De la liberté de la volonté
Section VI. La liberté d’indifférence non seulement n’est pas nécessaire à la vertu, mais lui est absolument contraire ; et toutes les habitudes ou inclinations, vertueuses ou vicieuses, sont incompatibles avec les notions arminiennes de liberté et d’agentivité morale

Chapitre 24 · 17 min de lecture · 22 min d’écoute

Section VI. La liberté d’indifférence non seulement n’est pas nécessaire à la vertu, mais lui est absolument contraire ; et toutes les habitudes ou inclinations, vertueuses ou vicieuses, sont incompatibles avec les notions arminiennes de liberté et d’agentivité morale

Section VI.

La Liberté d’indifférence non seulement n’est pas nécessaire à la Vertu, mais lui est absolument contraire ; et toutes les habitudes ou inclinations, qu’elles soient vertueuses ou vicieuses, sont incompatibles avec les notions arminiennes de Liberté et d’Agentivité morale.

Supposer qu’une liberté de la volonté telle que celle dont parlent les arminiens soit requise pour la Vertu et le Vice, c’est heurter le sens commun de bien des manières.

Si l’Indifférence appartient à la Liberté de la Volonté, comme le supposent les arminiens, et s’il est essentiel à une action vertueuse d’être accomplie dans un état de Liberté, comme ils le supposent aussi, il s’ensuivra qu’il est essentiel à une action vertueuse d’être accomplie dans un état d’Indifférence ; et si elle est accomplie dans un état d’indifférence, elle doit sans doute être accomplie au moment de l’Indifférence. Il s’ensuivra donc que, pour qu’un acte soit vertueux, le cœur doit être indifférent au moment même où cet acte s’accomplit, et que plus le cœur est indifférent et froid à l’égard de l’acte accompli, mieux cela vaut, puisque l’acte s’accomplit alors avec d’autant plus de Liberté. Mais cela s’accorde-t-il avec la lumière naturelle ? Cela s’accorde-t-il avec les notions que les hommes de tous les âges se sont faites de la Vertu, à savoir qu’elle réside dans ce qui est contraire à l’Indifférence, c’est-à-dire dans la tendance et l’inclination du cœur à l’action vertueuse, et que plus l’inclination est forte, et donc plus elle est éloignée de l’Indifférence, plus le cœur est vertueux, et d’autant plus louable est l’acte qui en procède ?

Si nous supposions (contrairement à ce qui a été démontré plus haut) qu’il puisse y avoir un acte de la volonté dans un état d’Indifférence — par exemple cet acte-ci, à savoir la volonté se déterminant à sortir d’un état d’Indifférence et à se donner une prépondérance d’un côté —, il s’ensuivrait, selon les principes arminiens, que cet acte ou cette détermination de la volonté est la seule chose en quoi consiste la Vertu, puisque c’est le seul acte accompli tandis que l’esprit demeure dans un état d’Indifférence, et donc dans un état de Liberté ; car, une fois l’esprit sorti de son équilibre, il n’est plus dans un tel état ; et c’est pourquoi tous les actes qui suivent, procédant d’un penchant, ne peuvent avoir la nature ni de la Vertu ni du Vice. Ou bien, si la seule chose que la volonté puisse faire tandis qu’elle est encore dans un état d’Indifférence, et donc de Liberté, est de suspendre l’action et de se déterminer à prendre la chose en considération, alors c’est cette détermination seule en quoi consiste la Vertu, et non le passage à l’action une fois que la considération a fait pencher la balance. De sorte qu’il s’ensuivra de ces principes que tout ce qui se fait après que l’esprit, par quelque moyen que ce soit, est une fois sorti de son équilibre, et qui naît d’une inclination, n’a rien de la nature de la Vertu ni du Vice, et ne mérite ni blâme ni louange. Mais combien cela est manifestement contraire au sentiment universel des hommes et à la notion qu’ils se font des actions sincèrement vertueuses ! Cette notion est qu’elles procèdent d’un cœur bien disposé et bien incliné, et que plus la bonne disposition du cœur est forte, fixe et déterminée, plus la sincérité de la Vertu est grande, et plus elle a donc de vérité et de réalité. Mais s’il y a des actes qui se font dans un état d’équilibre, ou qui jaillissent immédiatement d’une Indifférence parfaite et d’une froideur du cœur, ils ne peuvent naître d’aucun bon principe ni d’aucune bonne disposition du cœur ; et, par conséquent, selon le sens commun, ils n’ont en eux aucune bonté sincère, n’ayant en eux aucune Vertu du cœur. Avoir un cœur vertueux, c’est avoir un cœur qui favorise la Vertu et qui lui est ami, et non un cœur parfaitement froid et indifférent à son égard.

