L’essentiel de la prière
La prière et l’humilité

Chapitre 2 · 11 min de lecture · 15 min d’écoute

La prière et l’humilité

« Si deux anges recevaient au même instant une mission de Dieu, l’un de descendre gouverner le plus grand empire de la terre, l’autre d’aller balayer les rues de son plus misérable village, il serait parfaitement indifférent à chacun d’eux de savoir lequel de ces services lui échoirait, le poste de souverain ou celui de balayeur ; car la joie des anges réside uniquement dans l’obéissance à la volonté de Dieu, et c’est avec une joie égale qu’ils élèveraient un Lazare en haillons jusque dans le sein d’Abraham, ou qu’ils seraient un char de feu pour emporter un Élie dans sa demeure. » — John Newton.

Être humble, c’est avoir de soi-même une basse estime. C’est être modeste, petit, disposé à rechercher l’obscurité. L’humilité se dérobe aux regards du public. Elle ne cherche pas la renommée et ne court pas après les hautes places ; elle ne se soucie pas non plus d’être en vue. L’humilité est retirée par nature. L’abaissement de soi appartient à l’humilité. Elle est portée à se déprécier elle-même. Jamais elle ne s’élève aux yeux des autres, ni même à ses propres yeux. La modestie est l’un de ses traits les plus marquants.

Dans l’humilité, il y a une absence totale d’orgueil, et elle se tient à la plus grande distance de tout ce qui ressemble à la vanité. L’humilité ne connaît pas l’éloge de soi. Elle est plutôt disposée à louer les autres : « par honneur, usez de prévenances réciproques. » Elle n’est pas portée à s’élever elle-même. L’humilité n’aime pas les premiers sièges et n’aspire pas aux hautes places. Elle consent à prendre la place la plus humble et préfère les endroits où elle passera inaperçue. La prière de l’humilité est de cette sorte :

« Que jamais le monde n’entre en moi,
Mets entre nous un profond abîme ;
Garde-moi humble et inconnu,
Chéri et aimé de Dieu seul. »

L’humilité n’a pas les yeux fixés sur elle-même, mais plutôt sur Dieu et sur les autres. Elle est pauvre en esprit, douce dans sa conduite, humble de cœur. « en toute humilité et douceur, avec patience, vous supportant les uns les autres avec charité. »

La parabole du pharisien et du publicain est un sermon en raccourci sur l’humilité et l’éloge de soi. Le pharisien, livré à la vanité, replié sur lui-même, ne voyant que ses propres œuvres de propre justice, fait devant Dieu le catalogue de ses vertus, méprisant le pauvre publicain qui se tient à distance. Il s’élève lui-même, se livre à l’éloge de soi, est centré sur lui-même, et il s’en va sans être justifié, condamné et rejeté par Dieu.

Le publicain ne voit rien de bon en lui-même ; il est accablé du sentiment de son indignité, bien éloigné de tout ce qui voudrait s’attribuer le mérite d’un bien quelconque en lui-même ; il n’ose pas lever les yeux au ciel, mais, le visage baissé, il se frappe la poitrine et s’écrie : « O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. »

Notre Seigneur, avec une grande précision, nous donne la suite de l’histoire de ces deux hommes, l’un totalement dépourvu d’humilité, l’autre entièrement plongé dans l’esprit d’abaissement de soi et d’humilité d’esprit.

« Je vous le dis, celui-ci descendit dans sa maison justifié, plutôt que l’autre. Car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. » Luc 18:14.

Dieu attache un grand prix à l’humilité du cœur. Il est bon d’être revêtu d’humilité comme d’un vêtement. Il est écrit : « Dieu résiste aux orgueilleux, Mais il fait grâce aux humbles. » Ce qui rapproche de Dieu l’âme qui prie, c’est l’humilité du cœur. Ce qui donne des ailes à la prière, c’est l’humilité d’esprit. Ce qui donne libre accès au trône de la grâce, c’est l’abaissement de soi. L’orgueil, l’estime de soi et l’éloge de soi ferment efficacement la porte de la prière. Celui qui veut venir à Dieu doit s’approcher de lui en se cachant à ses propres yeux. Il ne doit pas être enflé de vanité, ni possédé d’une estime exagérée de ses vertus et de ses bonnes œuvres.

