L’essentiel de la prière
La prière et les missions

Chapitre 13 · 20 min de lecture · 25 min d’écoute

La prière et les missions

« Un jour, vers cette époque, j’entendis parmi les quelques chèvres qui me restaient des bêlements inhabituels, comme si on les égorgeait ou les torturait. Je courus à l’étable et me trouvai aussitôt entouré d’une bande d’hommes armés. Le piège s’était refermé sur moi, leurs armes étaient levées, et je m’attendais à mourir l’instant d’après. Mais Dieu me poussa à leur parler avec fermeté et avec bonté ; je les avertis de leur péché et de son châtiment ; je leur montrai que seuls mon amour et ma pitié m’amenaient à demeurer là, cherchant leur bien, et que, s’ils me tuaient, ils tueraient leur meilleur ami. Je les assurai en outre que je n’avais pas peur de mourir, car à la mort mon Sauveur me prendrait au ciel, où je serais bien plus heureux que sur la terre ; et que mon seul désir de vivre était de les rendre heureux en leur apprenant à aimer Jésus-Christ mon Seigneur. Puis je levai les mains et les yeux vers le ciel, et je priai à haute voix Jésus de bénir tous mes Tannais, et de me protéger ou de me prendre au ciel, selon qu’il le jugerait le meilleur. L’un après l’autre, ils s’éclipsèrent, et Jésus les retint une fois de plus. Jamais mère ne courut plus vite protéger son enfant qui pleure à l’heure du danger que le Seigneur Jésus ne se hâte de répondre à la prière de la foi et d’envoyer du secours à ses serviteurs, en son temps et à sa manière, autant que ce sera pour leur bien et pour sa gloire. » — John G. Paton.

Les missions, c’est le don de l’Évangile à ceux de la race déchue d’Adam qui n’ont jamais entendu parler de Christ et de sa mort expiatoire. C’est donner à d’autres l’occasion d’entendre parler du salut par notre Seigneur Jésus-Christ, et leur permettre à leur tour de recevoir et d’accepter les bénédictions de l’Évangile, telles que nous les possédons dans les pays christianisés. Cela signifie que ceux qui jouissent des bienfaits de l’Évangile donnent ces mêmes avantages religieux et ces mêmes privilèges de l’Évangile à tout le genre humain. La prière a beaucoup à voir avec les missions. La prière est la servante des missions. Le succès de tout véritable effort missionnaire dépend de la prière. La vie et l’esprit des missions sont la vie et l’esprit de la prière. La prière et les missions sont nées toutes deux dans la pensée divine. La prière et les missions sont des compagnes intimes. La prière crée les missions et les fait réussir, tandis que les missions s’appuient lourdement sur la prière. Au psaume soixante-douze, qui traite du Messie, il est dit : « Ils prieront pour lui sans cesse. » On prierait pour sa venue pour sauver l’homme, et l’on prierait pour le succès du plan du salut qu’il viendrait mettre en œuvre.

L’Esprit de Jésus-Christ est l’esprit des missions. Notre Seigneur Jésus-Christ fut lui-même le premier missionnaire. Sa promesse et son avènement constituèrent le premier mouvement missionnaire. L’esprit missionnaire n’est pas simplement un aspect de l’Évangile, ni un simple trait du plan du salut, mais il en est l’esprit même et la vie. Le mouvement missionnaire, c’est l’Église de Jésus-Christ en marche, rangée en ordre de bataille, dans le dessein de posséder pour Christ le monde entier des hommes. Quiconque est touché par l’Esprit de Dieu est enflammé de l’esprit missionnaire. Un chrétien hostile aux missions est une contradiction dans les termes. Nous pourrions dire qu’il serait impossible d’être un chrétien hostile aux missions, parce qu’il est impossible que les forces divines et humaines mettent les hommes dans un état tel qu’elles ne les rangent pas du côté de la cause missionnaire. L’élan missionnaire est le battement du cœur de notre Seigneur Jésus-Christ, qui envoie ses propres forces vitales à travers tout le corps de l’Église. La vie spirituelle du peuple de Dieu monte ou baisse selon la force de ces battements. Quand ces forces vitales cessent, la mort s’ensuit. De sorte que les Églises hostiles aux missions sont des Églises mortes, tout comme les chrétiens hostiles aux missions sont des chrétiens morts.

