Aux pieds du Maître
Le service

Chapitre 7 · 15 min de lecture · 20 min d’écoute

Le service

Section I

Le Disciple,—Maître, quel est le vrai sens du service ? Est-ce que nous servons le Créateur, puis ses créatures pour l’amour de lui ? L’aide de l’homme, qui n’est après tout qu’un simple ver de terre, a-t-elle quelque valeur pour Dieu dans le soin de sa grande famille, ou Dieu a-t-il besoin de l’aide de l’homme pour protéger ou conserver l’une quelconque de ses créatures ?

Le Maître,—1. Le service, c’est l’activité de la vie spirituelle ; c’est l’offrande naturelle que suscite l’amour. Dieu, qui est amour, est sans cesse à l’œuvre pour prendre soin de sa création, et il veut que ses créatures, et surtout l’homme, qu’il a formé à son image et à sa ressemblance, ne restent jamais oisives. Pour prendre soin de ses créatures et les conserver, Dieu n’a besoin de l’aide de personne, car il les a créées de telle sorte que sans son aide elles ne pourraient continuer d’exister, et c’est lui qui a pourvu à tout ce qu’il faut pour satisfaire leurs désirs. Le vrai service d’autrui a ce grand avantage qu’il aide celui qui sert — comme cela t’est arrivé au Tibet. Alors que tu craignais de mourir à cause du froid glacial, tu as vu un homme gisant enseveli sous la neige et sur le point de mourir ; tu es allé vers lui, tu l’as chargé sur tes épaules et tu l’as porté plus loin, et les efforts que tu faisais ont produit dans ton corps une chaleur qui est passée aussi dans le sien ; ainsi lui et toi avez été sauvés, de sorte qu’en le secourant tu as sauvé ta propre vie. Voilà la vraie fin du service. Nul ne peut vivre seul, privé de l’aide des autres. Si quelqu’un reçoit de l’aide d’un autre et refuse de lui rendre l’assistance dont il est capable, un tel ingrat n’aurait aucun droit d’attendre la moindre aide de qui que ce soit.

2. Tant qu’un homme ne met pas au service de Dieu et des hommes les facultés et les forces dont Dieu l’a doté, il ne recevra pas de Dieu l’aide que lui seul peut accorder. Dès que l’homme fait sa part, Dieu achève l’œuvre. Ainsi, ôter la pierre du sépulcre de Lazare était l’œuvre de l’homme, et il n’était pas nécessaire que Dieu déploie sa puissance pour cela ; mais quand les gens eurent roulé la pierre, alors Dieu, c’est-à-dire moi-même, fit ce qui dépassait la puissance et l’habileté de l’homme, car je rendis la vie au mort. Même après cela, il restait à l’homme une œuvre à accomplir : délier Lazare de ses bandelettes, afin qu’il fût parfaitement libre (Jean xi.39,41,44).

Il en est de même pour ceux qui sont morts dans le péché. C’est l’œuvre de mes disciples de rouler les pierres tombales des obstacles et des difficultés, mais donner la vie, c’est mon œuvre. Souvent aussi, certains qui ont reçu la vie spirituelle demeurent encore esclaves de leurs anciennes mauvaises habitudes et de leurs mauvaises fréquentations, et c’est le devoir de mes enfants de les conduire à la parfaite liberté ; pour rendre ce grand service, ils doivent toujours rester vigilants de cœur et d’âme.

3. Un roi, sur son lit de mort, parla ainsi à l’un de ses fidèles serviteurs : « J’avais coutume, quand je partais en voyage, de t’envoyer devant moi pour m’annoncer et préparer ma réception. Je m’en vais au pays des morts. Va donc, et annonce-leur que je suis sur le point de les rejoindre. » D’abord l’honnête serviteur ne comprit pas ce que voulait dire son seigneur, mais dès qu’il vit que son maître voulait qu’il meure et le précède ainsi au pays des morts, le fidèle serviteur, sans un instant d’hésitation ni de doute, se plongea une épée dans le cœur, et entra ainsi au pays des morts, pour y attendre son seigneur. De même, le devoir de ceux qui me servent, moi qui suis le Prince de la vie et le Roi des rois (Actes iii.15 ; Apoc. xix.16), est de porter l’Évangile du salut à ceux qui sont morts dans le péché, et d’être prêts à donner même leur vie pour moi, qui suis venu sur la terre pour leur salut et qui viendrai encore une fois (Apoc. ii.10).