L’humilité est une grâce chrétienne rare, d’un grand prix dans les parvis du ciel, qui entre dans la prière efficace et en est une condition inséparable. Elle donne accès à Dieu quand les autres qualités font défaut. Il faut bien des descriptions pour la décrire, et bien des définitions pour la définir. C’est une grâce rare et discrète. Son portrait complet ne se trouve qu’en notre Seigneur Jésus-Christ. Nos prières doivent être placées bas avant de pouvoir jamais s’élever haut. Nos prières doivent porter beaucoup de poussière avant de pouvoir jamais contenir beaucoup de la gloire des cieux. Dans l’enseignement de notre Seigneur, l’humilité tient une telle place dans son système de religion, et elle est un trait si distinctif de son caractère, que l’omettre de sa leçon sur la prière serait tout à fait inconvenant, ne s’accorderait pas avec son caractère et ne cadrerait pas avec son système religieux.

La parabole du pharisien et du publicain ressort avec un tel relief que nous devons y revenir. Le pharisien semblait rompu à la prière. Assurément, il aurait dû savoir à ce moment-là comment prier ; mais, hélas ! comme bien d’autres, il semble n’avoir jamais appris cette leçon inestimable. Il quitte ses affaires et ses heures d’affaires, et monte d’un pas ferme et assuré vers la maison de prière. La posture et le lieu sont bien choisis par lui. Voilà le lieu sacré, l’heure sacrée et le nom sacré, tous invoqués par cet homme qui semble prier. Mais cet ecclésiastique qui prie, quoique formé à la prière par l’éducation et par l’habitude, ne prie pas. Il prononce des paroles, mais des paroles ne sont pas une prière. Dieu n’entend ses paroles que pour le condamner. Un froid de mort est sorti de ces lèvres formalistes qui priaient — une malédiction de mort venue de Dieu repose sur ses paroles de prière. Une dissolution d’orgueil a entièrement empoisonné l’offrande de prière de cette heure-là. Toute sa prière a été imprégnée d’éloge de soi, d’autosatisfaction et d’élévation de soi. Cette visite au temple n’a contenu aucune adoration.

D’autre part, le publicain, frappé d’un profond sentiment de ses péchés et de sa corruption intérieure, comprenant combien il est pauvre en esprit, combien il est totalement dépourvu de quoi que ce soit qui ressemble à la justice, à la bonté, ou à une qualité qui le recommanderait à Dieu, son orgueil intérieur entièrement flétri et mort, tombe devant Dieu dans l’humiliation et le désespoir, tandis qu’il pousse un cri perçant pour obtenir miséricorde pour ses péchés et pour sa culpabilité. Le sentiment du péché et la conscience d’une indignité totale ont enfoncé profondément dans son âme les racines de l’humilité, et ont courbé le moi, les yeux et le cœur jusque dans la poussière. Voilà le tableau de l’humilité opposée à l’orgueil dans la prière. Nous voyons ici, par un contraste saisissant, la complète inutilité de la propre justice, de l’élévation de soi et de l’éloge de soi dans la prière, et la grande valeur, la beauté et l’approbation divine qui s’attachent à l’humilité du cœur, à l’abaissement de soi et à la condamnation de soi, quand une âme vient devant Dieu dans la prière.

Heureux ceux qui n’ont aucune justice propre à faire valoir et aucune bonté propre dont se glorifier ! L’humilité fleurit dans le sol d’un sentiment vrai et profond de notre état de péché et de notre néant. Nulle part l’humilité ne pousse aussi vigoureusement et aussi rapidement, et ne brille d’un si vif éclat, que lorsqu’elle se sent entièrement coupable, confesse tout péché et se confie en toute grâce. « Je suis le premier des pécheurs, mais Jésus est mort pour moi. » Voilà le terrain de la prière, le terrain de l’humilité, tout en bas, en apparence bien loin, mais en réalité rapproché par le sang du Seigneur Jésus-Christ. Dieu habite les lieux humbles. De ces lieux humbles, il fait en vérité les lieux élevés de l’âme qui prie.

« Que le monde vante sa vertu,
Ses œuvres de justice ;
Moi, misérable, ruiné et perdu,
Je suis sauvé gratuitement par grâce ;
Je renonce à tout autre titre,
Ceci, ceci seul, est tout mon plaidoyer :
Je suis le premier des pécheurs,
Mais Jésus est mort pour moi. »

L’humilité est une condition indispensable de la vraie prière. Elle doit en être un attribut, une caractéristique. L’humilité doit être dans le caractère de celui qui prie comme la lumière est dans le soleil. La prière n’a ni commencement, ni fin, ni existence sans l’humilité. Comme un navire est fait pour la mer, ainsi la prière est faite pour l’humilité, et l’humilité est faite pour la prière.

