L’essentiel de la prière
La prière et la dévotion

Chapitre 3 · 12 min de lecture · 16 min d’écoute

La prière et la dévotion

« Une fois, en 1737, comme je m’en allais à cheval dans les bois pour ma santé, étant descendu de cheval en un lieu retiré, selon ma coutume habituelle d’y marcher pour la contemplation divine et la prière, j’eus de la gloire du Fils de Dieu une vue qui fut pour moi extraordinaire. Autant que j’en puis juger, cela dura environ une heure, et me tint la plus grande partie de ce temps dans un flot de larmes et de pleurs à haute voix. Je sentis en mon âme une ardeur à être ce que je ne sais exprimer autrement que par ces mots : vidé et anéanti ; à l’aimer d’un amour saint et pur ; à le servir et à le suivre ; à être parfaitement sanctifié et rendu pur d’une pureté divine et céleste. » — Jonathan Edwards.

La dévotion a une signification religieuse. La racine de la dévotion, c’est le fait de vouer à un usage sacré. De sorte que la dévotion, dans son vrai sens, se rapporte au culte religieux. Elle est intimement liée à la vraie prière. La dévotion est la disposition d’esprit particulière que l’on trouve chez celui qui est entièrement voué à Dieu. C’est l’esprit de révérence, de crainte respectueuse, de crainte pieuse. C’est un état du cœur qui se présente devant Dieu dans la prière et l’adoration. Elle est étrangère à tout ce qui ressemble à la légèreté d’esprit, et elle s’oppose à la frivolité, au bruit et à l’agitation. La dévotion habite le domaine du calme et se tient en silence devant Dieu. Elle est sérieuse, réfléchie, méditative.

La dévotion appartient à la vie intérieure et vit dans le lieu secret de la prière, mais elle paraît aussi dans les services publics du sanctuaire. Elle fait partie de l’esprit même du vrai culte, et elle est de la nature de l’esprit de prière.

La dévotion appartient à l’homme pieux, dont les pensées et les sentiments sont voués à Dieu. Un tel homme a un esprit entièrement livré à la religion, et il possède une forte affection pour Dieu et un amour ardent pour sa maison. Corneille « était pieux et craignait Dieu, avec toute sa maison; il faisait beaucoup d’aumônes au peuple, et priait Dieu continuellement ». « Des hommes pieux ensevelirent Étienne. » Ce fut « un nommé Ananias, homme pieux selon la loi » qui fut envoyé à Saul, lorsqu’il était aveugle, pour lui dire ce que le Seigneur voulait qu’il fît. Dieu peut se servir merveilleusement de tels hommes, car les hommes pieux sont les agents qu’il a choisis pour faire avancer ses plans.

La prière favorise l’esprit de dévotion, tandis que la dévotion est propice à la meilleure prière. La dévotion seconde la prière et l’aide à atteindre l’objet qu’elle recherche. La prière prospère dans l’atmosphère de la vraie dévotion. Il est facile de prier quand on est dans l’esprit de dévotion. L’attitude d’esprit et l’état du cœur qu’implique la dévotion rendent la prière efficace pour atteindre le trône de la grâce. Dieu habite là où réside l’esprit de dévotion. Toutes les grâces de l’Esprit se nourrissent et croissent bien dans le milieu que crée la dévotion. En vérité, ces grâces ne croissent nulle part ailleurs. L’absence d’un esprit de dévotion signifie la mort des grâces nées dans un cœur renouvelé. Le vrai culte se trouve à son aise dans l’atmosphère que crée un esprit de dévotion. Si la prière est utile à la dévotion, la dévotion, à son tour, agit sur la prière et nous aide à prier.

La dévotion engage le cœur dans la prière. Ce n’est pas une tâche facile pour les lèvres que d’essayer de prier quand le cœur en est absent. Le reproche que Dieu fit un jour à son ancien Israël était qu’il l’honorait des lèvres, tandis que son cœur était éloigné de lui.

L’essence même de la prière, c’est l’esprit de dévotion. Sans la dévotion, la prière est une forme vide, une vaine suite de paroles. Il est triste de le dire, mais ce genre de prière prévaut largement aujourd’hui dans l’Église. Nous vivons à une époque affairée, agitée et active, et cet esprit d’agitation a envahi l’Église de Dieu. Ses activités religieuses sont nombreuses. L’Église travaille à la religion avec l’ordre, la précision et la force d’une véritable machinerie. Mais trop souvent elle travaille avec l’insensibilité de la machine. Il y a beaucoup du mouvement de la roue de moulin dans notre ronde et notre routine incessantes d’activités religieuses. Nous prions sans prier. Nous chantons sans chanter par l’esprit et avec l’intelligence. Nous avons de la musique sans que la louange de Dieu y soit, ni même s’en approche. Nous allons à l’église par habitude, et nous rentrons chez nous bien trop volontiers quand la bénédiction est prononcée. Nous lisons notre chapitre habituel de la Bible, et nous nous sentons tout soulagés quand la tâche est accomplie. Nous disons nos prières par cœur, comme un écolier récite sa leçon, et nous ne sommes pas fâchés quand l’amen est prononcé.

