De la liberté de la volonté
Section IV. Il est conforme au sens commun et aux notions naturelles des hommes de supposer la nécessité morale compatible avec la louange et le blâme, la récompense et le châtiment

Chapitre 29 · 18 min de lecture · 23 min d’écoute

Section IV. Il est conforme au sens commun et aux notions naturelles des hommes de supposer la nécessité morale compatible avec la louange et le blâme, la récompense et le châtiment

Section IV.

Il est conforme au sens commun et aux notions naturelles des hommes de supposer la nécessité morale compatible avec la louange et le blâme, la récompense et le châtiment.

Que l’on juge satisfaisantes ou non les raisons qui ont été données pour expliquer pourquoi il paraît difficile à certaines personnes de concilier avec le sens commun le fait de louer ou de blâmer, de récompenser ou de punir des choses moralement nécessaires ; il ressort pourtant de la manière la plus évidente, par les considérations suivantes, que, si l’on comprend bien la question, en écartant toute illusion née de l’impropriété et de l’ambiguïté des termes, cela n’est nullement incompatible avec les appréhensions naturelles des hommes, ni avec ce sentiment des choses que l’on trouve partout chez les gens du commun, qui sont les plus éloignés d’avoir leurs pensées détournées de leur cours naturel par les subtilités métaphysiques et philosophiques ; mais que, au contraire, cela est entièrement conforme à ce sens naturel et vulgaire, et en est la voix et le précepte mêmes.

1. Cela apparaîtra si nous considérons ce qu’est la notion vulgaire de la culpabilité. L’idée que les gens du commun, en tout temps et chez toutes les nations, se font de la faute, est, je suppose, clairement celle-ci : qu’une personne soit dans le mal ou fasse le mal, de sa propre volonté et de son propre gré ; ce qui contient ces deux choses : 1. Qu’elle fasse le mal quand elle fait ce qui lui plaît : 2. Que ce qui lui plaît soit mauvais. Ou, en d’autres termes, qui expriment peut-être plus intelligiblement leur notion, qu’une personne ait le cœur mauvais, et fasse le mal de tout son cœur. Et c’est là toute la somme de la question.

Les gens du commun ne remontent pas, dans leurs réflexions et leurs abstractions, jusqu’aux sources, aux relations et aux dépendances métaphysiques des choses, pour former leur notion de la faute ou de la culpabilité. Ils n’attendent pas d’avoir décidé, par leurs raffinements, ce qui détermine d’abord la volonté ; si elle est déterminée par quelque chose d’extrinsèque ou d’intrinsèque ; si c’est la volition qui détermine la volition, ou l’entendement qui détermine la volonté ; s’il existe quelque chose comme ce que les métaphysiciens entendent par contingence (s’ils entendent quelque chose) ; s’il y a dans la volonté une sorte d’étrange et inexplicable souveraineté, dans l’exercice de laquelle, par ses propres actes souverains, elle accomplit tous ses propres actes souverains. Ils ne tirent aucune part de leur notion de la faute ou du blâme de la solution d’une telle question. S’il en était ainsi, des multitudes, oui, la plus grande partie des hommes, neuf cent quatre-vingt-dix-neuf sur mille, vivraient et mourraient sans qu’une notion telle que celle de la faute leur soit jamais entrée dans la tête, ou sans que même un seul ait la moindre conception que qui que ce soit dût être blâmé ou loué pour quoi que ce soit. À coup sûr, il faudrait bien longtemps avant que les hommes en viennent à avoir de telles notions. Alors qu’il est manifeste qu’elles sont parmi les premières notions qui apparaissent chez les enfants ; lesquels font paraître, dès qu’ils peuvent penser, parler ou agir le moins du monde en créatures raisonnables, un sentiment du mérite et du démérite. Et assurément, en formant leur notion de celui-ci, ils ne font aucun usage de la métaphysique. Tout le fondement sur lequel ils s’appuient consiste en ces deux choses : l’expérience, et une sensation naturelle d’une certaine convenance ou d’un certain accord qu’il y a à unir un mal moral tel que celui qui est décrit plus haut, c’est-à-dire le fait d’être dans le mal ou de faire le mal avec la volonté, et le ressentiment d’autrui, et la peine infligée à la personne en qui se trouve ce mal moral. Lequel sens naturel est ce que nous appelons du nom de conscience.

