Chapitre 16 · 42 min de lecture · 54 min d’écoute
Section XI. Preuve tirée de la Prescience certaine que Dieu a des volitions des Agents moraux
Section XI.
Preuve tirée de la Prescience certaine que Dieu a des volitions des Agents moraux.
QUE les actes des Volontés des Agents moraux ne soient pas des événements contingents, en ce sens qu’ils seraient dépourvus de toute nécessité, c’est ce qui ressort de la Prescience certaine que Dieu a de ces événements.
En traitant cet argument, je voudrais, en premier lieu, prouver que Dieu a une Prescience certaine des actes volontaires des Agents moraux ; et, en second lieu, montrer la conséquence, c’est-à-dire comment il en découle que les Volitions des Agents moraux ne sont pas contingentes, au point d’être dépourvues de toute nécessité de connexion et de conséquence.
Premièrement, j’ai à prouver que Dieu a une Prescience absolue et certaine des actions libres des Agents moraux.
On croirait tout à fait inutile d’engager un tel argument avec quiconque fait profession d’être chrétien ; mais il en est ainsi : la Prescience certaine que Dieu a des actes libres des Agents moraux est niée par certains qui prétendent croire que les Écritures sont la Parole de Dieu, et surtout depuis peu. Je considérerai donc les preuves d’une telle prescience chez le Très-Haut, aussi pleinement que le permettront les limites que je me suis fixées pour cet essai ; — en supposant que j’ai affaire ici à des gens qui reconnaissent la vérité de la Bible.
Arg. I. Mon premier argument sera tiré des prédictions que Dieu a faites de tels événements. Je voudrais ici, en premier lieu, poser ces deux choses comme des axiomes.
1. Si Dieu ne connaît pas d’avance de tels événements, il ne peut les prédire ; c’est-à-dire qu’il ne peut les prédire de façon péremptoire et certaine. Si Dieu n’a, au sujet des événements de ce genre, rien de plus qu’une conjecture incertaine, il ne peut rien déclarer de plus qu’une conjecture incertaine. Prédire positivement, c’est faire profession de connaître d’avance, ou déclarer une Prescience positive.
Si Dieu ne connaît pas d’avance avec certitude les Volitions futures des Agents moraux, il ne peut pas non plus connaître d’avance avec certitude les événements qui dépendent de ces Volitions. L’existence des uns dépendant de l’existence des autres, la connaissance de l’existence des uns dépend de la connaissance de l’existence des autres ; et les uns ne peuvent être plus certains que les autres.
Par conséquent, quelque nombreuses, quelque grandes et quelque étendues que puissent être les conséquences des Volitions des Agents moraux ; dussent-elles aller jusqu’à changer l’état des choses dans tout l’univers, se prolonger en une série d’événements successifs jusqu’à toute l’éternité, et, dans le progrès des choses, se ramifier en un nombre infini de séries, chacune se poursuivant en une chaîne d’événements sans fin, Dieu doit ignorer toutes ces conséquences autant qu’il ignore la Volition d’où elles tirent d’abord leur origine ; et tout l’état des choses qui en dépend, quelque important, quelque étendu et quelque vaste qu’il soit, doit lui être caché.
Ces propositions étant telles, je suppose, que personne ne les niera, je passe maintenant aux observations suivantes. 1. La conduite et les qualités morales des hommes, leurs vertus et leurs vices, leur méchanceté et leur bonne conduite, les choses dignes de récompense et de châtiment, ont souvent été prédites par Dieu. — La conduite morale de Pharaon, lorsqu’il refusa d’obéir au commandement de Dieu de laisser partir son peuple, fut prédite. Dieu dit à Moïse, Exode 3:19 : « Je sais que le roi d’Égypte ne vous laissera point aller. » Ici Dieu déclare, non seulement conjecturer, mais connaître la désobéissance future de Pharaon. Au chap. 7:4, Dieu dit : « Pharaon ne vous écoutera point. Je mettrai ma main sur l’Égypte », etc. Et au chap. 9:30, Moïse dit à Pharaon : « je sais que toi et tes serviteurs, vous ne craindrez pas encore l’Éternel. » Voyez aussi le chap. 11:9. — La conduite morale de Josias, désigné par son nom, dans le zèle qu’il déploierait à combattre l’idolâtrie par des actes particuliers, fut prédite plus de trois cents ans avant sa naissance ; et la prophétie fut scellée par un miracle, puis renouvelée et confirmée par les paroles d’un second prophète, comme une chose qui ne manquerait certainement pas d’arriver (1 Rois 13:1-6, 32). Cette prophétie était aussi, en effet, une prédiction de la conduite morale du peuple, qui maintiendrait son culte schismatique et idolâtre jusqu’à ce temps-là, et de l’idolâtrie de ces prêtres des hauts lieux que Josias, selon la prédiction, devait immoler sur cet autel de Béthel. Michée prédit la conduite insensée et coupable d’Achab, qui refuserait d’écouter la parole de l’Éternel par sa bouche et aimerait mieux écouter les faux prophètes, en allant à Ramoth en Galaad, pour sa ruine (1 Rois 21:20-22). La conduite morale d’Hazaël fut prédite, quant à la cruauté dont il devait se rendre coupable ; sur quoi Hazaël dit : « Mais qu’est-ce que ton serviteur, ce chien, pour faire de si grandes choses? » Le prophète parle de l’événement comme d’une chose qu’il savait, et non comme d’une chose qu’il conjecturait, 2 Rois 8:12 : « je sais le mal que tu feras aux enfants d’Israël ; tu écraseras leurs petits enfants, et tu fendras le ventre de leurs femmes enceintes. » La conduite morale de Cyrus est prédite longtemps avant qu’il n’existât : sa miséricorde envers le peuple de Dieu et son égard pour le vrai Dieu, lorsqu’il ferait cesser la captivité des Juifs et favoriserait la reconstruction du temple (Ésaïe 44:28 et 45:13 ; comparez 2 Chroniques 36:22, 23, et Esdras 1:1-4). Combien d’exemples de la conduite morale des rois du Nord et du Midi, combien d’exemples particuliers de la méchante conduite des rois de Syrie et d’Égypte sont prédits au onzième chapitre de Daniel ! Leur corruption, leur violence, leurs rapines, leurs trahisons et leurs mensonges. Et en particulier, que de choses sont prédites de l’horrible méchanceté d’Antiochus Épiphane, appelé là « un homme méprisé », au lieu d’Épiphane, c’est-à-dire l’illustre ! Dans ce chapitre, et aussi au chap. 8, v. 9, 14, 23 jusqu’à la fin, sont prédits ses flatteries, ses tromperies et ses mensonges ; le fait qu’il aurait « le cœur porté à faire le mal », et qu’il serait « hostile à l’alliance sainte » ; qu’il détruirait et foulerait aux pieds « le peuple des saints » d’une manière prodigieuse ; qu’il serait « furieux contre l’alliance sainte, tournerait son cœur contre elle et conspirerait contre elle » ; qu’il « profanerait le sanctuaire, la forteresse, le foulerait aux pieds, ferait cesser le sacrifice perpétuel et dresserait l’abomination du dévastateur » ; son grand orgueil, « s’élevant contre Dieu et disant des choses incroyables contre lui », jusqu’à ce que Dieu, dans sa colère, le détruise. En outre, la conduite morale des Juifs, à l’occasion de sa persécution, est prédite. Il est prédit qu’il « séduira par des flatteries » beaucoup de gens (chap. 11:32-34). Mais que d’autres se conduiraient avec une constance et un courage glorieux en s’opposant à lui (v. 32). Et que quelques hommes de bien tomberaient et se repentiraient (v. 35). Christ prédit le péché de Pierre, qui renierait son Seigneur, avec ses circonstances, d’une manière péremptoire. Et de même, ce grand péché de Judas, qui trahirait son maître, et son châtiment terrible et éternel en enfer, furent prédits de la même manière positive, Matthieu 26:21-25, et dans les passages parallèles des autres évangélistes.
