De la mortification du péché chez les croyants
Prends clairement conscience de la culpabilité, du danger et du mal de ce péché

Chapitre 11 · 18 min de lecture · 23 min d’écoute

Prends clairement conscience de la culpabilité, du danger et du mal de ce péché

La deuxième direction particulière : Prends clairement conscience, — 1. De la culpabilité du péché qui te tourmente — Considérations proposées pour y aider — 2. Du danger, qui est multiple — (1.) L’endurcissement — (2.) Le châtiment temporel — (3.) La perte de la paix et de la force — (4.) La destruction éternelle — Règles pour bien conduire cette considération — 3. Du mal qu’il fait — (1.) Il attriste l’Esprit — (2.) Il blesse la nouvelle créature — [(3.) Il ôte à l’homme son utilité.]

La deuxième direction est celle-ci : Imprime dans ton esprit et dans ta conscience un sentiment clair et durable de la culpabilité, du danger et du mal de ce péché qui te tourmente :—

1. De sa culpabilité. C’est l’une des ruses d’une convoitise dominante que d’atténuer sa propre culpabilité. « N’est-ce pas peu de chose ? » « Quand j’irai me prosterner dans la maison de Rimmon, que Dieu me fasse grâce en cela. » « Si mauvais que ce soit, ce n’est pas aussi mauvais que tel ou tel autre mal ; d’autres, parmi le peuple de Dieu, ont connu de telles dispositions ; et même, en quels terribles péchés effectifs certains d’entre eux sont tombés ! » Innombrables sont les moyens par lesquels le péché détourne l’esprit d’une juste et convenable appréhension de sa culpabilité. Ses exhalaisons nuisibles obscurcissent l’intelligence, si bien qu’elle ne peut plus porter sur les choses un jugement droit. Raisonnements embrouillés, promesses qui atténuent, désirs tumultueux, résolutions perfides d’y renoncer, espoirs de miséricorde : tout cela a sa part pour troubler l’esprit lorsqu’il considère la culpabilité d’une convoitise dominante. Le prophète nous dit que la convoitise fera entièrement cela quand elle sera à son comble : Osée 4:11, « La prostitution, le vin et le moût, font perdre le sens », — ils ôtent le cœur, c’est-à-dire l’intelligence, selon le sens qu’a souvent ce mot dans l’Écriture. Et comme elles accomplissent pleinement cette œuvre chez les non-régénérés, elles l’accomplissent en partie aussi chez les régénérés. Salomon te parle de celui qui fut séduit par la femme débauchée : il était « parmi les stupides » ; c’était « un garçon dépourvu de sens », Proverbes 7:7. Et en quoi parut sa folie ? Eh bien, dit-il au verset 23, il alla « Sans savoir que c’est au prix de sa vie » ; il ne considéra pas la culpabilité du mal dans lequel il s’engageait. Et l’Éternel, donnant la raison pour laquelle ses dispensations envers Éphraïm n’eurent pas un meilleur effet, rend ce compte : « Éphraïm est comme une colombe stupide, sans intelligence », Osée 7:11 ; — il n’avait aucune intelligence de sa misérable condition. Eût-il été possible que David demeurât si longtemps dans la culpabilité de cet abominable péché, s’il n’avait eu d’innombrables raisonnements corrompus qui l’empêchaient d’en voir clairement la laideur et la culpabilité dans le miroir de la loi ? C’est ce qui obligea le prophète envoyé pour le réveiller à lui fermer, dans sa manière de le traiter, toutes les échappatoires et tous les prétextes au moyen de sa parabole, afin qu’il tombe pleinement sous le sentiment de sa culpabilité. Tel est l’effet propre de la convoitise dans le cœur, — elle obscurcit l’esprit, afin qu’il ne juge pas droitement de sa culpabilité ; et elle a bien d’autres moyens de s’atténuer elle-même, sur lesquels je ne m’arrêterai pas maintenant.