Il est vrai que les gens du commun et les enfants, dans leur notion d’un acte ou d’une action fautive de quelque personne que ce soit, supposent que c’est l’acte et l’action propres de cette personne. Mais c’est là tout ce qui appartient à ce qu’ils entendent par le fait qu’une chose soit l’action ou l’acte propre d’une personne ; à savoir que c’est quelque chose qu’elle a fait par choix. Qu’un exercice ou un mouvement commence de lui-même, cela n’appartient pas à leur notion d’une action ou d’un acte. S’il en était ainsi, il appartiendrait à leur notion qu’elle soit quelque chose qui est la cause de son propre commencement ; ce qui revient à dire qu’elle existe avant de commencer à être. Leur notion d’une action n’est pas non plus celle d’un mouvement ou d’un exercice qui commence accidentellement, sans aucune cause ni raison ; car cela est contraire à l’un des tout premiers préceptes du sens commun, à savoir que toute chose qui commence à être a quelque cause ou quelque raison pour laquelle elle est.

Les gens du commun, dans leur notion d’un acte ou d’une œuvre fautive ou louable accomplie par quelqu’un, supposent que l’homme l’accomplit dans l’exercice de sa liberté. Mais alors leur notion de la liberté est seulement qu’une personne ait l’occasion de faire ce qui lui plaît. Ils n’ont aucune notion d’une liberté qui consisterait en ce que la volonté agisse d’abord, et cause ainsi ses propres actes ; qu’elle détermine, et cause ainsi ses propres déterminations ; ou qu’elle choisisse, et cause ainsi son propre choix. Une telle notion de la liberté, nul ne l’a, sinon ceux qui ont obscurci leur propre esprit par une spéculation métaphysique confuse et par des termes abstrus et ambigus. Si un homme n’est pas empêché d’agir comme sa volonté le détermine, ni contraint d’agir autrement, alors il a la liberté, selon les notions communes de la liberté, sans qu’on fasse entrer dans l’idée cette grande contradiction entre toutes, que les déterminations du libre arbitre d’un homme soient les effets des déterminations de son libre arbitre.— Les hommes n’ont pas non plus communément la notion d’une liberté consistant dans l’indifférence. Car, s’il en était ainsi, il serait conforme à leur notion que plus les hommes agissent avec indifférence, plus ils agissent avec liberté ; alors que c’est l’inverse qui est vrai. Celui qui, en agissant, procède avec l’inclination la plus pleine fait ce qu’il fait avec la plus grande liberté, selon le sens commun. Et il est si loin d’être conforme au sens commun qu’une liberté consistant dans l’indifférence soit requise pour la louange ou le blâme, que, au contraire, le précepte du sens naturel de tout homme, par tout le monde, est que plus un homme est éloigné d’être indifférent quand il fait le bien ou le mal, et plus il fait l’un ou l’autre avec une inclination pleine et forte, plus il est estimé ou abhorré, loué ou condamné.

II. S’il était incompatible avec le sens commun des hommes que ceux-ci soient à blâmer ou à louer pour des volitions qu’ils ont ou qu’ils n’ont pas, en cas de nécessité ou d’impossibilité morale ; alors il serait sûrement aussi conforme au même sens et à la même raison des hommes que, plus le cas approche d’une telle nécessité ou impossibilité morale, soit par une forte propension morale antécédente, d’une part, soit par une grande opposition et une grande difficulté antécédentes, de l’autre, plus il approche de n’être ni blâmable ni louable ; de sorte que les actes exercés avec une telle propension préalable seraient dignes d’une louange proportionnellement moindre ; et que, lorsque l’acte, accompagné d’une telle difficulté, est omis, l’omission serait digne d’un blâme moindre. Il en est ainsi, comme on l’a observé plus haut, de la nécessité et de l’impossibilité naturelles, de la propension et de la difficulté naturelles : car c’est un précepte clair du sentiment de tous les hommes que la nécessité et l’impossibilité naturelles ôtent tout blâme et toute louange ; et, par conséquent, que plus on en approche, par une propension ou une difficulté préalables, plus la louange et le blâme sont proportionnellement diminués. Et s’il était autant un précepte du sens commun que la nécessité morale de faire, ou l’impossibilité d’éviter, ôte toute louange et tout blâme, que de dire que la nécessité ou l’impossibilité naturelle le fait ; alors, par une parfaite parité de raison, ce serait autant le précepte du sens commun qu’une approche de la nécessité morale de faire, ou de l’impossibilité d’éviter, diminue la louange et le blâme, que de dire qu’une approche de la nécessité et de l’impossibilité naturelles le fait. C’est également la voix du sens commun que les personnes sont en partie excusables de négliger des choses difficiles contre leur volonté, comme elles sont entièrement excusables de négliger des choses impossibles contre leur volonté. Et s’il n’y avait aucune différence, quant à l’excusabilité, que l’impossibilité soit naturelle et contre la volonté, ou morale, résidant dans la volonté ; de même il n’y aurait aucune différence que la difficulté, ou l’approche de la nécessité, soit naturelle, contre la volonté, ou morale, résidant dans la propension de la volonté.