2. Bien des événements ont été prédits par Dieu, qui dépendaient de la conduite morale de personnes particulières, et qui s’accomplirent par leurs actions, soit vertueuses, soit vicieuses. Ainsi, la descente des enfants d’Israël en Égypte pour y habiter fut prédite à Abraham (Genèse 15), et elle fut amenée par la méchanceté des frères de Joseph, qui le vendirent, par la méchanceté de la maîtresse de Joseph, et par la vertu éclatante de celui-ci, qui résista à sa tentation. L’accomplissement de ce que figurait le songe de Joseph dépendait de la même conduite morale. La parabole et la prophétie de Jotham (Juges 9:15-20) furent accomplies par la conduite méchante d’Abimélec et des habitants de Sichem. Les prophéties contre la maison d’Éli (1 Samuel 2 et 3) furent accomplies par la méchanceté de Doëg l’Édomite, qui accusa les prêtres, et par la grande impiété et l’extrême cruauté de Saül, qui fit périr les prêtres à Nob (1 Samuel 22). La prophétie de Nathan contre David (2 Samuel 12:11, 12) fut accomplie par l’horrible méchanceté d’Absalom, qui se révolta contre son père, chercha à lui ôter la vie et coucha avec ses concubines à la vue du soleil. La prophétie contre Salomon (1 Rois 11:11-13) fut accomplie par la rébellion et l’usurpation de Jéroboam, dont il est parlé comme de sa méchanceté (2 Chroniques 13:5, 6 ; comparez le v. 18). La prophétie contre la famille de Jéroboam (1 Rois 14) fut accomplie par la conspiration, la trahison et les meurtres cruels de Baescha (1 Rois 15:27, etc.). Les prédictions du prophète Jéhu contre la maison de Baescha (1 Rois 16, au commencement) furent accomplies par la trahison et le parricide de Zimri (1 Rois 16:9-13, 20).
3. Combien de fois Dieu n’a-t-il pas prédit la conduite morale future de nations et de peuples, de multitudes, de corps et de générations successives d’hommes, avec les jugements que Dieu exercerait, et bien d’autres événements qui découleraient de leurs vertus et de leurs vices et en dépendraient ; toutes choses qui n’auraient pu être connues d’avance, si les Volitions des hommes, par lesquelles ils agissaient comme Agents moraux, n’avaient pas été prévues ! La cruauté future des Égyptiens, qui opprimeraient Israël, ainsi que le jugement et le châtiment que Dieu exercerait contre eux pour cela, furent prédits longtemps avant que la chose n’arrivât (Genèse 15:13, 14). La persistance de l’iniquité des Amoréens, et son accroissement jusqu’à ce qu’elle fût à son comble et qu’ils fussent mûrs pour la destruction, furent prédits plus de quatre cents ans d’avance (Genèse 15:16 ; Actes 7:6, 7). Les prophéties de la destruction de Jérusalem et du pays de Juda étaient absolues (2 Rois 20:17-19 ; chap. 22:15 jusqu’à la fin). Elle fut prédite au temps d’Ézéchias, et longuement annoncée dans le livre du prophète Ésaïe, qui n’écrivit rien après les jours d’Ézéchias. Elle fut prédite au temps de Josias, au début d’une grande réformation (2 Rois 22). Et il est manifeste, par d’innombrables traits des prédictions des prophètes relatives à cet événement, à son époque, à ses circonstances, à sa durée et à sa fin, au retour de la captivité, au rétablissement du temple, de la ville et du pays, etc. — ces choses, dis-je, montrent clairement que les prophéties de ce grand événement étaient absolues. Et pourtant cet événement était lié à deux choses de la conduite morale des hommes, et en dépendait : d’abord, les rapines injustes et la violence du roi de Babylone et de son peuple, comme cause efficiente, que Dieu présente souvent comme une chose qu’il ressentait vivement et qu’il punirait sévèrement ; et, en second lieu, l’obstination finale des Juifs. Ce grand événement est souvent présenté comme suspendu à cette obstination (Jérémie 4:1 et 5:1 ; 7:1-7 ; 11:1-6 ; 17:24 jusqu’à la fin ; 25:1-7 ; 26:1-8, 13 ; et 38:17, 18). Par conséquent, cette destruction et cette captivité n’auraient pu être connues d’avance, si une telle conduite morale des Chaldéens et des Juifs n’avait été connue d’avance. Et puis il fut prédit que le peuple serait obstiné jusqu’au bout, jusqu’à l’entière désolation de la ville et du pays (Ésaïe 6:9-11 ; Jérémie 1:18, 19 ; 7:27-29 ; Ézéchiel 3:7 ; et 24:13, 14).