La ruse la plus habile de Satan, s’il ne peut empêcher un grand mouvement pour Dieu, est de corrompre ce mouvement. S’il peut mettre le mouvement au premier plan et l’esprit du mouvement à l’arrière-plan, il a matérialisé et entièrement corrompu le mouvement. Seule une prière puissante sauvera le mouvement de la matérialisation, et gardera l’esprit du mouvement fort et souverain.

La clef de tout succès missionnaire est la prière. Cette clef est entre les mains des Églises restées au pays. Les trophées que notre Seigneur remportera dans les pays païens seront gagnés par des missionnaires qui prient, non par des ouvriers de profession en terre étrangère. Ce succès sera remporté plus encore par la prière sainte des Églises au pays. L’Église au pays, à genoux, jeûnant et priant, est la grande base des approvisionnements spirituels, le nerf de la guerre et le gage de la victoire dans ce conflit terrible et final. Les ressources financières ne sont pas le vrai nerf de la guerre dans ce combat. Les rouages, en eux-mêmes, n’ont aucune puissance pour abattre les murailles païennes, ouvrir des portes efficaces et gagner à Christ les cœurs païens. La prière seule peut accomplir l’œuvre.

Aaron et Hur ne donnèrent pas plus sûrement la victoire à Israël par Moïse qu’une Église qui prie ne donnera, par Jésus-Christ, la victoire sur chaque champ de bataille des pays païens. Cela est aussi vrai dans les champs étrangers qu’au pays. L’Église qui prie remporte la lutte. L’Église au pays n’a fait qu’une chose bien mesquine lorsqu’elle a fourni l’argent pour établir des missions et entretenir ses missionnaires. L’argent est important, mais l’argent sans la prière est impuissant face aux ténèbres, à la misère et au péché des pays non christianisés. Le don sans prière engendre la stérilité et la mort. La pauvre prière au pays explique les pauvres résultats dans le champ de mission. Le don sans prière est le secret de toutes les crises des mouvements missionnaires de notre temps, et la cause des dettes qui s’accumulent dans les sociétés de missions.

Il est très bien d’exhorter les hommes à donner de leurs biens pour la cause missionnaire. Mais il est bien plus important de les exhorter à donner leurs prières à ce mouvement. Les missions étrangères ont besoin aujourd’hui de la puissance de la prière plus que de la puissance de l’argent. La prière peut faire avancer la cause missionnaire au milieu des difficultés et des obstacles, même dans la pauvreté. Beaucoup d’argent sans la prière est sans secours et sans puissance face aux ténèbres profondes, au péché et à la misère du champ de mission.

Notre époque est tout particulièrement une époque missionnaire. Le christianisme protestant est remué comme il ne le fut jamais auparavant dans le sens de la conquête des pays païens. Le mouvement missionnaire a pris des proportions qui éveillent l’espérance, allument l’enthousiasme, et qui réclament l’attention, sinon l’intérêt, des plus froids et des plus inertes. Presque chaque Église a gagné la contagion, et les voiles des mouvements missionnaires qu’elles projettent sont largement déployées pour prendre les brises favorables. C’est là, en ce moment, le danger : que le mouvement missionnaire devance l’esprit missionnaire. Tel a toujours été le péril de l’Église : perdre la substance pour l’ombre, perdre l’esprit dans l’écorce extérieure, se contenter de la simple parade du mouvement, mettre la force de l’effort dans le mouvement et non dans l’esprit.

