L’essentiel de la prière
La prière embrasse l’homme tout entier

Chapitre 1 · 14 min de lecture · 17 min d’écoute

La prière embrasse l’homme tout entier

« Henry Clay Trumbull exprimait l’Infini dans les termes de notre monde, et l’Éternel dans les formes de notre vie humaine. Il y a quelques années, sur un bac, je rencontrai un monsieur qui le connaissait, et je lui dis que, la dernière fois que j’avais vu le docteur Trumbull, une quinzaine de jours plus tôt, celui-ci m’avait parlé de lui. “Oh oui, me dit mon ami, c’était un grand chrétien, si vrai, si intense. Il était chez moi, il y a des années, et nous parlions de la prière. ‘Voyons, Trumbull, lui dis-je, vous ne voulez pas dire que, si vous perdiez un crayon, vous prieriez à ce sujet et demanderiez à Dieu de vous aider à le retrouver ?’ ‘Bien sûr que si ; bien sûr que si’, me répondit-il aussitôt, avec feu.” Bien sûr qu’il l’aurait fait. Sa foi n’était-elle pas une chose réelle ? Comme le Sauveur, il exprimait fortement sa doctrine en prenant une illustration extrême pour incarner son principe, mais le principe était fondamental. Il se confiait vraiment en Dieu pour toutes choses. Et le Père honorait la confiance de son enfant. » — Robert E. Speer.

La prière concerne l’homme tout entier. La prière embrasse l’homme dans tout son être, esprit, âme et corps. Il faut l’homme tout entier pour prier, et la prière, par ses fruits de grâce, atteint l’homme tout entier. De même que toute la nature de l’homme entre dans la prière, de même tout ce qui appartient à l’homme bénéficie de la prière. L’homme tout entier reçoit des bienfaits dans la prière. L’homme tout entier doit être donné à Dieu quand il prie. Les plus grands résultats de la prière reviennent à celui qui se donne lui-même à Dieu, tout lui-même, avec tout ce qui lui appartient. C’est là le secret de la pleine consécration, c’est une condition de la prière qui réussit, de cette sorte de prière qui porte les plus grands fruits.

Les hommes d’autrefois qui ont bien travaillé dans la prière, qui ont accompli les plus grandes choses, qui ont amené Dieu à faire de grandes choses, étaient ceux qui s’étaient entièrement livrés à Dieu dans leur prière. Dieu veut, et doit avoir, tout ce qu’il y a dans l’homme pour exaucer ses prières. Il lui faut des hommes au cœur entier par qui réaliser ses desseins et ses plans à l’égard des hommes. Dieu doit avoir les hommes dans leur intégralité. Aucun homme partagé n’a besoin de se présenter. Aucun homme irrésolu ne peut être employé. Aucun homme dont l’allégeance est partagée entre Dieu, le monde et lui-même ne peut faire la prière dont on a besoin.

La sainteté est intégrité, et c’est pourquoi Dieu veut des hommes saints, des hommes au cœur entier et vrais, pour son service et pour l’œuvre de la prière. « Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même tout entiers, et que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps, soit conservé irrépréhensible, lors de l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ! » Voilà la sorte d’hommes que Dieu veut pour conduire les armées d’Israël, et voilà ceux dont se compose la classe des hommes de prière.

L’homme est une trinité dans l’unité, et pourtant l’homme n’est ni une trinité ni une créature double quand il prie : il est un. L’homme est un dans tous les éléments essentiels, dans tous les actes et toutes les attitudes de la piété. L’âme, l’esprit et le corps doivent s’unir en tout ce qui regarde la vie et la piété. Le corps, tout d’abord, prend part à la prière, puisqu’il adopte l’attitude de la prière. La prosternation du corps nous convient dans la prière aussi bien que la prosternation de l’âme. L’attitude du corps compte beaucoup dans la prière, bien qu’il soit vrai que le cœur peut être hautain et enflé, l’esprit indolent et vagabond, et la prière une simple forme, alors même que les genoux sont pliés pour prier.