L’obstination finale des Juifs qui étaient restés dans le pays d’Israël, dans leur idolâtrie et leur rejet du vrai Dieu, fut prédite par lui, et la prédiction confirmée par un serment (Jérémie 44:26, 27). Et Dieu dit au peuple (Ésaïe 48:3, 4-8) qu’il avait prédit les choses qui suivraient leur perfidie et leur obstination, parce qu’il savait qu’ils seraient obstinés ; et qu’il avait annoncé ces choses d’avance, afin de les convaincre qu’il est le seul vrai Dieu, etc.
La destruction de Babylone, avec beaucoup de ses circonstances, fut prédite comme le jugement de Dieu sur l’orgueil et la hauteur extrêmes des chefs de cette monarchie, Nabuchodonosor et ses successeurs, sur la méchanceté avec laquelle ils détruisaient d’autres nations, et en particulier sur leur élévation contre le vrai Dieu et contre son peuple, avant qu’aucun de ces monarques n’existât (Ésaïe 13, 14, 47 ; comparez Habakuk 2:5 jusqu’à la fin, et Jérémie 50 et 51). Que la destruction de Babylone dût être « une rétribution, selon leurs œuvres et selon l’ouvrage de leurs mains », cela paraît par Jérémie 25:14. — L’immoralité dont le peuple de Babylone, et en particulier ses princes et ses grands, se rendirent coupables la nuit même où la ville fut détruite, leurs orgies et leur ivrognerie au festin idolâtre de Belschatsar, fut prédite (Jérémie 51:39, 57).
Le retour des Juifs de la captivité de Babylone est souvent prédit de façon très précise, avec beaucoup de circonstances, et les promesses en sont tout à fait péremptoires (Jérémie 31:35-40 ; 32:6-15, 41-44 ; et 33:24-26). Et le temps même de leur retour fut fixé d’avance (Jérémie 25:11, 12 ; 29:10, 11 ; 2 Chroniques 36:21 ; Ézéchiel 4:6 ; et Daniel 9:2). Et pourtant les prophéties présentent leur retour comme consécutif à leur repentance. Et leur repentance elle-même est très expressément et très précisément prédite (Jérémie 29:12, 13, 14 ; 31:8, 9, 18-31 ; 33:8 ; 50:4, 5 ; Ézéchiel 6:8, 9, 10 ; 7:16 ; 14:22, 23 ; et 20:43, 44).
Il fut prédit sous l’Ancien Testament que le Messie souffrirait beaucoup de la malice et de la cruauté des hommes, comme cela est longuement et pleinement exposé au Psaume 22, appliqué à Christ dans le Nouveau Testament (Matthieu 27:35, 43 ; Luc 23:34 ; Jean 19:24 ; Hébreux 2:12). Et de même au Psaume 69, dont il est également évident, par le Nouveau Testament, qu’il est dit de Christ (Jean 15:25 ; 7:5, etc., et 2:17 ; Romains 15:3 ; Matthieu 27:34, 48 ; Marc 15:23 ; Jean 19:29). La même chose est aussi prédite en Ésaïe 53 et 50:6, et en Michée 5:1. Cette cruauté des hommes était leur péché, et ce qu’ils faisaient en tant qu’Agents moraux. Il fut prédit qu’il y aurait une coalition des chefs païens et juifs contre Christ (Psaume 2:1, 2, comparé avec Actes 4:25-28). Il fut prédit que les Juifs, en général, rejetteraient et mépriseraient le Messie (Ésaïe 49:5, 6, 7, et 53:1-3 ; Psaume 22:7, 8, et 69:5, 9, 20, 21). Et il fut prédit que le corps de cette nation serait rejeté, aux jours du Messie, du rang de peuple de Dieu, à cause de son obstination dans le péché (Ésaïe 49:4-7, et 8:14, 15, 16, comparés avec Romains 10:19 ; et Ésaïe 65, au commencement, comparé avec Romains 10:20, 21). Il fut prédit que Christ serait rejeté par les principaux sacrificateurs et les chefs des Juifs (Psaume 118:22, comparé avec Matthieu 21:42 ; Actes 4:11 ; 1 Pierre 2:4, 7).
Christ lui-même prédit qu’il serait livré entre les mains des anciens, des principaux sacrificateurs et des scribes, qu’il serait cruellement traité par eux et condamné à mort ; qu’il serait livré par eux aux païens, et qu’il serait moqué, flagellé et crucifié (Matthieu 16:21, et 20:17-19 ; Luc 9:22 ; Jean 8:28) ; et que le peuple prendrait part à sa mort et y consentirait (Luc 20:13-18), surtout les habitants de Jérusalem (Luc 13:33-35). Il prédit que les disciples seraient tous scandalisés à cause de lui, la nuit même où il serait trahi, et qu’ils l’abandonneraient (Matthieu 26:31 ; Jean 16:32). Il prédit qu’il serait rejeté par cette génération, c’est-à-dire par le corps même du peuple, et que celui-ci persisterait dans son obstination jusqu’à sa ruine (Matthieu 12:45 ; 21:33-42, et 22:1-7 ; Luc 13:16, 21, 24 ; 17:25 ; 19:14, 27, 41, 44 ; 20:13-18 ; et 23:34-39).
De même qu’il fut prédit, dans l’Ancien Testament comme dans le Nouveau, que les Juifs rejetteraient le Messie, de même il fut prédit que les païens le recevraient, et seraient ainsi admis aux privilèges du peuple de Dieu, en des passages trop nombreux pour être maintenant mentionnés en détail. Il fut prédit dans l’Ancien Testament que les Juifs porteraient envie aux païens à ce sujet (Deutéronome 32:21, comparé avec Romains 10:19). Christ lui-même prédit souvent que les païens embrasseraient la vraie religion et deviendraient ses disciples et son peuple (Matthieu 8:10, 11, 12 ; 21:41-43, et 22:8-10 ; Luc 13:28 ; 14:16-24, et 20:16 ; Jean 10:16). Il prédit aussi l’envie des Juifs envers les païens à cette occasion (Matthieu 20:12-16 ; Luc 15:26 jusqu’à la fin). Il prédit qu’ils persisteraient dans cette opposition et cette envie, et qu’ils la manifesteraient par de cruelles persécutions contre ses disciples, jusqu’à leur propre destruction totale (Matthieu 21:33-42 ; 22:6, et 23:34-39 ; Luc 11:49-51). L’obstination des Juifs est aussi prédite (Actes 22:18). Christ prédit souvent les grandes persécutions que ses disciples rencontreraient, tant de la part des Juifs que de celle des païens (Matthieu 10:16-18, 21, 22, 34-36, et 24:9 ; Marc 13:9 ; Luc 10:3 ; 12:11, 49-53, et 21:12, 16, 17 ; Jean 15:18-21, et 16:1-4, 20-22, 23). Il prédit le martyre de personnes particulières (Matthieu 20:23 ; Jean 13:36, et 21:18, 19, 22). Il prédit le grand succès de l’Évangile dans la ville de Samarie, comme un événement tout proche, qui s’accomplit ensuite par la prédication de Philippe (Jean 4:35-38). Il prédit qu’après son départ s’élèveraient beaucoup de séducteurs (Matthieu 24:4, 5, 11), et que beaucoup de ceux qui faisaient profession d’être ses disciples apostasieraient (Matthieu 24:10, 12).