Que ce soit donc là le premier soin de celui qui veut faire mourir le péché, — fixer dans son esprit un jugement droit sur sa culpabilité. Pour cela, prends à ton secours les considérations suivantes :—

(1.) Bien que la puissance du péché soit affaiblie par la grâce qui habite en ceux qui la possèdent, de sorte que le péché ne domine pas sur eux comme il domine sur les autres, cependant la culpabilité du péché qui demeure et subsiste encore s’en trouve aggravée et rehaussée : Romains 6:1, 2, « Que dirons-nous donc? Demeurerions-nous dans le péché, afin que la grâce abonde? Loin de là! Nous qui sommes morts au péché, comment vivrions-nous encore dans le péché? » — « Nous qui sommes morts au péché, comment… ? » L’accent porte sur le mot « nous ». Comment nous le ferions-nous, nous qui, comme il le décrit ensuite, avons reçu de Christ la grâce contraire ? Sans aucun doute, si nous le faisons, nous sommes plus coupables que quiconque. Je ne m’arrêterai pas sur les aggravations particulières des péchés de telles personnes, — comment elles pèchent contre plus d’amour, de miséricorde, de grâce, de secours, de soulagement, de moyens et de délivrances que les autres. Mais que cette considération demeure dans ton esprit : il y a inconcevablement plus de mal et de culpabilité dans le mal qui reste dans ton cœur qu’il n’y en aurait dans autant de péché si tu n’avais aucune grâce. Remarque, —

(2.) Que, de même que Dieu voit une abondance de beauté et d’excellence dans les désirs du cœur de ses serviteurs, plus que dans les œuvres les plus glorieuses des autres hommes, et même plus que dans la plupart de leurs propres actes extérieurs, lesquels contiennent un plus grand mélange de péché que n’en contiennent les désirs et les soupirs de la grâce dans le cœur ; de même Dieu voit beaucoup de mal dans l’action de la convoitise dans leur cœur, et même plus que dans les actes publics et notoires des méchants, ou que dans bien des péchés extérieurs où les saints peuvent tomber, puisque contre ces derniers il se fait plus d’opposition, et qu’une plus grande humiliation les suit généralement. C’est ainsi que Christ, dans sa manière de traiter ses enfants en déclin, va avec eux jusqu’à la racine et laisse de côté leur profession : Apocalypse 3:15, « Je te connais » ; — « Tu es tout autre chose que ce que tu professes ; et c’est ce qui te rend abominable. »

Ainsi donc, que ces choses, et d’autres considérations semblables, te conduisent à un sentiment clair de la culpabilité de ta convoitise intérieure, afin qu’il ne reste dans ton cœur aucune place pour des pensées qui l’atténuent ou l’excusent, et par lesquelles le péché prendrait insensiblement des forces et l’emporterait.

2. Considère son danger, qui est multiple :—

(1.) Celui d’être endurci par la séduction. C’est ce que l’apôtre impute sévèrement aux Hébreux, chap. 3:12, 13 : « Prenez garde, frères, que quelqu’un de vous n’ait un cœur mauvais et incrédule, au point de se détourner du Dieu vivant. Mais exhortez-vous les uns les autres chaque jour, aussi longtemps qu’on peut dire: Aujourd’hui! Afin qu’aucun de vous ne s’endurcisse par la séduction du péché. » « Prenez garde, dit-il ; usez de tous les moyens, considérez vos tentations, veillez avec diligence ; il y a une trahison, une séduction dans le péché, qui tend à endurcir vos cœurs et à les détourner de la crainte de Dieu. » L’endurcissement dont il est ici question va jusqu’au bout, — l’obstination complète ; le péché y tend, et toute maladie de l’âme, toute convoitise, fera au moins quelque progrès dans ce sens. Toi qui étais tendre, et qui avais coutume de fondre sous la parole, sous les afflictions, tu deviendras, comme certains l’ont dit de façon profane, « à l’épreuve des sermons et à l’épreuve de la maladie ». Toi qui tremblais devant la présence de Dieu, à la pensée de la mort et de la comparution devant lui, alors que tu avais plus d’assurance de son amour que tu n’en as maintenant, tu auras dans l’esprit une raideur que ces choses ne pourront ébranler. On parlera de ton âme et de ton péché, on t’en parlera, et tu n’en seras nullement touché ; tu pourras accomplir tes devoirs, prier, écouter, lire, sans que ton cœur en soit le moins du monde affecté. Le péché deviendra pour toi une chose légère ; tu passeras outre comme devant une chose de rien ; voilà où il en viendra. Et quelle sera la fin d’une telle condition ? Peut-il t’arriver quelque chose de plus triste ? N’y a-t-il pas de quoi faire trembler n’importe quel cœur, à la pensée d’être amené à cet état où l’on n’aurait plus que des pensées légères au sujet du péché ? Les pensées légères sur la grâce, sur la miséricorde, sur le sang de Christ, sur la loi, le ciel et l’enfer, entrent toutes à la même saison. Prends garde : c’est là ce vers quoi travaille ta convoitise, — l’endurcissement du cœur, la cautérisation de la conscience, l’aveuglement de l’esprit, l’engourdissement des affections et la séduction de l’âme tout entière.

