Chapitre 10 · 19 min de lecture · 24 min d’écoute
Considère les symptômes dangereux de toute convoitise
Directions particulières proposées au sujet du cas précédent — Premièrement. Considère les symptômes dangereux de toute convoitise — 1. L’ancienneté — 2. La paix obtenue sous son empire ; les diverses manières dont on y parvient — 3. La fréquence de ses succès dans ses séductions — 4. L’âme qui ne la combat qu’avec des arguments tirés de l’issue — 5. L’endurcissement judiciaire qui l’accompagne — 6. Sa résistance aux interventions particulières de Dieu — L’état des personnes en qui se trouvent ces choses.
III. Les règles générales qui précèdent étant supposées, viennent ensuite les directions particulières à proposer à l’âme pour la guider lorsqu’elle sent une convoitise ou une maladie spirituelle qui l’inquiète, ce qui est le but principal que je vise. Or, parmi elles, certaines sont préalables et préparatoires, et certaines contiennent l’œuvre elle-même. De la première sorte sont celles qui suivent : —
Premièrement. Considère quels symptômes dangereux ta convoitise traîne à sa suite ou porte avec elle, — si elle porte ou non quelque marque mortelle ; si elle en porte, il faut user de remèdes extraordinaires ; une conduite ordinaire de mortification n’y suffira pas.
Vous direz : « Quelles sont ces marques et ces symptômes dangereux, ces accompagnements désespérés d’une convoitise qui habite en nous, dont vous voulez parler ? » J’en nommerai quelques-uns : —
1. L’ancienneté. — Si elle a longtemps croupi dans ton cœur en le corrompant, si tu l’as laissée demeurer en puissance et en prédominance, sans tenter vigoureusement de la tuer et de guérir les blessures qu’elle t’a faites, pendant une longue saison, ta maladie est dangereuse. As-tu permis à l’amour du monde, à l’ambition, à l’avidité d’étude, de dévorer les autres devoirs, ceux dans lesquels tu devrais entretenir une communion constante avec Dieu, pendant une longue saison ? ou à l’impureté de souiller ton cœur d’imaginations vaines, insensées et méchantes pendant bien des jours ? Ta convoitise présente un symptôme dangereux. Ainsi en était-il de David : Psaume 38:6, « Mes plaies sont infectes et purulentes, Par l’effet de ma folie. » Quand une convoitise a longtemps séjourné dans le cœur, à le corrompre, à s’envenimer, à le ronger comme un chancre, elle amène l’âme dans une condition lamentable. En pareil cas, une conduite ordinaire d’humiliation ne fera pas l’œuvre : quelle que soit cette convoitise, elle s’insinuera par ce moyen, plus ou moins, dans toutes les facultés de l’âme, et accoutumera les affections à sa compagnie et à sa société ; elle devient familière à l’esprit et à la conscience, de sorte qu’ils ne s’en effarouchent plus comme d’une chose étrange, mais en usent hardiment avec elle comme avec une chose à laquelle ils sont habitués ; bien plus, elle prendra par là un tel avantage qu’elle s’exercera et se manifestera souvent sans qu’on y prenne garde le moins du monde, comme il semble en avoir été de Joseph quand il jurait par la vie de Pharaon. À moins qu’on ne prenne quelque voie extraordinaire, une telle personne n’a aucun fondement au monde pour s’attendre à ce que sa fin soit la paix.
Car, premièrement, comment pourra-t-il distinguer entre le long séjour d’une convoitise non mortifiée et la domination du péché, qui ne peut arriver à une personne régénérée ? Secondement, comment peut-il se promettre qu’il en sera jamais autrement pour lui, ou que sa convoitise cessera de s’agiter et de séduire, quand il la voit fixée et demeurante, comme elle l’a été pendant bien des jours, et qu’elle a traversé avec lui une diversité de conditions ? Peut-être a-t-elle fait l’épreuve des miséricordes et des afflictions, et de si remarquables peut-être que l’âme n’a pu éviter d’y prendre particulièrement garde ; peut-être a-t-elle essuyé bien des tempêtes et passé sous une grande diversité de dons dans l’administration de la Parole ; et sera-ce une chose facile que de déloger un hôte qui fait valoir un droit acquis par prescription ? Les vieilles blessures négligées sont souvent mortelles, toujours dangereuses. Les maladies qui habitent en nous se rouillent et s’obstinent à force de demeurer dans l’aise et le repos. La convoitise est un hôte tel que, si elle peut alléguer le temps et quelque prescription, elle ne se laissera pas aisément chasser. Comme elle ne meurt jamais d’elle-même, si on ne la tue pas chaque jour, elle prendra toujours des forces.