Les persécutions que l’apôtre Paul devait rencontrer dans le monde furent prédites (Actes 9:16 ; 20:23, et 21:11). L’apôtre dit aux chrétiens d’Éphèse (Actes 20:29, 30) : « Je sais qu’il s’introduira parmi vous, après mon départ, des loups cruels qui n’épargneront pas le troupeau, et qu’il s’élèvera du milieu de vous des hommes qui enseigneront des choses pernicieuses, pour entraîner les disciples après eux. » L’apôtre dit qu’il savait cela ; mais il ne le savait pas, si Dieu ne connaissait pas les actions futures des Agents moraux.
4. À moins que Dieu ne connaisse d’avance les actes futurs des Agents moraux, toutes les prophéties que nous avons dans l’Écriture concernant la grande apostasie antichrétienne — l’avènement, le règne, les qualités et les actions méchantes de « l’homme du péché », ainsi que de ses instruments et de ses partisans ; l’étendue et la longue durée de sa domination ; son influence sur l’esprit des princes et d’autres, pour les corrompre et les entraîner à l’idolâtrie et à d’autres vices honteux ; ses grandes et cruelles persécutions ; la conduite des saints au milieu de ces grandes tentations, etc., etc. — à moins, dis-je, que les Volitions des Agents moraux ne soient prévues, toutes ces prophéties sont prononcées sans que soient connues les choses prédites.
Les prédictions relatives à cette grande apostasie sont toutes de nature morale : elles se rapportent aux vertus et aux vices des hommes, à leurs exercices, à leurs fruits et à leurs conséquences, et aux événements qui en dépendent ; elles sont très précises, et la plupart souvent répétées, avec quantité de caractères précis, de descriptions et de délimitations touchant les qualités, la conduite, l’influence, les effets, l’étendue, la durée, les périodes, les circonstances, l’issue finale, etc., qu’il serait fastidieux de mentionner en détail. Et supposer que tout cela soit prédit par Dieu sans aucune connaissance certaine de la conduite morale future des Agents libres serait absurde au plus haut degré.
5. À moins que Dieu ne connaisse d’avance les actes futurs des Volontés des hommes et leur conduite en tant qu’Agents moraux, toutes ces grandes choses qui sont prédites, tant dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau, concernant l’érection, l’établissement et l’extension universelle du royaume du Messie, ont été prédites et promises alors que Dieu ignorait si aucune de ces choses arriverait ou non, et ne faisait que les conjecturer. Car ce royaume n’est pas de ce monde ; il ne consiste pas en des choses extérieures, mais il est au-dedans des hommes, et consiste dans la domination de la vertu dans leurs cœurs, dans la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit, et dans ces choses rendues manifestes dans la pratique, à la louange et à la gloire de Dieu. Le Messie est venu « sauver les hommes de leurs péchés, et les délivrer de leurs ennemis spirituels, afin qu’ils le servent dans la justice et dans la sainteté devant lui : il s’est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de se faire un peuple qui lui appartienne, purifié par lui et zélé pour les bonnes œuvres. » Et c’est pourquoi son succès consiste à gagner les cœurs des hommes à la vertu, à faire d’eux le peuple de Dieu, plein d’ardeur au jour de sa puissance. Sa conquête sur ses ennemis consiste dans sa victoire sur les corruptions et les vices des hommes. Et une telle victoire, une telle domination sont souvent expressément prédites : que son royaume remplirait la terre ; que tous les peuples, les nations et les hommes de toutes langues le serviraient et lui obéiraient ; et ainsi que toutes les nations monteraient à la montagne de la maison de l’Éternel, afin qu’il leur enseigne ses voies et qu’elles marchent dans ses sentiers ; que tous les hommes seraient attirés à Christ, et que la terre serait remplie de la connaissance de l’Éternel (la vraie vertu et la vraie religion), comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent ; que les lois de Dieu seraient mises au-dedans des hommes et écrites dans leur cœur ; et que le peuple de Dieu ne serait composé que de justes, etc., etc.
Une très grande partie des prophéties de l’Ancien Testament est occupée par des prédictions comme celles-là. — Et je voudrais faire observer ici que les prophéties de la prévalence universelle du royaume du Messie et de la vraie religion de Jésus-Christ sont prononcées de la manière la plus péremptoire, et confirmées par le serment de Dieu, Ésaïe 45:22 jusqu’à la fin : « Tournez-vous vers moi, et vous serez sauvés, Vous tous qui êtes aux extrémités de la terre! Car je suis Dieu, et il n’y en a point d’autre. Je le jure par moi-même, La vérité sort de ma bouche et ma parole ne sera point révoquée: Tout genou fléchira devant moi, Toute langue jurera par moi. En l’Éternel seul, me dira-t-on, résident la justice et la force; A lui viendront », etc. Or ici, cette déclaration péremptoire et ce grand serment du Très-Haut sont prononcés avec une si imposante solennité au sujet de choses que Dieu ne connaissait pas, s’il ne prévoyait pas avec certitude les Volitions des Agents moraux.
Et toutes les prédictions de Christ et de ses apôtres allant dans le même sens doivent être sans connaissance : ainsi celles de notre Sauveur, qui compare le royaume de Dieu à un grain de sénevé, devenant extrêmement grand après de petits commencements, et à du levain caché dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que le tout soit levé, etc. — Et les prophéties des épîtres concernant le rétablissement de la nation juive dans la vraie Église de Dieu, et l’entrée de la totalité des païens ; et les prophéties de toute l’Apocalypse concernant le glorieux changement de l’état moral du monde des hommes, qui accompagnera la destruction de l’Antéchrist, lorsque « le royaume du monde est remis à notre Seigneur et à son Christ », et qu’il est donné à l’Église « de se revêtir d’un fin lin, éclatant, pur », car « le fin lin, ce sont les œuvres justes des saints », etc.