Mais il est manifeste que c’est l’inverse de ces choses qui est vrai. S’il y a une approche d’une nécessité morale dans l’exercice que fait un homme de bons actes de volonté, ceux-ci étant l’exercice d’une forte propension au bien et d’un très puissant amour de la vertu ; il est si loin d’être un précepte du sens commun qu’il soit moins vertueux, et d’autant moins digne d’être estimé, aimé et loué, qu’il est conforme aux notions naturelles de tous les hommes qu’il est d’autant meilleur, digne d’un plus grand respect et d’une plus haute louange. Et plus l’inclination est forte, et plus elle approche de la nécessité à cet égard, ou de l’impossibilité de négliger l’acte vertueux, ou d’en commettre un vicieux, plus il est vertueux encore, et digne d’une plus haute louange. Et, d’autre part, si un homme exerce de mauvais actes de l’esprit, comme par exemple des actes d’orgueil ou de malice, par une habitude enracinée et forte, ou un principe, de hauteur et de malignité, et par une violente propension du cœur à de tels actes ; selon le sens naturel des hommes, il est si loin d’être moins haïssable et moins blâmable pour cette raison, qu’il en est d’autant plus digne d’être détesté et condamné par tous ceux qui l’observent.

En outre, il est manifeste qu’il n’entre nullement dans la notion que les hommes ont communément d’un acte de la volonté blâmable ou louable que ce soit un acte qui n’est pas déterminé par un penchant ou un motif antécédent, mais par le pouvoir souverain de la volonté elle-même ; car, s’il en était ainsi, plus de telles causes auraient de part à la détermination d’un acte de la volonté, moins on le tiendrait pour vertueux ou vicieux ; et moins elles en auraient, plus on le tiendrait pour vertueux ou vicieux. Alors que c’est l’inverse qui est vrai : les hommes ne pensent pas qu’un bon acte soit moins louable parce que l’agent y a été fortement déterminé par une bonne inclination ou un bon motif, mais plus louable. Et si la bonne inclination ou le bon motif n’a que peu d’influence pour déterminer l’agent, ils ne pensent pas que son acte en soit d’autant plus vertueux, mais moins. Et il en va de même des actes mauvais, qui sont déterminés par de mauvais motifs ou de mauvaises inclinations.

Bien plus, si l’on suppose que de bonnes ou de mauvaises dispositions sont implantées dans le cœur des hommes par la nature elle-même (ce qui, assurément, est vulgairement supposé en d’innombrables cas), on ne suppose pourtant pas communément que les hommes ne sont dignes d’aucune louange ni d’aucun blâme pour de telles dispositions ; bien que ce qui est naturel soit indubitablement nécessaire, la nature étant antérieure à tous les actes de la volonté quels qu’ils soient. Ainsi, par exemple, si un homme paraît être d’une disposition très hautaine ou très malveillante, et qu’on le suppose tel par son tempérament naturel, ce n’est pas une notion vulgaire, ce n’est pas un précepte du sens commun et de l’appréhension des hommes, que de telles dispositions ne soient pas des vices ou des maux moraux, ou que de telles personnes ne soient pas dignes de mésestime, ou d’opprobre et de déshonneur ; ou que les actes d’orgueil ou de malice qui découlent de telles dispositions naturelles ne soient dignes d’aucun ressentiment. Bien plus, on mentionnera communément ces viles dispositions naturelles, et leur force, plutôt comme une aggravation des actes méchants qui sortent d’une telle source que comme une atténuation. Que ce soit naturel aux hommes d’agir ainsi, c’est ce que les hommes font souvent remarquer au plus fort de leur indignation : ils diront : « C’est sa nature même ; il est d’un vil tempérament naturel ; il lui est aussi naturel d’agir ainsi que de respirer ; il ne peut s’empêcher de servir le diable », etc. Mais il n’en est pas ainsi à l’égard des choses nuisibles et malfaisantes dont certains sont les sujets ou les occasions par une nécessité naturelle, contre leurs inclinations. En un tel cas, la nécessité, de l’aveu commun des hommes, sera présentée comme une pleine excuse.— Ainsi il est très clair que le sens commun fait une immense différence entre ces deux sortes de nécessité, quant au jugement qu’il porte sur leur influence sur la qualité morale et le mérite des actions des hommes.