4. Un fils rebelle quitta un jour la maison de son père, se joignit à une bande de brigands et devint avec le temps aussi hardi et impitoyable que les autres. Le père appela ses serviteurs et leur ordonna d’aller trouver son fils et de lui dire que, s’il se repentait et revenait à la maison, tout lui serait pardonné et qu’il le recevrait chez lui. Mais les serviteurs, redoutant cette contrée sauvage et ces brigands féroces, refusèrent d’y aller. Alors le frère aîné du jeune homme, qui l’aimait comme l’aimait son père, partit porter le message du pardon. Mais peu après qu’il fut entré dans la jungle, une bande de brigands se jeta sur lui et le blessa mortellement. Le frère cadet faisait partie de la bande, et quand il reconnut son frère aîné, il fut rempli de douleur et de remords. Le frère aîné parvint à transmettre le message du pardon, puis, disant que le but de sa vie était atteint et le devoir de l’amour accompli, il rendit l’esprit. Ce sacrifice du frère aîné fit une si profonde impression sur le jeune rebelle qu’il retourna, repentant, auprès de son père, et dès ce jour il mena une vie nouvelle. N’est-il donc pas juste que mes fils soient prêts à sacrifier leur vie afin de porter le message de la miséricorde à ceux de leurs frères qui se sont égarés et qui sont perdus dans le péché, de même que moi aussi j’ai donné ma vie pour le salut de tous ?

5. Mes enfants sont comme le sel dans le monde (Matth. v.13). Si les cristaux de sel ne se dissolvent pas, ils ne peuvent communiquer leur saveur. Il en est ainsi de mes enfants. S’ils ne sont pas fondus au feu de l’amour et du Saint-Esprit, et faits sacrifice vivant, ils ne pourront apporter à une seule âme cette vie spirituelle et céleste par laquelle elle peut être sauvée. Ils ne vaudront pas mieux que la femme de Lot, qui devint une statue de sel (Gen. xix.26). Mais de même qu’à cause de vous j’ai été fondu à Gethsémané (Luc xxii.44), et que sur la croix j’ai donné ma vie afin de sauver la vie des hommes — car la vie doit se payer par la vie —, de même vous aussi, vous êtes appelés à donner votre vie et à apporter ainsi aux autres la saveur de la vie spirituelle, et à les délivrer de la mort.

6. Un meurtrier, au lieu d’être pendu, fut envoyé à la guerre, et là il combattit pour son roi et pour sa patrie avec un courage si intrépide que, bien que grièvement blessé, il revint vainqueur. Après la victoire, on le ramena devant le tribunal pour être jugé. Le roi, voyant sur son corps les marques de ses blessures, annula la sentence de mort, et non seulement lui pardonna son crime, mais encore le récompensa magnifiquement et l’éleva à un poste d’honneur. De même, ceux qui, à mes côtés, combattent avec courage et hardiesse dans la guerre sainte contre Satan afin de sauver leurs frères et leurs sœurs, ne recevront pas seulement de moi le pardon de leurs péchés, mais dans le royaume de Dieu je leur donnerai une couronne et un royaume (Jacq. v.20 ; Apoc. iii.21).

7. De même que le tuyau qui sert à conduire l’eau pure est lui-même gardé propre par l’eau qui le traverse, ainsi ceux qui, par le Saint-Esprit, portent aux autres l’Eau de la vie sont eux-mêmes purifiés et deviennent héritiers du royaume de Dieu.

8. Le meilleur moyen pour le croyant d’être rendu apte à recevoir le Saint-Esprit et à servir, c’est d’obéir à la voix céleste et de commencer aussitôt à servir, dans la mesure de ses capacités. Pour devenir bon nageur, il est inutile de recevoir des leçons si l’on n’entre pas dans l’eau pour nager soi-même, et ce n’est qu’en s’exerçant sans cesse, d’abord en eau peu profonde, puis en eau profonde, que l’on peut devenir maître en cet art ; de même, pour apprendre à sauver les âmes de ceux qui sombrent dans les eaux obscures du péché, le meilleur moyen est d’entrer dans la seule école de théologie réelle et pratique, qui est l’union avec moi (Actes iv.13).

9. Il en est que la pensée de leur incapacité retient de servir, et qui oublient que ma force donne la puissance dans la faiblesse (2 Cor. xii.9). Ils ressemblent à des convalescents qui, bien que guéris de leur maladie et prenant une nourriture fortifiante, restent faibles parce qu’ils ne travaillent pas et ne prennent pas l’exercice qui convient. Ce dont ces croyants ont besoin, c’est de mettre leur confiance en moi et de partir sauver les pécheurs de la perdition.