Corol. 1. Il s’ensuit que cette grande promesse et ce grand serment de Dieu à Abraham, à Isaac et à Jacob, si célébrés dans l’Écriture, tant dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau, à savoir : « Que toutes les nations et toutes les familles de la terre seraient bénies en leur postérité », doivent avoir été faits sur des incertitudes, si Dieu ne connaît pas d’avance avec certitude les Volitions des Agents moraux. Car l’accomplissement de cette promesse consiste dans ce succès de Christ dans l’œuvre de la rédemption, et dans cet établissement de son royaume spirituel sur les nations du monde, dont il a été parlé. Les hommes ne sont « bénis en Christ » qu’en tant qu’ils sont amenés à le reconnaître, à se confier en lui, à l’aimer et à le servir, comme cela est représenté et prédit au Psaume 72:11 : « Tous les rois se prosterneront devant lui, Toutes les nations le serviront. » Avec le v. 17 : « Par lui on se bénira mutuellement, Et toutes les nations le diront heureux. » Ce serment à Jacob et à Abraham s’accomplit en soumettant les iniquités des hommes, comme l’implique cette parole du prophète Michée, chap. 7:19, 20.
Corol. 2. Il apparaît aussi par là que la première promesse évangélique qui ait jamais été faite au genre humain, cette grande prédiction du salut apporté par le Messie et de sa victoire sur Satan, faite à nos premiers parents (Genèse 3:15), ne saurait avoir de meilleur fondement qu’une conjecture, s’il n’y a pas de Prescience certaine des volitions des Agents moraux. Car la victoire de Christ sur Satan consiste en ce que les hommes sont sauvés du péché, et dans la victoire de la vertu et de la sainteté sur ce vice et cette méchanceté que Satan a introduits par ses tentations, et en quoi consiste son royaume.
6. S’il est vrai que Dieu n’a pas de Prescience des actions futures des Agents moraux, il s’ensuivra que les prophéties de l’Écriture, en général, sont dépourvues de Prescience. Car les prophéties de l’Écriture, presque toutes, sinon toutes sans exception, sont soit des prédictions des actes et de la conduite des Agents moraux, soit d’événements qui en dépendent ou qui leur sont liés de quelque manière : dispensations judiciaires, jugements sur les hommes pour leur méchanceté, ou récompenses de la vertu et de la justice, manifestations remarquables de faveur envers les justes, ou manifestations de la miséricorde souveraine envers les pécheurs, pardonnant leurs iniquités et magnifiant les richesses de la grâce divine ; ou dispensations de la Providence, à un égard ou à un autre, relatives à la conduite des sujets du gouvernement moral de Dieu et sagement adaptées à celle-ci ; soit qu’elles pourvoient à ce qui devait être dans un état futur des choses, par les Volitions et les actions volontaires des Agents moraux, soit qu’elles en soient la suite, et qu’elles soient réglées et ordonnées d’après elles. De sorte que tous les événements prédits sont, ou bien des événements moraux, ou bien d’autres qui leur sont liés et qui s’y accommodent.
Que les prédictions de l’Écriture, en général, doivent être sans connaissance si Dieu ne prévoit pas les Volitions des hommes, cela paraîtra davantage encore si l’on considère que presque tous les événements qui appartiennent à l’état futur du monde des hommes, les changements et les révolutions qui surviennent dans les empires, les royaumes, les nations et toutes les sociétés, dépendent, de manières innombrables, des actes des Volontés des hommes, et même d’une multitude innombrable de millions de Volitions. Tel est l’état et le cours des choses dans le monde des hommes, qu’un seul événement, qui paraît en lui-même extrêmement insignifiant, peut, dans le progrès et la suite des choses, occasionner une succession d’événements des plus grands, des plus importants et des plus étendus, rendant l’état du genre humain extrêmement différent de ce qu’il aurait été autrement, pour toutes les générations suivantes.
Par exemple, la venue à l’existence de ces hommes particuliers qui ont été les grands conquérants du monde, et qui, sous Dieu, ont eu la principale part dans tout l’état subséquent du monde, dans tous les âges qui ont suivi, tels que Nabuchodonosor, Cyrus, Alexandre, Pompée, Jules César, etc., a sans aucun doute dépendu de bien des millions d’actes de la volonté chez leurs parents. Et peut-être la plupart de ces Volitions dépendaient-elles de millions de Volitions chez leurs contemporains de la même génération, et la plupart de celles-ci de millions de millions de Volitions dans les générations précédentes. — À mesure que nous remontons, le nombre des Volitions qui ont été de quelque manière l’occasion de l’événement se multiplie comme les branches d’un fleuve, jusqu’à atteindre enfin, pour ainsi dire, un nombre infini. Cela ne paraîtra étrange à personne qui considère bien la chose, si nous nous rappelons ce que les philosophes nous disent des multitudes innombrables de ces choses qui sont les principia, ou stamina vitae, qui interviennent dans la génération : les animalcula in semine masculo, et les ova dans le sein de la femme ; la fécondation ou l’animation de l’un d’entre eux, à l’exclusion de tous les autres, doit dépendre de choses infiniment petites relatives au temps et aux circonstances de l’acte des parents, à l’état de leur corps, etc., lesquelles doivent dépendre d’innombrables circonstances et d’innombrables faits antérieurs ; lesquels doivent dépendre, d’une infinité de manières, d’actes antérieurs de leurs volontés ; lesquels sont occasionnés par d’innombrables choses qui arrivent dans le cours de leur vie, et où leur propre conduite et celle de leurs voisins doivent avoir une part, d’une infinité de manières. Et de même que les Volitions d’autrui doivent intervenir de tant de manières dans la conception et la naissance de tels hommes, de même, et non moins, dans leur conservation et les circonstances de leur vie, dans leurs déterminations et leurs actions particulières, dont dépendirent les grandes révolutions dont ils furent l’occasion. Ainsi, par exemple, lorsque les conjurés de Perse contre les Mages délibéraient sur la succession à l’empire, il vint à l’esprit de l’un d’eux de proposer que celui dont le cheval hennirait le premier, lorsqu’ils se réuniraient le lendemain matin, serait roi. Or, qu’une telle idée lui vînt à l’esprit pouvait dépendre d’innombrables incidents où les Volitions des hommes avaient eu part. Mais, en conséquence de cet accident, Darius, fils d’Hystaspe, devint roi. Et si cela n’avait pas eu lieu, son successeur n’aurait probablement pas été le même, et toutes les circonstances de l’empire perse auraient pu être tout autres. Alors peut-être Alexandre n’aurait-il jamais conquis cet empire ; et alors, probablement, les circonstances du monde dans tous les âges suivants auraient pu être extrêmement différentes. Je pourrais citer encore bien d’autres faits, tels que ceux dont dépendit la conservation d’Alexandre dans les nombreuses conjonctures critiques de sa vie, où une simple bagatelle aurait fait pencher la balance contre lui ; et la conservation et le succès du peuple romain dans l’enfance de son royaume et de sa république, et par la suite ; d’où dépendirent tous les changements qui suivirent dans son état, et les puissantes révolutions qui survinrent ensuite dans le monde habité. Mais ces indications suffiront à toute personne judicieuse et réfléchie pour la convaincre que tout l’état du monde des hommes, dans tous les âges, et l’existence même de chaque personne qui y a jamais vécu, en tout âge, depuis le temps des anciens prophètes, ont dépendu de plus de Volitions, ou d’actes des Volontés des hommes, qu’il n’y a de grains de sable sur le rivage de la mer.