2. Les plaidoyers secrets du cœur pour se justifier lui-même et conserver sa paix, malgré la présence persistante d’une convoitise, sans un effort vigoureux et évangélique pour la faire mourir, sont un autre symptôme dangereux d’une maladie mortelle dans le cœur. Or il y a plusieurs manières de le faire. J’en nommerai quelques-unes ; ainsi, —
(1.) Quand, à la suite de pensées, de pensées troublantes au sujet du péché, au lieu de s’appliquer à le détruire, un homme sonde son cœur pour voir quelles preuves il peut trouver d’une bonne condition, malgré ce péché et cette convoitise, afin que tout aille bien pour lui.
Qu’un homme recueille ses expériences de Dieu, qu’il les rappelle à sa mémoire, qu’il les rassemble, les considère, les éprouve et les fasse valoir, c’est une chose excellente, — un devoir pratiqué par tous les saints, recommandé dans l’Ancien Testament et dans le Nouveau. Ce fut l’œuvre de David quand il « fit des réflexions au-dedans de son cœur », et rappela à son souvenir les bontés passées du Seigneur. C’est le devoir que Paul nous invite à pratiquer, 2 Corinthiens 13:5. Et de même qu’il est excellent en lui-même, il reçoit une beauté de plus d’une saison convenable, un temps d’épreuve ou de tentation, ou d’inquiétude du cœur au sujet du péché, — c’est une ciselure d’argent pour faire valoir cette pomme d’or, comme parle Salomon. Mais le faire dans ce but, pour apaiser la conscience, qui crie et appelle à une autre fin, c’est l’expédient désespéré d’un cœur épris du péché. Quand la conscience d’un homme le prendra à partie, quand Dieu le reprendra pour la maladie coupable de son cœur, si, au lieu de s’appliquer à obtenir que ce péché soit pardonné dans le sang de Christ et mortifié par son Esprit, il se soulage par toutes autres preuves de ce genre qu’il a, ou croit avoir, et se dégage ainsi de dessous le joug que Dieu lui mettait sur le cou, sa condition est très dangereuse, sa blessure à peine guérissable. Ainsi les Juifs, sous les blessures de leur propre conscience et la prédication convaincante de notre Sauveur, se soutenaient de ceci, qu’ils étaient « enfants d’Abraham », et agréés de Dieu à ce titre ; et ainsi ils s’autorisaient dans toute méchanceté abominable, pour leur entière ruine.
C’est là, en quelque mesure, se bénir soi-même et dire que, pour une raison ou pour une autre, on aura la paix, « quand même il ajouterait l’ivresse à la soif ». L’amour du péché, le mépris de la paix et de tous les avant-goûts de l’amour de Dieu, sont enveloppés dans une telle disposition. Un tel homme montre clairement que, pourvu qu’il puisse garder l’espérance d’échapper à « la colère à venir », il se contente fort bien d’être stérile dans le monde, à quelque distance de Dieu que ce soit, pourvu que ce ne soit pas la séparation finale. Que peut-on attendre d’un tel cœur ?
(2.) C’est en appliquant la grâce et la miséricorde à un péché non mortifié, ou qu’on ne s’efforce pas sincèrement de faire mourir, que cette tromperie se poursuit. C’est le signe d’un cœur très empêtré dans l’amour du péché. Quand un homme nourrit dans son cœur des pensées secrètes, assez semblables à celles de Naaman au sujet de son adoration dans la maison de Rimmon : « En toutes les autres choses je marcherai avec Dieu, mais en celle-ci, que Dieu me fasse miséricorde », sa condition est triste. Il est vrai, en effet, qu’une résolution de ce genre, de se permettre un péché quelconque à cause de la miséricorde, semble être, et est sans doute dans toute conduite suivie, tout à fait incompatible avec la sincérité chrétienne ; c’est la marque d’un hypocrite, et c’est « changer la grâce de notre Dieu en dissolution » ; je ne doute pas cependant que, par la ruse de Satan et par leur propre incrédulité qui demeure, les enfants de Dieu ne puissent eux-mêmes quelquefois être pris dans cette tromperie du péché ; autrement Paul ne les aurait jamais mis en garde contre elle comme il le fait, Romains 6:1, 2. Bien plus, il n’y a rien de plus naturel que de voir les raisonnements charnels s’élever et se fortifier à ce sujet. La chair voudrait bien qu’on lui cède au nom de la grâce, et chaque parole qui est dite de la miséricorde, elle est prête à la saisir et à la pervertir à ses propres fins et desseins corrompus. Appliquer la miséricorde à un péché qu’on ne fait pas mourir vigoureusement, c’est donc accomplir sur l’Évangile la fin de la chair.
