vers le trône de la grâce céleste. C’est la capacité de tenir bon, de persévérer et d’attendre. Le désir sans repos, la patience paisible et la fermeté de la prise y sont tous contenus. Ce n’est pas un incident ou une performance, mais une passion de l’âme. Ce n’est pas un besoin à demi ressenti, mais une nécessité absolue.
Le caractère de lutte des prières insistantes ne naît pas de la véhémence physique ni de l’énergie charnelle. Ce n’est pas une impulsion d’énergie, ni un simple sérieux de l’âme ; c’est une force opérée au-dedans, une faculté implantée et éveillée par le Saint-Esprit. C’est, en fait, l’intercession de l’Esprit de Dieu en nous ; c’est de plus « la prière fervente et agissante, qui a une grande efficace ». L’Esprit divin, animant chaque élément en nous de l’énergie de sa propre lutte, est l’essence même de l’insistance qui pousse notre prière au propitiatoire à persévérer jusqu’à ce que le feu tombe et que la bénédiction descende. Cette lutte dans la prière n’est peut-être ni bruyante ni véhémente, mais tranquille, tenace et pressante. Elle peut être silencieuse, quand ses forces puissantes n’ont aucune issue visible.
Rien ne distingue aussi clairement et aussi fortement les enfants de Dieu que la prière. C’est la seule marque infaillible, la seule pierre de touche de la vie chrétienne. Les chrétiens sont des gens de prière ; les mondains sont sans prière. Les chrétiens invoquent Dieu ; les mondains ignorent Dieu et n’invoquent pas son nom. Mais le chrétien lui-même a besoin de cultiver la prière continuelle. La prière doit être habituelle, mais bien plus qu’une habitude. C’est un devoir, mais un devoir qui s’élève bien au-dessus du sens ordinaire de ce mot et va bien au-delà. C’est l’expression d’une relation avec Dieu, une aspiration à la communion divine. C’est le flot qui sort de la vie intérieure et monte vers sa source première. C’est l’affirmation de la filiation de l’âme, la revendication de la qualité de fils qui unit l’homme à l’Éternel.
La prière a tout à voir avec le façonnement de l’âme à l’image de Dieu, et tout à voir avec l’accroissement et l’élargissement de la mesure de la grâce divine. Elle a tout à voir avec l’entrée de l’âme dans une communion complète avec Dieu. Elle a tout à voir avec l’enrichissement, l’élargissement et la maturation de l’expérience que l’âme fait de Dieu. L’homme qui ne prie pas ne peut absolument pas être appelé chrétien. Sous aucun prétexte il ne peut revendiquer le moindre droit à ce nom, ni à ce qu’il implique. S’il ne prie pas, il est un pécheur, purement et simplement, car la prière est le seul chemin par lequel l’âme de l’homme peut entrer dans la communion et l’intimité avec la Source de tout esprit et de toute énergie semblables à ceux de Christ. Si donc il ne prie pas, il n’est pas de la famille de la foi.
Dans cette étude, cependant, nous tournons notre pensée vers un seul aspect de la prière — celui de l’insistance ; le fait de presser nos désirs auprès de Dieu avec urgence et persévérance ; la prière qui a cette ténacité et cette tension qui ne se relâchent ni ne cessent jusqu’à ce que sa requête soit entendue et sa cause gagnée.
Celui qui a des vues claires de Dieu et des conceptions scripturaires du caractère divin ; qui mesure le privilège qu’il a de s’approcher de Dieu ; qui comprend son besoin intérieur de tout ce que Dieu a pour lui — cet homme-là sera empressé, franc dans ses demandes et insistant. Dans l’Écriture sainte, le devoir même de la prière est prôné en des termes à peine plus forts que ceux qui exposent la nécessité de l’insistance. La prière qui influe sur Dieu, nous est-il dit, est l’épanchement fervent et efficace d’un juste. C’est-à-dire que c’est une prière en feu, qui n’a pas une flamme faible et vacillante, ni un éclair d’un instant, mais qui brille d’un éclat vigoureux et constant.
