La nécessité de la prière
La prière et la ferveur

Chapitre 6 · 9 min de lecture · 11 min d’écoute

La prière et la ferveur

« Sainte Thérèse se leva de son lit de mort pour achever son œuvre. Avec toute la vivacité de son regard et tout son amour de l’ordre, elle inspecta la maison entière où on l’avait transportée pour y mourir. Elle veilla à ce que chaque chose fût remise à sa place et à ce que chacune répondît à la règle qui lui était propre, après quoi elle assista aux offices divins du jour. Puis elle regagna son lit, rassembla ses filles autour d’elle… et, avec sur les lèvres la plus pénitente des prières pénitentielles de David, Thérèse de Jésus s’en alla à la rencontre de son Époux. » — ALEXANDER WHYTE.

LA PRIÈRE sans ferveur ne mise rien sur l’issue, parce qu’elle n’a rien à miser. Elle vient les mains vides. Des mains, de surcroît, aussi inertes que vides, qui n’ont jamais appris la leçon de s’accrocher à la Croix.

La prière sans ferveur n’a pas de cœur ; c’est une chose vide, un vase impropre à l’usage. Le cœur, l’âme et la vie doivent trouver place dans toute prière véritable. Il faut que le ciel sente la force de ce cri vers Dieu.

Paul fut un exemple remarquable de l’homme qui possède un esprit de prière fervent. Ses requêtes le consumaient tout entier ; elles restaient fixées, inébranlables, sur l’objet de son désir et sur le Dieu capable de l’exaucer.

Les prières doivent être brûlantes. C’est la prière fervente qui est agissante, elle qui a une grande efficace. La froideur de l’esprit entrave la prière ; la prière ne peut pas vivre dans une atmosphère hivernale. Un climat glacial fait mourir de froid les requêtes et tarit les sources de la supplication. Il faut du feu pour que les prières avancent. La chaleur de l’âme crée une atmosphère favorable à la prière, parce qu’elle est favorable à la ferveur. C’est par la flamme que la prière monte au ciel. Pourtant le feu n’est pas l’agitation, ni la chaleur le bruit. La chaleur, c’est l’intensité — quelque chose qui rougeoie et qui brûle. Le ciel est un bien piètre marché pour la glace.

Dieu veut des serviteurs au cœur chaud. Le Saint-Esprit vient comme un feu habiter en nous ; nous devons être baptisés du Saint-Esprit et de feu. La ferveur, c’est la chaleur de l’âme. Un tempérament flegmatique est incompatible avec une expérience vivante. Si notre religion ne nous embrase pas, c’est que nous avons le cœur gelé. Dieu habite dans une flamme ; le Saint-Esprit descend dans le feu. Être absorbé dans la volonté de Dieu, mettre à l’accomplir un sérieux si grand que tout notre être s’embrase : telle est la condition requise de l’homme qui veut s’adonner à la prière efficace.

Notre Seigneur nous met en garde contre la prière débile. « Il faut toujours prier », déclare-t-il, « et ne point se relâcher. » Cela signifie que nous devons posséder assez de ferveur pour tenir bon durant les longues et rudes périodes de la prière de supplication. Le feu rend alerte et vigilant, et fait sortir celui qui prie plus que vainqueur. L’atmosphère qui nous entoure est trop lourdement chargée de forces contraires pour que des prières molles ou languissantes puissent progresser. Il faut de la chaleur, de la ferveur, un feu de météore, pour percer jusqu’aux cieux les plus hauts, où Dieu habite avec ses saints, dans la lumière.

Beaucoup des grands personnages de la Bible furent des exemples remarquables de ferveur d’esprit dans leur recherche de Dieu. Le psalmiste déclare avec un grand sérieux :

« Mon âme est brisée par le désir Qui toujours la porte vers tes lois. »

Quels désirs puissants du cœur ! Quelles aspirations ardentes de l’âme vers la Parole du Dieu vivant !

Ailleurs, il exprime une ferveur plus grande encore :

« Comme une biche soupire après des courants d’eau, Ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu! Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant: Quand irai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu? »

C’est là la parole d’un homme qui vivait dans un état de grâce, une grâce opérée profondément et surnaturellement dans son âme.

La ferveur devant Dieu compte à l’heure de la prière, et elle reçoit de ses mains une récompense prompte et riche. Le psalmiste nous rapporte ce que Dieu avait fait pour le roi, quand son cœur se tournait vers son Seigneur :

« Tu lui as donné ce que désirait son cœur, Et tu n’as pas refusé ce que demandaient ses lèvres. »

Une autre fois, il s’exprime ainsi, directement devant Dieu, en lui présentant sa requête :

« Seigneur! Tous mes désirs sont devant toi, Et mes soupirs ne te sont point cachés. »

Quelle pensée encourageante ! Nos soupirs intérieurs, nos désirs secrets, les aspirations de notre cœur ne sont pas cachés aux yeux de celui à qui nous avons affaire dans la prière.

