Chapitre 35 · 3 min de lecture · 3 min d’écoute
Comment il vit en vision ce que font aujourd’hui les ariens
82. Connu donc comme un si grand homme, et ayant ainsi répondu à ceux qui le visitaient, il retourna de nouveau à la montagne intérieure et y poursuivit son ascèse accoutumée. Souvent, quand des gens venaient à lui, tandis qu’il était assis ou qu’il marchait, il devenait muet, comme il est écrit dans Daniel, et, après un moment, il reprenait le fil de ce qu’il disait auparavant aux frères qui étaient avec lui. Ses compagnons comprenaient alors qu’il voyait une vision. Car souvent, lorsqu’il était sur les montagnes, il voyait ce qui se passait en Égypte, et il le racontait à l’évêque Sérapion, qui était à l’intérieur avec lui et qui voyait qu’Antoine était ravi en vision. Un jour qu’il était assis à travailler, il tomba comme en extase et gémit beaucoup de ce qu’il voyait. Puis, au bout d’un moment, s’étant tourné vers les assistants en gémissant et en tremblant, il pria, et, tombant à genoux, il demeura longtemps ainsi. S’étant relevé, le vieillard pleura. Ses compagnons, tremblants et épouvantés, désirèrent donc apprendre de lui ce que c’était. Ils le pressèrent beaucoup, jusqu’à ce qu’il fût contraint de parler. Et, avec de nombreux gémissements, il parla ainsi : « Ô mes enfants, mieux vaudrait mourir avant que n’arrive ce qui m’est apparu dans la vision. » Comme ils l’interrogeaient de nouveau, il fondit en larmes et dit : « La colère est sur le point de s’abattre sur l’Église, et elle est près d’être livrée à des hommes semblables à des bêtes sans raison. Car j’ai vu la table de la maison du Seigneur, et des mulets qui l’entouraient de tous côtés en cercle et qui frappaient à coups de pied ce qui s’y trouvait, comme rue un troupeau qui bondit en désordre. Et vous avez vu, dit-il, comme je gémissais ; car j’ai entendu une voix qui disait : “Mon autel sera souillé.” » Voilà ce que vit le vieillard, et deux ans après survinrent l’irruption présente des ariens et le pillage des églises, lorsqu’ils emportèrent de force les vases sacrés et les firent porter par des païens ; lorsqu’ils contraignirent des païens tirés des prisons à se joindre à leurs offices et qu’en leur présence ils firent sur la Table ce qu’ils voulurent. Alors nous comprîmes tous que ces coups de pied des mulets signifiaient pour Antoine ce que les ariens, privés de raison comme des bêtes, font maintenant. Mais quand il eut vu cette vision, il réconforta ceux qui étaient avec lui, disant : « Ne vous laissez pas abattre, mes enfants ; car, de même que le Seigneur s’est irrité, de même il nous guérira de nouveau, et l’Église recouvrera bientôt l’ordre qui lui est propre et resplendira comme à son ordinaire. Vous verrez les persécutés rétablis, la méchanceté retirée de nouveau dans son repaire, et la foi pieuse parlant avec assurance en tout lieu, en toute liberté. Seulement, ne vous souillez pas avec les ariens, car leur enseignement n’est pas celui des apôtres, mais celui des démons et de leur père le diable ; bien plus, il est stérile et insensé, et dépourvu de l’intelligence qui éclaire, comme la déraison de ces mulets. »
Chapitre 35 terminé
Comment il vit en vision ce que font aujourd’hui les ariens