De la liberté de la volonté
Section VI. De l’objection selon laquelle la doctrine que nous avons soutenue s’accorde avec la doctrine stoïcienne du destin et avec les opinions de M. Hobbes

Chapitre 31 · 6 min de lecture · 8 min d’écoute

Section VI. De l’objection selon laquelle la doctrine que nous avons soutenue s’accorde avec la doctrine stoïcienne du destin et avec les opinions de M. Hobbes

Section VI.

De l’objection selon laquelle la doctrine que nous avons soutenue s’accorde avec la doctrine stoïcienne du destin et avec les opinions de M. Hobbes.

LORSQUE les calvinistes combattent la notion arminienne de la liberté de la volonté et de la contingence de la volition, et soutiennent qu’il n’y a aucun acte de la volonté, ni aucun autre événement quel qu’il soit, qui ne soit accompagné de quelque espèce de nécessité, leurs adversaires se récrient contre eux, comme s’ils s’accordaient avec les anciens stoïciens dans leur doctrine du destin, et avec M. Hobbes dans son opinion sur la nécessité.

Il ne vaudrait pas la peine de relever une objection si déplacée, si elle n’avait été pressée par quelques-uns des principaux écrivains arminiens. Il y a beaucoup de vérités importantes qui ont été soutenues par les anciens philosophes grecs et romains, et en particulier par les stoïciens, et qui n’en valent pas moins pour avoir été tenues par eux. Les philosophes stoïciens, de l’aveu général des théologiens chrétiens, et même des théologiens arminiens, furent les plus grands, les plus sages et les plus vertueux de tous les philosophes païens ; et dans leur doctrine comme dans leur pratique ils furent, de toutes leurs sectes, ceux qui approchèrent le plus du christianisme. Combien de fois les sentences de ces philosophes ne sont-elles pas produites, dans bien des écrits et des sermons, même de théologiens arminiens, non comme des arguments de la fausseté des doctrines qu’ils enseignaient, mais comme une confirmation de quelques-unes des plus grandes vérités de la religion chrétienne, touchant l’unité et les perfections de la Divinité, un état futur, le devoir et le bonheur du genre humain, etc., pour faire observer combien la lumière de la nature et de la raison, chez les plus sages et les meilleurs des païens, s’accordait avec l’Évangile de Jésus-Christ et le confirme.

Et il est très remarquable, au sujet du docteur Whitby, que, bien qu’il allègue l’accord des stoïciens avec nous, en ce qu’il suppose qu’ils soutenaient une doctrine semblable à la nôtre, comme un argument contre la vérité de notre doctrine, ce même docteur Whitby allègue néanmoins l’accord des stoïciens avec les arminiens, en ce qu’il suppose qu’ils enseignaient la même doctrine qu’eux, comme un argument en faveur de la vérité de leur doctrine. De sorte que, lorsque les stoïciens s’accordent avec eux, cela (paraît-il) est une confirmation de leur doctrine et une réfutation de la nôtre, puisqu’il montre que nos opinions sont contraires au sens naturel et à la raison commune du genre humain ; tandis que, lorsque les stoïciens s’accordent avec nous, cela ne prouve rien de tel en notre faveur, mais, au contraire, est un grand argument contre nous, et montre que notre doctrine est païenne.

Certains écrivains calvinistes ont observé que les arminiens s’accordent avec les stoïciens sur quelques-unes des doctrines où les calvinistes s’opposent à eux ; en particulier lorsqu’ils nient une corruption et une dépravation du cœur originelles, innées et totales ; et dans ce qu’ils soutenaient du pouvoir qu’a l’homme de se rendre véritablement vertueux et conforme à Dieu ; et sur quelques autres doctrines.

On peut observer en outre que ce n’est assurément pas une meilleure objection contre notre doctrine de dire qu’elle s’accorde, à certains égards, avec la doctrine des anciens philosophes stoïciens, que ce n’en est une contre la leur, là où ils diffèrent de nous, de dire qu’elle s’accorde, à certains égards, avec l’opinion des pires d’entre les philosophes païens, les disciples d’Épicure, ce père de l’athéisme et de la licence, et avec la doctrine des sadducéens et des jésuites.