L’humilité n’est pas une abstraction de soi-même, et elle n’ignore pas non plus toute pensée de soi. C’est un principe aux multiples aspects. L’humilité naît en regardant à Dieu et à sa sainteté, puis en se regardant soi-même et en considérant l’impiété de l’homme. L’humilité aime l’obscurité et le silence, redoute les applaudissements, estime les vertus des autres, excuse leurs fautes avec douceur, pardonne aisément les offenses, craint de moins en moins le mépris, et voit dans l’orgueil la bassesse et le mensonge. Il y a dans l’humilité une vraie noblesse et une vraie grandeur. Elle connaît et révère les richesses inestimables de la Croix et les humiliations de Jésus-Christ. Elle redoute l’éclat de ces vertus qu’admirent les hommes, et aime celles qui sont plus secrètes et que Dieu estime. Elle tire du réconfort même de ses propres défauts, à cause de l’abaissement qu’ils lui procurent. Elle préfère le moindre degré de componction à toutes les lumières du monde.

C’est à peu près selon cet ordre de description que se présente cette grâce de l’humilité qui se laisse définir, si parfaitement dépeinte dans la prière du publicain et si entièrement absente de la prière du pharisien. Il faut bien des séances de pose pour en faire un bon portrait.

L’humilité tient sous sa garde la vie même de la prière. Ni l’orgueil ni la vanité ne peuvent prier. L’humilité, cependant, est bien plus que l’absence de vanité et d’orgueil. C’est une qualité positive, une force réelle, qui donne de l’énergie à la prière. Sans elle, la prière n’a aucune puissance pour s’élever. L’humilité naît d’une basse estime de nous-mêmes et de nos mérites. Le pharisien ne pria pas, bien qu’il fût bien instruit et habitué à prier, parce qu’il n’y avait aucune humilité dans sa prière. Le publicain pria, bien que mis au ban par le public et ne recevant aucun encouragement du sentiment de l’Église, parce qu’il pria dans l’humilité. Être revêtu d’humilité, c’est être revêtu d’un vêtement de prière. L’humilité, c’est simplement se sentir petit parce que nous sommes petits. L’humilité, c’est reconnaître notre indignité parce que nous sommes indignes, c’est nous sentir et nous déclarer pécheurs parce que nous sommes pécheurs. S’agenouiller nous convient bien comme attitude de la prière, parce que cela dénote l’humilité.

L’orgueilleuse estime que le pharisien avait de lui-même et son souverain mépris pour son prochain lui fermèrent les portes de la prière, tandis que l’humilité ouvrit toutes grandes ces portes au publicain diffamé et injurié.

Cette parole redoutable de notre Seigneur sur les œuvres des grands ouvriers religieux, dans la dernière partie du Sermon sur la montagne, est provoquée par une orgueilleuse estime des œuvres et une fausse estime de la prière :

« Plusieurs me diront en ce jour-là: Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé par ton nom? N’avons-nous pas chassé des démons par ton nom? Et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom? Alors je leur dirai ouvertement: Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité. »

L’humilité est le premier et le dernier attribut de la religion du Christ, le premier et le dernier attribut de la prière selon le Christ. Il n’y a pas de Christ sans humilité. Il n’y a pas de prière sans humilité. Si tu veux bien apprendre l’art de prier, apprends bien la leçon de l’humilité.

Combien l’attitude de l’humilité nous sied et combien elle s’impose à nous ! L’humilité est l’une des attitudes immuables et exigeantes de la prière. La poussière, la cendre, la terre sur la tête, le sac sur le corps et le jeûne pour l’appétit étaient, pour les saints de l’Ancien Testament, les symboles de l’humilité. Le sac, le jeûne et la cendre donnèrent à Daniel l’humilité devant Dieu, et amenèrent Gabriel auprès de lui. Les anges aiment les hommes du sac et de la cendre.

Combien humble l’attitude d’Abraham, l’ami de Dieu, quand il plaidait pour que Dieu retienne sa colère contre Sodome ! « moi qui ne suis que poudre et cendre. » Avec quelle humilité Salomon paraît devant Dieu ! Sa grandeur est abaissée, sa gloire et sa majesté s’effacent, tandis qu’il prend devant Dieu l’attitude qui convient : « je ne suis qu’un jeune homme, je n’ai point d’expérience. »

L’orgueil de ce que nous faisons répand son poison dans toute notre prière. Le même orgueil de ce que nous sommes infecte toutes nos prières, si bien formulées qu’elles soient. C’est ce manque d’humilité, cette autosatisfaction, cette élévation de soi, qui empêcha l’homme le plus religieux du temps du Christ d’être agréé de Dieu. Et la même chose nous empêchera, de nos jours, d’être agréés de lui.

« Oh ! que maintenant je diminue !
Oh ! que tout ce que je suis cesse !
Que je tombe dans le néant !
Que mon Seigneur soit tout en tous. »
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