Les Confessions (Pour ados)
Des poires pour les cochons

Chapitre 2 · 3 min de lecture · 4 min d’écoute

Des poires pour les cochons

« Le cœur est tortueux par-dessus tout, et il est méchant : Qui peut le connaître ? » — Jérémie 17:9

Quand Augustin eut seize ans, ses études s’interrompirent pendant un an. Son père, « simple et pauvre bourgeois de Thagaste », rassemblait de l’argent pour l’envoyer étudier à Carthage, et la ville l’admirait pour cela. Mais Augustin note que ce même père « ne s’inquiétait pas de savoir comment je grandissais envers toi, ni si j’étais chaste », pourvu que son fils devienne un brillant orateur. Augustin eut donc une année sans école, sans cadre et avec beaucoup d’amis.

Il est honnête sur ce qui se passa ensuite. Cette année-là, le désir sexuel « prit sur moi l’empire, et je m’y livrai tout entier ». Sa mère le prit à part et l’avertit en secret « de ne point commettre de fornication, et surtout de ne jamais souiller la femme d’autrui ». Il trouva que c’étaient « des conseils de femme, auxquels j’aurais rougi d’obéir ».

Puis il avoue une chose qui nous est presque douloureusement familière. Ses amis se vantaient de ce qu’ils avaient fait, et il avait honte d’être moins mauvais qu’eux. Alors il inventait : « je disais avoir fait ce que je n’avais pas fait, afin de ne pas paraître d’autant plus méprisable que j’étais plus innocent, ou d’autant moins estimé que j’étais plus chaste. » Il mentait pour paraître pire qu’il n’était.

Et puis il raconte l’histoire dont tout le monde se souvient :

« Il y avait, près de notre vigne, un poirier chargé de fruits qui n’avaient rien de séduisant, ni pour la couleur ni pour le goût. Pour le secouer et le dépouiller, nous nous en allâmes, une bande de mauvais garnements, tard dans la nuit (ayant, selon notre pernicieuse habitude, prolongé nos jeux dans les rues jusque-là), et nous en emportâmes de lourdes charges, non pour nous en régaler, mais pour les jeter aux pourceaux, après y avoir à peine goûté. »

C’est tout : des ados ont volé des poires et les ont jetées aux cochons. Pourquoi un grand penseur consacre-t-il toute une partie du récit de sa vie à cela ? Parce qu’il n’arrive pas à l’expliquer. Il n’avait pas faim. Il avait de meilleures poires chez lui. Il n’aimait même pas celles-là. « C’était honteux, et je l’aimai ; j’aimai ma perte, j’aimai ma faute, non ce pour quoi je faillais, mais ma faute elle-même. » Il l’a fait parce que c’était défendu. Voilà ce qui l’effraie.

Il continue de creuser, et il découvre encore une chose : il ne l’aurait jamais fait tout seul. Selon ses propres mots, « seul je ne l’aurais jamais fait ». Le plaisir était dans le groupe, dans le fait de s’en tirer ensemble. « Ô amitié trop ennemie ! » écrit-il, car « dès qu’on dit : “Allons, faisons-le”, on a honte de n’être pas sans honte ».

Mais il ne s’arrête pas là. Avec le recul, il rend grâces parce que « tu as fait fondre mes péchés comme la glace ». Et il demande aux lecteurs qui n’ont jamais rien fait de semblable de ne pas le regarder de haut. S’ils en ont été préservés, c’est aussi par la miséricorde de Dieu.

Tu as sans doute déjà fait en groupe quelque chose que tu n’aurais jamais fait seul : une blague qui est allée trop loin, un message que tu as transféré, un défi. Augustin ne dit pas que tes amis sont mauvais. Il dit que le péché adore avoir un public, et que le cœur humain peut désirer des choses mauvaises simplement parce qu’elles sont mauvaises. Ce n’est pas une raison de désespérer. C’est une raison de ne plus faire confiance au « Allons-y » de la bande, et d’apporter ton cœur à celui qui peut le faire fondre.

Une chose à faire cette semaine : la prochaine fois qu’un groupe dira « Allons, faisons-le », prends le temps de te demander : est-ce que je ferais ça tout seul ? Si la réponse est non, ose dire : « Moi, je ne suis pas de la partie. »

Questions pour réfléchir

Réfléchis d’abord, puis touche une question pour voir une façon d’y répondre.

Pourquoi Augustin et ses amis ont-ils volé les poires ?

Ni parce qu’ils avaient faim, ni parce qu’ils voulaient les poires. Ils en ont jeté la plupart aux cochons. Ils l’ont fait parce que c’était défendu, et parce qu’ils aimaient faire le mal ensemble.

Quel mensonge Augustin racontait-il à ses amis à seize ans ?

Il se vantait de péchés qu’il n’avait pas vraiment commis, parce qu’il avait honte de paraître plus innocent qu’eux.

Que veut dire Augustin par « amitié trop ennemie » ?

Une amitié qui t’entraîne à faire du mal. Il dit qu’il n’aurait jamais volé les poires tout seul ; le groupe lui a fait « honte de n’être pas sans honte ».

Chapitre 2 terminé

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