La magnificence de ce mouvement peut non seulement nous aveugler sur son esprit, mais l’esprit qui devrait donner vie et forme au mouvement peut se perdre dans la richesse du mouvement, comme le navire porté par des vents favorables peut se perdre lorsque ces vents enflent jusqu’à la tempête.

Plus d’un parmi nous a entendu des discours éloquents et ardents insistant sur le besoin impérieux d’argent pour les missions, là où il n’en a entendu qu’un seul insistant sur le besoin impérieux de prière. Tous nos plans et tous nos procédés visent à une seule fin, recueillir de l’argent, et non à vivifier la foi et à encourager la prière. L’idée commune parmi les conducteurs de l’Église est que, si nous obtenons l’argent, la prière viendra tout naturellement. C’est tout l’inverse qui est vrai. Si nous amenons l’Église à s’occuper de prier, et si nous obtenons ainsi l’esprit des missions, l’argent viendra plus que probablement tout naturellement. Les moyens spirituels et les forces spirituelles ne viennent jamais tout naturellement. Les devoirs spirituels et les facteurs spirituels, abandonnés à la loi du « tout naturellement », tomberont sûrement en désuétude et mourront. Seules les choses sur lesquelles on insiste vivent et règnent dans le domaine spirituel. Ceux qui donnent ne prieront pas nécessairement. Beaucoup, dans nos Églises, donnent généreusement, et sont connus pour ne pas prier. L’un des maux du mouvement missionnaire actuel se trouve justement là. Le don est entièrement séparé de la prière. La prière reçoit une maigre attention, tandis que le don est mis en avant. Ceux qui prient véritablement seront poussés à donner. La prière crée l’esprit de libéralité. Ceux qui prient donneront généreusement et avec renoncement. Celui qui entre dans son lieu secret pour aller à Dieu ouvrira aussi sa bourse à Dieu. Mais le don fait par routine, à contrecœur, par cotisation imposée, tue l’esprit même de la prière. Mettre l’accent sur le matériel au détriment du spirituel, c’est, par une loi inexorable, écarter et déprécier le spirituel.

Il est vraiment étonnant de voir quelle grande part l’argent tient dans les mouvements religieux modernes, et quelle petite part y tient la prière. En contraste frappant avec cette constatation, il est merveilleux de voir quelle petite part l’argent tint, dans le christianisme primitif, comme facteur de la propagation de l’Évangile, et quelle part merveilleuse y tint la prière.

La grâce de donner ne se cultive nulle part jusqu’à une croissance plus riche que dans le lieu secret. Si toutes nos sociétés de missions et tous nos secrétariats se transformaient en groupes de prière, jusqu’à ce que l’agonie de la vraie prière et le travail d’enfantement avec Christ pour un monde qui périt s’emparent d’eux, les biens immobiliers, les actions bancaires, les obligations des États-Unis seraient mis en vente pour la propagation de l’Évangile de Christ parmi les hommes. Si l’esprit de prière l’emportait, les sociétés de missions dont les membres possèdent individuellement des millions ne chancelleraient pas sous un fardeau de dettes, et de grandes Églises n’auraient pas chaque année un déficit, chaque année des murmures, des réticences et des pressions pour payer une misérable cotisation destinée à entretenir une simple poignée de missionnaires, avec l’humiliation supplémentaire de débattre la question du rappel de quelques-uns d’entre eux. La marche du royaume de Christ a été enfermée par Christ lui-même dans le lieu secret de la prière, et non dans le tronc des offrandes.