Et par conséquent, à moins que Dieu ne prévoie de la manière la plus exacte et la plus parfaite les actes futurs des Volontés des hommes, toutes les prédictions qu’il a jamais prononcées concernant David, Ézéchias, Josias, Nabuchodonosor, Cyrus, Alexandre ; concernant les quatre monarchies et les révolutions survenues en elles ; et concernant toutes les guerres, les troubles, les victoires, les prospérités et les calamités de quelque royaume, nation ou communauté que ce soit dans le monde, ont toutes été sans connaissance.
De sorte que, selon cette notion, Dieu ne prévoyant pas les Volitions et les actions libres des hommes, il ne pourrait rien prévoir de ce qui touche à l’état du monde des hommes dans les âges futurs, pas même l’existence d’une seule personne qui devait y vivre ; et il ne pourrait connaître d’avance aucun événement, sinon ceux qu’il ferait arriver lui-même par l’intervention extraordinaire de sa puissance immédiate, ou les choses qui devaient arriver dans le monde naturel et matériel, selon les lois du mouvement et le cours de la nature, en tant que celui-ci est indépendant des actions ou des œuvres des hommes : c’est-à-dire qu’il pourrait, comme un très habile mathématicien et astronome, calculer avec une grande exactitude les révolutions des corps célestes et les plus grandes roues de la machine de la création extérieure.
Et si nous considérons la chose de près, il apparaîtra qu’il y a lieu d’être convaincu qu’il ne pourrait même pas prévoir celles-ci avec une certitude absolue. Quant aux premières, à savoir les choses accomplies par l’intervention immédiate et extraordinaire de la puissance de Dieu, elles ne peuvent être prévues, à moins qu’on ne puisse prévoir quand il y aura lieu à une telle intervention extraordinaire. Et cela ne peut être prévu, à moins que l’état du monde moral ne puisse être prévu. Car toutes les fois que Dieu intervient ainsi, c’est eu égard à l’état du monde moral, qui requiert une telle intervention divine. Ainsi Dieu ne pouvait prévoir avec certitude le déluge universel, la vocation d’Abraham, la destruction de Sodome et de Gomorrhe, les plaies d’Égypte et la délivrance d’Israël hors de ce pays, l’expulsion des sept nations de Canaan et l’introduction d’Israël dans ce pays ; car toutes ces choses sont représentées comme liées à des choses qui appartiennent à l’état du monde moral. Dieu ne peut pas non plus connaître d’avance le temps le plus propre et le plus convenable pour le jour du jugement et l’embrasement universel ; car cela dépend principalement du cours et de l’état des choses dans le Monde moral.
Secondement, nous ne pouvons pas davantage, dans cette supposition, penser raisonnablement que Dieu puisse prévoir avec certitude les choses qui doivent arriver, dans le cours des choses, dans le monde naturel et matériel, même celles qu’un bon astronome pourrait calculer dans un état ordinaire des choses. Car le monde moral est la fin du monde naturel ; et le cours des choses dans le second est sans aucun doute subordonné aux desseins de Dieu à l’égard du premier. C’est pourquoi il a vu des raisons, eu égard à l’état des choses dans le monde moral, d’intervenir de façon extraordinaire, d’interrompre et d’arrêter le cours des choses dans le monde naturel ; et, à moins qu’il ne puisse prévoir la Volition des hommes, et connaître ainsi quelque chose de l’état futur du monde moral, il ne peut savoir s’il n’aura pas encore autant d’occasions d’intervenir de cette manière qu’il en a jamais eu ; et il ne peut pas non plus prévoir comment ni quand il aura l’occasion d’intervenir ainsi.
Corol. 1. Il ressort des choses observées qu’à moins que Dieu ne prévoie la Volition des Agents moraux, ne peut être vrai ce que remarque l’apôtre Jacques (Actes 15:18) : « Toutes ses œuvres sont connues de Dieu depuis le commencement du monde. »
Corol. 2. Il apparaît qu’à moins que Dieu ne connaisse d’avance la Volition des Agents moraux, toutes les prophéties de l’Écriture n’ont pas de meilleur fondement qu’une simple conjecture ; et, dans la plupart des cas, une conjecture qui doit être de la plus extrême incertitude, puisqu’elle dépend d’une multitude innombrable de Volitions, qui sont toutes, même pour Dieu, des événements incertains : et pourtant ces prophéties sont prononcées comme des prédictions absolues, et un très grand nombre d’entre elles de la manière la plus positive, avec des affirmations solennelles ; et quelques-unes avec les serments les plus solennels.
Corol. 3. Il s’ensuit aussi que, si cette notion de l’ignorance où Dieu serait des Volitions futures est vraie, c’est en vain que Christ a dit, après avoir prononcé beaucoup de prédictions grandes et importantes qui dépendaient des actions morales des hommes (Matthieu 24:35) : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. »
Corol. 4. De la même notion de l’ignorance de Dieu, il s’ensuivrait que c’est en vain qu’il a lui-même souvent parlé des prédictions de sa parole comme de preuves de sa Prescience, de ce qui est sa prérogative en tant que DIEU et sa gloire propre, qui le distingue grandement de tous les autres êtres (comme en Ésaïe 41:22-26 ; 43:9, 10 ; 44:8 ; 45:21 ; 46:10 ; et 48:14).