En outre, les actions qui se font dans un état d’Indifférence, ou qui naissent immédiatement d’un tel état, ne peuvent être vertueuses, parce que, par hypothèse, elles ne sont déterminées par aucun choix antérieur. Car s’il y a un choix antérieur, alors le choix s’interpose entre l’acte et l’état d’Indifférence, ce qui est contraire à l’hypothèse d’un acte naissant immédiatement de l’Indifférence. Mais les actes qui ne sont pas déterminés par un choix antérieur ne peuvent être vertueux ni vicieux selon les principes arminiens, parce qu’ils ne sont pas déterminés par la Volonté. De sorte que, ni d’une manière ni de l’autre, aucune action ne peut être vertueuse ou vicieuse selon ces principes. Si l’action est déterminée par un acte de choix antérieur, elle ne peut être vertueuse, parce qu’elle n’est pas accomplie dans un état d’Indifférence et ne naît pas immédiatement d’un tel état, et qu’ainsi elle n’est pas accomplie dans un état de Liberté. Si l’action n’est pas déterminée par un acte de choix antérieur, alors elle ne peut être vertueuse, parce qu’alors la Volonté ne s’y détermine pas elle-même. De sorte qu’il devient certain que ni la Vertu ni le Vice ne peuvent jamais trouver aucune place dans l’univers !

De plus, prétendre qu’il est nécessaire à une action vertueuse d’être accomplie dans un état d’Indifférence, sous prétexte que ce serait là un état de liberté, est contraire au sens commun, puisque le sens commun dicte que l’indifférence elle-même, en bien des cas, est vicieuse, et cela à un haut degré. Ainsi, lorsque je vois mon prochain ou un ami proche, et quelqu’un qui a mérité de moi au plus haut point, dans une détresse extrême et sur le point de périr, et que je trouve dans mon cœur de l’Indifférence à l’égard de tout ce qu’on me propose de faire pour son soulagement et que je pourrais aisément faire. De même, s’il m’était proposé de blasphémer Dieu, ou de tuer mon père, ou de faire d’innombrables autres choses qu’on pourrait citer, le fait d’être indifférent, ne serait-ce qu’un instant, serait hautement vicieux et vil.

On peut encore observer que supposer cette Liberté d’Indifférence essentielle à la Vertu et au vice détruit la grande différence de degrés dans la culpabilité des divers crimes, et ôte l’atrocité des iniquités les plus scélérates et les plus horribles, telles que l’adultère, la bestialité, le meurtre, le parjure, le blasphème, etc. Car, selon ces principes, il n’y a aucun mal à avoir l’esprit dans un état de parfaite Indifférence à l’égard de ces crimes ; bien plus, cela est absolument nécessaire pour qu’il y ait quelque Vertu à les éviter, ou quelque Vice à les commettre. Mais, pour l’esprit, être dans un état d’Indifférence à leur égard, c’est être tout près de les commettre : il est alors infiniment proche de choisir, et donc de commettre l’acte ; car l’équilibre est le pas qui précède immédiatement un degré de prépondérance, et un seul degré de prépondérance, même le moindre (toutes choses considérées), est un choix. Et non seulement cela, mais pour la Volonté, être dans un état de parfait équilibre à l’égard de tels crimes, c’est pour l’esprit être dans un état tel qu’il est tout aussi susceptible de les choisir que de les refuser, de les commettre que de s’en abstenir. Et si nos esprits doivent être dans un tel état, où l’on est aussi près de choisir que de refuser, et où l’on doit nécessairement, selon la nature des choses, être aussi susceptible de les commettre que de s’en abstenir, où donc est l’extrême atrocité qu’il y a à les choisir et à les commettre ? S’il n’y a aucun mal à se trouver souvent dans un tel état, où la probabilité de faire et celle de s’abstenir sont exactement égales, puisqu’il y a équilibre et pas plus de tendance vers l’un que vers l’autre, alors, selon la nature et les lois d’une telle contingence, on peut s’attendre, comme à une conséquence inévitable d’une telle disposition des choses, à ce que nous les choisissions aussi souvent que nous les rejetons ; qu’il en aille généralement ainsi est nécessaire, puisque l’égalité dans l’effet est la conséquence naturelle de l’égale tendance de la cause, ou de l’état antécédent des choses d’où naît l’effet. Pourquoi donc serions-nous si extrêmement blâmables, s’il en va effectivement ainsi ?