Le prophète Ésaïe, regardant à travers les siècles avec la vision d’un voyant, exprime ainsi sa résolution de persévérer dans la prière et de ne laisser à Dieu aucun repos jusqu’à ce que le royaume de Christ soit établi parmi les hommes :

« Pour l’amour de Sion je ne me tairai point, Pour l’amour de Jérusalem je ne prendrai point de repos, Jusqu’à ce que son salut paraisse, comme l’aurore, Et sa délivrance, comme un flambeau qui s’allume. »

Puis, annonçant le succès final de l’Église chrétienne, il parle ainsi :

« Alors les nations verront ton salut, Et tous les rois ta gloire; Et l’on t’appellera d’un nom nouveau, Que la bouche de l’Éternel déterminera. »

Puis l’Éternel lui-même, par la bouche de ce prophète évangélique, déclare ce qui suit :

« Sur tes murs, Jérusalem, j’ai placé des gardes; Ils ne se tairont ni jour ni nuit. Vous qui la rappelez au souvenir de l’Éternel, Point de repos pour vous! Et ne lui laissez aucune relâche, Jusqu’à ce qu’il rétablisse Jérusalem Et la rende glorieuse sur la terre. »

En marge de notre Bible, on lit : « Vous qui êtes ceux qui font souvenir l’Éternel. » L’idée est que ceux qui prient ainsi sont ceux qui font souvenir l’Éternel, qui lui rappellent ce qu’il a promis, et qui ne lui laissent aucun repos jusqu’à ce que l’Église de Dieu soit établie sur la terre.

Et l’une des principales requêtes du Notre Père traite de cette même question de l’établissement du règne de Dieu et du progrès de l’Évangile, dans la requête brève et incisive : « que ton règne vienne », à laquelle s’ajoutent ces mots : « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. »

Le mouvement missionnaire de l’Église apostolique naquit dans une atmosphère de jeûne et de prière. Le mouvement même qui visait à offrir aux païens les bénédictions de l’Église chrétienne était sur le toit, le jour où Pierre y monta pour prier, et où Dieu lui montra son dessein divin d’étendre aux païens les privilèges de l’Évangile et d’abattre le mur de séparation entre Juif et païen.

Mais, plus précisément, Paul et Barnabas furent expressément appelés et mis à part pour le champ de mission à Antioche, après que l’Église de ce lieu eut jeûné et prié. C’est alors que le Saint-Esprit répondit du ciel : « Mettez-moi à part Barnabas et Saul pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés. »

Remarquez bien qu’il ne s’agissait pas de l’appel de Paul et de Barnabas au ministère, mais plus particulièrement de leur appel précis au champ de mission étranger. Paul avait été appelé au ministère des années auparavant, dès sa conversion. Ce fut un appel ultérieur à une œuvre née d’une prière particulière et persévérante dans l’Église d’Antioche. Dieu appelle les hommes non seulement au ministère, mais aussi à être missionnaires. L’œuvre missionnaire est l’œuvre de Dieu. Et ce sont les hommes appelés de Dieu qui doivent l’accomplir. Tels sont les missionnaires qui ont travaillé avec fruit et avec succès dans les champs étrangers par le passé, et ce sont les mêmes qui feront l’œuvre à l’avenir, ou bien elle ne se fera pas.

Ce sont des missionnaires qui prient qu’il faut pour cette œuvre, et c’est une Église qui prie qui les envoie ; voilà les prophéties du succès promis. La religion que les missionnaires doivent exporter est une religion de prière. La religion à laquelle le monde païen doit être converti est une religion de prière, et une religion de prière adressée au vrai Dieu. Le monde païen prie déjà ses idoles et ses faux dieux. Mais il faut que des missionnaires qui prient, envoyés par une Église qui prie, lui apprennent à rejeter ses idoles et à commencer à invoquer le nom du Seigneur Jésus-Christ. Aucune Église qui ne prie pas ne peut transporter dans les pays païens une religion de prière. Aucun missionnaire qui ne prie pas ne peut amener à genoux, dans une vraie prière, les idolâtres païens qui ne connaissent pas notre Dieu, tant qu’il ne devient pas éminemment un homme de prière. S’il faut au pays des hommes de prière pour faire l’œuvre de Dieu, il ne faut pas moins des missionnaires qui prient pour amener à la lumière ceux qui sont assis dans les ténèbres.

