L’essentiel de la prière
L’universalité de la prière

Chapitre 12 · 11 min de lecture · 14 min d’écoute

L’universalité de la prière

« Il faut plus de la puissance de l’Esprit pour rendre saints la ferme, le foyer, le bureau, le magasin, l’atelier, que pour rendre sainte l’Église. Il faut plus de la puissance de l’Esprit pour rendre saint le samedi que pour rendre saint le dimanche. Il faut beaucoup plus de la puissance de l’Esprit pour gagner de l’argent pour Dieu que pour faire un discours pour Dieu. Beaucoup plus pour vivre une grande vie pour Dieu que pour prêcher un grand sermon. » — Edward M. Bounds.

La prière a une influence d’une portée immense et des effets qui embrassent le monde entier. Elle atteint tous les hommes, elle les atteint partout, et elle les atteint en toutes choses. Elle touche aux intérêts de l’homme dans le temps et dans l’éternité. Elle saisit Dieu et le pousse à intervenir dans les affaires de la terre. Elle pousse les anges à servir les hommes en cette vie. Elle retient et déjoue le diable dans ses desseins de ruiner l’homme. La prière va partout et met la main sur toute chose. Il y a dans la prière une universalité. Quand nous parlons de la prière et de son œuvre, il nous faut employer des termes universels. Elle est individuelle dans son application et ses bienfaits, mais elle est en même temps générale et mondiale dans ses heureuses influences. Elle bénit l’homme dans chaque événement de la vie, lui fournit du secours dans chaque situation critique et lui donne du réconfort dans chaque épreuve. Il n’est aucune expérience que l’homme soit appelé à traverser sans que la prière y soit présente comme une aide, un consolateur et un guide.

Lorsque nous parlons de l’universalité de la prière, nous lui découvrons bien des aspects. D’abord, on peut remarquer que tous les hommes devraient prier. La prière est destinée à tous les hommes, parce que tous les hommes ont besoin de Dieu, et de ce que Dieu possède et que la prière seule peut obtenir. Comme les hommes sont appelés à prier en tout lieu, il s’ensuit que tous les hommes doivent prier, car il y a des hommes en tout lieu. Des termes universels sont employés lorsque les hommes reçoivent l’ordre de prier, tandis qu’une promesse est faite en termes universels à tous ceux qui invoquent Dieu pour obtenir le pardon, la miséricorde et le secours :

« Il n’y a aucune différence ; car ils ont tous un même Seigneur, qui est riche pour tous ceux qui l’invoquent. Car quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. »

Comme il n’y a aucune différence dans l’état de péché où se trouvent les hommes, que tous les hommes ont besoin de la grâce salvatrice de Dieu, qui seule peut les bénir, et que cette grâce salvatrice ne s’obtient qu’en réponse à la prière, tous les hommes sont donc appelés à prier, à cause de leurs besoins mêmes.

C’est une règle de l’interprétation de l’Écriture que, chaque fois qu’un commandement est donné sans aucune restriction, il oblige universellement. Aussi les paroles de l’Éternel dans Ésaïe viennent-elles à propos :

« Cherchez l’Éternel pendant qu’il se trouve; Invoquez-le, tandis qu’il est près. Que le méchant abandonne sa voie, Et l’homme d’iniquité ses pensées; Qu’il retourne à l’Éternel, qui aura pitié de lui, A notre Dieu, qui ne se lasse pas de pardonner. »

De sorte que, comme la méchanceté est universelle, et comme tous les hommes ont besoin du pardon, tous les hommes doivent chercher l’Éternel pendant qu’il se trouve, et l’invoquer tandis qu’il est près. La prière appartient à tous les hommes, parce que tous les hommes sont rachetés en Christ. C’est pour tout homme un privilège de prier, mais ce n’est pas moins pour eux un devoir impérieux d’invoquer Dieu. Aucun pécheur n’est écarté du propitiatoire. Tous sont les bienvenus pour s’approcher du trône de la grâce avec tous leurs besoins et tous leurs malheurs, avec tous leurs péchés et tous leurs fardeaux.