Ce sont là quelques-unes, entre beaucoup d’autres, des voies et des ruses dont un cœur trompeur se sert parfois pour s’autoriser dans ses abominations. Or, quand un homme et son péché en sont à cette condition, qu’une secrète complaisance pour le péché domine dans son cœur, et que, bien que sa volonté ne s’y porte pas tout entière, il a pourtant vers lui une velléité imparfaite, qu’il le commettrait n’étaient telles et telles considérations, et que là-dessus il se soulage par d’autres voies que par sa mortification et son pardon dans le sang de Christ, les « plaies » de cet homme « sont infectes et purulentes », et, à moins d’une prompte délivrance, il sera aux portes de la mort.
3. La fréquence des succès du péché dans sa séduction, quand il obtient le consentement prédominant de la volonté, est un autre symptôme dangereux. Voici ce que j’entends : quand le péché dont il s’agit obtient le consentement de la volonté avec quelque délectation, bien qu’il ne soit pas effectivement commis au dehors, il a cependant du succès. Un homme peut, pour des considérations extérieures, n’être pas en état d’aller avec le péché jusqu’à ce que Jacques appelle sa « consommation », quant aux actes extérieurs du péché, alors que la volonté de pécher est pourtant effectivement obtenue ; alors, dis-je, le péché a du succès. Or, si une convoitise peut prévaloir à ce point dans l’âme d’un homme, de même que sa condition peut fort bien être très mauvaise et lui-même non régénéré, de même elle ne peut en aucune façon être très bonne, mais elle est dangereuse ; et il revient au même, quant au fond, que cela se fasse par le choix de la volonté ou par inadvertance, car cette inadvertance elle-même est en quelque manière choisie. Quand nous sommes inattentifs et négligents là où nous sommes tenus à la vigilance et au soin, cette inadvertance n’ôte rien au caractère volontaire de ce que nous faisons en conséquence ; car, bien que les hommes ne choisissent pas et ne résolvent pas d’être négligents et inattentifs, s’ils choisissent les choses qui les rendront tels, ils choisissent l’inadvertance elle-même, comme une chose peut être choisie dans sa cause.
Et que les hommes ne pensent pas que le mal de leur cœur soit en quelque mesure atténué parce qu’ils semblent, la plupart du temps, être pris par surprise dans le consentement qu’ils paraissent lui donner ; car c’est la négligence de leur devoir de veiller sur leur cœur qui les livre à cette surprise.
4. Quand un homme ne combat son péché qu’avec des arguments tirés de l’issue ou du châtiment qui lui est dû, c’est le signe que le péché a pris une grande possession de la volonté, et qu’il y a dans le cœur un excès de malice. Un homme qui n’oppose à la séduction du péché et de la convoitise dans son cœur que la crainte de la honte devant les hommes ou de l’enfer de la part de Dieu, est suffisamment résolu à commettre le péché s’il n’y avait aucun châtiment qui s’y attache ; et en quoi cela diffère de vivre dans la pratique du péché, je ne le sais pas. Ceux qui sont à Christ, et qui sont mus dans leur obéissance par des principes évangéliques, ont la mort de Christ, l’amour de Dieu, la nature détestable du péché, le prix de la communion avec Dieu, une horreur profondément enracinée du péché en tant que péché, à opposer à toute séduction du péché, à toutes les opérations, les efforts et les combats de la convoitise dans leur cœur. Ainsi fit Joseph. « Comment ferais-je un aussi grand mal », dit-il, « et pécherais-je contre Dieu? » — mon Dieu bon et plein de grâce. Et Paul : « l’amour de Christ nous presse » ; et : « Ayant donc de telles promesses, purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit », 2 Corinthiens 7:1. Mais si un homme est tellement sous la puissance de sa convoitise qu’il n’a que la loi à lui opposer, s’il ne peut la combattre avec les armes de l’Évangile, mais ne la traite qu’avec l’enfer et le jugement, qui sont les armes propres de la loi, il est de toute évidence que le péché s’est emparé de sa volonté et de ses affections jusqu’à une très grande prédominance et à une véritable conquête.