Les missionnaires les plus célèbres et les plus fructueux ont été éminemment des hommes de prière. David Livingstone, William Taylor, Adoniram Judson, Henry Martyn et Hudson Taylor, avec bien d’autres, forment une troupe d’illustres hommes de prière dont l’empreinte et l’influence demeurent encore là où ils ont travaillé. On ne veut pour cette tâche aucun homme qui ne prie pas. Avant tout, la qualification première de tout missionnaire est la prière. Qu’il soit, par-dessus tout, un homme de prière. Et quand viendra le jour du couronnement, quand les registres seront dressés et lus au grand jour du jugement, alors il apparaîtra combien les hommes de prière ont bien travaillé dans les rudes champs du paganisme, et combien on leur doit dans la pose des fondements du christianisme en ces champs.

L’unique condition qui doit donner à cet Évangile une puissance universelle est la prière, et la propagation de cet Évangile dépendra de la prière. L’énergie qui devait lui donner un merveilleux élan et une puissance victorieuse sur tous ses ennemis malfaisants et puissants est l’énergie de la prière.

Les destinées du royaume de Jésus-Christ ne se font pas par la faiblesse de ses ennemis. Ils sont forts et acharnés ; ils l’ont toujours été et le seront toujours. Mais la prière puissante — voilà la seule grande force spirituelle qui permettra au Seigneur Jésus-Christ d’entrer en pleine possession de son royaume, et de lui assurer les nations pour héritage, et les extrémités de la terre pour possession.

C’est la prière qui lui permettra de briser ses ennemis avec une verge de fer, qui fera trembler dans leur orgueil et leur puissance ces ennemis, qui ne sont que de fragiles vases de potier, destinés à être mis en pièces d’un seul coup de sa main. Une personne qui sait prier est l’instrument le plus puissant que Christ possède en ce monde. Une Église qui prie est plus forte que toutes les portes de l’enfer.

Le décret de Dieu pour la gloire du royaume de son Fils dépend de la prière pour son accomplissement : « Demande-moi et je te donnerai les nations pour héritage, Les extrémités de la terre pour possession. » Dieu le Père ne donne rien à son Fils, si ce n’est par la prière. Et la raison pour laquelle l’Église n’a pas reçu davantage dans l’œuvre missionnaire où elle est engagée, c’est le manque de prière. « Vous ne possédez pas, parce que vous ne demandez pas. »

Chaque économie qui préfigure la venue de Christ, lorsque le monde aura été évangélisé, à la fin des temps, repose sur ces dispositions constitutionnelles : le décret de Dieu, ses promesses, et la prière. Si lointain que soit ce jour de victoire, par la distance ou par le temps, ou par l’éloignement d’un type encore voilé, la prière est la condition essentielle par laquelle l’économie devient forte, typique et représentative. Depuis Abraham, le premier de la nation des Israélites, l’ami de Dieu, jusqu’à cette économie du Saint-Esprit, il en a été ainsi.

« Les nations appellent ! d’une mer à l’autre
S’étend le cri poignant :
“Venez, chrétiens, s’il en est,
Et secourez-nous avant que nous mourions.”

« Nos cœurs, ô Seigneur, sentent cet appel ;
Que la main s’unisse au cœur,
Et réponde à l’appel du monde
En donnant “ce qui est à toi”. »

Le plan de notre Seigneur pour obtenir des ouvriers dans le champ des missions étrangères est le même plan qu’il a mis en œuvre pour obtenir des prédicateurs. Il passe par la prière. C’est le plan de la prière, par opposition à tous les plans inventés par les hommes. Ces ouvriers missionnaires doivent être des « hommes envoyés ». Dieu doit les envoyer. Ils sont appelés de Dieu, poussés divinement vers cette grande œuvre. Ils sont intérieurement poussés à entrer dans les champs de la moisson du monde et à recueillir des gerbes pour les greniers célestes. Les hommes ne choisissent pas plus d’être missionnaires qu’ils ne choisissent d’être prédicateurs. Dieu envoie des ouvriers dans les champs de sa moisson en réponse aux prières de son Église. Voici le plan divin tel que notre Seigneur l’a exposé :