Je ne me soucie guère de savoir au juste ce que les anciens philosophes stoïciens soutenaient touchant le destin, afin de déterminer ce qui est la vérité ; comme si c’était un moyen sûr d’être dans le vrai que de prendre bien garde de différer d’eux. Il semble qu’ils différaient entre eux ; et la doctrine du destin, telle que la soutenaient la plupart d’entre eux, était probablement erronée à certains égards. Mais, quelle qu’ait été leur doctrine, si quelques-uns d’entre eux ont soutenu un destin tel qu’il répugne à toute liberté consistant en ce que nous faisons ce qui nous plaît, je rejette absolument un tel destin. S’ils ont soutenu un destin tel qu’il n’est pas compatible avec les notions communes et universelles que le genre humain a de la liberté, de l’activité, de l’agentivité morale, de la vertu et du vice, je désavoue toute chose de ce genre, et je pense avoir démontré que le système que je soutiens n’est point un tel système. Si les stoïciens entendaient par destin quelque chose d’une nature telle qu’on puisse le supposer faire obstacle à l’avantage et au profit de l’usage des moyens et des efforts, ou faire qu’il vaille moins la peine pour les hommes de désirer et de rechercher quoi que ce soit en quoi consistent leur vertu et leur bonheur, je ne soutiens aucune doctrine qui soit grevée d’un tel inconvénient, pas plus que tout autre système quel qu’il soit, et certainement bien moins que le système arminien de la contingence, comme on l’a montré. S’ils ont soutenu une doctrine de fatalité universelle qui soit incompatible avec toute espèce de liberté qui est ou peut être une perfection, une dignité, un privilège ou un avantage, ou quelque chose de désirable, à quelque égard que ce soit, pour une créature intelligente, ou même avec toute liberté possible ou concevable, je n’embrasse aucune doctrine de ce genre. S’ils ont soutenu une doctrine du destin qui soit incompatible avec le fait que le monde soit en toutes choses soumis à la disposition d’un Agent intelligent et sage, qui préside, non comme l’âme du monde, mais comme le Seigneur souverain de l’univers, gouvernant toutes choses par une volonté, un choix et un dessein propres, dans l’exercice de la plus parfaite liberté concevable, sans être assujetti à aucune contrainte, ni être proprement sous le pouvoir ou l’influence de quoi que ce soit qui soit avant lui, au-dessus de lui ou hors de lui, je renonce entièrement à toute doctrine de ce genre.

Quant au fait que M. Hobbes soutient la même doctrine touchant la nécessité, j’avoue qu’il se trouve que je n’ai jamais lu M. Hobbes. Que son opinion soit ce qu’elle voudra, nous n’avons pas à rejeter toute vérité démontrée par une évidence claire, simplement parce qu’elle a été tenue un jour par quelque méchant homme. Cette grande vérité, que Jésus est le Fils de Dieu, n’a pas été gâtée parce qu’elle a été proclamée à plusieurs reprises à grands cris par le diable. Si la vérité est souillée au point de ne devoir jamais être reçue, parce qu’elle est prononcée par la bouche ou écrite par la plume de quelque homme mal intentionné et malfaisant, nous ne saurons jamais quand nous possédons à titre sûr quelqu’une des vérités les plus précieuses et les plus évidentes. Et si M. Hobbes a fait un mauvais usage de cette vérité, il faut le déplorer ; mais la vérité ne doit pas pour autant être jugée digne d’être rejetée. Il est ordinaire que la corruption du cœur des méchants détourne les meilleures choses à de vils usages. Je pourrais aussi relever qu’on a observé que les arminiens s’accordent avec M. Hobbes en bien plus de choses que les calvinistes ; — ainsi dans ce qu’il passe pour soutenir touchant le péché originel, dans la négation de la nécessité d’une illumination surnaturelle, dans la négation de la grâce infuse, dans la négation de la doctrine de la justification par la foi seule, et en d’autres choses.

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