Chapitre 9 · 11 min de lecture · 14 min d’écoute
La prière et une norme définie de la religion
« L’ange Gabriel l’a appelé “le saint enfant” avant sa naissance. Tel il était, tels nous sommes aussi, dans notre mesure, dans ce monde. » — Dr Alexander Whyte.
Une grande part de la faiblesse, de la stérilité et de la pauvreté de la religion vient de ce qu’on n’a pas, en religion, une norme scripturaire et raisonnable d’après laquelle former le caractère et mesurer les résultats ; et cela vient en grande partie de ce qu’on omet la prière, ou de ce qu’on ne fait pas entrer la prière dans la norme. Il nous est absolument impossible de marquer nos progrès en religion s’il n’y a aucun point vers lequel nous avançons de façon définie. Il faut toujours avoir devant les yeux de l’esprit quelque chose de défini que nous visons et vers quoi nous tendons. Nous ne pouvons opposer ce qui est bien formé à ce qui est informe s’il n’y a pas de modèle d’après lequel nous façonner. Il ne peut pas non plus y avoir d’inspiration s’il n’y a pas de fin élevée pour nous stimuler.
Beaucoup de chrétiens sont décousus et sans but parce qu’ils n’ont devant eux aucun modèle d’après lequel former leur conduite et leur caractère. Ils avancent simplement au hasard, l’esprit dans le brouillard, sans modèle en vue, sans point de mire, sans norme vers laquelle ils s’efforcent de tendre. Il n’y a aucune norme pour apprécier et jauger leurs efforts. Il n’y a là aucun aimant pour remplir leurs yeux, hâter leurs pas, les attirer et les maintenir fermes.
Toute cette idée vague de la religion naît de notions relâchées sur la prière. Ce qui aide à rendre claire et définie la norme de la religion, c’est la prière. Ce qui aide à placer haut cette norme, c’est la prière. Ceux qui prient sont ceux qui ont quelque chose de défini en vue. En fait, la prière elle-même est une chose très définie ; elle vise quelque chose de précis, elle a un but qu’elle vise. La prière vise l’expérience religieuse la plus définie, la plus élevée et la plus douce. Ceux qui prient veulent tout ce que Dieu leur réserve. Ils ne se contentent de rien qui ressemble à une vie religieuse médiocre, superficielle, vague et indéfinie. Ceux qui prient ne recherchent pas seulement « une œuvre plus profonde de la grâce », mais veulent l’œuvre de la grâce la plus profonde qui soit possible et promise. Ils ne cherchent pas à être sauvés de quelque péché, mais de tout péché, intérieur aussi bien qu’extérieur. Ils cherchent la délivrance non seulement de l’acte de pécher, mais du péché lui-même, de son existence, de sa puissance et de sa souillure. Ils recherchent la sainteté du cœur et de la vie.
La prière croit à la vie religieuse la plus élevée que nous présente la Parole de Dieu, et elle la recherche. La prière est la condition de cette vie. La prière montre le seul chemin qui mène à une telle vie. La norme de la vie religieuse est la norme de la prière. La prière est si vitale, si essentielle, d’une si vaste portée, qu’elle entre dans toute la religion et place la norme, claire et définie, devant les yeux. Le degré d’estime que nous avons pour la prière fixe nos idées sur la norme de la vie religieuse. La norme de la religion biblique est la norme de la prière. Plus il y a de prière dans la vie, plus nos notions de la religion sont définies et élevées.
Les Écritures seules établissent la norme de la vie et de l’expérience. Quand nous établissons notre propre norme, il y a illusion et fausseté, car alors nos désirs, nos commodités et nos plaisirs font la règle, et c’est toujours une règle charnelle et basse. Tous les principes fondamentaux d’une religion semblable à Christ en sont exclus. Toute norme de religion qui fait une place aux soins de la chair est contraire à l’Écriture et nuisible.
Il ne convient pas davantage de laisser à d’autres le soin de fixer pour nous la norme de la religion. Quand nous laissons d’autres établir notre norme de religion, elle est généralement déficiente, parce que, dans l’imitation, les défauts passent à l’imitateur plus aisément que les vertus, et la seconde édition d’un homme est gâtée par ses défauts.
