De la liberté de la volonté
Section VII. Les notions arminiennes d’agentivité morale sont incompatibles avec toute influence du motif et de l’incitation, dans les actions vertueuses comme dans les actions vicieuses

Chapitre 25 · 14 min de lecture · 18 min d’écoute

Section VII. Les notions arminiennes d’agentivité morale sont incompatibles avec toute influence du motif et de l’incitation, dans les actions vertueuses comme dans les actions vicieuses

Section VII.

Les notions arminiennes d’Agentivité morale sont incompatibles avec toute Influence du Motif et de l’Incitation, dans les actions vertueuses comme dans les actions vicieuses.

De même que les notions arminiennes de cette liberté qui est essentielle à la vertu ou au vice sont contraires au sens commun, en ce qu’elles sont incompatibles avec toutes les habitudes et dispositions vertueuses ou vicieuses, de même elles ne sont pas moins incompatibles avec toute influence des motifs dans les actions morales. — Une telle influence va pareillement contre ces notions de la liberté, qu’il y ait, antérieurement à l’acte de choix, une prépondérance de l’inclination, ou une prépondérance des circonstances qui tendent à mouvoir l’inclination. Et, à vrai dire, cela revient exactement au même : dire que les circonstances de l’esprit sont telles qu’elles tendent à incliner et à tourner son inclination d’un côté, c’est la même chose que dire que l’inclination de l’esprit, placé dans de telles circonstances, tend de ce côté.

Ou si quelqu’un juge plus juste de dire que les Motifs modifient l’inclination et donnent à l’esprit un penchant nouveau, cela ne change rien quant au présent argument. Car si les Motifs opèrent en donnant à l’esprit une inclination, alors ils opèrent en détruisant l’indifférence de l’esprit et en le plaçant sous l’empire d’un penchant. Or faire cela, c’est détruire la liberté arminienne : ce n’est pas laisser la volonté à sa propre autodétermination, mais l’assujettir au pouvoir de quelque chose d’extrinsèque, qui agit sur elle, l’incline et la détermine antérieurement à sa propre détermination. De sorte que ce qui se fait par Motif ne peut être ni vertueux ni vicieux. En outre, si les actes de la volonté sont suscités par des Motifs, ces Motifs sont les causes de ces actes de la Volonté ; ce qui rend les actes de la volonté nécessaires, puisque les effets suivent nécessairement l’efficace de la cause. Et si l’influence et le pouvoir du Motif causent la volition, alors c’est l’influence du motif qui détermine la volition, et la volition ne se détermine pas elle-même ; elle n’est donc pas libre, au sens des arminiens (comme on l’a déjà amplement montré), et par conséquent ne peut être ni vertueuse ni vicieuse.

La supposition que nous avons déjà relevée comme une échappatoire insuffisante dans d’autres cas serait, de la même manière, alléguée hors de propos dans celui-ci : à savoir la supposition que la liberté consiste dans un pouvoir de suspendre l’action pour le moment, en vue de délibérer. Si l’on disait : bien qu’il soit vrai que la Volonté soit soumise à la nécessité de suivre finalement le Motif le plus fort, elle peut cependant, pour le moment, s’abstenir d’agir d’après le Motif présenté, jusqu’à ce qu’elle ait eu l’occasion de le considérer à fond et de comparer son poids réel avec la valeur d’autres Motifs — je réponds ce qui suit :

Ici encore, il faut se rappeler que, si se déterminer ainsi à suspendre et à considérer est l’acte de la volonté en lequel seul s’exerce la liberté, alors c’est en cela que doivent consister toute vertu et tout vice ; et les actes qui suivent cette considération, et qui en sont les effets, étant nécessaires, ne sont pas plus vertueux ou vicieux que certains événements bons ou mauvais qui arrivent aux hommes pendant qu’ils dorment profondément, et qui sont les conséquences de ce qu’ils ont fait lorsqu’ils étaient éveillés. Je voudrais donc observer ici deux choses :