Ce qui doit nous pousser à la ferveur d’esprit devant Dieu est exactement ce qui nous pousse à la prière persévérante et ardente. La ferveur n’est pas la prière, mais elle procède d’une âme ardente et elle est précieuse aux yeux de Dieu. La ferveur dans la prière est l’annonciatrice de ce que Dieu fera en guise de réponse. Dieu s’est engagé à nous donner le désir de notre cœur dans la mesure de la ferveur d’esprit que nous manifestons lorsque nous cherchons sa face dans la prière.

La ferveur a son siège dans le cœur, non dans le cerveau ni dans les facultés intellectuelles de l’esprit. La ferveur n’est donc pas une expression de l’intelligence. La ferveur d’esprit dépasse de loin la fantaisie poétique ou l’imagerie sentimentale. Elle est autre chose qu’une simple préférence, que la mise en balance de ce qu’on aime et de ce qu’on n’aime pas. La ferveur est la pulsation et l’élan de la nature émotive.

Il n’est peut-être pas en notre pouvoir de créer à volonté la ferveur d’esprit, mais nous pouvons prier Dieu de la mettre en nous. C’est alors à nous de la nourrir et de la chérir, de la garder de l’extinction, d’empêcher qu’elle ne faiblisse ou ne décline. L’œuvre du salut personnel ne consiste pas seulement à prier, à exprimer nos désirs à Dieu, mais à acquérir un esprit fervent et à chercher, par tous les moyens légitimes, à le cultiver. Il n’est jamais déplacé de prier Dieu de faire naître en nous l’esprit de la prière fervente et de l’y garder vivant.

La ferveur a affaire à Dieu, tout comme la prière a affaire à lui. Le désir a toujours un objet. Si nous désirons, nous désirons quelque chose. Le degré de ferveur avec lequel nous formons nos désirs spirituels déterminera toujours le sérieux de notre prière. À ce sujet, Adoniram Judson dit :

« Un esprit en travail d’enfantement, les douleurs d’un grand désir chargé d’un fardeau, voilà ce qui appartient à la prière. Une ferveur assez forte pour chasser le sommeil, qui consacre et embrase l’esprit, et qui congédie tous les liens terrestres : tout cela appartient à la prière qui lutte et qui l’emporte. L’Esprit, la puissance, l’air et la nourriture de la prière se trouvent dans un tel esprit. »

La prière doit être revêtue de ferveur, de force et de puissance. Elle est la force qui, concentrée sur Dieu, détermine la mesure dans laquelle il se dépense lui-même pour le bien de la terre. Les hommes fervents d’esprit sont résolus à atteindre la justice, la vérité, la grâce et toutes les autres grâces sublimes et puissantes qui ornent le caractère de l’enfant de Dieu authentique et incontesté.

Un jour, par la bouche d’un prophète courageux, Dieu adressa le message suivant à un roi qui, à une époque, lui avait été fidèle, mais qui, avec l’arrivée du succès et de la prospérité matérielle, avait perdu la foi :

« L’Éternel étend ses regards sur toute la terre, pour soutenir ceux dont le cœur est tout entier à lui. Tu as agi en insensé dans cette affaire, car dès à présent tu auras des guerres. »

Dieu avait entendu la prière d’Asa dans sa jeunesse, mais le désastre survint et le malheur fut envoyé, parce qu’il avait abandonné la vie de prière et la foi simple.

Dans Romains 15:30, le mot « combattre » apparaît dans la demande par laquelle Paul sollicitait le concours de leurs prières.

Dans Colossiens 4:12, nous trouvons le même mot, mais traduit différemment : « Épaphras, qui ne cesse de lutter avec ferveur pour vous dans ses prières. » Paul exhortait les Romains à « combattre avec lui dans la prière », c’est-à-dire à l’aider dans son combat de prière. Le mot signifie entrer dans une lutte, combattre contre des adversaires. Il signifie de plus s’engager avec un zèle fervent dans l’effort pour obtenir.

Ces exemples rapportés de l’exercice et de la récompense de la foi nous font voir aisément que, presque chaque fois, la foi se mêlait à la confiance, au point qu’il n’est pas exagéré de dire que la première était engloutie dans la seconde. Il est difficile de bien distinguer les activités propres de ces deux qualités, la foi et la confiance. Mais il est un point, hors de tout doute, où la foi est pour ainsi dire déchargée de son fardeau ; où la confiance survient et dit : « Tu as fait ta part, le reste me regarde ! »

Dans l’épisode du figuier stérile, notre Seigneur transmet à ses disciples la merveilleuse puissance de la foi. À leur exclamation : « Comment ce figuier est-il devenu sec en un instant? », il répondit :

« Si vous aviez de la foi et que vous ne doutiez point, non seulement vous feriez ce qui a été fait à ce figuier, mais quand vous diriez à cette montagne: Ote-toi de là et jette-toi dans la mer, cela se ferait. Tout ce que vous demanderez avec foi par la prière, vous le recevrez. »

Quand un croyant chrétien parvient à une foi d’une ampleur aussi magnifique, il entre dans le domaine de la confiance sans réserve. Il se tient sans un frémissement au sommet de son élan spirituel. Il a atteint la véritable pierre de faîte de la foi, qui est une confiance inébranlable, immuable, inaliénable en la puissance du Dieu vivant.

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