Vie d’Antoine
Détails de sa vie à cette époque (271-285 ?)

Chapitre 5 · 3 min de lecture · 4 min d’écoute

Détails de sa vie à cette époque (271-285 ?)

7. Ce fut là le premier combat d’Antoine contre le diable, ou plutôt cette victoire fut l’œuvre du Sauveur en Antoine, « qui a condamné le péché dans la chair, afin que la justice de la loi fût accomplie en nous, qui marchons, non selon la chair, mais selon l’esprit ». Mais Antoine, bien que le Malin fût tombé, ne relâcha pas pour autant sa vigilance et ne le méprisa pas ; et l’Ennemi, comme s’il était vaincu, ne cessa pas non plus de lui tendre des pièges. Car de nouveau il rôdait comme un lion, cherchant quelque occasion contre lui. Mais Antoine, ayant appris des Écritures que les ruses du diable sont nombreuses, poursuivit l’ascèse avec zèle, estimant que, si le diable n’avait pu séduire son cœur par le plaisir du corps, il s’efforcerait de le prendre au piège par d’autres moyens. Car le démon aime le péché. C’est pourquoi il réprimait de plus en plus son corps et le tenait assujetti, de peur que, vainqueur d’un côté, il ne fût entraîné de l’autre. Il résolut donc de s’accoutumer à un genre de vie plus sévère. Et beaucoup s’en étonnaient, mais lui en supportait aisément la peine ; car l’ardeur de son âme, par la longueur du temps qu’elle avait demeuré en lui, avait formé en lui une bonne habitude, de sorte que, ne recevant des autres qu’une faible impulsion, il montrait en cela un grand zèle. Il veillait à tel point que souvent il passait la nuit entière sans dormir ; et cela non pas une fois, mais souvent, à l’étonnement des autres. Il mangeait une fois par jour, après le coucher du soleil, parfois une fois en deux jours, et souvent même en quatre. Sa nourriture était du pain et du sel, sa boisson de l’eau seulement. De viande et de vin, il est superflu même de parler, puisqu’on ne trouvait rien de tel non plus chez les autres hommes zélés. Une natte de jonc lui servait pour dormir, mais la plupart du temps il couchait sur la terre nue. Il ne voulait pas s’oindre d’huile, disant qu’il convenait aux jeunes gens d’être zélés dans l’exercice et de ne pas rechercher ce qui amollit le corps, mais qu’ils devaient l’accoutumer à la peine, se souvenant de la parole de l’Apôtre : « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort. » « Car, disait-il, la fibre de l’âme est saine lorsque les plaisirs du corps sont diminués. » Et il était parvenu à cette conclusion vraiment admirable, « que le progrès dans la vertu, et la retraite hors du monde en vue de celle-ci, ne doivent pas se mesurer au temps, mais au désir et à la fermeté de la résolution ». Lui du moins ne pensait pas au passé ; mais chaque jour, comme s’il était au commencement de son ascèse, il redoublait d’efforts pour progresser, se répétant souvent la parole de Paul : « Oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant. » Il se souvenait aussi des paroles du prophète Élie : « L’Éternel est vivant, lui devant la face duquel je me tiens aujourd’hui. » Car il remarquait qu’en disant « aujourd’hui » le prophète ne comptait pas le temps écoulé ; mais chaque jour, comme commençant toujours, il s’efforçait avec ardeur de se rendre digne de paraître devant Dieu, pur de cœur et toujours prêt à se soumettre à sa volonté, et à lui seul. Et il se disait que, dans la vie du grand Élie, l’ascète devait voir la sienne comme dans un miroir.

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