Chapitre 4 · 4 min de lecture · 5 min d’écoute
Le fils de ces larmes
« Ceux qui sèment avec larmes Moissonneront avec chants d’allégresse. » — Psaume 126:5
Monique prit très mal la nouvelle religion de son fils. Pendant un temps, elle refusa même qu’il mange à sa table. Augustin dit qu’elle pleurait sur lui « plus que les mères ne pleurent la mort corporelle de leurs enfants », parce qu’elle croyait qu’il était en train de mourir d’une mort plus profonde.
Puis elle fit un rêve. Elle se tenait debout sur une règle de bois, en pleurs, quand un jeune homme resplendissant s’approcha en souriant et lui demanda pourquoi elle était si triste. Elle lui répondit qu’elle pleurait son fils. Il lui dit de regarder, et de voir « que là où elle était, j’étais aussi ». Elle regarda, et Augustin était là, debout sur la règle à côté d’elle.
Quand elle le lui raconta, Augustin avait une réponse astucieuse toute prête : le rêve voulait évidemment dire qu’un jour, elle finirait par se ranger à son avis. Elle répondit aussitôt : « Non ; car il ne m’a pas été dit : “Là où il est, tu es aussi”, mais : “Là où tu es, il est aussi.” » Des années plus tard, il avoue que cette réponse immédiate l’ébranla plus que le rêve lui-même.
Mais rien ne changea vite. Neuf années passèrent encore. Monique demanda à un évêque, qui avait lui-même été manichéen autrefois, de parler à son fils pour le faire changer d’avis. L’évêque refusa. Augustin était trop orgueilleux et trop content de ses arguments pour qu’on puisse discuter avec lui, dit-il : « laisse-le quelque temps […] ; prie seulement Dieu pour lui ; il découvrira de lui-même, par la lecture, quelle est cette erreur ». Monique ne cessait de le supplier, et elle pleurait. Finalement l’évêque, un peu agacé, la renvoya avec une phrase qu’elle chérit toute sa vie : « Va, et que Dieu te bénisse ; car il n’est pas possible que le fils de ces larmes périsse. »
Pendant ce temps, la vie d’Augustin continuait. Il devint professeur de rhétorique, ce qu’il décrit sans détour : il « vendait une faconde propre à vaincre ». Il vendait à ses élèves l’art de gagner les débats. Et il vivait avec une femme qu’il n’avait pas épousée. Il le dit clairement :
« En ces années-là, j’avais une compagne, — non dans ce qu’on appelle un mariage légitime, mais que j’avais trouvée au gré d’une passion vagabonde, dépourvue de raison ; une seule pourtant, et je lui gardais même ma fidélité. »
Ils restèrent ensemble environ quinze ans. Ce genre d’union était courant et accepté dans le monde romain, mais Augustin ne prétend pas que c’était ce que Dieu voulait. Ils eurent un fils, Adéodat, dont le nom signifie en latin « donné par Dieu ». Augustin ne nous dit jamais le nom de cette femme. Il dit en revanche quelque chose d’honnête au sujet de l’enfant : dans une telle relation, « les enfants naissent contre le gré de leurs parents, bien qu’une fois nés ils contraignent à les aimer ». Adéodat n’avait pas été prévu. Il fut aimé quand même.
Voici donc le tableau, au début de sa vingtaine : un jeune professeur brillant, une compagne et un petit garçon, une religion qui flattait son intelligence, et une mère qui pleurait à l’église chaque matin et chaque soir, année après année.
Peut-être que quelqu’un prie pour toi comme ça en ce moment : un parent, un grand-parent, quelqu’un de l’église. Peut-être que ça t’agace. Ou peut-être que c’est toi qui pries, pour un ami, un frère ou un parent, et que rien ne semble se passer. L’histoire de Monique dit deux choses. D’abord, les prières peuvent prendre des années, et cela ne veut pas dire qu’elles sont perdues. Ensuite, parfois, la chose la plus sage n’est pas un argument de plus. Le conseil de l’évêque était simple : laisse-le lire, et prie.
Une chose à faire cette semaine : écris le nom d’une personne pour qui tu as discrètement cessé d’espérer. Prie pour elle en la nommant chaque jour de cette semaine, sans lui faire la morale. Ou, si quelqu’un prie pour toi depuis longtemps, remercie-le.
Questions pour réfléchir
Réfléchis d’abord, puis touche une question pour voir une façon d’y répondre.
Qu’a vu Monique dans son rêve, et comment a-t-elle répondu à l’interprétation d’Augustin ?
Elle l’a vu debout à côté d’elle sur une règle de bois. Quand il a dit que cela signifiait qu’elle finirait par se ranger à son avis, elle a répondu qu’il lui avait été dit « Là où tu es, il est aussi », et non l’inverse.
Qu’a dit l’évêque à Monique quand elle ne cessait de le supplier ?
« Va, et que Dieu te bénisse ; car il n’est pas possible que le fils de ces larmes périsse. »
Comment Augustin décrit-il la femme avec qui il vivait ?
Comme une compagne qu’il n’avait pas épousée, trouvée « au gré d’une passion vagabonde », mais une seule, et il lui restait fidèle. Ils eurent un fils, Adéodat. Il ne donne jamais son nom.
Chapitre 4 terminé
Le fils de ces larmes