(2.) Le danger de quelque grand châtiment temporel, que l’Écriture appelle « vengeance », « jugement » et « punition ». Psaume 89:31–34 : Même si Dieu ne te rejetait pas entièrement pour cette abomination qui gît dans ton cœur, il te visitera pourtant avec la verge ; même s’il pardonne et fait grâce, il tirera vengeance de tes inventions. Oh ! souviens-toi de David et de toutes ses épreuves ! regarde-le fuyant au désert, et considère la main de Dieu sur lui. N’est-ce rien pour toi que Dieu fasse mourir ton enfant dans sa colère, ruine tes biens dans sa colère, brise tes os dans sa colère, permette que tu sois un scandale et un opprobre dans sa colère, te fasse mourir, te détruise, te fasse coucher dans les ténèbres, dans sa colère ? N’est-ce rien qu’il punisse, ruine et perde d’autres personnes à cause de toi ? Qu’on ne se méprenne pas sur ma pensée. Je ne veux pas dire que Dieu envoie toujours toutes ces choses aux siens dans sa colère ; à Dieu ne plaise ! mais je dis ceci : lorsqu’il agit ainsi envers toi, et que ta conscience rend témoignage avec lui de ce qu’ont été tes provocations, tu trouveras ses dispensations pleines d’amertume pour ton âme. Si tu ne crains pas ces choses, je crains que tu ne sois sous l’endurcissement.

(3.) La perte de la paix et de la force pendant tous les jours de sa vie. Avoir la paix avec Dieu, avoir la force de marcher devant Dieu, voilà le résumé des grandes promesses de l’alliance de grâce. C’est en ces choses qu’est la vie de nos âmes. Sans elles, dans une mesure qui console, vivre c’est mourir. À quoi bon nos vies, si nous ne voyons pas quelquefois la face de Dieu dans la paix ? si nous n’avons pas quelque force pour marcher avec lui ? Or, une convoitise non mortifiée privera certainement les âmes de l’une et de l’autre. Le cas est si évident chez David que rien ne peut être plus clair. Combien de fois se plaint-il, pour cette raison, que ses os sont brisés, son âme troublée, ses plaies douloureuses ! Prends d’autres exemples : Ésaïe 57:17, « A cause de son avidité coupable, je me suis irrité, … Je me suis caché. » Quelle paix, je te le demande, y a-t-il pour une âme tandis que Dieu se cache, ou quelle force tandis qu’il frappe ? Osée 5:15, « Je m’en irai, je reviendrai dans ma demeure, Jusqu’à ce qu’ils s’avouent coupables et cherchent ma face » ; — « Je les laisserai, je cacherai ma face ; et que deviendront leur paix et leur force ? » Si donc tu as jamais joui de la paix avec Dieu, si jamais ses terreurs t’ont effrayé, si jamais tu as eu la force de marcher avec lui, ou si jamais tu as gémi dans ta prière et été troublé à cause de ta faiblesse, pense à ce danger suspendu au-dessus de ta tête. Encore un peu de temps, peut-être, et tu ne verras plus la face de Dieu dans la paix. Peut-être dès demain ne pourras-tu plus prier, lire, écouter, ni accomplir aucun devoir avec la moindre joie, la moindre vie ou la moindre vigueur ; et peut-être ne connaîtras-tu jamais une heure tranquille tant que tu vivras, — peut-être porteras-tu partout avec toi des os brisés, pleins de douleur et de terreur, tous les jours de ta vie. Bien plus, peut-être Dieu lancera-t-il contre toi ses flèches, et te remplira-t-il d’angoisse et d’inquiétude, de craintes et de perplexités ; il fera de toi une terreur et un sujet d’étonnement pour toi-même et pour les autres ; il te montrera à chaque instant l’enfer et la colère ; il t’effraiera et t’épouvantera par de tristes appréhensions de sa haine ; en sorte que ta plaie coulera durant la nuit, et ton âme refusera toute consolation ; en sorte que tu souhaiteras la mort plutôt que la vie, et même ton âme pourra préférer d’être étranglée. Considère un peu cela : même si Dieu ne devait pas te détruire entièrement, il pourrait pourtant te jeter dans cet état où tu aurais de ta destruction des appréhensions vives et pressantes. Accoutume ton cœur à ces pensées ; fais-lui savoir quelle sera vraisemblablement l’issue de son état. Ne quitte pas cette considération que tu n’aies fait trembler ton âme au-dedans de toi.