Les intercessions répétées d’Abraham pour le salut de Sodome et de Gomorrhe offrent un exemple ancien de la nécessité de la prière insistante et du bienfait qui en découle. Jacob, luttant toute la nuit avec l’ange, souligne de façon significative la puissance d’une persévérance obstinée dans la prière, et montre comment, dans les choses spirituelles, l’insistance réussit tout aussi efficacement que dans les affaires de ce monde visible et sensible.
Comme nous l’avons noté ailleurs, Moïse pria quarante jours et quarante nuits pour détourner la colère de Dieu contre Israël, et son exemple et son succès sont un stimulant pour la foi d’aujourd’hui à son heure la plus sombre. Élie répéta et pressa sa prière sept fois avant que le nuage de pluie paraisse à l’horizon, annonçant le succès de sa prière et la victoire de sa foi. Une fois, Daniel, bien que faible et sans force, persévéra dans sa requête trois semaines avant que viennent la réponse et la bénédiction.
Bien des nuits, durant sa vie terrestre, le Sauveur béni les passa en prière. À Gethsémané, il présenta trois fois la même requête, avec une insistance pressante, sans relâche et pourtant soumise, qui engageait chaque élément de son âme et aboutit aux larmes et à la sueur de sang. Les crises de sa vie furent nettement marquées, et toutes les victoires de sa vie remportées, dans des heures de prière insistante. Et le serviteur n’est pas plus grand que son seigneur.
La parabole de la veuve insistante est un classique de la prière persévérante. Nous ferons bien d’en rafraîchir notre mémoire à ce point de notre étude :
« Jésus leur adressa une parabole, pour montrer qu’il faut toujours prier, et ne point se relâcher. Il dit: Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait point Dieu et qui n’avait d’égard pour personne. Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait lui dire: Fais-moi justice de ma partie adverse. Pendant longtemps il refusa. Mais ensuite il dit en lui-même: Quoique je ne craigne point Dieu et que je n’aie d’égard pour personne, néanmoins, parce que cette veuve m’importune, je lui ferai justice, afin qu’elle ne vienne pas sans cesse me rompre la tête. Le Seigneur ajouta: Entendez ce que dit le juge inique. Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tardera-t-il à leur égard? Je vous le dis, il leur fera promptement justice. »
Cette parabole met l’accent sur la vérité centrale de la prière insistante. La veuve presse sa cause jusqu’à ce que le juge inique cède. Si cette parabole n’enseigne pas la nécessité de l’insistance, elle n’a ni portée ni enseignement. Ôtez cette seule pensée, et il ne vous reste rien qui vaille d’être rapporté. Hors de toute contestation, Christ a voulu qu’elle demeure comme une preuve du besoin qui existe d’une prière persévérante.
Nous trouvons le même enseignement souligné dans l’épisode de la Syro-Phénicienne, qui vint à Jésus en faveur de sa fille. Ici, l’insistance se montre non comme une franche impertinence, mais comme revêtue des habits persuasifs de l’humilité, de la sincérité et de la ferveur. Il nous est donné d’entrevoir la foi tenace d’une femme, le chagrin amer d’une femme et le discernement spirituel d’une femme. Le Maître se rendit dans ce pays de Sidon pour que cette vérité soit reflétée pour tous les temps : il n’est pas de requête aussi efficace que la prière insistante, et aucune à laquelle Dieu se livre aussi pleinement et aussi librement.
L’insistance de cette mère affligée lui valut la victoire et fit de sa requête une réalité. Et loin d’offenser le Sauveur, elle tira de lui une parole d’admiration et de joyeuse surprise. « Femme, ta foi est grande; qu’il te soit fait comme tu veux. »
Il ne prie pas du tout, celui qui ne presse pas sa requête. Les prières froides n’ont aucun droit sur le ciel ni aucune audience dans les parvis d’en haut. Le feu est la vie de la prière, et l’on atteint le ciel par une insistance enflammée qui monte de degré en degré.