Et ces préceptes de l’esprit humain sont si naturels et si nécessaires qu’on peut fort douter que les arminiens eux-mêmes s’en soient jamais défaits ; bien plus, quant à leurs plus grands docteurs, qui sont allés le plus loin dans la défense de leurs notions métaphysiques de la liberté, et qui ont porté leurs arguments à leur plus grande force, et, à ce qu’ils supposent, jusqu’à une démonstration, contre la compatibilité de la vertu et du vice avec quelque nécessité que ce soit ; il est permis de se demander s’il y en a seulement un seul qui, s’il souffrait beaucoup des actes injurieux d’un homme soumis au pouvoir d’une invincible hauteur et d’une invincible malignité de tempérament, n’en éprouverait pas, en vertu du sens naturel de l’esprit susmentionné, un ressentiment tout autre que si d’aussi grandes souffrances lui venaient du vent qui souffle et du feu qui brûle, par nécessité naturelle ; et tout autre que celui qu’il éprouverait s’il souffrait autant de la conduite d’un homme en plein délire ; oui, quand même celui-ci se serait d’abord, de quelque manière, attiré sa démence par sa propre faute.

Certains semblent dédaigner la distinction que nous faisons entre la nécessité naturelle et la nécessité morale, comme si elle était entièrement hors de propos dans cette controverse : « ce qui est nécessaire (disent-ils) est nécessaire ; c’est ce qui doit être, et ne peut être empêché. Et ce qui est impossible est impossible, et ne peut être fait : et par conséquent nul ne peut être à blâmer de ne pas le faire », Et l’on se sert de comparaisons telles que celle qui consiste à commander de marcher à un homme qui a perdu ses jambes, puis à le condamner et à le punir de n’avoir pas obéi ; à inviter et à appeler un homme enfermé dans une forte prison à en sortir, etc. Mais, en ces choses, les arminiens sont fort déraisonnables. Que le sens commun décide s’il n’y a pas une grande différence entre ces deux cas ; l’un, celui d’un homme qui a offensé son prince et qui est jeté en prison ; et, après qu’il y est resté quelque temps, le roi vient à lui, l’appelle à sortir vers lui, et lui dit que, s’il veut le faire, se prosterner devant lui et lui demander humblement pardon, il sera pardonné et mis en liberté, et de plus grandement enrichi et élevé en honneur ; le prisonnier se repent de tout cœur de la folie et de la méchanceté de son offense envers son prince, il est pleinement disposé à s’humilier et à accepter l’offre du roi ; mais il est retenu par de fortes murailles, avec des portes d’airain et des verrous de fer. L’autre cas est celui d’un homme d’un esprit très déraisonnable, d’une disposition hautaine, ingrate et obstinée ; qui, de plus, a été élevé dans des principes de trahison, et dont le cœur est possédé d’une inimitié extrême et invétérée envers son souverain légitime ; et qui, pour sa rébellion, est jeté en prison, et y demeure longtemps, chargé de lourdes chaînes, dans une condition misérable. Enfin le prince, plein de compassion, vient à la prison, ordonne qu’on fasse tomber ses chaînes et qu’on ouvre toutes grandes les portes de son cachot ; il l’appelle, et lui dit que, s’il veut sortir vers lui, se prosterner devant lui, reconnaître qu’il l’a traité indignement, et lui demander pardon, il sera pardonné, mis en liberté, et établi dans une place de grande dignité et de grand profit à sa cour. Mais il est si fier et si rancunier, et si plein d’une hautaine malignité, qu’il ne peut consentir à accepter l’offre : son orgueil et sa malice, forts et enracinés, ont sur lui un pouvoir parfait, et pour ainsi dire le lient, en liant son cœur : l’opposition de son cœur a la maîtrise sur lui, ayant sur son esprit une influence bien supérieure à la grâce et à la condescendance du roi, et à toutes ses offres et promesses bienveillantes. Or, est-il conforme au sens commun d’affirmer, et de s’y tenir, qu’il n’y a aucune différence entre ces deux cas, quant à quelque culpabilité que ce soit chez les prisonniers ; parce que, voyez-vous, il y a une nécessité dans l’un et l’autre, et que l’acte requis est, dans chaque cas, impossible ? Il est vrai que les mauvaises dispositions d’un homme peuvent être aussi fortes et aussi inébranlables que les barreaux d’un château fort. Mais qui ne voit que, lorsqu’on dit d’un homme, dans le second cas, qu’il est incapable d’obéir au commandement, l’expression est employée improprement, et non dans le sens qu’elle a originellement et dans le langage courant ; et qu’on peut proprement dire qu’il est au pouvoir du rebelle de sortir de prison, puisqu’il peut aisément le faire s’il lui plaît ; bien qu’en raison du vil tempérament de son cœur, qui est fixe et enraciné, il soit impossible qu’il lui plaise de le faire ?