(4.) Il y a le danger de la destruction éternelle.

Pour bien conduire cette considération, remarque, —

[1.] Qu’il y a une telle liaison entre la persévérance dans le péché et la destruction éternelle que, si Dieu résout bien d’en délivrer quelques-uns de la persévérance dans le péché afin qu’ils ne soient pas détruits, il n’en délivrera pourtant aucun de la destruction qui persévère dans le péché ; de sorte que, tant que quelqu’un demeure sous une puissance durable du péché, il faut lui présenter les menaces de la destruction et de la séparation éternelle d’avec Dieu. Ainsi Hébreux 3:12 ; à quoi ajoute le chap. 10:38. Telle est la règle selon laquelle Dieu procède : si quelqu’un « se détourne » de lui, « se retire » par incrédulité, « l’âme de Dieu ne prend pas plaisir en lui » ; — « c’est-à-dire que son indignation le poursuivra jusqu’à la destruction » ; ainsi, de toute évidence, Galates 6:8.

[2.] Que celui qui est ainsi enlacé, comme on l’a décrit plus haut, sous la puissance d’une corruption quelconque, ne peut avoir pour le moment aucune évidence claire et prédominante de sa part à l’alliance, par l’efficace de laquelle il pourrait être délivré de la crainte de la destruction ; de sorte que la destruction venant du Seigneur peut à juste titre être pour lui une terreur ; et il peut, il doit même la regarder comme ce qui sera la fin de sa course et de ses voies. « Il n’y a aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ », Romains 8:1. C’est vrai ; mais qui aura la consolation de cette affirmation ? qui peut se l’attribuer ? « Ceux qui marchent selon l’Esprit, et non selon la chair. » Mais tu diras : « N’est-ce pas là pousser les hommes à l’incrédulité ? » Je réponds : Non. Il y a un double jugement qu’un homme peut porter sur lui-même, — premièrement sur sa personne, et secondement sur ses voies. C’est du jugement sur ses voies, non sur sa personne, que je parle. Qu’un homme obtienne la meilleure évidence qu’il peut pour sa personne, il est pourtant de son devoir de juger qu’une voie mauvaise aboutira à la destruction ; ne pas le faire, c’est de l’athéisme. Je ne dis pas que, dans une telle condition, un homme doive rejeter les évidences de sa part personnelle en Christ ; mais je dis qu’il ne peut pas les garder. Il y a une double condamnation de soi-même :— Premièrement, quant au mérite, lorsque l’âme conclut qu’elle mérite d’être rejetée de la présence de Dieu ; et cela est si loin d’être une affaire d’incrédulité que c’est un effet de la foi. Secondement, quant à l’issue et l’événement, lorsque l’âme conclut qu’elle sera damnée. Je ne dis pas que ce soit le devoir de qui que ce soit, et je n’y appelle personne ; mais je dis ceci : la fin de la voie peut pousser à fuir cette voie. Et c’est là une autre considération qui doit demeurer sur une telle âme, si elle désire être délivrée de l’enlacement de ses convoitises.

3. Considère ses maux ; j’entends ses maux présents. Le danger regarde ce qui est à venir ; le mal, ce qui est présent. On peut mentionner quelques-uns des nombreux maux qui accompagnent une convoitise non mortifiée :—