Une telle personne a rejeté, quant au point particulier dont il s’agit, la conduite de la grâce qui renouvelle, et n’est gardée de la ruine que par la grâce qui retient ; et dans cette mesure elle est déchue de la grâce, et retournée sous la puissance de la loi. Et peut-on penser que ce ne soit pas une grande provocation pour Christ, que des hommes rejettent son joug doux et facile et son gouvernement, pour se jeter sous le joug de fer de la loi, uniquement par complaisance pour leurs convoitises ?
Éprouve-toi encore par ceci : quand le péché te contraint à faire halte, de sorte qu’il te faut ou le servir et te précipiter à son commandement dans la folie, comme un cheval qui s’élance au combat, ou lui faire tête pour le réprimer, que dis-tu à ton âme ? quelles remontrances te fais-tu ? Est-ce là tout : « L’enfer sera la fin de cette conduite ; la vengeance viendra au-devant de moi et me trouvera » ? Il est temps pour toi de regarder autour de toi ; le mal se couche à la porte. Le principal argument de Paul pour démontrer que le péché n’aura point de pouvoir sur les croyants, c’est qu’ils sont « non sous la loi, mais sous la grâce », Romains 6:14. Si tes combats contre le péché reposent tous sur des raisons légales, sur des principes et des motifs légaux, quelle assurance peux-tu obtenir que le péché ne dominera pas sur toi, ce qui sera ta ruine ?
Bien plus, sache que cette réserve ne tiendra pas longtemps. Si ta convoitise t’a chassé de forteresses évangéliques plus fortes, elle prévaudra promptement aussi contre celle-ci. Ne suppose pas que de telles considérations te délivreront, quand tu as volontairement livré à ton ennemi ces secours et ces moyens de préservation qui ont mille fois leur force. Tiens pour assuré que, si tu ne te relèves promptement de cette condition, ce que tu crains t’arrivera. Ce que les principes évangéliques ne font pas, les motifs légaux ne peuvent le faire.
5. Quand il est probable qu’il y a, ou qu’il peut y avoir, dans ta convoitise, en tant qu’elle t’inquiète, quelque chose d’un endurcissement judiciaire, ou du moins d’une punition qui châtie. C’est là un autre symptôme dangereux. Que Dieu laisse quelquefois même quelques-uns des siens sous la puissance troublante, du moins, de quelque convoitise ou de quelque péché, pour les corriger de péchés, de négligences et de folies passés, je n’en doute aucunement. De là cette plainte de l’Église : « Pourquoi endurcis-tu notre cœur contre ta crainte? » Ésaïe 63:17. Que ce soit là sa manière d’agir avec les hommes non régénérés, nul ne le met en doute. Mais comment un homme saura-t-il s’il y a quelque chose de la main de Dieu qui châtie dans le fait qu’il est laissé à l’inquiétude de sa maladie ? Rép. Examine ton cœur et tes voies. Quel était l’état et la condition de ton âme avant que tu tombes dans les filets de ce péché dont tu te plains tant maintenant ? Avais-tu été négligent dans tes devoirs ? Avais-tu vécu pour toi-même d’une manière déréglée ? La culpabilité de quelque grand péché non repenti pèse-t-elle sur toi ? Un péché nouveau peut être permis, aussi bien qu’une affliction nouvelle envoyée, pour rappeler un ancien péché au souvenir.
As-tu reçu quelque miséricorde, quelque protection, quelque délivrance éminente, que tu n’as pas fait valoir comme il convenait, et dont tu n’as pas été reconnaissant ? ou as-tu été exercé par quelque affliction sans travailler à en atteindre la fin assignée ? ou as-tu manqué aux occasions de glorifier Dieu dans ta génération, qu’il t’avait, dans sa bonne providence, accordées par grâce ? ou t’es-tu conformé au monde et aux hommes du monde, à cause de l’abondance des tentations dans les jours où tu vis ? Si tu trouves que tel a été ton état, réveille-toi, invoque Dieu ; tu dors profondément au milieu d’une tempête de colère qui gronde tout autour de toi.