1. Supposer que toute vertu et tout vice, en tout cas, consistent à se déterminer à prendre ou non le temps de la considération, ne s’accorde pas avec le sens commun. Car, selon une telle supposition, les crimes les plus horribles — l’adultère, le meurtre, la sodomie, le blasphème, etc. — ne consistent nullement dans la nature horrible des choses elles-mêmes, mais seulement dans la négligence d’une considération approfondie avant qu’ils fussent perpétrés ; ce qui réduit leur caractère vicieux à peu de chose et rend tous les crimes égaux. Si l’on dit que la négligence de la considération, lorsque des maux si atroces sont proposés au choix, est pire que dans d’autres cas, je réponds que cela est incohérent, puisque cela suppose qu’existe la chose même qui, au même moment, est supposée ne pas exister ; cela suppose que tout le mal moral, tout ce qu’il y a de vicieux et d’atroce, ne consiste pas simplement dans le défaut de considération. Cela suppose que certains crimes, en eux-mêmes, dans leur propre nature, sont plus atroces que d’autres, antérieurement à la considération ou à l’inconsidération, ce qui place la personne sous l’obligation préalable de considérer davantage dans certains cas que dans d’autres.

2. Quand bien même il serait vrai que toute vertu et tout vice, en tout cas, ne consistent que dans l’acte de la volonté par lequel elle détermine S’il faut considérer ou non, cela ne changerait pas le moins du monde l’état de la question quant au présent argument. Car, dans cet acte même de la Volonté, dans cette détermination, elle est encore portée par quelque Motif, et suit nécessairement le Motif le plus fort ; et elle agit donc nécessairement, même dans cet acte où seul elle est vertueuse ou vicieuse.

Je voudrais observer encore une chose touchant l’incompatibilité des notions arminiennes d’Agentivité morale avec l’Influence des Motifs. — Je suppose que personne ne niera qu’il soit possible que des Motifs si puissants soient placés devant l’esprit, présentés sous une lumière si vive et dans des circonstances si avantageuses, qu’ils soient invincibles, et tels que l’esprit ne puisse que leur céder. En ce cas, les arminiens diront sans doute que la liberté est détruite. Et s’il en est ainsi, alors, si des Motifs sont présentés avec moitié moins de puissance, ils entravent la liberté en proportion de leur force, et vont à mi-chemin de la détruire. Si mille degrés de Motif abolissent toute liberté, alors cinq cents en ôtent la moitié. Si un degré de l’influence du motif n’enfreint ni ne diminue en rien la liberté, alors deux degrés ne le font pas davantage ; car rien, doublé, reste rien. Et si deux degrés ne diminuent pas la liberté de la Volonté, quatre, huit, seize ou six mille ne le font pas davantage. Car rien, si multiplié soit-il, ne donne jamais que rien. S’il n’y a rien dans la nature du Motif ou de la persuasion morale qui soit le moins du monde opposé à la liberté, alors le plus grand degré de celle-ci ne peut nuire à la liberté. Mais s’il y a quelque chose, dans la nature de la chose, qui soit contraire à la liberté, alors le moindre degré en nuit dans une certaine mesure, et par conséquent diminue la vertu. Si des Motifs invincibles à une action bonne ôtent toute la liberté de l’acte, et donc toute sa vertu, alors plus les Motifs sont puissants, pire c’est, et moins il y a de vertu ; et plus les Motifs sont faibles, mieux cela vaut pour la cause de la vertu ; et l’absence de tout motif est le mieux de tout.

Que l’on considère maintenant si ces choses s’accordent avec le sens commun. S’il fallait admettre qu’il y a des cas où l’âme choisit sans aucun motif, quelle vertu peut-il y avoir dans un tel choix ? Je suis certain qu’il n’y a en lui ni prudence ni sagesse. Un tel choix n’est fait pour aucune bonne fin, puisqu’il n’est fait pour aucune fin du tout. S’il était fait pour quelque fin, la vue de cette fin serait le motif qui pousse à l’acte ; et si l’acte n’est pour aucune bonne fin, et ne procède donc d’aucun bon dessein, alors il n’y a en lui aucune bonne intention ; et, par conséquent, selon toutes nos notions naturelles de la vertu, il n’y a pas plus de vertu en lui que dans le mouvement de la fumée, que le vent pousse çà et là, sans aucun dessein ni aucune fin dans la chose mue, et qui ne sait ni où ni pourquoi elle est mue.