(1.) Elle attriste le saint et bienheureux Esprit, qui est donné aux croyants pour habiter en eux et demeurer avec eux. Ainsi l’apôtre, Éphésiens 4:25–29, les détournant de nombreuses convoitises et de nombreux péchés, en donne ce grand motif, au verset 30 : « N’attristez pas le Saint-Esprit … par lequel vous avez été scellés pour le jour de la rédemption. » « N’attristez pas cet Esprit de Dieu, dit-il, par lequel vous recevez de si nombreux et de si grands bienfaits » ; et il en cite un, insigne et qui les comprend tous, — être « scellés pour le jour de la rédemption ». Il en est attristé. Comme un ami tendre et aimant est attristé de l’ingratitude de son ami, envers qui il s’est montré si bienfaisant, ainsi en est-il de cet Esprit tendre et aimant, qui a choisi nos cœurs pour en faire une habitation où demeurer, et pour y faire en notre faveur tout ce que nos âmes désirent. Il est attristé de ce que nous abritons dans nos cœurs, avec lui, ses ennemis et ceux qu’il doit détruire. « ce n’est pas volontiers qu’il humilie Et qu’il afflige », Lamentations 3:33 ; et nous l’attristerions chaque jour ? C’est ainsi qu’il est dit tantôt « irrité », tantôt « affligé en son cœur », pour exprimer le plus vif sentiment de notre provocation. Or, s’il reste dans l’âme quelque chose d’une noblesse de cœur que donne la grâce, si elle n’est pas entièrement endurcie par la séduction du péché, cette considération la touchera certainement. Considère qui tu es et ce que tu es ; qui est l’Esprit qui est attristé, ce qu’il a fait pour toi, pour quel sujet il vient à ton âme, ce qu’il a déjà fait en toi ; et sois confus. Parmi ceux qui marchent avec Dieu, il n’y a pas de plus grand motif ni de plus puissant aiguillon à la sainteté universelle, et à la conservation de leurs cœurs et de leurs esprits en toute pureté et netteté, que celui-ci : le bienheureux Esprit, qui a entrepris d’habiter en eux, considère continuellement ce à quoi ils donnent accueil dans leur cœur, et se réjouit lorsque son temple est gardé sans souillure. Ce fut une grave aggravation du péché de Zimri qu’il amena sa femme adultère dans l’assemblée, sous les yeux de Moïse et des autres, qui pleuraient sur les péchés du peuple, Nombres 25:6. Et n’est-ce pas une grave aggravation que de favoriser une convoitise, ou de la laisser demeurer dans le cœur, quand elle y est accueillie (comme elle doit l’être, si nous sommes croyants) sous l’œil et le regard particuliers du Saint-Esprit, qui prend soin de garder son tabernacle pur et saint ?

(2.) Le Seigneur Jésus-Christ en est blessé de nouveau ; sa nouvelle créature dans le cœur en est blessée ; son amour est repoussé ; son adversaire est satisfait. De même qu’un abandon total de lui, par la séduction du péché, revient à « le crucifier de nouveau et l’exposer à l’ignominie », de même tout accueil fait au péché qu’il est venu détruire le blesse et l’attriste.

(3.) Elle ôtera à l’homme son utilité dans sa génération. Ses œuvres, ses efforts, ses travaux reçoivent rarement la bénédiction de Dieu. S’il est prédicateur, Dieu souffle d’ordinaire sur son ministère, si bien qu’il travaillera pour le feu, sans être honoré d’aucun succès ni accomplir aucune œuvre pour Dieu ; et l’on peut en dire autant des autres conditions. Le monde est aujourd’hui plein de pauvres professants qui se flétrissent. Combien peu y en a-t-il qui marchent dans quelque beauté ou quelque gloire ! combien stériles, combien inutiles sont-ils pour la plupart ! Parmi les nombreuses raisons que l’on peut assigner à ce triste état, on peut à juste titre craindre que celle-ci ne soit pas la moins agissante : beaucoup d’hommes abritent dans leur sein des convoitises qui dévorent l’esprit, qui sont comme des vers à la racine de leur obéissance, et qui la rongent et l’affaiblissent jour après jour. Toutes les grâces, toutes les voies et tous les moyens par lesquels une grâce quelconque peut être exercée et accrue, en reçoivent préjudice ; et quant à quelque succès que ce soit, Dieu frappe de stérilité les entreprises de tels hommes.

Voici donc ma deuxième direction ; elle concerne l’opposition à faire à la convoitise du fait de sa résidence habituelle dans l’âme :— Garde vivantes sur ton cœur ces considérations, ou d’autres semblables, sur sa culpabilité, son danger et son mal ; médite beaucoup ces choses ; fais que ton cœur s’y arrête et y demeure ; engage tes pensées dans ces considérations ; ne les laisse pas s’en écarter ni s’en éloigner jusqu’à ce qu’elles commencent à exercer une influence puissante sur ton âme, — jusqu’à ce qu’elles la fassent trembler.

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