Daniel se mettait à genoux trois fois le jour pour prier. Salomon s’agenouilla pour prier à la dédicace du temple. Notre Seigneur, à Gethsémané, se prosterna en ce temps mémorable de prière, juste avant d’être livré. Là où la prière est ardente et fidèle, le corps prend toujours la posture la mieux accordée à l’état de l’âme à ce moment-là. Dans cette mesure, le corps se joint à l’âme dans la prière.

L’homme tout entier doit prier. L’homme tout entier — sa vie, son cœur, son caractère, son esprit — y est engagé. Chacun et tous ensemble se joignent à l’exercice de la prière. Le doute, la duplicité, le partage des affections sont tous étrangers au lieu secret de la prière. Un caractère et une conduite sans souillure, rendus plus blancs que la neige, sont des puissances considérables, et ce sont les beautés les plus convenables pour l’heure du lieu secret et pour les luttes de la prière.

Une intelligence loyale doit concourir à cette heure-là, l’heure de la prière, et y ajouter l’énergie et le feu de sa foi sans doute et sans partage. Nécessairement, l’esprit entre dans la prière. Tout d’abord, il faut réfléchir pour prier. L’intelligence nous enseigne que nous devons prier. Par une réflexion sérieuse et préalable, l’esprit se prépare à s’approcher d’un trône de grâce. La pensée précède l’entrée dans le lieu secret et prépare le chemin de la vraie prière. Elle considère ce qui sera demandé à l’heure du lieu secret. La vraie prière ne laisse pas à l’inspiration du moment le soin de fixer les requêtes de ce moment. Comme prier, c’est demander à Dieu quelque chose de précis, d’avance s’élève la pensée : « Que demanderai-je à cette heure ? » Toutes les pensées vaines, mauvaises et frivoles sont écartées, et l’esprit est livré entièrement à Dieu, pensant à lui, à ce dont on a besoin et à ce que l’on a reçu par le passé. À tous égards, la prière, en s’emparant de l’homme tout entier, ne laisse pas l’esprit de côté. Le tout premier pas dans la prière est un pas de l’esprit. Les disciples firent ce premier pas lorsqu’ils dirent un jour à Jésus : « Seigneur, enseigne-nous à prier. » Nous devons être enseignés par l’intelligence, et c’est dans la mesure exacte où l’intelligence est livrée à Dieu dans la prière que nous pourrons apprendre bien et promptement la leçon de la prière.

Paul étend la nature de la prière à l’homme tout entier. Il doit en être ainsi. Il faut l’homme tout entier pour embrasser dans ses sympathies divines la race humaine entière — les douleurs, les péchés et la mort de la race déchue d’Adam. Il faut l’homme tout entier pour aller de pair avec la haute et sublime volonté de Dieu dans le salut des hommes. Il faut l’homme tout entier pour se tenir aux côtés de notre Seigneur Jésus-Christ, l’unique Médiateur entre Dieu et l’homme pécheur. C’est la doctrine que Paul enseigne dans son directoire de la prière, au deuxième chapitre de sa première épître à Timothée.

Nulle part il n’apparaît aussi clairement que dans cet enseignement de Paul qu’il faut l’homme tout entier, dans tous les domaines de son être, pour prier. Il faut l’homme tout entier pour prier jusqu’à ce que toutes les tempêtes qui agitent son âme soient apaisées en un grand calme, jusqu’à ce que les vents orageux et les flots cessent comme sous l’effet d’un charme divin. Il faut l’homme tout entier pour prier jusqu’à ce que les tyrans cruels et les gouvernants injustes soient changés dans leur nature et dans leur vie, aussi bien que dans leur manière de gouverner, ou jusqu’à ce qu’ils cessent de gouverner. Il faut l’homme tout entier dans la prière jusqu’à ce que des ecclésiastiques hautains, orgueilleux et dénués d’esprit deviennent doux, humbles et pieux, jusqu’à ce que la piété et la gravité règnent dans l’Église et dans l’État, au foyer et dans les affaires, dans la vie publique comme dans la vie privée.