Il est manifeste de bien des manières que le système arminien de la Liberté est absolument incompatible avec l’existence de choses telles que des habitudes ou des dispositions vertueuses ou vicieuses. Si la Liberté d’Indifférence est essentielle à l’Agentivité morale, alors il ne peut y avoir aucune Vertu dans les inclinations habituelles du cœur, qui sont contraires à l’Indifférence et impliquent, par leur nature même, sa destruction et son exclusion. Ils supposent que rien ne peut être vertueux où ne s’exerce aucune Liberté ; mais combien il est absurde de parler d’exercer l’Indifférence sous l’effet d’un penchant et d’une prépondérance !

Et si le pouvoir d’autodétermination de la volonté est nécessaire à l’Agentivité morale, à la louange, au blâme, etc., alors rien de ce que fait la volonté ne peut être louable ou blâmable au-delà de la mesure où la volonté est mue, inclinée et déterminée par elle-même, et où la balance est emportée par le pouvoir souverain que la Volonté a sur elle-même. C’est pourquoi la Volonté ne doit pas être hors de son équilibre, la prépondérance ne doit pas être déterminée et produite d’avance, l’acte d’autodétermination se trouvant ainsi devancé. Il apparaît ainsi, par une autre voie, que le penchant habituel est incompatible avec cette Liberté que les arminiens supposent nécessaire à la Vertu ou au Vice ; et il s’ensuit que le penchant habituel lui-même ne peut être ni vertueux ni vicieux.

La même chose découle de leur doctrine sur l’Incompatibilité de la Nécessité avec la Liberté, la louange, le blâme, etc. Personne ne niera que le penchant et l’inclination puissent être assez forts pour être invincibles, et ne laisser aucune possibilité à la Volonté de se déterminer en sens contraire, et être ainsi accompagnés de Nécessité. C’est ce que le docteur Whitby admet au sujet de la Volonté de Dieu, des anges et des saints glorifiés, à l’égard du bien, et de la Volonté des démons, à l’égard du mal. Par conséquent, si la Nécessité est incompatible avec la Liberté, alors, lorsque l’inclination fixe atteint un tel degré de force, elle exclut absolument toute Vertu, tout Vice, toute louange et tout blâme. Et, s’il en est ainsi, plus les habitudes approchent de cette force, plus elles entravent la Liberté, et diminuent donc la louange et le blâme. Si des habitudes très fortes détruisent la Liberté, des habitudes moindres l’entravent proportionnellement, selon leur degré de force. Et il s’ensuivra donc que l’acte est le plus vertueux ou le plus vicieux lorsqu’il est accompli sans aucune inclination ni aucun penchant habituel, puisqu’il est alors accompli avec le plus de Liberté.

Tout penchant fixe qui prévient l’esprit entraîne un degré d’incapacité morale pour le contraire ; car, dans la mesure où l’esprit est incliné et prévenu, il y a d’autant plus d’obstacle au contraire. C’est pourquoi, si l’incapacité morale est incompatible avec l’Agentivité morale, ou avec la nature de la Vertu et du Vice, alors, dans la mesure où existe une mauvaise disposition du cœur ou une dépravation habituelle de l’inclination — qu’il s’agisse de convoitise, d’orgueil, de malice, de cruauté ou de quoi que ce soit d’autre —, les personnes sont d’autant plus excusables, et leurs mauvais actes de cette sorte ont d’autant moins la nature du Vice. Et, au contraire, plus elles ont d’excellentes dispositions et inclinations, moins elles sont vertueuses.