La religion s’occupe de tout sauf de notre cœur. Elle engage nos mains et nos pieds, elle s’empare de notre voix, elle met la main sur notre argent, elle touche même les postures de notre corps ; mais elle ne s’empare pas de nos affections, de nos désirs, de notre zèle, pour nous rendre sérieux, terriblement ardents, et nous faire demeurer recueillis et adorants en la présence de Dieu. Ce sont des affinités sociales qui nous attirent dans la maison de Dieu, et non l’esprit de la circonstance. L’appartenance à l’Église nous garde, tant bien que mal, convenables dans notre conduite extérieure, avec quelque ombre de fidélité à nos vœux de baptême ; mais le cœur n’y est pas. Il demeure froid, formaliste et insensible au milieu de toutes ces pratiques extérieures, tandis que nous nous laissons aller à nous féliciter de faire merveilleusement bien sur le plan religieux.

Pourquoi tous ces tristes défauts dans notre piété ? Pourquoi cette perversion moderne de la vraie nature de la religion de Jésus-Christ ? Pourquoi le type moderne de religion ressemble-t-il tant à un écrin dont on aurait ôté les bijoux précieux ? Pourquoi tant de cette religion que l’on manie avec les mains, souvent pas trop propres ni sans souillure, et si peu de cette religion ressentie dans le cœur et attestée dans la vie ?

Ce qui manque le plus à la religion moderne, c’est l’esprit de dévotion. Nous entendons des sermons dans le même esprit que nous écoutons une conférence ou un discours. Nous visitons la maison de Dieu comme si c’était un lieu ordinaire, au même niveau que le théâtre, la salle de conférences ou le forum. Nous considérons le ministre de Dieu non comme l’homme de Dieu divinement appelé, mais simplement comme une sorte d’orateur public, sur le même plan que le politicien, l’avocat, l’orateur ordinaire ou le conférencier. Oh ! comme l’esprit d’une dévotion vraie et authentique changerait radicalement tout cela en mieux ! Nous manions les choses sacrées comme si c’étaient les choses du monde. Même le sacrement de la sainte Cène devient une simple pratique religieuse, sans préparation préalable, sans méditation ni prière ensuite. Même le sacrement du baptême a perdu beaucoup de sa solennité, et il a dégénéré en une simple forme, sans rien de particulier en lui.

Nous avons besoin de l’esprit de dévotion, non seulement pour saler nos occupations profanes, mais pour faire de nos prières de vraies prières. Nous avons besoin de mettre l’esprit de dévotion dans les affaires du lundi aussi bien que dans le culte du dimanche. Nous avons besoin de l’esprit de dévotion pour nous souvenir toujours de la présence de Dieu, pour faire toujours la volonté de Dieu, pour tout diriger toujours vers la gloire de Dieu.

L’esprit de dévotion met Dieu en toutes choses. Il met Dieu non seulement dans notre prière et dans notre fréquentation de l’église, mais dans toutes les affaires de la vie. « Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu. » L’esprit de dévotion rend sacrées les choses communes de la terre, et grandes les petites choses. Avec cet esprit de dévotion, nous allons à nos affaires le lundi, dirigés par la même influence et inspirés par les mêmes influences qui nous ont conduits à l’église le dimanche. L’esprit de dévotion fait du samedi un sabbat, et transforme la boutique et le bureau en un temple de Dieu.

L’esprit de dévotion empêche la religion d’être un mince vernis, et la fait pénétrer dans la vie et l’être mêmes de notre âme. Avec lui, la religion cesse d’être l’accomplissement d’une simple œuvre, et devient un cœur qui envoie son sang riche par chaque artère et bat au rythme d’une vie vigoureuse et rayonnante.

L’esprit de dévotion n’est pas seulement le parfum de la religion, mais la tige et le tronc sur lesquels la religion croît. C’est le sel qui pénètre tous les actes religieux et leur donne de la saveur. C’est le sucre qui adoucit le devoir, le renoncement à soi et le sacrifice. C’est la couleur vive qui relève la grisaille des pratiques religieuses. Il dissipe la frivolité, chasse toutes les formes superficielles du culte, et fait du culte un service sérieux et profondément enraciné, imprégnant le corps, l’âme et l’esprit de son infusion céleste. Demandons-nous en toute gravité : ce plus haut ange du ciel, cet esprit céleste de dévotion, ce plus brillant et meilleur ange de la terre, nous a-t-il quittés ? Quand l’ange de la dévotion s’en est allé, l’ange de la prière a perdu ses ailes, et il devient une chose difforme et sans amour.