Corol. 1. Il apparaît par ces choses que l’argument dirigé contre les calvinistes et tiré de l’usage des conseils, des exhortations, des invitations, des remontrances, etc., sur lequel les arminiens insistent tant, se retourne en vérité contre eux-mêmes. Car ces choses ne peuvent opérer aucun bon effet autrement qu’en ce qu’elles présentent un Motif et une Incitation, tendant à susciter et à déterminer les actes de la volonté. Mais il s’ensuit, selon leurs principes, que les actes de la volonté suscités par de telles causes ne peuvent être vertueux, parce que, dans la mesure où ils en procèdent, ils ne procèdent pas du pouvoir d’autodétermination de la Volonté. D’où il s’ensuivra qu’il ne vaut pas la peine de présenter aux hommes des arguments pour les persuader à quelque volition vertueuse ou action volontaire ; qu’il est vain de mettre devant eux la sagesse et l’amabilité des voies de la vertu, ou l’odieux et la folie des voies du vice. Cette notion de la liberté et de l’Agentivité morale rend vains tous les efforts pour attirer les hommes à la vertu par l’instruction ou la persuasion, par le précepte ou l’exemple ; car, bien que ces choses puissent les amener à ce qui est matériellement vertueux, elles ôtent en même temps la forme de la vertu, parce qu’elles détruisent la liberté, puisqu’elles mettent, par leur propre pouvoir, la Volonté hors de son équilibre, déterminent et font pencher la balance, et retirent l’ouvrage des mains du pouvoir d’autodétermination. Et plus les instructions données sont claires, plus les arguments employés sont puissants, plus les persuasions ou les exemples sont émouvants, plus ils risquent de faire échouer leur propre dessein ; parce qu’ils tendent d’autant plus à mettre la Volonté hors de son équilibre, à entraver sa liberté d’autodétermination, et ainsi à exclure la forme même de la vertu et l’essence de tout ce qui est louable.

Ainsi, il découle clairement de ces principes que Dieu n’a aucune part à la vertu d’aucun homme et ne la favorise en rien, ni par une influence physique ni par une influence morale ; qu’aucun des moyens moraux qu’il emploie envers les hommes pour favoriser la vertu dans le monde n’a la moindre tendance à atteindre cette fin ; que toutes les instructions qu’il a données aux hommes, depuis le commencement du monde jusqu’à ce jour, par les prophètes ou les apôtres, ou par son Fils Jésus-Christ ; que tous ses conseils, invitations, promesses, menaces, avertissements et remontrances ; que tous les moyens qu’il a employés envers les hommes, dans les ordonnances ou dans les providences ; bien plus, que toutes les influences de son Esprit, ordinaires et extraordinaires, n’ont eu aucune tendance à susciter un seul acte vertueux de l’esprit, ni à favoriser quoi que ce soit de moralement bon et louable, à quelque égard que ce soit. — Car il n’y a pour ces moyens, ou pour tout autre, aucune manière de favoriser la vertu, sinon l’une de ces trois. Soit (1.) par une opération physique sur le cœur. Mais tous les effets produits dans les hommes de cette manière n’ont en eux aucune vertu, de l’avis unanime de tous les arminiens. Soit (2.) moralement, en présentant des Motifs à l’entendement, pour susciter dans la Volonté de bons actes. Mais il a été démontré que les volitions suscitées par des Motifs sont nécessaires, et non suscitées par un pouvoir qui se meut lui-même ; et, par conséquent, selon leurs principes, il n’y a en elles aucune vertu. Soit (3.) en donnant simplement à la Volonté l’occasion de se déterminer elle-même au sujet des objets proposés, pour les choisir ou les rejeter, par sa propre autodétermination, sans cause, sans mouvement et sans influence. Et si c’est là tout, alors tous ces moyens ne font pas plus pour favoriser la vertu que le vice ; car ils ne font que donner à la Volonté l’occasion de se déterminer dans un sens ou dans l’autre, vers le bien ou vers le mal, sans la placer sous aucun penchant vers l’un ou l’autre ; et ainsi l’occasion donnée de se déterminer en faveur du mal est réellement aussi grande que celle de se déterminer en faveur du bien.