Il est évident qu’aucune disposition habituelle du cœur ne peut être, à quelque degré que ce soit, vertueuse ou vicieuse, ni les actions qui en procèdent le moins du monde louables ou blâmables. Car, même si nous supposions que l’habitude n’ait pas une force telle qu’elle ôte entièrement toute capacité morale et tout pouvoir d’autodétermination, ou que l’action puisse procéder en partie du penchant et en partie de l’autodétermination, dans ce cas encore tout ce qui vient du penchant antécédent doit être mis de côté comme ne comptant pour rien ; et, pour évaluer le degré de Vertu ou de Vice, on ne doit considérer que ce qui naît du pouvoir d’autodétermination, sans aucune influence de ce penchant, parce que la Liberté ne s’exerce pas au-delà ; de sorte que tout ce qui est exercice de l’inclination habituelle est rejeté, comme n’appartenant pas à la moralité de l’action. D’où il apparaît qu’aucun exercice de ces habitudes, qu’elles soient plus fortes ou plus faibles, ne peut jamais avoir quoi que ce soit de la nature de la vertu ou du Vice.

Ici, si quelqu’un disait que, malgré tout cela, il peut y avoir la nature de la Vertu et du Vice dans les habitudes de l’esprit, parce que ces habitudes peuvent être les effets d’actes dans lesquels l’esprit a exercé sa Liberté ; que, si les raisons mentionnées plus haut prouvent qu’aucune habitude naturelle, ou née ou créée avec nous, ne peut être vertueuse ou vicieuse, elles ne le prouvent pas néanmoins des habitudes qui ont été acquises et établies par des actes libres répétés :

À un tel objecteur je répondrais que cette échappatoire n’arrange nullement les choses. Car si la liberté de la Volonté est essentielle à la nature même de la Vertu et du Vice, alors il n’y a de Vertu ou de Vice que dans la chose même où s’exerce cette Liberté. Si un homme, dans une ou plusieurs des choses qu’il fait, exerce sa Liberté, puis, par ces actes, se trouve amené dans des circonstances telles que sa Liberté cesse, et qu’il s’ensuive une longue série d’actes ou d’événements qui arrivent nécessairement, ces actes consécutifs ne sont ni vertueux ni vicieux, ni dignes de récompense ni dignes de punition ; seuls le sont les actes libres qui ont établi cette nécessité, car c’est en eux seuls que l’homme était libre. Les effets qui suivent, et qui sont nécessaires, n’ont pas plus la nature de la Vertu ou du Vice que la santé ou la maladie du corps n’ont proprement la nature de la Vertu ou du Vice, bien qu’elles soient les effets d’une suite d’actes libres de tempérance ou d’intempérance ; ou que les bonnes qualités d’une horloge, qui sont les effets des actes libres de l’artisan, ne sont de la nature de la Vertu ; ou que la bonté et la douceur des fruits d’un jardin ne sont des Vertus morales, bien qu’elles soient les effets des actes libres et fidèles du jardinier. Si la Liberté est absolument requise pour la moralité des actions, et si la nécessité lui est entièrement contraire, comme les arminiens y insistent fortement, alors aucun effet nécessaire, quel qu’il soit, si bonne ou si mauvaise qu’en soit la cause, ne peut être vertueux ou vicieux ; mais la Vertu ou le Vice ne doit se trouver que dans la cause libre. Conformément à cela, le docteur Whitby suppose que la nécessité qui accompagne les bonnes et les mauvaises habitudes des saints au ciel et des damnés en enfer, lesquelles sont la conséquence de leurs actes libres durant leur temps d’épreuve, n’est ni digne de récompense ni digne de punition.