Le dommage le plus grave, quand on détermine ainsi ce qu’est la religion d’après ce que disent les autres, c’est de laisser l’opinion courante, la contagion de l’exemple, le niveau de religion qui a cours parmi nous, façonner nos opinions et notre caractère religieux. Adoniram Judson écrivit un jour à un ami : « Laissez-moi vous supplier de ne pas vous contenter de la religion ordinaire qui prévaut aujourd’hui si largement. »
La religion ordinaire plaît à la chair et au sang. Il n’y a en elle ni renoncement à soi-même, ni croix à porter, ni crucifixion de soi. Elle est assez bonne pour nos voisins. Pourquoi serions-nous singuliers et rigoristes ? D’autres vivent à un niveau bas, au niveau des compromis, vivant comme vit le monde. Pourquoi serions-nous un peuple particulier, zélés pour les bonnes œuvres ? Pourquoi combattrions-nous pour gagner le ciel, alors que tant d’autres y voguent sur « des lits fleuris de mollesse » ? La foule nonchalante, insouciante et flâneuse, qui vit sans prière, va-t-elle au ciel ? Le ciel est-il un lieu qui convienne à des gens qui ne prient pas, qui vivent dans le relâchement et qui aiment leurs aises ? Telle est la question suprême.
Paul donne l’avertissement suivant contre la tentation de prendre pour norme de notre mesure la compagnie religieuse joyeuse et avide de plaisirs qui nous entoure :
« Nous n’osons pas nous égaler ou nous comparer à quelques-uns de ceux qui se recommandent eux-mêmes. Mais, en se mesurant à leur propre mesure et en se comparant à eux-mêmes, ils manquent d’intelligence. Pour nous, nous ne voulons pas nous glorifier hors de toute mesure; nous prendrons, au contraire, pour mesure les limites du partage que Dieu nous a assigné, de manière à nous faire venir aussi jusqu’à vous. »
Aucune norme de religion ne mérite un instant d’attention si elle laisse la prière hors de compte. Aucune norme ne mérite qu’on y pense si elle ne fait pas de la prière la chose principale de la religion. La prière est si nécessaire, si fondamentale dans le plan de Dieu, d’une telle importance pour tout ce qui ressemble à une vie religieuse, qu’elle entre dans toute la religion de la Bible. La prière elle-même est une norme, définie, catégorique, scripturaire. Une vie de prière est la règle divine. C’est là le modèle, de même que notre Seigneur, homme de prière, est pour nous le seul modèle à imiter. La prière façonne le modèle d’une vie religieuse. La prière est la mesure. La prière moule la vie.
La conception populaire de la religion, vague et indéfinie, ne comporte aucune prière. Dans son programme, la prière est entièrement omise, ou placée si bas et rendue si insignifiante qu’elle vaut à peine d’être mentionnée. La norme humaine de la religion n’a rien à voir avec la prière.
C’est la norme de Dieu que nous devons viser, non celle de l’homme. Ce ne sont pas les opinions des hommes, ni ce qu’ils disent, mais ce que disent les Écritures. Des notions relâchées de la religion naissent de notions basses de la prière. L’absence de prière engendre des vues relâchées, nuageuses et indéfinies de ce qu’est la religion. Une vie sans but et l’absence de prière vont de pair. La prière met quelque chose de défini dans l’esprit. La prière recherche quelque chose de précis. Plus nos vues sur la nature et la nécessité de la prière sont définies, plus nos vues sur l’expérience chrétienne et sur la vie droite seront définies, et moins nos vues de la religion seront vagues. Une norme basse de la religion habite tout près d’une norme basse de la prière.
Tout, dans une vie religieuse, dépend de ce qu’on soit défini. Le caractère défini de nos expériences religieuses et de notre vie dépendra du caractère défini de nos vues sur ce qu’est la religion et sur les choses qui la composent.
Les Écritures placent toujours devant nous l’unique norme de la consécration entière à Dieu. C’est la règle divine. C’est le côté humain de cette norme. Le sacrifice agréable à Dieu doit être complet, entier, un holocauste. Telle est la mesure établie dans la Parole de Dieu. Rien de moins que cela ne peut plaire à Dieu. Rien de partagé ne peut lui plaire. « un sacrifice vivant », saint et parfait en toutes ses parties : telle est la mesure de notre service envers Dieu. Un plein renoncement à soi-même, une libre reconnaissance du droit de Dieu sur nous, et une offrande sincère de tout à lui — voilà l’exigence divine. Rien d’indéfini en cela. Il n’y a rien là qui soit régi par les opinions des autres ou influencé par la manière dont vivent les hommes autour de nous.