Ainsi, cette conséquence horrible et blasphématoire, que les arminiens imputent aux autres, découlera certainement de leur propre doctrine : à savoir que Dieu joue un rôle incohérent en employant tant de conseils, d’avertissements, d’invitations, de supplications, etc., envers les pécheurs, pour les amener à abandonner le péché et à se tourner vers les voies de la vertu ; et que tout cela n’est que fausseté et tromperie. Il s’ensuivra de leur doctrine que Dieu fait ces choses tout en sachant qu’elles n’ont aucune espèce de tendance à produire l’effet qu’il semble viser ; bien plus, en sachant que, si elles ont quelque influence, cette influence même sera incompatible avec un tel effet et l’empêchera. Mais quelle accusation d’insincérité cela ferait peser sur celui qui est infiniment saint et vrai ! — De sorte que c’est leur doctrine qui, si on la poursuit dans ses conséquences, rejaillit horriblement sur le Très-Haut et fait peser sur lui l’accusation d’hypocrisie, et non la doctrine du calviniste, contrairement à leurs fréquentes et véhémentes exclamations et invectives.

Corol 2. Il apparaît de nouveau, par ce qui a été observé dans cette section, que les principes et les notions arminiens, lorsqu’on les examine loyalement et qu’on les poursuit dans leurs conséquences démontrables, bannissent évidemment toute vertu du monde, et rendent impossible qu’il y ait jamais rien de tel, en aucun cas, ni qu’on puisse jamais rien concevoir de tel. Car, selon ces principes, la notion même de vertu ou de vice implique absurdité et contradiction. Il est en effet absurde en soi, et contraire au sens commun, de supposer un acte vertueux de l’esprit sans aucune bonne intention ni aucun bon dessein ; et, selon leurs principes, il est absurde de supposer un acte vertueux avec une bonne intention ou un bon dessein ; car agir en vue d’une fin, c’est agir par un Motif. De sorte que, si nous nous fions à ces principes, il ne peut y avoir aucun acte vertueux avec un bon dessein et une bonne fin ; et il est évident par soi-même qu’il ne peut y en avoir aucun sans cela ; par conséquent, il ne peut y avoir aucun acte vertueux.

Corol. 3. Il est manifeste que les notions arminiennes d’Agentivité morale et l’existence d’une faculté de Volonté ne peuvent subsister ensemble ; et que, s’il peut y avoir quelque chose comme un acte vertueux ou vicieux, ce ne peut être un acte de la Volonté ; aucune Volonté ne peut y avoir la moindre part. Car l’acte qui s’accomplit sans inclination, sans Motif, sans fin, doit s’accomplir sans aucune participation de la Volonté. Supposer un acte de la Volonté sans ces choses implique contradiction. Si l’âme, dans son acte, n’a ni motif ni fin, alors, dans cet acte (comme on l’a observé plus haut), elle ne cherche rien, ne poursuit rien, ne déploie aucune inclination vers quoi que ce soit ; et cela implique que, dans cet acte, elle ne désire rien et ne choisit rien ; de sorte qu’il n’y a là aucun acte de choix ; ce qui revient à dire qu’il n’y a là aucun acte de la Volonté. Voilà qui bannit très efficacement de l’univers tous les actes vicieux et vertueux ; puisque, selon cela, il ne peut y avoir aucun acte vicieux ou vertueux où la Volonté ait part ; et que, selon les préceptes les plus clairs de la raison et de la lumière naturelle, ainsi que selon les principes des arminiens eux-mêmes, il ne peut y avoir aucun acte vertueux ou vicieux où la Volonté n’ait point de part. Et il n’y a donc aucune place pour des actes vertueux ou vicieux.

Corol. 4. Si aucune des actions morales des êtres intelligents n’est influencée ni par une inclination préalable ni par des motifs, il s’ensuivra une autre chose étrange : c’est que non seulement Dieu ne peut prévoir aucune des actions morales futures de ses créatures, mais qu’il ne peut faire à leur sujet aucune conjecture, ni hasarder aucune supposition probable. Car toute conjecture en des choses de cette nature doit dépendre d’un certain discernement ou d’une certaine appréhension de ces deux choses, la Disposition préalable et le Motif, que les notions arminiennes d’Agentivité morale, dans leur conséquence réelle, excluent entièrement, comme on l’a observé.

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