L’essentiel de la prière
La prière concertée

Chapitre 11 · 13 min de lecture · 17 min d’écoute

La prière concertée

« Un touriste qui gravit un sommet des Alpes se trouve attaché par une corde solide à son guide fidèle et à trois de ses compagnons de route. Tandis qu’ils longent un précipice périlleux, il ne peut pas prier ainsi : “Seigneur, affermis mes pas dans un sentier sûr, afin que mes pieds ne glissent point ; quant à mon guide et à mes compagnons, qu’ils se débrouillent.” La seule prière qui convienne en pareil cas est celle-ci : “Seigneur, affermis nos pas dans un sentier sûr ; car si l’un de nous glisse, nous pouvons tous périr.” » — H. Clay Trumbull.

Le pieux Quesnel dit que « Dieu se trouve dans l’union et l’accord. Rien n’est plus efficace que cela dans la prière ».

Les intercessions se joignent aux prières et aux supplications. Le mot ne signifie pas nécessairement la prière qui regarde les autres. Il signifie une rencontre, le fait de se joindre à un ami très intime pour une communion libre et sans contrainte. Il implique la prière libre, familière et hardie.

Notre Seigneur traite cette question de la prière en commun au dix-huitième chapitre de Matthieu. Il y traite du bienfait et de l’énergie qui résultent de l’union des forces de la prière. Le principe et la promesse de la prière se comprendront le mieux dans le contexte où notre Seigneur les a donnés :

« Si ton frère a péché, va et reprends-le entre toi et lui seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. Mais, s’il ne t’écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes, afin que toute l’affaire se règle sur la déclaration de deux ou de trois témoins.

« S’il refuse de les écouter, dis-le à l’Église; et s’il refuse aussi d’écouter l’Église, qu’il soit pour toi comme un païen et un publicain.

« Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. Je vous dis encore que, si deux d’entre vous s’accordent sur la terre pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les cieux. Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux. »

Ce passage nous montre l’Église en prière pour faire respecter la discipline, afin que ceux de ses membres qui ont été surpris en faute se soumettent volontiers à la démarche disciplinaire. Il nous montre en outre l’Église rassemblée dans une prière concertée, afin de réparer la perte et les frictions qui suivent le retranchement d’un membre coupable. Cette dernière instruction touchant la prière concertée a pour but que toute l’affaire soit remise au Dieu tout-puissant, pour qu’il l’approuve et la ratifie.

Tout cela signifie que l’instrument principal, décisif et tout-puissant dans l’Église est la prière, qu’il s’agisse, comme nous l’avons vu au chapitre 9 de Matthieu, de pousser des ouvriers dans les champs de la moisson terrestre de Dieu, ou de retrancher de l’Église celui qui viole l’unité, la loi et l’ordre, et qui ne veut ni écouter ses frères, ni se repentir et confesser sa faute.

Cela signifie que la discipline de l’Église, art aujourd’hui perdu dans l’Église moderne, doit aller de pair avec la prière, et que l’Église qui n’a aucune disposition à séparer de l’Église ceux qui font le mal, et qui n’a aucun esprit d’excommunication envers ceux qui transgressent incorrigiblement la loi et l’ordre, n’aura aucune communication avec Dieu. La pureté de l’Église doit précéder les prières de l’Église. L’unité de la discipline dans l’Église précède l’unité des prières de l’Église.

Qu’on le remarque avec insistance : une Église qui néglige la discipline négligera la prière. Une Église qui tolère dans sa communion ceux qui font le mal cessera de prier, cessera de prier d’un commun accord, et cessera d’être une Église assemblée dans la prière au nom de Christ.

Cette question de la discipline de l’Église est importante dans les Écritures. Le devoir de veiller sur la vie de ses membres appartient à l’Église de Dieu. L’Église est une organisation d’aide mutuelle, et elle est chargée de veiller sur tous ses membres. Une conduite déréglée ne peut être passée sous silence. La marche à suivre en pareil cas est clairement donnée au dix-huitième chapitre de Matthieu, déjà cité plus haut. De plus, Paul, en Galates 6:1, donne des instructions explicites au sujet de ceux qui tombent dans le péché au sein de l’Église :

« Frères, si un homme vient à être surpris en quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez-le avec un esprit de douceur. Prends garde à toi-même, de peur que tu ne sois aussi tenté. »

L’œuvre de l’Église n’est pas seulement de chercher des membres, mais de veiller sur eux et de les garder après qu’ils sont entrés dans l’Église. Et si quelques-uns sont surpris par le péché, il faut aller à leur recherche ; et s’ils ne peuvent être guéris de leurs fautes, il faut alors en venir au retranchement. Telle est la doctrine que pose notre Seigneur.