« Venez, vous tous, venez, toi, pécheur,
Tout en Christ est prêt maintenant. »

Chaque fois qu’un pauvre pécheur tourne les yeux vers Dieu, peu importe où il se trouve et quels que soient sa culpabilité et son état de péché, l’œil de Dieu est sur lui, et son oreille est ouverte à ses prières.

Mais les hommes peuvent prier en tout lieu, puisque Dieu est accessible sous tous les climats et en toutes circonstances. « Je veux donc que les hommes prient en tout lieu, en élevant des mains pures, sans colère ni mauvaises pensées. »

Aucun lieu de la terre n’est trop éloigné de Dieu pour atteindre le ciel. Aucun endroit n’est si reculé que Dieu ne puisse voir et entendre celui qui regarde vers lui et cherche sa face. Oliver Holden a mis dans un cantique ces paroles :

« Alors, mon âme, en toute détresse,
Viens à ton Père et attends ;
Il exaucera toute prière ;
Dieu est présent en tout lieu. »

Il n’y a qu’une seule réserve à apporter à l’idée que l’on peut prier en tout lieu. Certains endroits, à cause du commerce mauvais qui s’y pratique, ou à cause de l’ambiance qui leur est propre et qui découle du lieu lui-même, du caractère moral de ceux qui tiennent ce commerce et de ceux qui le soutiennent, sont des lieux où la prière ne serait pas à sa place. Nous pourrions citer le débit de boissons, le théâtre, l’opéra, la table de jeu, le bal, et autres lieux semblables de divertissement mondain. La prière y est si déplacée que personne n’oserait jamais y prier. La prière y serait une intrusion, et elle serait regardée comme telle par les propriétaires, les clients et les soutiens de ces lieux. De plus, ceux qui fréquentent ces endroits ne sont pas des gens qui prient. Ils appartiennent presque entièrement à la foule des mondains qui ne prient pas.

Si nous devons prier en tout lieu, cela signifie sans aucun doute que nous ne devons pas fréquenter les lieux où nous ne pouvons pas prier. Prier en tout lieu, c’est prier dans tous les lieux légitimes, et fréquenter surtout ceux où la prière est la bienvenue et reçoit une gracieuse hospitalité. Prier en tout lieu, c’est garder l’esprit de prière dans les lieux d’affaires, dans nos relations avec les hommes, et dans l’intimité du foyer, au milieu de tous ses soucis domestiques.

La prière modèle de notre Seigneur, qu’on appelle familièrement « le Notre Père », est la prière universelle, parce qu’elle convient tout particulièrement à tous les hommes, en tout lieu, en toutes circonstances et en tout temps de besoin. On peut la mettre dans la bouche de tous les peuples, de toutes les nations et de tous les temps. C’est un modèle de prière qui n’a besoin ni d’amendement ni de modification pour quelque famille, quelque peuple ou quelque nation que ce soit.

De plus, la prière a son application universelle en ce que tous les hommes doivent en être les objets. Il faut prier pour tous les hommes, en tout lieu. La prière doit embrasser toute la race déchue d’Adam, parce que tous les hommes sont déchus en Adam, rachetés en Christ, et qu’ils tirent profit des prières faites pour eux. Telle est la doctrine de Paul dans ses directives sur la prière, en 1 Timothée 2:1 :

« J’exhorte donc, avant toutes choses, à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces, pour tous les hommes. »

Il y a donc un solide fondement scripturaire pour étendre nos prières jusqu’à embrasser tous les hommes, puisque non seulement il nous est commandé de prier ainsi pour eux, mais que la raison donnée est que Christ s’est donné lui-même en rançon pour tous les hommes, et que tous les hommes sont, en principe, bénéficiaires de la mort expiatoire de Jésus-Christ.