Arg. II. Si Dieu ne connaît pas d’avance les Volitions des Agents moraux, alors il n’a pas connu d’avance la chute de l’homme, ni celle des anges, et ainsi il n’a pu connaître d’avance les grandes choses qui sont la suite de ces événements : par exemple, l’envoi de son Fils dans le monde pour mourir pour les pécheurs, et toutes les choses qui appartiennent à la grande œuvre de la rédemption ; toutes les choses qui furent faites pendant quatre mille ans, avant la venue de Christ, pour lui préparer le chemin ; et l’incarnation, la vie, la mort, la résurrection et l’ascension de Christ ; son établissement à la tête de l’univers comme Roi du ciel et de la terre, des anges et des hommes ; l’établissement de son Église et de son royaume dans ce monde, et sa désignation comme Juge du monde ; et tout ce que Satan ferait dans le monde en opposition au royaume de Christ ; et les grands événements du jour du jugement, etc. Et si Dieu était ainsi dans l’ignorance, les passages suivants de l’Écriture, et d’autres semblables, doivent être dépourvus de tout sens, ou contraires à la vérité. (Éphésiens 1:4) : « En lui Dieu nous a élus avant la fondation du monde. » (1 Pierre 1:20) : « Lui qui a été prédestiné avant la fondation du monde. » (2 Timothée 1:9) : « qui nous a sauvés, et nous a adressé une sainte vocation, non à cause de nos œuvres, mais selon son propre dessein, et selon la grâce qui nous a été donnée en Jésus-Christ avant les temps éternels. » De même (Éphésiens 3:11), parlant de la sagesse de Dieu dans l’œuvre de la rédemption : « selon le dessein éternel qu’il a mis à exécution par Jésus-Christ ». (Tite 1:2) : « Dans l’espérance de la vie éternelle, promise dès les plus anciens temps par le Dieu qui ne ment point. » (Romains 8:29) : « ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés », etc. (1 Pierre 1:2) : « élus selon la prescience de Dieu le Père. »
Si Dieu n’a connu d’avance ni la chute de l’homme, ni la rédemption par Jésus-Christ, ni les Volitions de l’homme depuis la chute, alors il n’a connu d’avance les saints en aucun sens : ni comme personnes particulières, ni comme sociétés ou nations ; ni par élection, ni par la simple prévision de leur vertu ou de leurs bonnes œuvres ; ni par aucune prévision de quoi que ce soit en eux qui se rapporte à leur salut, ou à quelque bienfait qu’ils tiennent de Christ, ou à quelque rapport que ce soit qu’ils aient avec un Rédempteur.
Arg. III. Dans la supposition que Dieu ignore les Volitions futures des Agents libres, il s’ensuivra que Dieu doit, en bien des cas, se repentir véritablement de ce qu’il a fait, au point de souhaiter proprement avoir agi autrement ; pour la raison que l’issue des choses, dans les affaires les plus importantes, à savoir les affaires de son royaume moral, étant incertaine et contingente, tourne souvent tout autrement qu’il ne s’y attendait. Et il y aurait lieu d’entendre au sens le plus littéral cette parole (Genèse 6:6) : « L’Éternel se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre, et il fut affligé en son cœur. » (et 1 Samuel 15:11), contrairement à Nombres 23:19 : « Dieu n’est point fils d’un homme pour se repentir » ; et à 1 Samuel 15:29 : « Celui qui est la force d’Israël ne ment point et ne se repent point, car il n’est pas un homme pour se repentir. » Bien plus, il découlerait de cette notion que Dieu est sujet à se repentir et à être affligé en son cœur, au sens littéral, continuellement ; et qu’il est toujours exposé à un nombre infini de déceptions réelles dans le gouvernement du monde, et à une perplexité et à un tourment multiples, constants et grands : mais cela ne s’accorde guère avec son titre de « Dieu au-dessus de toutes choses, béni éternellement », qui le représente comme possédant une tranquillité et une félicité parfaites, constantes et ininterrompues, en tant que Dieu de l’univers, et dans sa conduite des affaires du monde, en tant que souverain suprême et universel. (Voyez Romains 1:25 ; 9:5 ; 2 Corinthiens 11:31 ; 1 Timothée 6:15.)
ARG. IV. Il s’ensuivra aussi de cette notion que, de même que Dieu est sujet à se repentir continuellement de ce qu’il a fait, de même il doit être exposé à changer constamment d’avis et d’intentions quant à sa conduite future ; à modifier ses mesures, à abandonner ses anciens desseins et à former de nouveaux plans et de nouveaux projets. Car ses desseins, même quant aux parties principales de son plan, telles que celles qui appartiennent à l’état de son royaume moral, doivent être toujours exposés à être rompus, faute de prévoyance ; et il doit être continuellement occupé à remettre en ordre son système, à mesure qu’il se dérange, par la contingence des actions des Agents moraux : il doit être un Être qui, au lieu d’être absolument immuable, doit nécessairement être sujet, infiniment plus que tout autre être quel qu’il soit, aux actes de repentir et aux changements d’intention les plus nombreux ; pour cette raison toute simple que sa charge, extrêmement étendue, comprend un nombre infiniment plus grand de ces choses qui sont pour lui contingentes et incertaines. Dans une telle situation, il ne doit guère avoir autre chose à faire que de raccommoder les maillons rompus aussi bien qu’il le peut, et de rectifier sa charpente disloquée et ses mouvements déréglés, de la meilleure manière que le cas le permette. Le Seigneur suprême de toutes choses doit nécessairement se trouver dans des désavantages grands et misérables pour gouverner le monde qu’il a fait et dont il a la charge, parce qu’il est absolument incapable de découvrir des choses de la plus haute importance qui arriveront plus tard à son système ; choses pour lesquelles, s’il les connaissait seulement, il pourrait prendre à temps ses dispositions. En bien des cas, il peut y avoir une très grande nécessité qu’il prenne ses dispositions, dans la manière dont il ordonne et dispose les choses, en vue de quelques grands événements qui doivent arriver, d’une influence vaste et étendue, et d’une conséquence sans fin pour l’univers ; événements qu’il pourra voir ensuite, quand il sera trop tard, et qu’il pourra souhaiter en vain avoir connus auparavant, afin d’avoir pu régler ses affaires en conséquence. Et il est au pouvoir de l’homme, d’après ces principes, par ses inventions, ses desseins et ses actions, de décevoir ainsi Dieu, de rompre ses mesures, de le faire continuellement changer d’avis, de l’assujettir au tourment et de le jeter dans la confusion.