Section II

1. L’amour est la pierre de touche par laquelle se discerne la réalité de la vérité, et à ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples (Jean xiii.35). Je me sers aussi de l’épée de la justice, si bien qu’au premier abord certains sont portés à penser que, comme Salomon, j’entends achever mon œuvre sans miséricorde (1 Rois iii.16-28) ; mais mon but, comme le sien, est d’appliquer la pierre de touche de l’amour, qui fera paraître la vérité et montrera que vous êtes les enfants de ce Dieu d’amour qui a donné sa vie pour sauver la vôtre. Vous devez donc demeurer dans cet amour et vous servir les uns les autres, et même donner votre vie pour servir les autres, comme moi aussi j’ai donné ma vie pour vous. Alors, puisque je vis, vous vivrez aussi (Jean xiv.19).

2. Si vous êtes vraiment mes disciples, votre service d’amour portera beaucoup de fruit (Jean xv.8). Et si les hommes disent du mal de vous et vous accablent d’outrages, priez pour eux, et au lieu de les outrager, faites-leur goûter le doux fruit de votre amour.

Des garnements, quand ils aperçoivent de beaux fruits sur un arbre, lui lancent des pierres, et l’arbre, sans un murmure, laisse tomber sur eux, au lieu de pierres, ses fruits délicieux. Car l’arbre n’a pas de pierres à lancer, mais ce que Dieu lui a donné, il le donne sans se plaindre. Ne te laisse pas abattre par les mauvais traitements, car si les hommes te lancent des injures, c’est la preuve même que ta vie porte du fruit. Bien qu’ils te traitent ainsi par envie et par malveillance, c’est par ce moyen pourtant que la gloire de ton Père céleste est manifestée. Ne suppose pas que Dieu ait faim de gloire, ou qu’il manque à sa gloire quelque chose que l’homme puisse lui fournir. Nullement ! Le but de son amour est de tirer cette chétive créature qu’est l’homme de l’état de péché où elle est tombée et de l’élever jusqu’à son ciel de gloire. Ainsi, ce n’est pas à lui-même qu’il donne la gloire, mais à l’homme, en le lavant et en le purifiant, et c’est en cela que se manifestent la merveille et la majesté de son amour.

3. À ceux qui, par leurs travaux, ont permis à beaucoup de se détourner du péché et de trouver en moi la justice, j’accorderai une telle gloire qu’ils brilleront d’abord comme les étoiles, puis, rendus parfaits, ils resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Les étoiles pâlissent et disparaissent au lever du Soleil de justice, mais le désir de mon Père est que ses fils soient rendus parfaits comme lui et brillent avec lui dans la gloire éternelle, se réjouissant à jamais de son amour infini et éternel.

4. Il est de petites créatures bien inférieures à l’homme, comme la luciole avec sa lumière vacillante, et certaines petites plantes parmi la végétation de l’Himalaya, qui, par leur faible lueur phosphorescente, éclairent autant qu’elles le peuvent la sombre jungle où elles vivent. De minuscules poissons aussi, qui nagent dans les eaux profondes de l’océan, répandent une lueur scintillante qui guide d’autres poissons et les aide à échapper à leurs ennemis. Combien plus mes enfants doivent-ils être des lumières dans le monde (Matth. v.14) et s’empresser, dans le renoncement à eux-mêmes, d’amener sur le chemin de la vérité, au moyen de la lumière que Dieu leur a donnée, ceux qui, à cause des ténèbres, risquent de devenir la proie de Satan.

5. S’ils n’emploient pas ces facultés venues du ciel au service de Dieu et de ses créatures, ils courent le danger de perdre à jamais ces dons célestes. C’est ce qui est arrivé à certains poissons qui vivent dans les eaux profondes de grottes obscures, et aussi à quelques ermites du Tibet : les uns et les autres ont vécu si longtemps dans l’obscurité qu’ils ont entièrement perdu la vue. De la même manière, l’autruche, faute de se servir de ses ailes, a complètement perdu la faculté de voler. Prenez donc garde de ne négliger aucun des dons ou des talents qui vous ont été confiés, mais faites-les valoir, afin d’avoir part à la félicité et à la gloire de votre Maître (Matth. xxv.14-30).