Il est assez frappant que l’Église d’Éphèse (Apocalypse 2), bien qu’elle eût abandonné son premier amour et qu’elle eût tristement décliné dans la piété vivante et dans tout ce qui constitue la vie spirituelle, reçoive pourtant crédit pour cette bonne qualité : « Je sais que tu ne peux supporter les méchants. »

L’Église de Pergame, au contraire, fut reprise parce qu’elle comptait parmi ses membres des gens qui enseignaient des doctrines si funestes qu’elles étaient une pierre d’achoppement pour les autres. Et ce n’était pas tant que de tels personnages fussent dans l’Église, mais qu’on les y tolérât. L’impression qui se dégage est que les conducteurs de l’Église étaient aveugles à la présence de ces personnages nuisibles, et qu’ils n’étaient donc pas disposés à exercer la discipline. Cette mauvaise disposition était un signe infaillible de l’absence de prière parmi les membres. Il n’y avait pas d’effort uni de prière visant à purifier l’Église et à la garder pure.

Cette idée de discipline ressort avec force dans les écrits de l’apôtre Paul aux Églises. L’Église de Corinthe avait un cas notoire d’impudicité, où un homme avait épousé sa belle-mère, et cette Église s’était montrée insouciante à l’égard de cette iniquité. Paul reprit assez vivement cette Église et donna un ordre explicite en ce sens : « Otez le méchant du milieu de vous. » Ici, Paul exigeait du peuple qui prie une action concertée.

Une Église aussi bonne que celle de Thessalonique avait besoin d’instruction et d’avertissement sur ce point : veiller sur les personnes qui vivent dans le désordre. Aussi entendons-nous Paul leur dire :

« Nous vous recommandons, frères, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, de vous éloigner de tout frère qui vit dans le désordre. »

Remarquez-le bien. Ce n’est pas la simple présence de personnes déréglées dans une Église qui attire le déplaisir de Dieu. C’est lorsqu’on les tolère sous le prétexte erroné de « les supporter », et qu’on ne fait aucune démarche, ni pour les guérir de leurs mauvaises pratiques, ni pour les exclure de la communion de l’Église. Et cette négligence flagrante de l’Église envers ses membres égarés n’est que le triste signe d’un manque de prière ; car une Église qui prie, adonnée à la prière mutuelle, à la prière d’un commun accord, discerne vite lorsqu’un frère est surpris en quelque faute, et cherche soit à le redresser, soit à le retrancher s’il est incorrigible.

Une grande partie de ce mal remonte au manque de vision spirituelle chez les conducteurs de l’Église. L’Éternel, par la bouche du prophète Ésaïe, posa un jour cette question très pertinente et pleine de sens : « Qui est aveugle, sinon mon serviteur ? » Cet aveuglement des conducteurs de l’Église n’est nulle part plus manifeste que dans cette question : voir ceux qui font le mal dans l’Église, prendre soin d’eux, et, lorsque l’effort pour les redresser échoue, leur retirer la communion et les laisser être « comme un païen et un publicain ». La vérité est qu’il y a, en ces temps modernes, une telle soif de membres dans l’Église que les responsables et les prédicateurs ont entièrement perdu de vue les membres qui ont violé les engagements de leur baptême et qui vivent dans un mépris ouvert de la Parole de Dieu. L’idée est aujourd’hui la quantité des membres, non la qualité. La pureté de l’Église est reléguée à l’arrière-plan dans la folie d’obtenir des chiffres, de gonfler les registres de l’Église et d’aligner de gros nombres dans les colonnes des statistiques. La prière, beaucoup de prière, la prière mutuelle, ramènerait l’Église aux normes de l’Écriture et la purgerait de bien des malfaiteurs, tout en guérissant peut-être un bon nombre d’entre eux de leur mauvaise vie.

La prière et la discipline de l’Église ne sont pas des révélations nouvelles de l’économie chrétienne. Ces deux choses occupaient une haute place dans l’Église juive. Les exemples sont trop nombreux pour qu’on les cite tous. Esdras en est un. À son retour de la captivité, il trouva une situation triste et affligeante parmi le peuple du Seigneur resté dans le pays. Ils ne s’étaient pas séparés des peuples païens d’alentour, et ils s’étaient alliés à eux par des mariages, contrairement aux commandements divins. Et ceux qui occupaient une haute place dans l’Église étaient compromis, les sacrificateurs et les Lévites avec d’autres. Esdras fut profondément ému du récit qu’on lui fit ; il déchira ses vêtements, pleura et pria. Il n’approuva pas ceux qui faisaient le mal dans l’Église ; il ne ferma pas les yeux sur eux, il ne les excusa pas, et il ne transigea pas avec la situation. Lorsqu’il eut achevé de confesser les péchés du peuple et de prier, le peuple s’assembla devant lui et se joignit à lui par une alliance pour renvoyer loin de lui ses mauvaises actions ; et ils pleurèrent et prièrent avec Esdras.

Il en résulta que le peuple se repentit profondément de ses transgressions, et Israël fut réformé. La prière et un homme de bien, qui n’était ni aveugle ni indifférent, firent l’œuvre.

Il est écrit d’Esdras : « Car il était dans la désolation à cause du péché des fils de la captivité. » Il en est de même de tout homme de prière dans l’Église, lorsqu’il a des yeux pour voir la transgression de ceux qui font le mal dans l’Église, un cœur pour s’affliger à leur sujet, et en lui un esprit si soucieux de l’Église qu’il prie à son sujet.