Prier est l’affaire de l’homme, et il faut des hommes virils pour le faire. Prier est une affaire divine, et il faut des hommes pieux pour le faire. Et ce sont les hommes pieux qui se livrent entièrement à la prière. La prière a une influence et des effets de grâce d’une vaste portée. C’est une affaire intense et profonde, qui traite avec Dieu et avec ses plans et ses desseins, et il faut des hommes au cœur entier pour s’y adonner. Aucun effort à moitié du cœur, à moitié de l’intelligence, à moitié de l’esprit ne convient à cette affaire sérieuse, capitale et céleste. Le cœur tout entier, l’intelligence tout entière, l’esprit tout entier doivent être engagés dans l’œuvre de la prière, qui doit si puissamment influer sur le caractère et la destinée des hommes.

Voici la réponse de Jésus au scribe qui lui demandait quel était le premier et le plus grand commandement :

« le Seigneur, notre Dieu, est l’unique Seigneur ; et : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force. »

En un mot, l’homme tout entier, sans réserve, doit aimer Dieu. De même, il faut ce même homme tout entier pour faire la prière que Dieu demande aux hommes. Toutes les facultés de l’homme doivent y être engagées. Dieu ne peut tolérer un cœur partagé dans l’amour qu’il demande aux hommes, et il ne peut pas davantage supporter un homme partagé dans la prière.

Dans le Psaume cent dix-neuvième, le psalmiste enseigne cette même vérité en ces termes :

« Heureux ceux qui gardent ses préceptes, Qui le cherchent de tout leur cœur. »

Il faut des hommes au cœur entier pour garder les commandements de Dieu, et il faut la même sorte d’hommes pour chercher Dieu. Ce sont eux qui sont déclarés « heureux ». C’est sur ces hommes au cœur entier que repose l’approbation de Dieu.

Rapprochant la chose de lui-même, le psalmiste fait cette déclaration sur sa propre pratique : « Je te cherche de tout mon cœur: Ne me laisse pas égarer loin de tes commandements! »

Et plus loin, en nous donnant sa prière pour obtenir un cœur sage et intelligent, il nous dit ses résolutions touchant l’observation de la loi de Dieu :

« Donne-moi l’intelligence, pour que je garde ta loi Et que je l’observe de tout mon cœur! »

De même qu’il faut un cœur entier, donné à Dieu, pour obéir avec joie et pleinement aux commandements de Dieu, de même il faut un cœur entier pour faire une prière efficace.

Parce qu’il faut l’homme tout entier pour prier, la prière n’est pas une tâche facile. Prier, c’est bien plus que simplement plier le genou et réciter quelques mots par cœur.

« Ce n’est point assez de plier le genou
Et de dire des mots de prière ;
Si le cœur n’est d’accord avec les lèvres,
Nous ne prions point. »

La prière n’est pas un exercice léger et futile. S’il faut apprendre de bonne heure aux enfants à prier, la prière n’est pas une tâche d’enfant. La prière met à contribution toute la nature de l’homme. La prière engage toutes les facultés de la nature morale et spirituelle de l’homme. C’est ce qui explique en partie la prière de notre Seigneur décrite en Hébreux 5:7 :

« C’est lui qui, dans les jours de sa chair, ayant présenté avec de grands cris et avec larmes des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant été exaucé à cause de sa piété. »

Il suffit d’un instant de réflexion pour voir combien une telle prière de notre Seigneur mettait puissamment à contribution toutes les forces de son être et mettait en exercice chaque partie de sa nature. C’est la prière qui approche l’âme de Dieu et qui fait descendre Dieu sur la terre.