Somme toute, je présume qu’il n’est aucune personne de bon entendement qui, considérant impartialement les choses qui ont été observées, n’accorde qu’il n’est pas évident, d’après les préceptes du sens commun ou les notions naturelles des hommes, que la nécessité morale soit incompatible avec la louange et le blâme. Et, par conséquent, si les arminiens veulent prouver une telle incompatibilité, ce doit être par des arguments philosophiques et métaphysiques, et non par le sens commun.

Il y a une grande illusion dans la prétendue démonstration que les arminiens tirent du sens commun. Toute la force principale de ces démonstrations réside dans ce préjugé qui naît du changement insensible de l’usage et du sens de termes tels que liberté, capable, incapable, nécessaire, impossible, inévitable, invincible, action, etc., passés de leur sens originel et vulgaire à un sens métaphysique entièrement différent ; et dans la forte connexion des idées d’innocence, etc., avec certains de ces termes, par une habitude contractée et établie tandis que ces termes étaient employés dans leur premier sens. Ce préjugé et cette illusion sont le fondement de toutes ces propositions qu’ils posent comme des maximes, par lesquelles sont interprétées la plupart des Écritures qu’ils allèguent dans cette controverse, et dont dépendent toutes leurs pompeuses démonstrations tirées de l’Écriture et de la raison. C’est de cette illusion et de ce préjugé secrets qu’ils tirent presque tous leurs avantages ; c’est la force de leurs remparts et le tranchant de leurs armes. Et c’est le principal fondement de tout le droit qu’ils s’arrogent de traiter leurs prochains d’une manière si présomptueuse, et d’insulter d’autres hommes, peut-être aussi sages et aussi bons qu’eux, en les traitant de faibles bigots, d’hommes qui habitent les sombres cavernes de la superstition, d’esprits pervertis, qui ferment obstinément les yeux à la lumière de midi, d’ennemis du sens commun, de défenseurs de la première-née des absurdités, etc., etc. Mais peut-être une considération impartiale des choses qui ont été observées dans les parties précédentes de cette Recherche permettra-t-elle aux amis de la vérité de mieux juger quelle doctrine est en vérité absurde, abstruse, contradictoire en elle-même, incompatible avec le sens commun, et de bien des manières contraire aux préceptes universels de la raison humaine.

Corol. Des choses qui ont été observées, il s’ensuivra qu’il est conforme au sens commun de supposer que les saints glorifiés n’ont en aucune façon leur liberté diminuée à quelque égard que ce soit : et que Dieu lui-même a la plus haute liberté possible, selon le sens vrai et propre du terme ; et qu’il est, au plus haut degré possible, un agent, et actif dans l’exercice de sa sainteté infinie ; bien qu’il y agisse au plus haut degré nécessairement : et que ses actions de ce genre sont, de la manière la plus haute et la plus absolument parfaite, vertueuses et dignes de louange ; et qu’elles le sont pour cette raison même, parce qu’elles sont le plus parfaitement nécessaires.

Page 1 / 1 · 18 min restantes dans le chapitre
Précédent Suivant