Heureuse l’Église qui a des conducteurs qui prient, qui voient ce qui est déréglé dans l’Église, qui en sont affligés, et qui étendent la main pour corriger les maux qui nuisent à la cause de Dieu et pèsent sur son progrès. L’un des chefs de l’accusation portée contre « ceux qui vivent tranquilles dans Sion », dont parle Amos, est qu’« ils ne s’attristent pas sur la ruine de Joseph ». Et cette même accusation pourrait être portée contre les conducteurs de l’Église des temps modernes. Ils ne s’affligent pas de voir les membres engloutis dans la folie des choses mondaines et charnelles, ni de voir dans l’Église des gens qui marchent ouvertement dans le désordre et dont la vie est un scandale pour la religion. Naturellement, de tels conducteurs ne prient pas à ce sujet, car la prière ferait naître en eux un esprit de sollicitude pour ces malfaiteurs, et chasserait l’esprit d’indifférence qui les possède.

Il serait bon que les conducteurs d’Église qui ne prient pas et les pasteurs insouciants lisent le récit de l’homme à l’écritoire, au chapitre 9 d’Ézéchiel, où Dieu ordonna au prophète d’envoyer à travers la ville certains hommes qui feraient périr ceux de la ville, à cause des grands maux qui s’y trouvaient. Mais certaines personnes devaient être épargnées. C’étaient celles qui « soupirent et qui gémissent à cause de toutes les abominations qui s’y commettent ». L’homme à l’écritoire devait marquer chacun de ces hommes qui soupiraient et gémissaient, afin qu’ils échappent à la destruction imminente. Remarquez bien que, selon les instructions, le massacre de ceux qui ne gémissaient ni ne soupiraient devait commencer par le sanctuaire : « commencez par mon sanctuaire! »

Quelle leçon pour les responsables de l’Église moderne qui ne prient pas et demeurent indifférents ! Qu’ils sont peu nombreux, ceux qui « soupirent et qui gémissent » à cause des abominations actuelles dans le pays, et qui sont affligés des désolations de Sion ! Quel besoin il y a que « deux ou trois soient assemblés » dans une prière concertée au sujet de ces conditions, et que, dans le lieu secret, ils pleurent et prient pour les péchés de Sion !

Cette prière concertée, cet accord dans la prière, enseigné par notre Seigneur au dix-huitième chapitre de Matthieu, trouve ailleurs sa preuve et son illustration. C’était là le genre de prière auquel Paul faisait allusion dans la demande qu’il adressait à ses frères de Rome, rapportée en Romains 15:30 :

« Je vous exhorte, frères, par notre Seigneur Jésus-Christ et par l’amour de l’Esprit, à combattre avec moi, en adressant à Dieu des prières en ma faveur, afin que je sois délivré des incrédules de la Judée. »

Voici l’unité dans la prière, la prière d’un commun accord, une prière qui vise directement la délivrance des hommes incrédules et méchants : c’est le même genre de prière que celui que recommandait notre Seigneur, et le but est pratiquement le même, la délivrance des hommes incrédules, délivrance opérée soit en les amenant à la repentance, soit en les excluant de l’Église.

La même idée se retrouve en 2 Thessaloniciens 3:1 :

« Au reste, frères, priez pour nous, afin que la parole du Seigneur se répande et soit glorifiée comme elle l’est chez-vous, et afin que nous soyons délivrés des hommes méchants et pervers. »

Voici une prière unie que demande un apôtre, entre autres choses pour être délivré des hommes méchants : cela même dont l’Église de Dieu a besoin aujourd’hui. En joignant leurs prières aux siennes, ils obtenaient le but désiré : être débarrassés d’hommes nuisibles à l’Église de Dieu, qui entravaient la course de la Parole du Seigneur. Demandons-le : n’y a-t-il pas dans l’Église d’aujourd’hui des gens qui sont un obstacle positif à la marche de la Parole du Seigneur ? Quelle meilleure voie y a-t-il que de prier ensemble à ce sujet, tout en usant de la discipline donnée par Christ, d’abord pour les sauver, puis, si cette voie échoue, pour les retrancher du corps ?

Cette voie paraît-elle dure ? Alors notre Seigneur lui-même fut coupable de dureté, car il termine ces instructions en disant : « Et s’il refuse aussi d’écouter l’Église, qu’il soit pour toi comme un païen et un publicain. »

Il n’y a pas là plus de dureté que dans le geste de l’habile chirurgien qui, voyant le corps entier et ses membres mis en danger par un membre gangrené, tranche ce membre pour le bien de l’ensemble. Il n’y eut pas davantage de dureté de la part du capitaine et de l’équipage du navire où se trouvait Jonas, lorsque, la tempête s’étant levée et menaçant de faire périr tous ceux qui étaient à bord, ils jetèrent par-dessus bord le prophète fugitif. Ce qui paraît dureté est obéissance à Dieu ; c’est pour le bien de l’Église, et c’est sage au plus haut point.

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