« Voyant la foule, il fut ému de compassion pour elle, parce qu’elle était languissante et abattue, comme des brebis qui n’ont point de berger. Alors il dit à ses disciples: La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson. »

C’est l’affaire de l’Église au pays de prier. C’est l’affaire du Seigneur d’appeler et d’envoyer les ouvriers. Le Seigneur ne fait pas la prière. L’Église ne fait pas l’appel. Et de même que les compassions de notre Seigneur furent éveillées à la vue des multitudes, lasses, affamées et dispersées, exposées aux maux, comme des brebis qui n’ont point de berger, de même, chaque fois que l’Église aura des yeux pour voir les vastes multitudes des habitants de la terre, descendants d’Adam, las dans leur âme, vivant dans les ténèbres, misérables et pécheurs, elle sera émue de compassion et commencera à prier le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson.

Les missionnaires, comme les pasteurs, naissent d’un peuple qui prie. Une Église qui prie engendre des ouvriers pour le champ de la moisson du monde. La rareté des missionnaires révèle une Église qui ne prie pas. Il est très bien d’envoyer dans le champ de mission des hommes formés, mais avant tout il faut qu’ils soient envoyés de Dieu. L’envoi est le fruit de la prière. Comme ce sont des hommes de prière qui sont la cause de leur envoi, il faut à leur tour que les ouvriers soient des hommes de prière. Et la mission première de ces missionnaires qui prient est de convertir des païens qui ne prient pas en hommes qui prient. La prière est la preuve de leur appel, leurs lettres de créance divines et leur œuvre.

Celui qui n’est pas un homme de prière au pays manque de la seule aptitude qui ferait de lui un ouvrier missionnaire à l’étranger. Celui qui n’a pas l’esprit qui le pousse vers les pécheurs au pays n’aura guère un esprit de compassion pour les pécheurs à l’étranger. Les missionnaires ne se font pas avec des hommes qui échouent au pays. Celui qui veut être un homme de prière à l’étranger doit, avant toute chose, être un homme de prière dans son Église au pays. S’il ne s’emploie pas à détourner les pécheurs de leurs voies sans prière au pays, il ne réussira guère à en détourner les païens. En d’autres termes, il faut les mêmes qualifications spirituelles pour être ouvrier au pays que pour être ouvrier à l’étranger.

Dieu, à sa manière, en réponse aux prières de son Église, appelle des hommes dans les champs de sa moisson. Triste sera le jour où les sociétés de missions et les Églises perdront de vue ce fait fondamental, et enverront leurs propres hommes, choisis indépendamment de Dieu.

La moisson est-elle grande ? Les ouvriers sont-ils peu nombreux ? Alors « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson. » Oh ! qu’une grande vague de prière passe sur l’Église, demandant à Dieu d’envoyer une grande armée d’ouvriers dans les champs de la moisson de la terre, qui sont dans le besoin ! Il n’y a aucun danger que le maître de la moisson envoie trop d’ouvriers et encombre les champs. Celui qui appelle pourvoira très certainement aux moyens d’entretenir ceux qu’il appelle et qu’il envoie.

Le seul grand besoin du mouvement missionnaire moderne, ce sont des intercesseurs. Ils étaient rares aux jours d’Ésaïe. Voici quelle était sa plainte :

« Il voit qu’il n’y a pas un homme, Il s’étonne de ce que personne n’intercède. »

Ainsi, aujourd’hui, il y a un grand besoin d’intercesseurs, d’abord pour les champs de la moisson de la terre qui sont dans le besoin, nés d’une compassion semblable à celle de Christ pour les milliers d’hommes privés de l’Évangile ; puis d’intercesseurs pour que des ouvriers soient envoyés par Dieu dans les champs de la terre qui sont dans le besoin.

Page 1 / 1 · 20 min restantes dans le chapitre
Précédent