L’ardeur de la dévotion est dans la prière. Au quatrième chapitre de l’Apocalypse, au verset huit, nous lisons : « Ils ne cessent de dire jour et nuit: Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu, le Tout-Puissant, qui était, qui est, et qui vient! » L’inspiration et le centre de leur dévotion extatique, c’est la sainteté de Dieu. Cette sainteté de Dieu captive leur attention, enflamme leur dévotion. Il n’y a rien de froid, rien de terne, rien de lassant en eux ni dans leur culte céleste. « Ils ne cessent de dire jour et nuit. » Quel zèle ! Quelle ardeur infatigable et quel ravissement sans fin ! Le ministère de la prière, s’il est quoi que ce soit de digne de ce nom, est un ministère d’ardeur, un ministère de désir infatigable et intense de Dieu et de sa sainteté.

L’esprit de dévotion pénètre les saints dans le ciel et caractérise le culte des intelligences angéliques du ciel. Il n’y a pas de créatures sans dévotion dans ce monde céleste. Dieu est là, et sa présence même fait naître l’esprit de révérence, de crainte respectueuse et de crainte filiale. Si nous voulons, après la mort, avoir part avec eux, nous devons d’abord apprendre sur la terre l’esprit de dévotion, avant d’y arriver.

Ces êtres vivants, dans leur attitude inlassable et infatigable tournée vers Dieu, et dans leur dévotion ravie à sa sainteté, sont les symboles et les illustrations parfaites de la vraie prière et de son ardeur. La prière doit être en flammes. Son ardeur doit consumer. La prière sans ferveur est comme un soleil sans lumière ni chaleur, ou comme une fleur sans beauté ni parfum. Une âme vouée à Dieu est une âme fervente, et la prière est la créature de cette flamme. Celui-là seul peut vraiment prier qui est tout embrasé pour la sainteté, pour Dieu et pour le ciel.

L’activité n’est pas la force. Le travail n’est pas le zèle. S’agiter n’est pas la dévotion. L’activité est souvent le symptôme méconnu de la faiblesse spirituelle. Elle peut nuire à la piété quand on en fait un substitut de la vraie dévotion dans le culte. Le poulain est bien plus actif que sa mère ; mais c’est elle le cheval de timon de l’attelage, qui tire la charge sans bruit, sans agitation et sans parade. L’enfant est plus actif que le père, qui porte peut-être sur son cœur et sur ses épaules le gouvernement et les fardeaux d’un empire. L’enthousiasme est plus actif que la foi, bien qu’il ne puisse transporter des montagnes ni mettre en action aucune des forces toutes-puissantes dont la foi dispose.

Une activité religieuse faible, vive et voyante peut naître de bien des causes. Il y a beaucoup de courses en tous sens, beaucoup d’agitation, beaucoup d’allées et venues dans la vie de l’Église d’aujourd’hui ; mais, il est triste de le dire, l’esprit d’une dévotion authentique et sincère y fait étrangement défaut. S’il y a une vraie vie spirituelle, une activité profonde en naîtra. Mais c’est une activité qui naît de la force et non de la faiblesse. C’est une activité qui a des racines profondes, nombreuses et fortes.

Par la nature même des choses, la religion doit montrer au-dessus du sol une grande part de sa croissance. Beaucoup en sera vu et sera évident aux yeux. La fleur et le fruit d’une vie sainte, abondante en bonnes œuvres, doivent être vus. Il ne peut en être autrement. Mais la croissance de surface doit reposer sur une croissance vigoureuse de vie invisible et de racines cachées. C’est profondément, dans la nature renouvelée, que doivent plonger les racines de la religion que l’on voit au dehors. L’extérieur doit avoir un fondement intérieur profond. Il doit y avoir une grande croissance invisible et souterraine, sinon la vie sera faible et de courte durée, et la croissance extérieure maladive et stérile.

Dans le livre du prophète Ésaïe, ces paroles sont écrites :

« Mais ceux qui se confient en l’Éternel renouvellent leur force. Ils prennent le vol comme les aigles; Ils courent, et ne se lassent point, Ils marchent, et ne se fatiguent point. » 40:31.

Voilà l’origine de toute cette question de l’activité et de la force de la nature la plus énergique, la plus inépuisable et la plus infatigable. Tout cela est le résultat de l’attente de Dieu.

Il peut y avoir beaucoup d’activité produite par l’entraînement, créée par l’enthousiasme, fruit de la faiblesse de la chair, inspirée par des forces volatiles et de courte durée. L’activité se fait souvent aux dépens d’éléments plus solides et plus utiles, et généralement au mépris total de la prière. Être trop occupé de l’œuvre de Dieu pour communier avec Dieu, être occupé à faire l’œuvre de l’Église sans prendre le temps de parler à Dieu de son œuvre, c’est le grand chemin de la rétrogradation, et beaucoup de gens y ont marché au détriment de leur âme immortelle.

Malgré une grande activité, un grand enthousiasme et beaucoup de vivats pour l’œuvre, l’œuvre et l’activité ne seront qu’aveuglement sans la culture et la maturité des grâces de la prière.

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