Chapitre 8 · 16 min de lecture · 21 min d’écoute
La prière et la consécration
« Eudamidas, citoyen de Corinthe, mourut dans la pauvreté ; mais, comme il avait deux amis riches, Arétée et Charixène, il laissa le testament suivant : En vertu de mes dernières volontés, je lègue à Arétée ma mère, et à Charixène ma fille, pour qu’ils les recueillent dans leur maison et pourvoient à leur entretien pour le reste de leurs jours. Ce testament provoqua beaucoup de moqueries et de rires. Les deux légataires en furent heureux et exécutèrent le testament avec affection. Si des païens se fiaient ainsi les uns aux autres, pourquoi n’aurais-je pas une confiance bien plus grande en mon Maître bien-aimé, Jésus ? Je le nomme donc, par les présentes, mon unique héritier, lui remettant mon âme, mes enfants et mes sœurs, afin qu’il les adopte, les protège et pourvoie à leurs besoins par sa grande puissance, jusqu’au salut. Tout le reste de la succession sera confié à son saint conseil. » — Gotthold.
Quand nous étudions les multiples aspects de la prière, nous sommes surpris du nombre de choses auxquelles elle est liée. Il n’est aucun aspect de la vie humaine qu’elle n’atteigne, et elle a affaire avec tout ce qui touche au salut de l’homme. La prière et la consécration sont étroitement liées. La prière conduit à la consécration et la gouverne. La prière précède la consécration, l’accompagne, et en est un résultat direct. Bien des choses passent sous le nom de consécration qui n’ont rien de la consécration. Une grande partie de la consécration d’aujourd’hui est défectueuse, superficielle et fausse ; elle ne vaut rien quant à l’office et aux fins de la consécration. La consécration populaire est tristement en défaut parce qu’il y entre peu ou point de prière. Aucune consécration ne mérite qu’on y pense si elle n’est pas le fruit direct de beaucoup de prière, et si elle n’introduit pas dans une vie de prière. La prière est la chose qui domine dans une vie consacrée.
La consécration est bien plus qu’une vie de ce qu’on appelle le service. C’est avant tout une vie de sainteté personnelle. C’est ce qui fait entrer la puissance spirituelle dans le cœur et vivifie tout l’homme intérieur. C’est une vie qui reconnaît toujours Dieu, une vie livrée à la vraie prière.
La consécration entière est le type le plus élevé de vie chrétienne. C’est l’unique norme divine de l’expérience, de la vie et du service. C’est la seule chose que le croyant doive viser. Rien de moins qu’une consécration entière ne doit le satisfaire.
Jamais il ne doit être content avant d’être pleinement, entièrement au Seigneur, de son propre consentement. Sa prière le conduit naturellement et involontairement à cet acte unique.
La consécration est le don de soi-même à Dieu, volontaire et délibéré, une offrande faite de façon définie et faite sans aucune réserve. C’est la mise à part pour Dieu, avant toute chose, de tout ce que nous sommes, de tout ce que nous avons, et de tout ce que nous espérons avoir ou être. Ce n’est pas tant le don de nous-mêmes à l’Église, ou le simple engagement dans une branche particulière de l’œuvre de l’Église. C’est le Dieu tout-puissant qu’elle a en vue, et c’est lui qui est la fin de toute consécration. C’est une séparation de soi-même pour Dieu, un dévouement de tout ce que l’on est et de tout ce que l’on a à un usage sacré. Certaines choses peuvent être consacrées à un usage particulier, mais ce n’est pas là la consécration au vrai sens du mot. La consécration est de nature sacrée. Elle est vouée à des fins saintes. C’est l’acte volontaire par lequel on se remet entre les mains de Dieu pour être employé de façon sacrée, sainte, en vue de fins sanctifiantes.
La consécration n’est pas tant le fait de se séparer des choses coupables et des fins mauvaises ; c’est plutôt la séparation, pour des usages saints, d’avec les choses mondaines, profanes et même légitimes, si elles entrent en conflit avec les plans de Dieu. C’est le don de tout ce que nous avons à Dieu, pour l’usage précis qu’il veut en faire. C’est une séparation d’avec les choses douteuses, ou même légitimes, quand il faut choisir entre les choses de cette vie et les droits de Dieu.
La consécration qui répond aux exigences de Dieu et qu’il accepte doit être pleine, complète, sans arrière-pensée, sans rien retenir. Elle ne peut pas être partielle, pas plus que l’holocauste ne pouvait l’être au temps de l’Ancien Testament. L’animal entier devait être offert en sacrifice. En réserver une partie aurait gravement vicié l’offrande. Ainsi, faire une consécration partielle et sans cœur, c’est n’en faire aucune, et c’est échouer complètement à obtenir l’agrément divin. Elle engage tout notre être, tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes. Tout est remis, de façon définie et volontaire, entre les mains de Dieu pour son usage souverain.