6. Quand ta convoitise a déjà résisté aux interventions particulières de Dieu contre elle. Cette condition est décrite en Ésaïe 57:17 : « A cause de son avidité coupable, je me suis irrité et je l’ai frappé, Je me suis caché dans mon indignation; Et le rebelle a suivi le chemin de son cœur. » Dieu avait traité avec eux au sujet de leur convoitise dominante, et cela de plusieurs manières, — par l’affliction et par l’abandon ; mais ils avaient tenu bon contre tout. C’est là une triste condition, dont rien, sinon la pure grâce souveraine (comme Dieu l’exprime au verset suivant), ne peut délivrer un homme, et sur laquelle nul ne doit compter pour lui-même ni s’appuyer. Souvent Dieu, dans les dispensations de sa providence, vient au-devant d’un homme et parle particulièrement au mal de son cœur, comme il le fit aux frères de Joseph au sujet de leur vente de celui-ci en Égypte. Cela fait que l’homme fait retour sur son péché, et se juge lui-même particulièrement pour ce péché. Dieu fait que ce soit là la voix du danger, de l’affliction, du trouble, de la maladie où il se trouve ou sous lesquels il est placé. Quelquefois, dans la lecture de la Parole, Dieu fait qu’un homme s’arrête sur quelque chose qui lui perce le cœur et l’ébranle quant à sa condition présente. Plus fréquemment, c’est dans l’audition de la Parole prêchée, sa grande ordonnance pour la conviction, la conversion et l’édification, qu’il vient au-devant des hommes. Souvent Dieu taille les hommes par l’épée de sa Parole dans cette ordonnance, frappe droit sur la convoitise qu’ils chérissent dans leur sein, fait tressaillir le pécheur, l’engage à faire mourir et à abandonner le mal de son cœur. Or, si sa convoitise a pris sur lui une telle prise qu’elle le pousse à rompre ces liens du Seigneur et à rejeter loin de lui ces chaînes, — si elle triomphe de ces convictions et reprend son ancienne posture, — si elle peut guérir les blessures qu’elle reçoit ainsi, — cette âme est dans une triste condition.
Indicibles sont les maux qui accompagnent une telle disposition de cœur. Chaque avertissement particulier adressé à un homme dans un tel état est une miséricorde inestimable ; combien donc méprise-t-il Dieu en eux, celui qui leur résiste ! Et quelle patience infinie y a-t-il en Dieu, de ne pas rejeter un tel homme et de ne pas jurer dans sa colère qu’il n’entrera jamais dans son repos !
Ce sont là quelques-unes, entre beaucoup d’autres, des marques d’une convoitise dangereuse, sinon mortelle. Comme notre Sauveur a dit de l’esprit mauvais : « cette sorte de démon ne sort que par la prière et par le jeûne », ainsi dis-je des convoitises de cette sorte. Une conduite ordinaire de mortification n’y suffira pas ; il faut arrêter des voies extraordinaires.
Voici la première direction particulière : considérez si la convoitise ou le péché contre lequel vous luttez porte à sa suite quelqu’un de ces symptômes dangereux.
Avant de poursuivre, je dois vous donner en passant un avertissement, de peur que quelqu’un ne soit trompé par ce qui a été dit. Quand je dis que les choses et les maux mentionnés plus haut peuvent arriver à de vrais croyants, que personne, trouvant en lui-même les mêmes choses, n’en conclue qu’il est un vrai croyant. Ce sont là des maux dans lesquels les croyants peuvent tomber et se laisser prendre, non les choses qui constituent un croyant. Un homme pourrait aussi bien conclure qu’il est croyant parce qu’il est adultère, puisque David, qui l’était, tomba dans l’adultère, que de le conclure des signes qui précèdent ; lesquels sont les maux du péché et de Satan dans le cœur des croyants. Le septième chapitre de l’épître aux Romains contient la description d’un homme régénéré. Celui qui considérera ce qui est dit de son côté obscur, de sa partie non régénérée, de la puissance et de la violence du péché qui habite et demeure en lui, et qui, parce qu’il trouve en lui-même des choses semblables, conclura qu’il est un homme régénéré, se trompera dans son calcul. C’est tout comme si vous raisonniez ainsi : Un homme sage peut être malade et blessé, et même faire certaines choses follement ; donc quiconque est malade et blessé et fait des choses follement est un homme sage. Ou comme si une pauvre créature difforme, entendant quelqu’un parler d’une belle personne et dire qu’elle avait une marque ou une cicatrice qui la défigurait beaucoup, concluait que, parce qu’elle a elle-même des cicatrices, des taches et des verrues, elle est belle aussi. Si vous voulez avoir des preuves que vous êtes croyants, il faut qu’elles viennent des choses qui font des hommes des croyants. Celui qui trouve ces choses en lui-même peut sûrement conclure : « Si je suis croyant, je suis un croyant bien misérable. » Mais pour savoir qu’un homme l’est, il doit chercher d’autres preuves, s’il veut avoir la paix.
Chapitre 10 terminé
Considère les symptômes dangereux de toute convoitise