Mais enfin, et plus longuement, la prière a un aspect universel en ce que toutes les choses qui nous concernent doivent faire l’objet de nos prières, et que toutes les choses qui sont pour notre bien, physique, social, intellectuel, spirituel et éternel, sont des sujets de prière. Avant toutefois de considérer cet aspect de la prière, arrêtons-nous pour regarder encore la prière universelle pour tous les hommes. Comme catégorie particulière pour laquelle il faut prier, nous pouvons mentionner ceux qui détiennent l’autorité dans l’État ou qui gouvernent dans l’Église. La prière a de puissantes vertus. Elle fait de bons gouvernants, et elle en fait de meilleurs gouvernants. Elle retient les hommes sans loi et les despotes. Il faut prier pour les gouvernants. Ils ne sont pas hors de la portée et de l’emprise de la prière, parce qu’ils ne sont pas hors de la portée et de l’emprise de Dieu. Le méchant Néron était sur le trône de Rome lorsque Paul écrivit à Timothée ces paroles qui pressent de prier pour ceux qui sont en autorité.

Les lèvres chrétiennes doivent exhaler des prières pour les gouvernants cruels et infâmes de l’État, aussi bien que pour les gouverneurs et les princes justes et bienveillants. La prière doit s’étendre aussi loin que la race humaine, « pour tous les hommes ». L’humanité doit charger nos cœurs quand nous prions, et tous les hommes doivent occuper nos pensées quand nous nous approchons d’un trône de grâce. Dans nos heures de prière, tous les hommes doivent avoir une place. Les besoins et les malheurs de la race entière doivent élargir et attendrir nos sympathies, et enflammer nos requêtes. Aucun homme petit ne peut prier. Aucun homme aux vues étroites sur Dieu, sur son plan pour sauver les hommes et sur les besoins universels de tous les hommes, ne peut prier efficacement. Il faut un homme à l’esprit large, qui comprend Dieu et ses desseins dans l’expiation, pour bien prier. Aucun cynique ne peut prier. La prière est la plus divine des philanthropies, autant qu’une grandeur de cœur de géant. La prière vient d’un grand cœur, rempli de pensées pour tous les hommes et de sympathie pour tous les hommes.

La prière va de pair avec la volonté de Dieu, « qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. »

La prière s’élève jusqu’au ciel, et elle fait descendre le ciel sur la terre. La prière tient en ses mains une double bénédiction. Elle récompense celui qui prie, et elle bénit celui pour qui l’on prie. Elle apporte la paix aux passions en guerre et calme les éléments déchaînés. La tranquillité est l’heureux fruit de la vraie prière. Il y a un calme intérieur qui vient à celui qui prie, et aussi un calme extérieur. La prière fait naître « une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté ».

La prière juste ne rend pas seulement la vie belle dans la paix ; elle la rend aussi parfumée de justice et pleine de poids par son influence. L’honnêteté, la gravité, l’intégrité et le poids du caractère sont les fruits naturels et essentiels de la prière.

C’est ce genre de prière, aux dimensions du monde, au cœur large et sans égoïsme, qui plaît à Dieu et qui est agréable à ses yeux, parce qu’elle coopère avec sa volonté et coule en flots de grâce vers tous les hommes et vers chaque homme. C’est ce genre de prière que Jésus-Christ homme pratiqua lorsqu’il était sur la terre, et c’est le même genre qu’il pratique maintenant à la droite de son Père dans le ciel, comme notre puissant Intercesseur. Il est le modèle de la prière. Il se tient entre Dieu et l’homme, l’unique Médiateur, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous les hommes, et pour chaque homme.

C’est ainsi que la vraie prière s’unit à la volonté de Dieu et coule en flots de sollicitude, de compassion et d’intercession pour tous les hommes. Comme Jésus-Christ est mort pour chacun de ceux qui sont entraînés dans la chute, ainsi la prière entoure chacun et se donne pour le bien de chacun. Comme notre unique Médiateur entre Dieu et l’homme, celui qui prie se tient à mi-chemin entre Dieu et l’homme, avec des prières et des supplications, « avec de grands cris et avec larmes ». La prière tient en sa main les mouvements de la race humaine et embrasse la destinée des hommes pour toute l’éternité. Le roi et le mendiant sont tous deux touchés par elle. Elle touche le ciel et remue la terre. La prière attache la terre au ciel, et elle met le ciel en étroit contact avec la terre.

« Vos conducteurs et vos frères, portez-les
À jamais dans votre pensée ;
Étendez les bras de la puissante prière
Pour embrasser tout le genre humain. »
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