La consécration n’est pas tout ce qu’il y a dans la sainteté. Beaucoup commettent sur ce point de graves erreurs. La consécration nous rend relativement saints. Nous ne sommes saints qu’en ce sens que nous sommes désormais étroitement liés à Dieu, à qui nous n’étions pas liés jusque-là. La consécration est le côté humain de la sainteté. En ce sens, elle est une sanctification de soi-même, et en ce sens seulement. La sanctification, ou sainteté, dans son sens le plus vrai et le plus élevé, est divine : c’est l’acte du Saint-Esprit agissant dans le cœur, le purifiant et y mettant à un plus haut degré les fruits de l’Esprit.
Cette distinction est clairement exposée et maintenue par Moïse dans le « Lévitique », où il montre le côté humain et le côté divin de la sanctification ou sainteté :
« Vous vous sanctifierez et vous serez saints, car je suis l’Éternel, votre Dieu. Vous observerez mes lois, et vous les mettrez en pratique. Je suis l’Éternel, qui vous sanctifie. »
Ici, il nous est dit de nous sanctifier nous-mêmes, et aussitôt après il nous est enseigné que c’est l’Éternel qui nous sanctifie. Dieu ne nous consacre pas à son service. Nous ne nous sanctifions pas nous-mêmes en ce sens le plus élevé. Voilà le double sens de la sanctification, et une distinction qu’il faut toujours garder à l’esprit.
La consécration étant l’acte intelligent et volontaire du croyant, cet acte est le résultat direct de la prière. Jamais un homme qui ne prie pas ne conçoit l’idée d’une consécration entière. L’absence de prière et la consécration n’ont absolument rien en commun. Une vie de prière conduit naturellement à la consécration entière. Elle ne mène nulle part ailleurs. En fait, une vie de prière ne se contente de rien d’autre que du don entier de soi-même à Dieu. La consécration reconnaît pleinement que nous appartenons à Dieu. Elle souscrit de bon cœur à la vérité exposée par Paul :
« Vous ne vous appartenez point à vous-mêmes? Car vous avez été rachetés à un grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit, qui appartiennent à Dieu. »
Et la vraie prière mène dans cette direction. Elle ne peut atteindre aucune autre destination. Elle doit nécessairement arriver à cette gare. C’est là son résultat naturel. Voilà le genre d’ouvrage que produit la prière. La prière fait des gens consacrés. Elle ne peut en faire d’une autre sorte. Elle pousse vers ce but. Elle vise précisément cette fin.
Comme la prière conduit à la consécration entière et la produit, ainsi la prière imprègne entièrement une vie consacrée. La vie de prière et la vie consacrée sont des compagnes intimes. Ce sont des sœurs siamoises, inséparables. La prière entre dans chaque aspect d’une vie consacrée. Une vie sans prière qui se réclame de la consécration porte un nom qui ne lui convient pas : elle est fausse, contrefaite.
La consécration est en réalité la mise à part de soi-même pour une vie de prière. Elle signifie non seulement prier, mais prier habituellement, et prier plus efficacement. C’est l’homme consacré qui accomplit le plus par sa prière. Dieu doit écouter l’homme entièrement livré à Dieu. Dieu ne peut refuser les requêtes de celui qui a renoncé à tout droit sur lui-même, et qui s’est entièrement consacré à Dieu et à son service. Cet acte de l’homme consacré le place, vis-à-vis de Dieu, « sur le terrain de la prière et en droit de plaider ». Il le met à la portée de Dieu dans la prière. Il le place là où il peut saisir Dieu, et où il peut amener Dieu à faire des choses qu’il ne ferait pas autrement. La consécration obtient des exaucements. Dieu peut compter sur des hommes consacrés. Dieu peut se permettre de s’engager, dans la prière, envers ceux qui se sont pleinement engagés envers lui. Celui qui donne tout à Dieu recevra tout de Dieu. Ayant tout donné à Dieu, il peut réclamer tout ce que Dieu a pour lui.
Comme la prière est la condition de la consécration entière, ainsi la prière est l’habitude, la règle de celui qui s’est entièrement consacré à Dieu. La prière sied à la vie consacrée. La prière n’est pas chose étrange dans une telle vie. Il y a une affinité particulière entre la prière et la consécration, car toutes deux reconnaissent Dieu, toutes deux se soumettent à Dieu, et toutes deux ont en Dieu leur but et leur fin. La prière fait partie intégrante de la vie consacrée. La prière est la compagne constante, inséparable et intime de la consécration. Elles marchent et conversent ensemble.