En somme, il apparaît que, si les notions des arminiens sur la Liberté et l’Agentivité morale sont vraies, il s’ensuivra qu’il n’y a aucune vertu dans des habitudes ou des qualités telles que l’humilité, la douceur, la patience, la miséricorde, la gratitude, la générosité, le cœur tourné vers le ciel ; rien du tout de louable à aimer Christ plus que père et mère, femme et enfants, ou que notre propre vie ; ni à faire ses délices de la sainteté, à avoir faim et soif de la justice, à aimer ses ennemis, à témoigner une bienveillance universelle envers les hommes ; et, d’autre part, qu’il n’y a rien du tout de vicieux ni de blâmable dans les dispositions les plus sordides, les plus bestiales, les plus malignes, les plus diaboliques ; à être ingrat, profane, à haïr habituellement Dieu et les choses sacrées et saintes ; ni à être des plus perfides, des plus envieux et des plus cruels envers les hommes. Car toutes ces choses sont des dispositions et des inclinations du cœur. Bref, il n’existe aucune qualité vertueuse ou vicieuse de l’esprit ; rien de tel qu’une vertu et une sainteté inhérentes, ou un vice et un péché inhérents ; et plus ces habitudes ou dispositions, que l’on avait coutume d’appeler vertueuses et vicieuses, sont fortes, plus elles sont loin de l’être en réalité ; plus les convoitises des hommes sont violentes, plus leur orgueil, leur envie, leur ingratitude et leur malignité sont enracinés, plus ils sont loin encore d’être blâmables. S’il y a un homme qui, par ses propres actes répétés ou par quelque autre moyen, en est venu à avoir la disposition la plus infernale, désespérément enclin à traiter ses voisins avec injustice, mépris et malignité, ceux-ci devraient être d’autant plus éloignés de toute disposition à s’irriter contre lui ou à le blâmer le moins du monde. De même, d’autre part, s’il y a une personne d’un esprit des plus excellents, qui l’incline fortement aux actions les plus aimables, admirablement douce, bienveillante, etc., d’autant plus est-elle éloignée de quoi que ce soit qui mérite récompense ou éloge. Selon ces principes, l’homme Jésus-Christ était bien loin d’être digne de louange pour les actes de sainteté et de bonté qu’il accomplit, ces penchants étant forts dans son cœur. Et, par-dessus tout, le Dieu infiniment saint et plein de grâce est infiniment éloigné de quoi que ce soit de louable, ses bonnes inclinations étant infiniment fortes, et lui-même se trouvant, par conséquent, à la plus grande distance possible de la Liberté. Et, dans tous les cas, plus les inclinations de quelqu’un vers la Vertu sont fortes, et plus il l’aime, moins il est vertueux ; et plus il aime la méchanceté, moins il est vicieux. — Que tout chrétien, et tout homme qui a lu la Bible, juge si ces choses s’accordent avec l’Écriture ; et que quiconque a l’usage de l’entendement humain juge si elles s’accordent avec le sens commun.

Et si nous poursuivons ces principes, nous trouverons que la Vertu et le Vice sont entièrement exclus du monde, et qu’il n’y a jamais eu ni ne peut jamais y avoir rien de tel que l’une ou l’autre, que ce soit en Dieu, dans les anges ou dans les hommes. Aucun penchant, aucune disposition, aucune habitude ne peut être vertueux ou vicieux, comme on l’a montré, parce que, dans la mesure où ils ont lieu, ils détruisent la liberté de la volonté, fondement de toute Agentivité morale, et excluent toute capacité de Vertu comme de Vice. — Et si les habitudes et les dispositions elles-mêmes ne sont ni vertueuses ni vicieuses, l’exercice de ces dispositions ne peut pas l’être davantage ; car l’exercice d’un penchant n’est pas l’exercice d’une volonté libre qui se détermine elle-même, et il n’y a donc en lui aucun exercice de la Liberté. Par conséquent, nul homme n’est vertueux ou vicieux, ni en étant bien ou mal disposé, ni en agissant d’après une bonne ou une mauvaise disposition. Et que ce penchant ou cette disposition soit habituel ou non, s’il n’existe qu’un instant avant l’acte de la Volonté qui en est l’effet, cela ne change rien quant à la nécessité de l’effet. Ou bien, s’il n’y a aucune disposition préalable, ni habituelle ni occasionnelle, qui détermine l’acte, alors ce n’est pas un choix qui le détermine ; c’est donc une contingence qui arrive à l’homme, ne naissant de rien qui soit en lui ; et elle est nécessaire au regard de toute inclination ou de tout choix de sa part ; c’est pourquoi elle ne peut le rendre ni meilleur ni pire, pas plus qu’un arbre n’est meilleur que d’autres arbres parce qu’il arrive plus souvent qu’un rossignol s’y pose, ou qu’un rocher n’est plus vicieux que d’autres rochers parce que des serpents à sonnette ont rampé plus souvent sur lui. De sorte qu’il n’y a ni Vertu ni vice dans les bonnes ou mauvaises dispositions, qu’elles soient fixes ou passagères ; ni aucune Vertu ou aucun Vice à agir d’après une bonne ou mauvaise inclination préalable ; ni non plus aucune Vertu ou aucun Vice à agir entièrement sans inclination préalable. Où donc trouverons-nous place pour la Vertu ou le Vice ?

Chapitre 24 terminé

Section VI. La liberté d’indifférence non seulement n’est pas nécessaire à la vertu, mais lui est absolument contraire ; et toutes les habitudes ou inclinations, vertueuses ou vicieuses, sont incompatibles avec les notions arminiennes de liberté et d’agentivité morale

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