Revenant au cas de la veuve insistante, nous voyons que son veuvage, son isolement et sa faiblesse ne comptaient pour rien aux yeux du juge inique. L’insistance était tout. « Parce que cette veuve m’importune », dit-il, « je lui ferai justice, afin qu’elle ne vienne pas sans cesse me rompre la tête. » C’est uniquement parce que la veuve accaparait le temps et l’attention du juge inique que sa cause fut gagnée.
Dieu attend patiemment tandis que, jour et nuit, ses élus crient à lui. Il est mille fois plus touché par leurs requêtes que ne le fut ce juge inique. Une limite est fixée à son attente par la prière insistante de son peuple, et la réponse est richement accordée. Dieu trouve la foi chez son enfant qui prie — la foi qui demeure et qui crie — et il l’honore en lui permettant de s’exercer davantage, afin qu’elle soit fortifiée et enrichie. Puis il la récompense en accordant l’objet de sa requête, en plénitude et de façon définitive.
Le cas de la Syro-Phénicienne, déjà mentionné, est un exemple remarquable d’insistance victorieuse, éminemment encourageant pour tous ceux qui veulent prier avec succès. Ce fut un exemple remarquable d’insistance et de persévérance jusqu’à la victoire finale, en face d’obstacles et d’entraves presque insurmontables. Mais la femme les surmonta tous par une foi héroïque et un esprit persévérant aussi remarquables que couronnés de succès. Jésus s’était rendu dans son pays, « désirant que personne ne le sût ». Mais elle passe outre à son dessein, viole son intimité, attire son attention et répand devant lui un appel poignant, fait de détresse et de foi. Son cœur était dans sa prière.
D’abord, Jésus semble ne prêter aucune attention à son angoisse et ignore son cri de détresse. Il ne lui accorde ni un regard, ni une oreille, ni une parole. Un silence profond et glacial accueille son cri passionné. Mais elle ne se laisse ni détourner ni décourager. Elle tient bon. Les disciples, choqués de ses clameurs inconvenantes, intercèdent pour elle, mais sont réduits au silence lorsque le Seigneur déclare que cette femme est entièrement en dehors du champ de sa mission et de son ministère.
Mais ni l’échec des disciples à lui obtenir une audience, ni la certitude — désespérante par sa nature même — qu’elle est exclue des bienfaits de sa mission, ne l’abattent ; ils ne servent qu’à donner de l’intensité et une hardiesse accrue à son approche de Christ. Elle s’approcha davantage, coupant court à sa prière, et, tombant à ses pieds, l’adora, faisant de la cause de sa fille son propre cri, avec une brièveté saisissante : « Seigneur, secours-moi! » Ce dernier cri gagna sa cause ; sa fille fut guérie à l’heure même. Pleine d’espérance, pressante et infatigable, elle reste près du Maître, insistant et priant jusqu’à ce que la réponse soit donnée. Quelle étude de l’insistance, du sérieux, de la persévérance, suscités et poussés en avant dans des conditions qui auraient découragé toute autre âme qu’une âme héroïque et constante !
Dans ces paraboles de la prière insistante, notre Seigneur expose, pour notre instruction et notre encouragement, les sérieuses difficultés qui se dressent sur le chemin de la prière. En même temps, il enseigne que l’insistance triomphe de toutes les circonstances contraires et remporte la victoire sur toute une armée d’obstacles. Il enseigne de plus que la réponse à la prière dépend de la mesure de foi qui entre dans la requête. Pour éprouver cette foi, il diffère la réponse. Celui qui prie superficiellement retombe dans le silence quand la réponse tarde. Mais l’homme de prière tient bon, encore et encore. Le Seigneur reconnaît et honore sa foi, et lui accorde une réponse riche et abondante à sa prière insistante, qui témoigne de sa foi.
Chapitre 7 terminé
La prière et l’insistance