Le corps, l’âme et l’esprit sont mis à l’épreuve et soumis au tribut de la prière. David Brainerd consigne ainsi le souvenir de sa prière :

« Dieu me rendit capable de lutter dans la prière jusqu’à ce que je fusse trempé de sueur, bien que je fusse à l’ombre et dans un lieu frais. »

Le Fils de Dieu, à Gethsémané, fut dans une agonie de prière qui engageait tout son être :

« Lorsqu’il fut arrivé dans ce lieu, il leur dit: Priez, afin que vous ne tombiez pas en tentation. Puis il s’éloigna d’eux à la distance d’environ un jet de pierre, et, s’étant mis à genoux, il pria, disant: Père, si tu voulais éloigner de moi cette coupe! Toutefois, que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne. Alors un ange lui apparut du ciel, pour le fortifier. Étant en agonie, il priait plus instamment, et sa sueur devint comme des grumeaux de sang, qui tombaient à terre. » Luc 22:40-44.

Voilà une prière qui mettait la main sur chaque partie de la nature de notre Seigneur, qui faisait appel à toutes les forces de son âme, de son esprit et de son corps. C’était une prière qui embrassait l’homme tout entier.

Paul connaissait cette sorte de prière. Écrivant aux chrétiens de Rome, il les presse de prier avec lui de cette manière :

« Je vous exhorte, frères, par notre Seigneur Jésus-Christ et par l’amour de l’Esprit, à combattre avec moi, en adressant à Dieu des prières en ma faveur. »

Les mots « à combattre avec moi » disent ce qu’était la prière de Paul, et tout ce qu’il y mettait. Ce n’est pas une requête docile, ce n’est pas une petite chose, cette sorte de prière, ce « combat avec moi ». C’est de la nature d’une grande bataille, d’un combat à gagner, d’une grande bataille à livrer. Le chrétien qui prie, comme le soldat, livre une lutte à la vie et à la mort. Son honneur, son immortalité et la vie éternelle y sont tous engagés. C’est prier comme l’athlète lutte pour la victoire et pour la couronne, comme il lutte corps à corps ou court dans le stade. Tout dépend de la force qu’il y met. L’énergie, l’ardeur, la rapidité, toutes les facultés de sa nature y sont engagées. Chaque faculté est stimulée et tendue jusqu’à son extrême limite. La petitesse, la tiédeur, la faiblesse et la paresse en sont toutes absentes.

De même qu’il faut l’homme tout entier pour prier avec succès, de même, en retour, l’homme tout entier reçoit les bienfaits d’une telle prière. Comme chaque partie de l’être complexe de l’homme entre dans la vraie prière, de même chaque partie de cette même nature reçoit de Dieu des bénédictions en réponse à une telle prière. Cette sorte de prière engage notre cœur sans partage, notre plein consentement à appartenir au Seigneur, tous nos désirs.

Dieu veille à ce que, lorsque l’homme tout entier prie, l’homme tout entier soit béni en retour. Son corps reçoit le bienfait de la prière, car beaucoup de prières sont faites précisément pour le corps. La nourriture et le vêtement, la santé et la vigueur corporelle viennent en réponse à la prière. Une activité intellectuelle claire, une pensée juste, une intelligence éclairée et une raison sûre viennent de la prière. La direction divine signifie que Dieu meut et impressionne notre esprit de telle sorte que nous prenions des décisions sages et sûres. « Il conduit les humbles dans la justice. »

Plus d’un prédicateur qui prie a été grandement aidé sur ce point précis. L’onction du Saint qui vient sur le prédicateur fortifie l’esprit, libère la pensée et donne la parole. C’est l’explication des jours d’autrefois, où des hommes d’une instruction très limitée avaient une si merveilleuse liberté de l’Esprit dans la prière et dans la prédication. Leurs pensées coulaient comme un cours d’eau. Toute leur machinerie intellectuelle ressentait l’impulsion des influences de grâce de l’Esprit divin.

Et, bien entendu, l’âme reçoit de grands bienfaits dans cette sorte de prière. Des milliers de personnes peuvent rendre témoignage de cette affirmation. Nous le répétons donc : de même que l’homme tout entier entre en jeu dans la prière vraie, ardente et efficace, de même l’homme tout entier, âme, esprit et corps, reçoit les bienfaits de la prière.

Chapitre 1 terminé

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