6. Parfois, quand il y a quelque grand service à rendre, qui apportera le salut et la bénédiction à beaucoup, je choisis pour mon dessein ceux qui sont peu estimés aux yeux du monde, car ils ne se vantent pas de leur propre force ni de leur sagesse ; mais, mettant toute leur confiance en moi, et tenant pour peu de chose le peu de capacités qu’ils possèdent, ils consacrent tout ce qu’ils ont et tout ce qu’ils sont à mon œuvre pour les hommes (1 Cor. i.26-30). Ainsi, lorsque dans le désert j’ai nourri cinq mille hommes avec cinq pains et deux poissons, tu te souviens que je n’ai pas accompli ce miracle par l’intermédiaire de mes disciples, car ils étaient pleins de doute et de perplexité et voulaient renvoyer la foule à jeun (Jean vi.9). Mon serviteur en cette occasion fut un petit garçon que j’avais guéri de la paralysie. Rempli du désir d’entendre mes paroles, il avait résolu de me suivre. Sa pauvre mère avait enveloppé dans ses vêtements quelques galettes d’orge et du poisson séché, de quoi suffire à deux ou trois jours de route ; aussi, quand on chercha de la nourriture pour la foule, ce fidèle petit garçon apporta aussitôt tout ce qu’il avait et le déposa aux pieds des disciples. Bien qu’il y eût là des gens riches qui avaient avec eux une nourriture bien meilleure, comme des galettes de froment, ils n’étaient pas disposés à s’en défaire ; ce fut donc avec les galettes d’orge de ce garçon, mon homonyme, que, par ma bénédiction, la foule fut nourrie des mets les plus exquis.

7. Il en est beaucoup qui manquent tellement de reconnaissance que, quelles que soient les bénédictions qui leur sont accordées, et même si des miracles sont accomplis en leur faveur, ils demeurent mécontents et ingrats. De telles gens ne peuvent jamais servir au service et à la bénédiction des autres ; ils sont semblables à l’homme que je guéris après qu’il eut souffert trente-huit ans d’une maladie incurable : au lieu d’être reconnaissant et de croire en moi, il ne prit même pas la peine de retenir mon nom (Jean v.12-13). De telles gens, le monde ne peut espérer aucune bénédiction ; elle ne vient que de ceux qui, comme la pauvre veuve, sont prêts à donner tout ce qu’ils ont, même tout ce qu’ils ont pour vivre (Luc xxi.2-4).

8. Pour le vrai service et l’accomplissement du devoir, mes serviteurs doivent être prêts à offrir jusqu’à leur vie même — comme ce soldat fidèle qui resta à son poste dans le froid glacial et sous la neige qui tombait jusqu’à mourir de froid, et qui, telle une statue, garda encore sa place, alors que les autres hommes de garde étaient allés se chauffer auprès du feu. Quand le roi vint et le vit debout, immobile et fidèle encore dans la mort, il ôta sa couronne et la posa un moment sur sa tête, en disant : « Un soldat et un serviteur si fidèle est digne de l’honneur et de la gloire de mon diadème. Que n’a-t-il vécu ! car j’aurais fait de lui le chef de mon royaume ! » Tels doivent être mes fidèles serviteurs dans le service auquel je les ai appelés, et à ceux qui achèvent leur œuvre avec la même foi et le même courage, j’accorderai une couronne incorruptible de royauté éternelle (2 Tim. iv.4, 5-8).

9. Nombreux sont ceux qui ont gaspillé le temps précieux qui leur était donné pour mon service, mais aujourd’hui encore il leur est donné l’occasion de se ressaisir et de faire le meilleur usage du temps qui leur reste. Ils ressemblent à un chasseur qui, errant dans la jungle, ramassa quelques jolies pierres au bord d’un ruisseau. Ignorant leur valeur, il s’en servit l’une après l’autre dans sa fronde pour tirer sur les oiseaux perchés dans les arbres près de la rivière, et ainsi, l’une après l’autre, elles tombèrent dans l’eau et furent perdues. Avec la dernière encore en main, il revint à la ville, et comme il passait par le bazar, un joaillier l’aperçut et dit à ce sot que c’était un diamant de prix dont il pourrait tirer des milliers de roupies. En entendant cela, il se mit à se lamenter et à dire : « Malheur à moi ! Je ne connaissais pas leur valeur, et je me suis servi de beaucoup de ces diamants pour tirer sur les oiseaux au bord de la rivière ; ils sont tombés dans la rivière et sont perdus, sans quoi je serais millionnaire. Pourtant j’ai gardé celui-ci, et c’est toujours cela de gagné. » Chaque jour est comme un diamant précieux, et bien que beaucoup de jours inestimables aient été gaspillés à poursuivre des plaisirs passagers et soient à jamais engloutis dans les profondeurs du passé, tu dois t’éveiller à la valeur de ce qui reste et, en en faisant le meilleur usage possible, amasser pour toi-même des richesses spirituelles. Emploie-le à mon service, moi qui t’ai donné la vie et toutes ses bénédictions inestimables, et en les employant à sauver les autres du péché et de la mort, tu obtiendras une récompense éternelle et céleste.

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