Mais comment ces choses s’accordent-elles avec la raison, ou avec la parole de Dieu ? Laquelle représente que toutes les œuvres de Dieu, tout ce qu’il aura jamais à faire, tout le plan et toute la suite de ses opérations, sont dès le commencement parfaitement sous son regard ; et déclare que, quelles que soient les pensées et les desseins qui sont dans le cœur des hommes, « Les desseins de l’Éternel subsistent à toujours, Et les projets de son cœur, de génération en génération » (Proverbes 19:21 ; Psaume 33:10, 11). Et que « L’Éternel des armées a pris cette résolution: qui s’y opposera? » (Ésaïe 14:27). Et qu’il ne peut être frustré dans aucun dessein ni aucune pensée (Job 42:2). Et que « tout ce que Dieu fait durera toujours, qu’il n’y a rien à y ajouter et rien à en retrancher » (Ecclésiaste 3:14). La stabilité et la perpétuité des conseils de Dieu sont expressément présentées comme liées à sa prescience (Ésaïe 46:10) : « J’annonce dès le commencement ce qui doit arriver, Et longtemps d’avance ce qui n’est pas encore accompli; Je dis: Mes arrêts subsisteront, Et j’exécuterai toute ma volonté. » — Et comment ces choses s’accordent-elles avec ce que l’Écriture dit de l’immutabilité de Dieu, qu’elle représente comme celui « chez lequel il n’y a ni changement ni ombre de variation », et dont elle parle tout particulièrement comme immuable quant à ses desseins (Malachie 3:6) : « Car je suis l’Éternel, je ne change pas; Et vous, enfants de Jacob, vous n’avez pas été consumés. » (Exode 3:14) : « Je suis celui qui suis. » (Job 23:13, 14) : « Mais sa résolution est arrêtée; qui s’y opposera? Ce que son âme désire, il l’exécute. Il accomplira donc ses desseins à mon égard. »
Arg. V. Si l’on considère à fond cette notion de l’ignorance où Dieu serait des Volitions futures des Agents moraux dans ses conséquences, il apparaîtra qu’il en découle que Dieu, après avoir fait le monde, était exposé à être entièrement frustré de la fin qu’il s’était proposée en le créant ; et qu’ainsi il a été, de même, exposé à être frustré de sa fin dans toutes les grandes œuvres qu’il a accomplies. Il est manifeste que le monde moral est la fin du monde naturel : le reste de la création n’est qu’une maison que Dieu a bâtie et meublée pour des Agents moraux ; et le bon ou le mauvais état du monde moral dépend de l’usage qu’ils font de leur Agentivité naturelle, et dépend ainsi de leurs Volitions. Et par conséquent, si celles-ci ne peuvent être prévues par Dieu, parce qu’elles sont contingentes et ne sont soumises à aucune espèce de nécessité, alors les affaires du monde moral sont exposées à mal tourner à n’importe quel degré assignable ; bien plus, exposées à être entièrement ruinées. De même que, dans ce système, on peut bien supposer qu’il est dit au sens littéral, lorsque le genre humain, par l’abus de son Agentivité morale, devint très corrompu avant le déluge, « que l’Éternel se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre, et il fut affligé en son cœur » ; de même, lorsqu’il fit l’univers, il ne savait pas s’il ne serait pas tellement déçu à son égard qu’il en serait affligé en son cœur de l’avoir fait. Il se trouva en fait que tout le genre humain devint pécheur, et qu’une très grande partie des anges apostasièrent : et comment Dieu pouvait-il savoir d’avance que tous ne le feraient pas ? Et comment Dieu pouvait-il savoir si tout le genre humain, malgré les moyens employés pour le ramener, étant toujours laissé à la liberté de sa propre Volonté, ne persévérerait pas dans son apostasie, et n’irait pas de mal en pis, comme le firent ceux de l’ancien monde avant le déluge ?
Selon le système que je m’efforce de réfuter, la Chute ni des hommes ni des anges n’a pu être prévue, et Dieu a dû être grandement déçu par ces événements ; et ainsi le grand dessein de notre rédemption et de la destruction des œuvres du diable par le Messie, et toutes les grandes choses que Dieu a faites dans la poursuite de ces desseins, ne doivent être que les fruits de sa propre déception : des expédients pour réparer, aussi bien qu’il le pouvait, son système, qui était à l’origine tout entier très bon et parfaitement beau, mais qui fut rompu et bouleversé par la libre Volonté des anges et des hommes. Et il doit encore être exposé à être totalement déçu une seconde fois : il ne pouvait savoir s’il obtiendrait le succès désiré dans l’incarnation, la vie, la mort, la résurrection et l’exaltation de son Fils unique, et dans les autres grandes œuvres accomplies pour rétablir l’état des choses ; il ne pouvait savoir, après tout, s’il y aurait réellement une mesure tolérable de rétablissement ; car cela dépendait de la libre Volonté de l’homme. Il y a eu une grande apostasie générale de presque tout le monde chrétien vers ce qui était pire que le paganisme, et elle a duré pendant bien des siècles. Et comment Dieu, sans prévoir les Volitions des hommes, pouvait-il savoir si la chrétienté reviendrait jamais de cette apostasie ? Et de quelle manière pourrait-il prédire combien tôt elle commencerait ? L’apôtre dit qu’elle était déjà à l’œuvre de son temps ; et comment pouvait-on savoir jusqu’où elle irait dans ce siècle-là ? Bien plus, comment pouvait-on savoir que l’Évangile, qui n’avait pas été efficace pour la réformation des Juifs, serait jamais efficace pour détourner les nations païennes de leur apostasie païenne, dans laquelle elles s’étaient affermies depuis tant de siècles ?
Il est souvent représenté dans l’Écriture que Dieu, qui a fait le monde pour lui-même et l’a créé pour son bon plaisir, obtiendrait infailliblement sa fin dans la création et dans toutes ses œuvres ; que, de même que toutes choses sont de lui, de même elles seraient toutes pour lui ; et que, dans l’issue finale des choses, il apparaîtrait qu’il est « le premier et le dernier ». (Apocalypse 21:6) : « Et il me dit: C’est fait! Je suis l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin, le premier et le dernier. » Mais ces choses ne s’accordent ni avec l’exposition de Dieu à être déçu dans toutes ses œuvres, ni même avec l’idée qu’il manque sa fin en quoi que ce soit qu’il ait entrepris.
Chapitre 16 terminé
Section XI. Preuve tirée de la Prescience certaine que Dieu a des volitions des Agents moraux