On parle beaucoup aujourd’hui de consécration, et l’on appelle consacrées bien des personnes qui n’en connaissent pas l’alphabet. Une grande partie de la consécration moderne tombe bien au-dessous de la norme de l’Écriture. Il n’y a vraiment là aucune consécration réelle. De même qu’il y a beaucoup de prières où il n’entre aucune prière réelle, de même il circule aujourd’hui dans l’Église beaucoup de prétendue consécration où il n’entre aucune consécration réelle. Bien des choses passent pour de la consécration dans l’Église et reçoivent les éloges et les applaudissements de chrétiens de profession superficiels et formalistes, mais elles sont loin du but. Il y a beaucoup d’allées et venues, de-ci de-là, beaucoup d’agitation et de plumes au vent, beaucoup de démarches et d’entreprises, et ceux qui s’affairent de cette façon sont appelés des hommes et des femmes consacrés. Le mal central de toute cette fausse consécration, c’est qu’il n’y entre point de prière, et qu’elle n’est en aucune manière le résultat direct de la prière. On peut faire dans l’Église bien des choses excellentes et louables et être entièrement étranger à une vie de consécration, de même qu’on peut faire bien des choses et ne pas prier.
Voici la véritable pierre de touche de la consécration : c’est une vie de prière. Si la prière n’a pas la prééminence, si la prière n’est pas au premier rang, la consécration est défectueuse, trompeuse, faussement nommée. Prie-t-il ? Telle est la question décisive pour tout homme qu’on dit consacré. Est-il un homme de prière ? Aucune consécration ne mérite qu’on y pense si elle est dépourvue de prière. Bien plus — si elle n’est pas avant tout et par-dessus tout une vie de prière.
Dieu veut des hommes consacrés parce qu’ils peuvent prier et qu’ils prieront. Il peut employer des hommes consacrés parce qu’il peut employer des hommes de prière. De même que les hommes qui ne prient pas sont sur son chemin, l’entravent et empêchent le succès de sa cause, de même les hommes non consacrés lui sont inutiles et l’entravent dans l’accomplissement de ses plans pleins de grâce et dans l’exécution de ses nobles desseins de rédemption. Dieu veut des hommes consacrés parce qu’il veut des hommes de prière. La consécration et la prière se rencontrent dans le même homme. La prière est l’outil avec lequel travaille l’homme consacré. Les hommes consacrés sont les agents par lesquels la prière agit. La prière aide l’homme consacré à maintenir son attitude de consécration, le garde vivant pour Dieu, et l’aide à faire l’œuvre à laquelle il est appelé et à laquelle il s’est donné. La consécration favorise la prière efficace. La consécration permet de tirer de sa prière le plus grand profit.
« Que celui à qui nous appartenons maintenant
Affirme son droit souverain ;
Qu’il reçoive tout chant de reconnaissance
Et tout cœur qui aime.
« Il nous réclame à juste titre pour siens,
Lui qui nous a rachetés à grand prix ;
Le chrétien vit pour Christ seul,
C’est pour Christ seul qu’il meurt. »
Nous devons insister sur ce point : le but premier de la consécration n’est pas le service au sens ordinaire de ce mot. Le service, dans l’esprit de bien des gens, ne signifie rien de plus que de s’engager dans l’une des nombreuses formes d’activité de l’Église moderne. Il y a une multitude de ces activités, assez pour occuper le temps et l’esprit de n’importe qui, et même plus qu’assez. Certaines peuvent être bonnes, d’autres moins. L’Église d’aujourd’hui est remplie de machinerie, d’organisations, de comités et de sociétés, à tel point que la puissance qu’elle possède est tout à fait insuffisante pour faire tourner la machinerie, ou pour fournir assez de vie pour accomplir toute cette œuvre extérieure. La consécration a une fin bien plus haute et plus noble que de se dépenser simplement en ces choses extérieures.
La consécration vise la bonne sorte de service — celle de l’Écriture. Elle cherche à servir Dieu, mais dans une sphère tout autre que celle qu’ont en tête les chefs et les ouvriers de l’Église d’aujourd’hui. La toute première sorte de service mentionnée par Zacharie, père de Jean-Baptiste, dans sa merveilleuse prophétie et déclaration de Luc 1:74, est celle-ci :
« De nous permettre, après que nous serions délivrés de la main de nos ennemis, De le servir sans crainte, En marchant devant lui dans la sainteté et dans la justice tous les jours de notre vie. »
Nous avons ici l’idée de « servir Dieu dans la sainteté et dans la justice tous les jours de notre vie ».