Et si une vie de prière est comprise dans une telle consécration entière, la prière, en même temps, conduit au point où une consécration complète est faite à Dieu. La consécration n’est que l’expression silencieuse de la prière. Et la norme religieuse la plus élevée est la mesure de la prière et du don de soi à Dieu. La vie de prière et la vie consacrée sont associées dans la religion. Elles sont si étroitement alliées qu’elles ne sont jamais séparées. La vie de prière est le fruit direct de la consécration entière à Dieu. La prière est l’épanchement naturel d’une vie réellement consacrée. La mesure de la consécration est la mesure de la prière véritable. Aucune consécration n’est agréable à Dieu si elle n’est parfaite en toutes ses parties, de même qu’aucun holocauste d’un Juif ne fut jamais agréé de Dieu s’il n’était un « holocauste entier ». Et une consécration de cette sorte, conforme à cette mesure divine, contient comme principe fondamental l’œuvre de la prière. La consécration est faite à Dieu. La prière a affaire avec Dieu. La consécration, c’est se mettre entièrement à la disposition de Dieu. Et Dieu veut et ordonne que tous ceux qui lui sont consacrés soient des gens qui prient. Telle est l’unique norme définie que nous devons viser. Nous ne pouvons nous permettre de chercher plus bas.
Une norme scripturaire de la religion comprend une expérience religieuse claire. La religion n’est rien si elle n’est pas une expérience vécue. La religion s’adresse à la conscience intérieure. Elle est une expérience ou elle n’est rien, et une expérience qui s’ajoute à une vie religieuse. Il y a la partie intérieure de la religion aussi bien que l’extérieure. Non seulement nous devons « travailler à notre salut avec crainte et tremblement », mais « c’est Dieu qui produit en nous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir ». Il y a une « bonne œuvre en vous », aussi bien qu’une vie extérieure à vivre. La nouvelle naissance est une expérience chrétienne définie, prouvée par des marques infaillibles, qui s’adresse à la conscience intérieure. Le témoignage de l’Esprit n’est pas quelque chose d’indéfini et de vague, mais une assurance intérieure claire et définie, donnée par le Saint-Esprit, que nous sommes enfants de Dieu. En fait, tout ce qui appartient à l’expérience religieuse est clair et défini, et apporte une joie, une paix et un amour conscients. Et telle est la norme divine de la religion, une norme que l’on atteint par une prière ardente et constante, et une expérience religieuse maintenue vivante et élargie par ce même moyen de la prière.
Une fin à atteindre, vers laquelle diriger l’effort, est importante dans toute entreprise, afin de lui donner unité, énergie et constance. Dans la vie chrétienne, une telle fin est de toute importance. Sans une norme élevée placée devant nous, à atteindre, et que nous recherchons avec ardeur, la lassitude énervera l’effort, et l’expérience passée se corrompra ou s’évaporera en simple sentiment, ou se durcira en un principe froid et sans amour.
Il nous faut avancer. « C’est pourquoi, laissant les éléments de la parole de Christ, tendons à ce qui est parfait. » Le terrain que nous occupons présentement ne peut être tenu qu’en faisant des progrès, et tout l’avenir doit en être couvert et éclairé. En religion, il ne suffit pas d’avancer. Il nous faut savoir où nous allons. Cela est de toute importance. Il est essentiel qu’en avançant dans l’expérience religieuse nous ayons quelque chose de défini en vue, et que nous nous dirigions vers ce seul point. Avancer toujours sans savoir vers quel lieu nous allons est beaucoup trop vague et indéfini, et ressemble à un homme qui se met en route sans avoir en vue aucune destination. Il importe que nous ne perdions pas de vue le point de départ de la vie religieuse, et que nous mesurions les pas déjà faits. Mais il est également nécessaire que la fin soit gardée en vue, et que les pas nécessaires pour atteindre la norme soient toujours sous nos yeux.
Chapitre 9 terminé
La prière et une norme définie de la religion