Et le même genre de service est mentionné dans le bel hommage que rend Luc au père et à la mère de Jean-Baptiste avant la naissance de celui-ci :
« Tous deux étaient justes devant Dieu, observant d’une manière irréprochable tous les commandements et toutes les ordonnances du Seigneur. »
Et Paul, écrivant aux Philippiens, fait entendre la même note dominante en mettant l’accent sur une vie irréprochable :
« Faites toutes choses sans murmures ni hésitations, afin que vous soyez irréprochables et purs, des enfants de Dieu irrépréhensibles au milieu d’une génération perverse et corrompue, parmi laquelle vous brillez comme des flambeaux dans le monde, portant la parole de vie. »
Nous devons mentionner une vérité étrangement négligée de nos jours par ceux qu’on appelle les ouvriers d’évangélisation personnelle : dans les épîtres de Paul et des autres, ce ne sont pas ce qu’on appelle les activités de l’Église qui sont mises en avant, mais plutôt la vie personnelle. C’est la bonne conduite, une manière d’agir juste, une vie sainte, une conversation pieuse, de bonnes dispositions — choses qui appartiennent avant tout à la vie personnelle dans la religion. Partout cela est souligné, placé au premier plan, mis en valeur et exigé avec insistance. La religion, avant toute chose, pousse à bien vivre. La religion se montre dans la vie. C’est ainsi que la religion doit prouver sa réalité, sa sincérité et sa divinité.
« Qu’ainsi nos lèvres et nos vies expriment
Le saint Évangile que nous professons ;
Qu’ainsi nos œuvres et nos vertus brillent
Pour prouver que la doctrine est toute divine.
« Ainsi publierons-nous au mieux au loin
Les honneurs de notre Dieu Sauveur,
Quand le salut régnera au-dedans
Et que la grâce domptera la puissance du péché. »
La première grande fin de la consécration, c’est la sainteté du cœur et de la vie. C’est de glorifier Dieu, et cela ne peut se faire d’aucune manière plus efficace que par une vie sainte découlant d’un cœur purifié de tout péché. Le grand fardeau qui pèse sur le cœur de quiconque devient chrétien se trouve précisément là. Il doit toujours garder cela à l’esprit, et pour avancer dans ce genre de vie et ce genre de cœur, il doit veiller, prier et mettre toute sa diligence à user de tous les moyens de grâce. Celui qui est véritablement et pleinement consacré vit une vie sainte. Il recherche la sainteté du cœur. Il n’est pas satisfait sans elle. C’est dans ce but même qu’il se consacre à Dieu. Il se livre entièrement à Dieu afin d’être saint de cœur et de vie.
De même que la sainteté du cœur et de la vie est entièrement imprégnée de prière, de même la consécration et la prière sont étroitement alliées dans la religion personnelle. Il faut la prière pour entrer dans une telle vie consacrée de sainteté au Seigneur, et il faut la prière pour maintenir une telle vie. Sans beaucoup de prière, une telle vie de sainteté s’effondrera. Les gens saints sont des gens qui prient. La sainteté du cœur et de la vie pousse les gens à prier. La consécration pousse les gens à prier pour de bon.
Ceux qui ne prient pas sont étrangers à tout ce qui ressemble à la sainteté et à la pureté du cœur. Ceux à qui le lieu secret est étranger ne s’intéressent nullement à la consécration et à la sainteté. La sainteté prospère dans le lieu de la prière secrète. Le cadre du lieu secret de la prière est favorable à son existence et à sa culture. C’est dans le lieu secret que se trouve la sainteté. La consécration introduit dans la sainteté du cœur, et la prière se tient tout près quand cela s’accomplit.
L’esprit de consécration est l’esprit de prière. La loi de la consécration est la loi de la prière. Ces deux lois agissent en parfaite harmonie, sans le moindre heurt ni la moindre discorde. La consécration est l’expression pratique de la vraie prière. Les gens consacrés se reconnaissent à leurs habitudes de prière. Ainsi la consécration s’exprime dans la prière. Celui que la prière n’intéresse pas ne s’intéresse pas à la consécration. La prière fait naître l’intérêt pour la consécration ; puis la prière amène le cœur à un état où la consécration est un sujet de délices, apportant la joie du cœur, la satisfaction de l’âme, le contentement de l’esprit. L’âme consacrée est l’âme la plus heureuse. Il n’y a aucune friction entre celui qui est pleinement livré à Dieu et la volonté de Dieu. Il y a une parfaite harmonie entre la volonté d’un tel homme et Dieu, et la volonté de Dieu. Et les deux volontés étant en parfait accord, il en résulte le repos de l’âme, l’absence de friction et la présence d’une paix parfaite.
« Seigneur, dans la force de la grâce,
D’un cœur joyeux et libre,
Moi-même, le reste de mes jours,
Je te les consacre.
« Moi, ton serviteur racheté,
Je te rends ce qui est à toi ;
Et dès ce moment, que je vive ou que je meure,
Je veux servir mon Dieu seul. »
Chapitre 8 terminé
La prière et la consécration